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Comment devient-on journaliste en République Démocratique du Congo ?

MURHULA-AMISI NASHI Emmanuël, Docteur en Sciences sociales (Information et Communication).

Thèse de doctorat Titre: "Le méga-énonciateur, sujet du discours de la presse. Approche sémio-pragmatique de la polyphonie scripto-visuelle"


Congo Vision: Pourquoi les informations sensibles sur la République Démocratique du Congo en période de crise proviennent souvent de la presse étrangère?

MURHULA-AMISI NASHI Emmanuël: Ces informations proviennent souvent de la presse étrangères pour trois raisons, me semble-t-il :

- D'abord, la plupart des informateurs locaux se tournent vers les médias étrangers, car ils considèrent que ceux-ci jouissent d'une plus grande d'audience internationale - ce qui n'est pas faux -, et que par ce biais les décideurs occidentaux - qui ne lisent pas la presse congolaise - ont plus de chance d'être informés sur ce qui se passe au Congo.

- Ensuite, il faut tempérer cette afirmation et se rendre compte que ces informations sont également publiées dans la presse congolaise, sauf que peu de personnes la lisent ou lui accorde de l'importance, en partie à cause du traitement passsionnel de ces informations dans la presse. Ceci n'explique pas tout. Il y a également des "tares" à dénoncer. Je me souviens que je me suis désabonné du "Courrier international" il ya deux ans, parce que je m'étais rendu compte que ce journal qui faisait une sorte de la revue de la presse mondiale, sélectionnait dans la presse de chaque pays une information qui y faisait la une. En France, on citait "Libé" ou "Le Monde"..., en Allemagne "Der Spiegel"..., en Suisse "La Tribune de Genève"..., au Cameroun "Le Messager"... Une seule exception : pendant un an d'abonnement, j'ai constaté que pour le Congo le "Courrier international" n'avait cité aucun journal congolais. Le regard congolais sur les évéments du Congo était celui du "Soir" ou de "La Libre Belgique". J'ai arrêté mon abonnement !

- Enfin, on peut citer des raisons économiques. Un journaliste du "Monde", du "Soir", ou de "RFI" peuvent, bien plus facilement qu'un journaliste congolais, téléphoner n'importe quand dans n'importe quel coin du Congo et obtenir ces informations, ou les vérifier, sans craindre pour sa facture...

Congo Vision: On a l'impression que le journaliste congolais est absent dans les zones de guerre. Quel est le rôle du journaliste congolais en temps de guerre?

MURHULA-AMISI NASHI Emmanuël: En effet, ce n'est qu'une impression, car le journaliste congolais est bien présent dans les zones de guerre, ne fût-ce que parce qu'il y vit. A Bukavu, à Kisangani, à Goma, etc., des journalistes congolais pratiquent leur métier, au péril souvent de leur vie. En ces temps de guerre, le rôle du journaliste n'est pas fondamentalement différent de son rôle en temps de paix, à savoir donner une information fiable, vérifiée et recoupée. La seule différence qu'il me semble utile de souligner, c'est que dans un contexte de guerre d'occupation comme celui du Congo, les journalistes se trouvent dans une situation exceptionelle leur imposant d'exercer un "devoir de commentaire". Le journaliste ne peut se contenter de rapporter des faits et discours, il a l'obligation de les expliquer, de les commenter et de prendre position, au nom des valeurs universelles. Peut-il se contenter de rapporter que des soldats rwandais enferment des chrétiens dans une église avant d'y mettre le feu, qu'ils enterrent des femmes vivantes, qu'ils ont occasionné la mort de près de 4 millions d'innocents, sans dénoncer ces faits?

En ce sens, il faut rendre hommage au travail fait par des gens comme Charles Nasibu, éditeur du "Messager du peuple" à Uvira, aujourd'hui réfugié au Burundi, traqué par les "autorités rebelles" du RCD-Rwanda que ses articles dérangent . Du côté du Nord-Kivu, le journaliste Nickaise Kibel, éditeur des "Coulisses" fait le même travail. L'un comme l'autre donnent des informations sur la guerre, en même temps ils pratiquent ce "devoir de commentaire" dont je parlais tout à l'heure.

Propos receuillis par Sylvestre Ngoma.

Publié le 28 novembre 2002


Contact:

MURHULA-AMISI NASHI Emmanuël
emmanuel.murhula@mail.comu.ucl.ac.be

 

 

 
 
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