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Comment devient-on journaliste en République Démocratique du Congo ?

Charles Djungu Simba, Journaliste, Ecrivain, Enseignant et Chercheur Congolais résident en Belgique, répond à nos questions.


Congo Vision : Aujourd'hui, il suffit d'avoir de l'argent, d'être universitaire pour devenir journaliste. Ne va-t-on pas vers une fragilisation de ce corps de métier ?

Djungu Simba : Je ne sais pas si je suis la personne la mieux qualifiée pour vous répondre ! Mais la manière dont vous formulez votre question me laisse penser que mon parcours vous paraît assez exemplatif. Je suis universitaire dans le sens où ce vocable veut signifier enseignant et ou chercheur à l'Université. Je suis venu au journalisme sans déserter ma carrière d'enseignant (à la faculté des Lettres de Lubumbashi, puis à l'Institut Pédagogique national de Kinshasa) que je poursuis activement. Recruté à l'Ozrt sur base d'un concours ( le seul organisé depuis que cet organisme existe : nous étions plus de 300 diplômés d'université et seulement 8 ont été retenus dont la moitié provenaient de l'ancien Institut Supérieur des Sciences de l'Information). Nous avons ensuite suivi une formation à la fois théorique et pratique au Studio-Ecole de l'Ozrt, avant d'entamer une période de stage de 6 mois. C'est seulement bien après que nous avons été lâchés, pour faire nos preuves. Quant à la motivation qui nous a poussés à embrasser la profession de journaliste, je laisse à chacun le soin d'éclairer la lanterne de vos internautes. En tout cas , nous n'avions pas d'argent ; peut-être même que nous en cherchions plutôt. Vous avez raison d'affirmer qu'il y a trop de marchands dans le temple. Et ils y pénètrent plus par effraction que par la bonne porte. Mais n'avons-nous pas, comme pour d'autres corps de métiers, les journalistes que nous méritons ? Nous sommes dans une société où tout le monde (ou presque) court après l'or et puisque l'or est rare, la plupart se contentent du toc. A défaut d'être, on se tue à paraître. Cela fait partie des anti-valeurs qui ont miné notre société. Et puis, les gens croient que le journalisme mène à toutů

Congo Vision : Alors, comment devient-on journaliste ?

D. S : C'est simple : il faut aimer le métier, faire montre des dispositions et compétences ad hoc et se soumettre à la sanction scolaire. Le journalisme, ça s'apprend ; c'est une science, avant d'être un art. Ce qui veut dire qu'il peut y avoir de médiocres journalistes et d'excellents journalistes. Mais l'essentiel, c'est d'être d'abord journaliste. Ca ne se décrète pas, on ne s'autoproclame pas journaliste dès qu'on a un micro à la portée de sa bouche. D'où cette fixation sur la profession (il suffit de lire certaines cartes de visite !) de la plupart de ceux qui ne sont en réalité que des polémistes, griots, DJ, animateurs, publicistes, etc. ! Beaucoup de compatriotes ont toujours pensé que pour devenir journaliste, il fallait absolument étudier à l'ISTI. Je ne suis pas le premier à affirmer que ce fut une mauvaise orientation de présenter l'ISTI comme la pépinière obligée du journalisme en RDCongo On peut très bien - et c'est même mieux - aller au journalisme en se spécialisant d'abord dans un domaine de savoir bien précis : droit, médecine, lettres, sciences politiques, etc. Par ailleurs, il ne faudrait pas confondre la communication qui est un champ très vaste avec le journalisme qui a pour objets la collecte, le traitement et la transmission de l'information.

Congo Vision : La manipulation dans le traitement médiatique des malaises sociaux par certains journalistes donne une image moins reluisante de cette profession. Quelles alternatives faut-il pour contraindre ces journalistes à une certaine éthique?

D. S : C'est à l'ensemble de la corporation de veiller sur le respect de la déontologie professionnelle et de l'éthique journalistique. De veiller et de faire respecter, en rappelant à l'ordre les brebis galeuses, en faisant déguerpir les clandestins et les sans-papiers journalistiques. La tâche n'est pas facile, comme vous le devinez bien. Les conditions de vie se sont évidemment si détériorées au pays que l'on excuse facilement certaines pratiques (notamment le fameux coupage, entendez la corruption), mais il y a malgré tout encore de nombreux confrères qui font consciencieusement leur métier, très souvent au péril de leur vie. Et puis, on l'a vu notamment avec la venue de Radio Okapi, dès qu'il y a moyen de travailler correctement et d'être rémunéré avec justice, les mauvaises habitudes disparaissent.

Congo Vision : Le journaliste, est-ce un métier en quête de reconnaissance sociale ?

D. S : Bien sûr ! Le consommateur de l'information, c'est le peuple même mais on ne devient pas pour autant otage, ni caisse de résonance des intérêts particuliers. C'est vrai que l'on pense souvent que le journaliste travaille avant tout pour les détenteurs des pouvoirs (politique, financier, religieux). Sous Mobutu même après lui, ce n'était pas toujours évident de faire le départ entre journaliste et fonctionnaire au Département de l'Orientation Nationale (MOPAP). Ne mettons cependant pas tout le monde dans le même sac ! Ayant été présentateur-vedette à la radio et à la télévision nationales, je peux vous dire que la pression des détenteurs des pouvoirs est presque omniprésente. Le bon journaliste est cependant celui qui sait résister à la tentation de la facilité et à l'envie de plaire, qui n'aliène pas sa faculté de discernement. L'expérience m'a appris que tous vous respectent et vous apprécient lorsque vous ne sacrifiez ni à la vérité, ni à la rigueur dans le travail.

Congo Vision : La responsabilité sociale des médias n'est-elle pas de donner un sens au réel ?

D. S : Notre responsabilité, c'est de dire les faits ( les faits sont sacrés, les opinion sont libres), de les expliquer car nous avons aussi un rôle pédagogique. Si c'est cela donner un sens au réel, tant mieux ! Les faits : qu'est-ce qui s'est passé : où, quand, comment, pourquoi, qui est en cause, qui sont les acteurs ; quel intérêt ce fait peut-il avoir dans l'amélioration du vécu de nos concitoyens. Autant de questions que la plupart de nos « journalistes » ignorent complètement.

Propos receuillis par Jean-Macaire Munzele Munzimi, Docteur en Sociologie.

Contact:

Charles Djungu Simba
djungu@hotmail.com


 
 
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