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Comment devient-on écrivain en République Démocratique du Congo ?

L'écrivain Charles Djungu Simba, auteur de "On a échoué", répond à nos questions


Congo Vision: Comment percevez-vous votre rôle d'écrivain?

Djungu Simba: Ne dramatisons rien : je ne suis le porte-parole de personne ; je ne suis l'ambassadeur d'aucune culture ! Le Congo peut bien se passer de moi (mais pas moi de lui !) Evidemment, sur mes cartes de visite, il m'arrive de marquer « Ecrivain etc ». Mon seul et unique rôle, c'est d'éviter d'être ridicule, de ne pas me prendre pour ce que je ne suis pas ; c'est de pouvoir le matin accepter la gueule que je vois dans ma glace et de supporter sans faillir le regard de ma femme et de mes enfants. J'essaie de faire le plus correctement possible mon travail dans le but de le faire aimer par ceux qui me lisent ou veulent s'y reconnaître tant soit peu. Pour le reste, j'investis dans le temps et dans le métier…

Congo Vision: Comment êtes-vous devenu écrivain?

Djungu Simba: Je ne me considère pas encore comme écrivain. C'est trop tôt. Tout ce que j'ai pu vomir jusqu'ici c'est juste pour garder la main, des épures, des exercices d'entraînement. On ne devient écrivain qu'en écrivant. Et en étant lu ; pour cela il faut le mériter, il faut mériter l'intérêt des lecteurs. Pour bien écrire, il faut lire beaucoup, il faut aussi s'initier à l'écriture, être patient [savoir courtiser les muses], maîtriser la langue dans laquelle on veut s'exprimer. Cela fait déjà, selon moi, 85% du travail. Restent les 15% de je-ne-sais-quoi, le talent paraît-il….

Congo Vision: L'écrivain congolais atteint-il son audience cible? Apparemment, le problème de langue n'est pas à négliger.

Djungu Simba: Il écrirait en lingala ou dans une autre langue de grande audience que le problème serait toujours posé. Ce n'est pas de manquer de lecteurs que souffre l'écrivain congolais. Il lui manque de métier, avant tout. Et par métier, je ne pense pas qu'à la maîtrise de la langue. L'écrivain congolais [ou celui qui se réclame tel] fait encore de la littérature en amateur. Il y a aussi, bien sûr, les autres partenaires qui manquent encore cruellement. Cela va de l'école congolaise qui se meurt aux pouvoirs publics démissionnaires, en passant par les éditeurs, libraires, etc. Bref, faute d'une institution littéraire congolaise digne de ce nom, on ne peut espérer créer une vie littéraire au pays. Ceux qui se sentent une passion pour écrire, ou acceptent de travailler vaille que vaille, ou s'exilent vers d'autres cieux.

Congo Vision: Comment peut-on susciter et encourager le goût de lire et d'écrire à la jeunesse congolaise?

Djungu Simba: Cela commence d'abord en famille ; puis à l'école. Ensuite dans la société. C'est tout le contraire de ce que l'on voit aujourd'hui. Une société où prédomine le goût du lucre, où la culture se confond avec les activités d'un ministre (souvent peu ouvert à la culture), ne peut encourager la littérature.

Congo Vision: Quels sont les problèmes majeurs que connaît l'écrivain congolais actuellement?

Djungu Simba: -Absence d'un Etat respectueux de droits et libertés démocratiques;

-Restauration d'une vie sociale et économique saine, stable (où les industries culturelles peuvent fonctionner normalement);

-Manque des structures d'édition et de diffusion y compris une instance d'évaluation;

-Absence d'un lectorat averti et motivé (le livre doit cesser d'être un luxe).

Congo Vision: La littérature congolaise peut-elle aider à transformer notre société?

Djungu Simba: Il faudrait pour cela que tous les Congolais la lisent, ce qui est déjà impossible. Non, je n'attends pas un tel miracle de la littérature. Nos ambitions sont autres. Nous sommes des inquiéteurs de conscience, des empêcheurs de tourner rond, des gens conscients de leur inutilité (des écri -VAINS). Pour transformer la société congolaise, il faut se tourner vers d'autres compétences. Que chacun porte sa croix, que les enseignants soient de vrais enseignants et qu'ils enseignent ; que les politiciens soient de vrais politiques et qu'ils servent leurs concitoyens ; que les étudiants étudient et les pasteurs soient de vrais disciples du Christ et non des commerçants ensoutanés ; etc.

Congo Vision: Qui sont, à votre avis, les grands espoirs de la littérature congolaise de demain? Quel regard portez-vous sur l'écrivain congolais d'aujourd'hui?

Djungu Simba: On le juge encore hélas à l'aune des turpitudes conjoncturelles de notre pays ! Et il souffre d'un déficit de marketing. Le Congo est cependant un géant littéraire en gestation. Nous avons d'ailleurs de très grands messieurs qui forcent le respect dans le monde : Zamenga (à qui nos universitaires ont fait inutilement un mauvais procès), Mudimbe, Ngandu Nkashama, Kadima-Nzuji, Kama Sywor Kamanda, Jean-Claude Kangomba, José Tshisungu, Pierre Mumbere, et cette bête de talent qui pète de succès : Pie Tshibanda. La liste est loin d'être exhaustive. Je suis fier d'appartenir à cette faune des orfèvres de mots…

Congo Vision: Vous sentez-vous en compétition avec d'autres écrivains congolais ou africains?

Djungu Simba: Tout à fait ! Ce n'est pas de la jalousie ni de l'envie mesquine mais une compétition saine, édifiante, entre pairs dont la plupart sont des amis, du moins ceux que je connaisse. 

Lorsque je découvre sous la plume d'un Tshisungu, d'un Yoka Lye Mudaba, d'un Tshibanda, d'un Kourouma ou d'un Tierno Monenembo, une bonne littérature, un texte fort et beau qui vous prend aux tripes, j'admire, je savoure mais cela me pousse à faire autant si pas plus. Des fois, je me dis à regret : « J'aurais bien voulu pondre un tel titre »…

Congo Vision: Existe-t-il un lien entre la littérature et la politique au Congo?

Djungu Simba: Comme avec tout ce qui se passe au Congo, de bien ou de mal. Nous portons ce Congo en nous et telle notre ombre, il nous accompagne partout, il nous innerve, il nous habite et nos œuvres ne peuvent que s'en ressentir. Tout dépend du degré de création pour chaque écrivain, les realia congolaises, c'est notre matière première mais il y a l'art, l'écriture… Il en va de même pour les lecteurs : cela dépend de ce qu'il cherche ou croit retrouver sous nos plumes. S'il veut apprendre la politique, qu'il lise les politologues ; si c'est l'histoire, qu'il lise Ndaywel ou Mutamba. Nous, on se situe dans un autre registre…

Congo Vision: Quels écrivains vous ont le plus influencé?

Djungu Simba: Les énumérer ? Je risque d'en oublier beaucoup. J'ai été très tôt un grand dévoreur de livres, un rat des bibliothèques : à part les classiques (Racine, Corneille, Molière, Voltaire, Hugo, Baudelaire, Flaubert, Zola, Sartre, Camus, etc.), j'ai lu et je lis à peu près tout ce qui se publie dans le domaine francophone, notamment africain. Obligation professionnelle certes, mais passion littéraire aussi. Je suis toujours en train de lire quelque chose… Si je devais absolument vous citer un auteur, je dirai… Charles DJUNGU-SIMBA K. ! C'est-à-dire cette éponge imbibée de tout ce que j'ai eu à lire et à engranger ci et là.

Propos receuillis par Sylvestre Ngoma

Publié le 19 Décembre 2002

Contact:

Charles DJUNGU-SIMBA K.
Ecrivain & Journaliste Congolais (RDC)
Email: djungu@hotmail.com

Auteur de:

  • On a échoué
  • Cité 15
  • En attendant Kabila
  • Ici ça va (Récit d'exil)
  • Kongo Yetu


 

 
 
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