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Comment devient-on journaliste en République Démocratique du Congo ?

Sylvestre NTUMBA MUDINGAYI, Journaliste à la RTNC, répond à nos questions.


Congo Vision : Aujourd'hui, il suffit d'avoir de l'argent, d'être universitaire pour devenir journaliste. Ne va-t-on pas vers une fragilisation de ce corps de métier ?

Sylvestre Ntumba Mudingayi: Ni l'argent, ni le titre universitaire ne sont aujourd'hui des conditions pour devenir journalistes. Si l'argent était une condition, comment expliqueriez-vous le fait qu'il y a des gens qui ont des autorisations de publication et qui publient leur canard sans aucune périodicité précise. Ils arpentent tous les bureaux de la capitale pour quémander de l'argent et ainsi pouvoir sortir un numéro. Généralement, des aventuriers sans foi, ni loi. Ils sont majoritaires.

De même, le niveau d'instruction n'est pas un critère. Il suffit pour s'en convaincre de lire certains canards. C'est écrit dans des langues qui ressemblent aux langues connues.

Tout ce qui précède ne vise nullement à balayer votre affirmation. C'est juste une nuance. Il est vrai que, comme vous le dites, cela fragilise le métier. Le crédit, la dignité et l'honneur du journaliste sont de plus en plus rangés au placard. Indépendamment du fait que le métier est envahie par des aventuriers qui pensent résoudre leur problème de chômage, il y a le fait que le métier ne nourrit pas son homme.

Que pensez-vous obtenir d'un journaliste dont la rémunération n'excède pas 30 dollars américains. Il se "prostitue" pour vivre. Il affirme dans un même journal une chose et son contraire. On fait du journalisme clientèle pour plaire. Dès que l'on publie, on s'empresse de téléphoner qui de droit pour honorer la facture. On prend trop de liberté avec la vérité.

Congo Vision : Alors, comment devient-on journaliste ?

S. NT.: De plusieurs façons. Il y en a qui, par un cursus académique normal, aboutissent au métier. Il y en a qui, quelque soit leur formation, se trouvent à un moment donné attirés par le métier. Il y en a qui débarquent dans la profession par un simple concours de circonstances. Un oncle est nommé PDG. Un ami a créé un journal. Une simple alternative au chômage.

A cela, il faut ajouter le fait que l'Union de la Presse du Congo à qui revient encore malheureusement la prérogative de la distribution de la carte de presse, utilise ce fait comme juste un moyen pour se faire un peu d'argent. "Tout le monde" a une carte de presse. Aussi bien le balayeur que l'huissier. Certaines personnes ne recherchent la carte de presse que pour les facilités et avantages qu'elle engendre: accès gratuit dans les bus, au stade,...

Congo Vision : La manipulation dans le traitement médiatique des malaises sociaux par certains journalistes donne une image moins reluisante de cette profession. Quelles alternatives faut-il pour contraindre ces journalistes à une certaine éthique?

S. NT.: Deux conditions pour résoudre cette équation qui souille l'image du journaliste. D'abord, re-organiser la profession en la dotant des institutions fortes qui peuvent permettre de régenter tant soit peu le secteur. Aujouird'hui, la profession est une jungle. On y vient comme et quand on veut. On y vient avec des cahiers de charge que l'on oublie dès le lendemain.. On utilise la presse pour des réglements de compte aussi bien politiques que personnels. Il faut savoir sanctionner tout cela déjà au niveau de la profession avant même de recourir à la justice. Quelque soient les abus, on n'a jamais entendu ou vu un journaliste se faire confisquer sa carte de presse.

Ensuite, il faut poser des conditions minimum en termes de la considération sociale d'un journaliste. On ne devrait pas permettre que, par exemple, on crée un organe de presse pour payer 20 dollars à un journaliste. Quelle indépendance, quelle conscience peut-on attendre de ce journaliste. Il est tout de suite prêt à se vendre pour des cacahuètes.

Congo Vision : Le journaliste, est-ce un métier en quête de reconnaissance sociale ?

S. NT.: Malgré toutes les bévues, le journaliste congolais continue malgré tout à jouir d'un certain prestige dans la société. Ecorné, certes. Mais les choses ne sauraient durer. La clochardisation aidant.

Congo Vision : La responsabilité sociale des médias n'est-elle pas de donner un sens au réel ?

S. NT.: La presse a un rôle à jouer. Surtout dans un pays en développement. En plus en proie à une crise multiforme d'une ampleur inimagnable. La presse a le devoir de donner aux faits un éclairage qui permette aux populations d'apprécier à leur juste mesure les enjeux auxquels la société doit faire face. Or, ce rôle est aujourd'hui compromis par la série de pesanteurs évoquées ci-haut.

Congo Vision: Avez-vous quelque chose à ajouter?

S. NT.: "L'avénement de la démocratie" a ouvert le domaine à toutes sortes de personnes. Des personnes au profil moral et intellectuel disparate. Le résultat est là aujourd'hui. Sous prétexte de ne pas faire obstacle à la libre expression, on a laissé tout faire.

Publié le 24 novembre 2002


Contact:

NTUMBA Sylvestre MUDINGAYI
4, av. ISANGILA
C/ Bandalungwa,
Kinshasa, RDC
Tél : (243) 0818103635
Email: ntumbamudingayi@un.org


Questions supplémentaires de nos internautes à nos experts:

1) Pourquoi les informations sensibles sur la République Démocratique du Congo en période de crise proviennent souvent de la presse étrangère?

2) On a l'impression que le journaliste congolais est absent dans les zones de guerre. Quel est le rôle du journaliste congolais en temps de guerre?


 

 

 
 
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