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Comment devient-on politicien en République Démocratique du Congo ? 

Djo Mwamba, Membre Fondateur du CDF (Congo Defense Fund), résident à Indiana, USA, répond à nos questions.


Comment définissez-vous la politique ?

Si on se passe de toute systématisation philosophico-idéologique de la notion politique, on peut définir la politique tout simplement comme un outil dans le processus social qui s'efforce de répondre à toutes les questions de la vie d'une nation, a tous les problèmes d'un pays, donc de proposer des conceptions meilleures de la vie. Le Maire de la ville de New York (1961), Fiorello La Guardia, avait l'habitude de dire "Il n'y a pas une façon démocratique ou républicaine pour nettoyer les rues". La politique utile s'en tient donc a l'essentiel des intérêts communs pour une nation, s'intéressant moins aux débats doctrinaux qu'aux démarches pratiques. La politique ainsi définie peut aider les cinq doigts de la main d'une nation à mieux coopérer afin de laver efficacement la face de la nation.

Comment devient-on politicien au Congo ?

Comme toute autre carrière, la politique doit éveiller et retenir l'intérêt ou l'attention de tout candidat. Il semblerait toutefois qu'au Congo la déclaration du philosophe Aristote selon laquelle " L'homme est par nature un animal politique" trouve son milieu ambiant le plus naturel. Pour les congolais tout chemin mène à la vie politique: Un matin on est soldat dans les fins fonds de Moba ou cordonnier à Matonge en Belgique, et le lendemain on se retrouve politicien décidant de l'avenir d'une nation entière. Si par les circonstances du hasard ou des choix conscients on a accumulé des diplômes en sciences politiques ou acquis une expérience dans les rouages politiques d'un régime quelconque, la tache de servir le peuple congolais est peut être ainsi allégée. Il ne semble pas y avoir de formule magique ou des voies incontournables. Dans la plupart de cas il semble y avoir une sorte de destin ontologique astreignant la conscience du congolais vers la carrière politique, considérant l'énorme influence et affluence des politiciens congolais: On ne devient peut être pas politicien au Congo, on l'est et parfois sans le savoir.

Comment peut-on encourager la jeunesse congolaise à s'intéresser et à participer plus activement à la vie politique?

En nous efforçant tous de créer dans l'esprit de nos jeunes gens une attitude qui leur permettra d'aborder avec un sens de civisme aigu les devoirs envers le Congo. Les aines sont les plus grands obstacles: Il faut libérer la jeunesse congolaise du mauvais exemple que nous leur donnons en nous dérobant de nos devoirs civiques ou en accommodant l'incivisme constant de la classe politique congolaise actuelle. Il faut ensuite enflammer leur ardeur pour chérir le Congo et les permettre de découvrir les joies de servir la nation congolaise. Il nous faut éviter de vilifier ceux qui se sont sacrifiés pour notre nation. Toutes les exhortations et théories politiques du monde font piètre figure devant l'exemple palpable et l'influence d'un homme politique totalement dédié et compétent dans ses devoirs envers la nation congolaise. Il y a une crise des modèles politiciens au Congo, valorisons les peu d' héros que nous avons. Les jeunes congolais ont besoins de bons exemples tout en conservant pour eux-mêmes une marge d'opérations afin de faire preuve d'un peu d'originalité ou d'imagination pour gérer la chose publique.

Que conseillez-vous aux jeunes gens de faire avant de rejoindre un parti politique?

Les jeunes doivent chercher ce que chaque parti politique congolais contient de vrai et de faux, d'établi et de conjoncturel, de fonde et d'extrapole. Les jeunes doivent faire des efforts pour percer les apparences avant de s'engager et savoir s'autonomiser par après si le parti politique de leur choix s'égare des principes ayant contribue à leur adhésion en premier lieu. Que les jeunes comprennent qu'un parti politique n'est pas nécessairement le seul bateau qui peut amener les matelots patriotes et les intérêts du pays à bon port. Le fond des océans de la vie politique est jonché de beaux et gros bateaux titanesques qui avaient mis les voiles vers la terre promise des intérêts nationaux mais ne sont jamais arrives a destination. Les représentations idéologiques des autres partis politiques du pays peuvent ne pas correspondre point pour point, trait pour trait a celles du parti qui jouit de leur adhésion, mais ces partis peuvent avoir des intérêts définis, limites et particuliers qui peuvent aussi bénéficier le pays. Différent ne veut pas dire ennemi, mais il faut être impitoyable envers les traitres à la Patrie. La survie de la nation en dépend. Il faut aimer le Congo et les congolais. Les jeunes doivent comprendre que les partis politiques ne sont que les éléments d'une totalité, il ne faut jamais perdre de vue la totalité de la société congolaise.

On a l'impression qu'il n'y a pas assez de femmes dans l'univers politique congolais. Que faut-il pour que les femmes s'y investissent ?

Nous, les hommes, avons le devoir d'abandonner les formules outrancières et fausses qui se passent de la conscience morale et du progrès des idées à travers les siècles dans les rapports avec la gente féminine. Les déviations et l'égoïsme politique nous tiennent prisonniers dans l'irresponsabilité sociale et le sabotage de l'apport de la femme. Il ne doit pas y avoir d'échappatoire dans nos obligation envers les femmes congolaise: La société congolaise doit s'affranchir des certaines conceptions patriarcales démodées susceptibles d'étouffer la voix de la femme et le génie d'une nation. Ne pas jouir de la contribution et du potentiel formidable que peut être l'apport de la femme congolaise serait miné de l'intérieur notre propre société par des contradictions capables de nous détruire. L'émancipation de la femme dans un cadre qui ne déshonore pas ce qu'il y a de mieux dans le contexte bantu n'est pas en opposition à l'émancipation humaine ou contre la civilisation bantu. Il nous faut élargir notre horizon intellectuel et culturel pour embrasser la femme congolaise comme un être égal. Il nous faut lutter pour promouvoir sa participation active au sein de notre société. Il nous faut élaborer, écrire, modifier et mettre en vigueur des codes sociaux qui valorisent nos femmes et nos filles au même titre que les hommes.

Faut-il une initiation préalable au-delà d'une formation académique solide pour être un bon politicien au Congo ?

Le mot opératif est "bon" et non "politicien", car comme le disait l'ancien Président de l'USSR, Nikita Khrushchev, "Les politiciens sont les mêmes partout. Ils promettent de construire un pont même là où il n'y a pas de rivière". Au cur bien né la valeur n'attend pas la formation académique ou l'initiation au préalable. Etre bon politicien signifie des différentes choses à des différents individus, surtout quand on tient compte des intérêts incessants qui s'enchevêtrent avec les précédents pour satisfaire de groupes d'intérêts donnés. Au minimum donc, "bon politicien" ne signifie tout simplement pas être mieux préparé pour servir le pays mais doit aussi signifier que le peuple congolais est en premier lieu bénéficiaire du travail et de la compétence du politicien quelque soit le bagage intellectuel ou professionnel que la personne apporte pour solutionner les problèmes du pays. 

Quel doit être le profil d'un homme politique responsable ?

Un homme intègre, bien informe, compétent, intéressé au sort du peuple, et profondément dédié au pays. Une personne qui n'ignore pas sa base politique et dont l'action quotidienne ne diverge pas de l'attente et des prévisions de sa base. L'homme politique responsable est celui qui objectivise la nation congolaise et ne cherche pas à s'affranchir des rapports fructueux avec elle. Il inspire confiance et respect.

Existe-t-il une classe politique en RDC ?

La classe politique existera aussi longtemps que les congolais exerceront des actions politiques au sein du gouvernement ou dans l'opposition. Le caractère de cette classe politique est toute autre chose, elle laisse peut à désirer. La classe existe si on se passe de l'apport directe du peuple congolais qui est suppose conférer ce statut et exiger une gestion rationnelle de la chose publique ou le respect de ses libertés. La classe politique congolaise n'est donc pas représentative du peuple dans le sens démocratique mais plutôt dans le sens vulgaire ou usurpateur, recherchant toutefois les aspirations du peuple et les buts de la démocratie à sa manière. La classe politique congolaise ainsi conçue jouit de l'aspect quantitative qui lui confère les contours définissables d'une classe politique mais elle est appauvrie par l' aspect qualitatif de sa raison d' être qui est prive du mouvement de masse et de la stratégie qui donnent causes et raisons a la force politique d' une nation.

« Les hommes naissent et demeurent libres et égaux en droits. Les distinctions sociales ne peuvent être fondées que sur l'utilité commune ». Que vous inspire cet article 1er de la Déclaration des Droits de l'Homme et du Citoyen de 1789 ?

Cette vielle version de l'Article 1 nous inspire moins confiance par son ambiguïté sur les "distinctions sociales" que la forme courante ou la version actuelle de l'Article 1 qui dit " Tous les êtres humains naissent libres et égaux en dignité et en droits. Ils sont doués de raison et de conscience et doivent agir les uns envers les autres dans un esprit de fraternité". On retient ici les dimensions de la liberté, l'égalité et la fraternité. Les hommes et femmes, ainsi que les nations du monde, doivent s'engager à offrir généreusement de plus larges possibilités de pratiquer le respect des droits de l'homme, a briser les barrières élevées par les notions préconçues, et a développer des sentiments de responsabilités morales et civiques afin de promouvoir la fraternité humaine.

L'homme de la rue présente la démocratie comme une simple protection des droits des bourgeois égoïstes. Comment réagissez-vous à cette affirmation ?

Une opinion qui n'est pas différente de théories et concepts qui se nourrissent de cliches simplistes du discours politique. Il ne suffit pas de présenter la démocratie sous un angle moins flattant, il importe toutefois de nous révéler avec quoi on compte substitue cette démocratie qu'on accuse d'être à la "protection des droits de bourgeois égoïstes". La dictature, par exemple, est-elle mieux que la démocratie? Quelque soit sa préférence pour un système donne on doit tenir compte du fait de (1) la répartition du revenu global d'une nation qui obéit toujours a des lois en vigueur, (2) les forces du marche interne et externe, (3) la production pour le marche, (4) la loi de la valeur et les échanges d'équivalents et (5) la préférence de la majorité du peuple du pays. En tout cas on trouvera les contradictions au sein de n' importe quel système de participation politique qu'on embrasse, mais on aura du mal a proposer ou trouver un système autre que la démocratie qui apporterait un sens d'équité et de verte a la politique. La démocratie est loin d'être un instrument de classes dominantes ou de la bourgeoisie; elle est un instrument politique tout court qui n'est pas parfait: Jamais complément acquise car susceptible d'avancer ou de reculer selon la pression de temps et des circonstances.

La construction d'un ordre international pacifique fondé sur le droit, suppose-t-elle la liquidation de la souveraineté ?

Ce serait intéressant de voir la ou vont nous mener cette mondialisation du marche et de la technologie, ainsi que les visées de Nations Unis car il n'y a pas très longtemps qu'on reprochait justement au communisme de vouloir abolir la nationalité, la patrie et l'individualité. La souveraineté est intimement liée à l'identité. C'est aussi la puissance de la souveraineté des pays comme la France, la Chine, les USA, la Russie, etc... qui leur prête leurs droits de veto au sein de la communauté des Nations Unis. Sans la souveraineté nous sommes tous une seule communauté d'humains, et l'égalité devant la justice devrait être de droits à tous. Nous ne voyons pas comment ces pays puissants pourraient se passer de leur privilège de veto ou permettre l'ingérence constante de gens qui habitent à l'autre bout de l'hémisphère. L'Amérique par exemple est loin d'être prête pour cet exercice d'ingérence étrangère, étant profondément individualistique; la Chine pourtant communiste ne semble pas être prête à bouger. Il ne manque toutefois pas d'optimistes mondialistes: L'ancien Secrétaire-General de l'ONU, Boutros-Ghali, disait dans son "Agenda pour la Paix" (en 1992) que "Le temps de souveraineté absolue et exclusive, en tout cas, est passe". Il a peut être raison: Les réalités sont telles que la souveraineté aura toujours sa place mais un bourreau du peuple ne pourra plus s'en servir pour excuser les atrocités et autres excès insupportables perpétrés contre son propre peuple ou ses voisins. Le monde a une obligation morale d'aller au secours d'un grand nombre de populations innocentes en danger de mort ou prises entre deux feux par des bandits assoiffes du pouvoir. Il importe toutefois que la communauté internationale mette en place des règles équitables qui n'épargneront pas les grandes puissances tout en continuant à harceler les pays en voie de développements. Il ne faut pas non plus que cet instrument d'ingérence salvatrice exceptionnelle pour faire avancer les droits de l'homme autour de la planète soit utilise pour des fins égoïstes ou impérialistes par les puissants pays du monde. Le droit de souveraineté demeure raisonnablement un principe inviolable pour le moment, mais il l'est sous l'il vigilant et parfois impatient de la communauté internationale.

La gestion de la chose publique en RDC a été catastrophique. Peut-on continuer à parler des hommes d'expérience en ce domaine ?

Un homme d'expérience dépourvu d'intégrité et de caractère n'inspire pas confiance ou respect. Il est difficile d'être exempt de préjugés envers nos hommes politiques congolais bien qu' on soit conscient qu' il y a de congolais compétents qui ne sont jamais allés au bout de leur possibilité mais se sont retrouvés dans l' engrainage de la machine politique du pays a leur disposition. Les rares qui n'ont peut être pas trempe dans la magouille et font cas d'exception sont à récupérer; mais dans la plupart de cas de nos politiciens, l'expérience ne doit pas être surestimée. C'est la compétence et l'intégrité du candidat nouveau ou ancien qu'il faut exiger pour remplir un poste vacant.

On fait plus de tort a l' avenir du Congo en reprenant et appuyant des éléments criminels ou corrompus au détriment d'un sang nouveau et compétent que la nation congolaise a à offrir. Il faut récupérer les récupérables, mais il faut surtout éviter ceux qui ont été foncièrement mauvais envers le peuple congolais quelque soit leur compétence. S'il s'avere que la plupart des politicards congolais moins civiquement répugnant ont abandonne leurs voies des arrivistes dédiés à fortifier leur prestige et de n'avoir des yeux fixes que sur l'étroit horizon des intérêts égoïstes ils peuvent toujours être disponibles pour le consulting au gouvernement. On les consulte pour des projets exigeant leur compétences et connections, ou on les confie des dossiers discrets ou de peu de visibilité mais utile a la nation. Il faut laisser l'effort sérieux vers la cohérence nationale à la nouvelle génération et aux gens compétents. Une nouvelle force politique doit souffler sur la vie de la nation et remanier certains de ses éléments pour ériger un état congolais puissant.

L'expérience a sa place et ses honneurs quand il y a intégrité et sagesse; le temps de l'empirisme politique pur et simple est révolu, il faut laisser la jeunesse congolaise apporter sa vigueur politique et analytique à la table des concertations pour la reconstruction du Congo.

Propos recueillis par Jean-Macaire Munzele Munzimi et Sylvestre Ngoma

Publié le 08 Décembre 2002

Djo Mwamba
Fonction: Banquier (et Prof de Finances)
Vice-President and Operations and Credit Administration Manager
ABN-AMRO North America/Standard Federal Bank
Agri-Business Division
USA
Email: MwambABCDJ@aol.com


 
 
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