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Comment devient-on écrivain en République
Démocratique du Congo ?

Wembonyama Okitotsho Stanis, Médecin-Pédiatre, Professeur de pédiatrie, et de santé publique est l'auteur de nombreux articles scientifiques, écrivain-poète, il a publié une dizaine d'ouvrages.


Congo Vision: Comment percevez-vous votre rôle d'écrivain?

Wembonyama Stanis : Lorsque j'ai commencé à écrire, je ne me voyais pas être investit d'une mission quelconque ou d'un rôle particulier ; mais c'est quand j'ai commencé à être confronté aux dures réalités de mon métier que j'ai senti le devoir de partager avec les autres la douleur, la misère de ceux que j'étais appelé à soigner, pendant qu'ils n'avaient pas la parole et que leurs parents étaient complètement désarmés. Ensuite, le vide éducatif autour de l'enfant face à l'évolution de la société et au brassage des cultures l'a laissé sans repères. Il fallait donc donner des repères aux enfants, à la jeunesse, aux éducateurs et aux décideurs. Avec l'espoir qu'ils me lisent, qu'ils me comprennent, qu'ils en tiennent compte.          Je suis un témoin privilégié de mon temps et de ce qui se passe à l'abri du secret médical, je reçois des confidences et des témoignages que même le les juges ne peuvent recevoir, je reçois des gens diminués physiquement, moralement, financièrement et qui peuvent se faire escroquer par le premier charlatan venu. J'ai donc la chance de voir et de comprendre ce que les autres n'obtiennent que de seconde main. Alors, je témoigne à mon tour pour le plus grand nombre, je dénonce toutes les formes de violence, la misère et les irrégularités.

J'en appelle à la prise de conscience par une éducation citoyenne et sanitaire et enfin. Mon rôle est enfin d'apporter un divertissement et un rêve dans les  milieux qui en manquent des plus sains.

Congo Vision: Comment êtes-vous devenu écrivain?

Wembonyama Stanis : J'ai commencé à écrire très jeune. Je devrais avoir six ans. Je voulais m'exprimer, moi qui suis un non violent. Par la suite, j'ai senti le besoin de partager avec les autres les affres de mon métier que je prenais tant à cœur. Ecrire me dispensait de pleurer, d'abandonner, de prendre des drogues ou de faire mal mon métier. Et puis, je me suis dit : pourquoi ne pas égaler les plus grands écrivains. Cette ambition m'a poussé à écrire pour prendre date avec l'histoire, à apporter ma contribution à l'analyse des grands problèmes du moment,, qui se révèlent se perpétuer et même s'aggraver depuis que je suis en mesure de comprendre la vie.

Congo Vision: L'écrivain congolais atteint-il son audience cible? Apparemment, le problème de langue n'est pas à négliger.

Wembonyama Stanis : Chaque écrivain écrit pour un public particulier. On peut le choisir délibérément ou d'une façon inconsciente. Il s'avère à la longue qu'un public donné préfère lire un tel auteur plutôt qu'un autre. A partir de ce moment, l'écrivain prend conscience de l'impact de ces livres sur les lecteurs et décide de poursuivre ou de rectifier le tir.

La langue n'est pas vraiment un handicap majeur. Notre pays souffre de plusieurs maux qu'il faut prendre en compte : la force de la tradition orale, l'insuffisance de traditions des écrivains massivement connus, l'insuffisance de l'éducation à la lecture et à la compréhension des textes à grande échelle, le manque d'incitation et de motivation du lecteur. C'est le fait de convaincre qu'il trouvera dans les livres une source fiable d'informations et d'analyses pertinentes.

   Si le Congolais continue à se rabattre sur les rumeurs, c'est qu'il ne trouve pas nécessairement une information sûre, ou à son goût dans ce qui se présente à lui. Il s'agit donc de varier les genres, les rubriques, les points de vue. Le pouvoir d'achat, le niveau intellectuel, le fait d'occuper un poste de responsabilité ne sont pas suffisant pour déterminer un individu à lire. Il y a des professeurs d'université, des décideurs politiques qui ne lisent pas et préfèrent se faire raconter l'histoire.  

Congo Vision: Comment peut-on susciter et encourager le goût de lire et d'écrire à la jeunesse congolaise?

Wembonyama Stanis : C'est un vaste programme que de susciter et d'encourager à lire et écrire. Il faut certainement commencer très jeune,. dès le domicile des parents, à l'école maternelle et continuer au secondaire et même à l'Université. Il faut très jeune donner le goût de la lecture et de l'écriture, faire découvrir les joies de lire  un texte. Pour cela, il faut motiver les enseignants dans leur formation et leur profession, motiver les parents, imposer dans les écoles la lecture à haute voix, inonder les écoles, les cercles culturels,  de livres, de revues, d'albums de bandes dessinées. Il faut multiplier les salles de lecture dans les quartiers afin de les rapprocher des lecteurs potentiels. Il importe de rendre le livre accessible financièrement et géographiquement. Il faut en outre  susciter un esprit critique, et convaincre que l'information se trouve aussi dans les livres.

Congo Vision: Quels sont les problèmes majeurs que connaît l'écrivain congolais actuellement?

Wembonyama Stanis : L'écrivain congolais est loin de vivre de son œuvre. Il n'a pas non plus la considération et la notoriété qu'il est en droit de mériter comme dans d'autres cieux. Il n'est pas valorisé à travers  ses écrits. L'écrivain congolais souffre d'un manque de lecteurs. Il n'y a pas de salles de lecture ni de librairie spécialisées. Il n'y a pas non plus d'intégration des textes d'écrivains congolais dans les programmes d'enseignement national.

La critique littéraire n'aide pas non plus les écrivains à progresser. Tous s'acharnent à descendre les rares écrivains qui osent écrire. Ils  doivent écrire selon leurs normes. Plus important est que la légitimité ne peut s'obtenir qu'en occident, d'autant plus que notre pays manque d'éditeurs professionnels, de circuits de promotion et de distribution de livres. Les subventions de l'Etat manquent cruellement, la censure implacable peut  décourager plus d'un.

Congo Vision: La littérature congolaise peut-elle aider à transformer notre société?

Wembonyama Stanis : L'apport de la Littérature dans le développement de notre société peut être évident, à condition de lui donner la place qui lui revient et d'investir dans le domaine.  En effet, la Littérature est le témoin de son temps, une succession de repères, la mémoire historique et de ce fait doit permettre une prise de conscience nationale sur les vrais enjeux. La littérature peut aider les gens à savoir comment les autres pays ont procédé pour réussir leur développement, interpeller la communauté nationale, aiguiser la mémoire critique du peuple , bref, créer un esprit de créativité et d'entreprise propice à des actions de développement. La Littérature met sur le marché des idées que les chercheurs vérifient, que les parents et décideurs adoptent. Les philosophes, les moralistes appellent à la prise de conscience. Les contes et les fables incitent à la sagesse. Le rayonnement de la Littérature ne peut certes à elle seule amener le développement, mais elle peut apporter des idées productrices, des devises et déterminer les débats autour des grands thèmes de développement.

Congo Vision: Qui sont, à votre avis, les grands espoirs de la Littérature congolaise de demain? Quel regard portez-vous sur l'écrivain congolais d'aujourd'hui?

Wembonyama Stanis: Avant de parler des grands espoirs de demain c'est d'abord, connaître la majorité des écrivains congolais, analyser leurs œuvres, apprécier leur notoriété, leur influence réelle, les comparer, apprécier leur apport et la puissance de leur écriture. Beaucoup de Congolais écrivent à travers le monde et particulièrement en Occident, ils sont très peu connus au pays. Les autres écrivent, mais ne sont pas édités, d'autres sont édités mais non distribués et non lus, le plus grand nombre disposent de manuscrits dans les tiroirs.

Mon regard sur l'écrivain congolais dépend du concours financier, matériel et moral qu'il bénéficiera , de la faculté du public à lire et à acheter ses œuvres, à la faculté de la critique de comprendre le rôle constructif qu'elle doit jouer, à l'introduction de ses textes dans les programmes scolaires de notre pays.

Congo Vision: Vous sentez-vous en compétition avec d'autres écrivains congolais ou africains?

Wembonyama Stanis: Non, je ne me sens nullement en compétition avec d'autres écrivains. J'estime seulement apporter ma pierre, une voix de plus, un autre regard sur l'évolution du monde. J'espère toucher d'autres cibles afin de compléter les brillants écrivains congolais ou africains qui sont déjà sur la scène publique. Mon souhait est de voir les Congolais et les Africains couvrir l'ensemble de la planète de leurs écrits. Moi je ne peux qu'inciter les autres à écrire. Il y a des talents qui n'osent pas s'exprimer, d'autres n'ont pas le temps, d'autres ne trouvent aucun intérêt. Je suis solidaire de tous ces courageux, parce que je vis les mêmes difficultés qu'eux. Si je peux avoir les moyens de les promouvoir, je n'hésiterai pas. Le seul pincement au cœur que j'ai est de voir continuellement valoriser d'autres écrivains africains plutôt que les Congolais. Beaucoup ont des talents évidents

Congo Vision: Existe-t-il un lien entre la littérature et la politique au Congo?

Wembonyama Stanis. Tous les écrits peuvent être considérés comme politiques. Cela dépend du côté où l'on se situe. D'un autre côté, la politique de la littérature est une évidence. A partir de  moment, il  distinguer les écrits purement politiques et engagés, des autres écrits qui peuvent incidemment devenir politique. De toute façon, la censure, l'appartenance ethnique ou à un groupement politique peuvent donner une connotation politique à des écrits qui n'ont qu'un rôle éducatif. Le lien entre la littérature et la politique sera encore plus étroit dans les années à venir lorsque les écrits seront plus nombreux et leur diffusion plus large.

Congo Vision: Quels écrivains vous ont le plus influencé?

Wembonyama Stanis : Je n'ai pas été influencé par les d'écrivains congolais. Je ne les ai pas appris à l'école, leurs œuvres ne sont pas faciles à trouver sur le marché. Et pourtant, nous avons des grands écrivains qui méritent un meilleur sort que ce qu'ils ont aujourd'hui. Certains de ces écrivains n'ont de notoriété que par les éloges qu'en font les critiques littéraires, très peu ont été réellement lus. L'initiative de Congo Vision aboutira certainement à la valorisation de nos écrivains et je suis convaincu de la justesse de la démarche.

Propos receuillis par Sylvestre Ngoma

Publié le 03 janvier 2004

ŒUVRE LITTERAIRE ET SCIENTIFIQUE  

Editions LAKASO/Enfant Africain

Centre d'Etudes et de Recherches sur l'Enfant Africain

Adresse : 9202, Avenue KABALO LUBUMBASHI
Tél : (OO 243) 970 277 20
(00243) 81 4O3 63 33
E-Mail : wembostanis@yahoo.fr

Déjà paru

Collection Littérature

- La pirogue de l'espoir (Poèmes)

- Au secours Docteur (Nouvelles)

- La déchirure (Poèmes)

- L'apatride (Poèmes)

- L'exil (Poèmes)

- L'Ame Picarde  (Poèmes)

- Autour du feu Tomes  et 2   (Contes inédits)

- Le cri de désespoir (Poèmes)

-A l'ombre de la paix en Afrique  (Poèmes)

-Souvenirs d'enfance (Poèmes)

-Dents de la mort  (Nouvelles)

 

Collection du Centre d'Etudes et de Recherches sur l'Enfant  Africain(CEREA)

-Utilisation des solutés de perfusion d'usage courant

-La vaccination des enfants en milieu tropical

-La guerre   d'agression en RDC : les conséquences médicales et éléments de  solution

-Le Sida comme conséquence de la guerre d'agression en RDC

- L'enfant victime de conflits armés en Afrique

 

A paraître

 

Collection Littérature

-En plus c'est vrai (Nouvelles)

-La peur de l'inconnue (Poèmes)

-Le cœur, la raison et la non violence  (Poèmes)

-Le livre de mes illusions (Poèmes)

-Autour du feu (Contes)

-La violence me gène (Poèmes)

 

Collection du Centre d'Etudes et  de Recherches sur l'Enfant Africain

 

-La Santé de l'enfant au travail

-L'enfant porteur de handicap

-Pédiatrie et Santé Publique

En préparation

Collection Littérature

-Le guide de la connaissance  (Réflexions)

-Au fil de ma vie (Le sens de mon combat)  (Réflexions)

-Quand je serai grand    (Roman)

-Entendre pleurer un enfant (Poèmes)

-Le livre de mes certitudes  (Poèmes)

-L'age de la raison (Nouvelles)

- Le livre des ruptures (Poèmes)

-Mes rêves et mes espoirs (Poèmes)

-Sous perfusion (Réflexions)

-Autour du feu  (Contes inédits)

-Le destin de l'homme (Récits)

Collection du Centre d'Etudes et de Recherches sur l'Enfant Africain

-La surveillance de l'enfant drépanocytaire

-La prise en charge des enfants atteints de Malnutrition

-L'Adolescent en milieu tropical

-Les droits de l'enfant en Afrique

-Santé Publique et Pédiatrie Préventive en Afrique tropicale

-Les problèmes médico-sociaux de l'enfant drépanocytaire en RDC

Revues de publication

-Développement et Santé de l'Enfant Africain

-Santé et vie

L'Auteur :

Né à OKUWAMBO (LUBEFU) le 15 août 1952, il est Docteur en Médecine, chirurgie et accouchements, Spécialiste en pédiatrie et puériculture, agrégé de pédiatrie pour l'enseignement supérieur, spécialiste en biologie et médecine du sport, spécialiste en physiologie et médecine aéronautique, et détenteur d'une attestation d'études de pédiatrie préventive de l'Université de Picardie (France) et d'un diplôme d'économie de la santé de l'Université Paris VII.

Auteur d'une centaine de communications et de publications scientifiques internationales et nationales, il est écrivain (Nouvelles, Poèmes, contes) et journaliste.

Le Docteur WEMBONYAMA est actuellement médecin à la polyclinique KIUBO, Professeur des Universités, Directeur Général du Centre Universitaire de Mbujimayi/Extension de l'Université de Lubumbashi, Directeur du Centre de l'enfant africain, République Démocratique du Congo.

Si vous êtes écrivain congolais (ou africain) et êtes intéressé par ce dialogue, veuillez y prendre part en répondant aux mêmes questions.

 

 

 
 
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