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L’HUILE DE PALME UNE REELLE SOURCE DE DEVELOPPEMENT POUR NOTRE PAYS (République Démocratique du Congo, RDC)

 

Article soumis par  M.KINDELA, Docteur en CHIMIE (France)

__jean.kindela@wanadoo.fr

 

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Cet article, conçu à partir de mon expérience personnelle dans ce domaine en tant que Chimiste et des données  bibliographiques non indiquées ici, a pour but de montrer qu'en RDC, il n'y a pas que le diamant, le cobalt et le cuivre qui peuvent amener au développement du pays. L'huile de palme a été une source de revenu non négligeable de nos populations avant et pendant la colonisation. Je suis le responsable d'un projet ambitieux "valorisation des métiers des huiles de palme et de palmiste en RDC", en recherche de financement.

Je vous demande donc à la lecture de cet article, de donner vos avis et suggestions chacun dans son domaine de compétences.

 

UN PEU D’HISTOIRE

 

L’huile de palme fut depuis des temps immémoriaux la principale matière grasse dans l’alimentation des populations côtières de l ‘Afrique tropicale malgré leur qualité médiocre car extraite par des procédés rudimentaires.

 

En  1840, l’Angleterre recevait déjà du Niger 15 000 tonnes d’huile de palme et les premiers palmistes arrivèrent en Europe en 1850.

 

Une des premières initiatives furent prises en 1911 par Sir William LEVER, qui passa une convention avec le gouvernement belge pour créer usines et plantations au "Congo Belge". La création des plantations entraîna à son tour des implantations des huileries pour traiter les productions.

 

Les premiers négociants du XIX ème siècle  observaient la manière dont les Africains s'y prenaient pour extraire l'huile de palme dans leurs villages par des procédés rudimentaires.  Ces procédés rudimentaires furent repris par les Européens lorsqu'il fallut créer et développer des technologies adaptées aux nouvelles plantations.

 

La contribution française au développement du palmier dans le monde fut importante, notamment à travers le groupe  franco-belge SOCFIN  et l'INSTITUT COLONIAL DE MARSEILLE qui contribua grandement à l'étude et à la vulgarisation des produits du palmier pendant l'entre-deux guerres.

 

En 1913 les importations atteignirent 200 000 tonnes d’huile et 300 000 tonnes de palmistes.

 

Durant la période coloniale, l'industrie extractive du palmier à huile s'est déplacée de l'exploitation de la palmeraie sauvage, vers des plantations industrielles. La conséquence majeure de ce déplacement fut que l'huile de palmiste, jusque là le principal produit des palmeraies sauvages (à cause des facilités de stockage), fut remplacée par l'huile du mésocarpe du fruit de palme.

 

Les plantations de palmiers à huile étaient tellement productives et tellement rentables que des efforts majeurs furent alloués à la recherche aussi bien pour l'amélioration génétique que pour les systèmes de production. Cette recherche fut effectuée aussi bien dans le public que dans le privé. A la fin de l'ère coloniale, une industrie du palmier à huile efficace, soutenue par des activités de recherche importantes, existait en Afrique et en Asie du Sud-est.

 

C'est pourquoi dans les années 60 (des indépendances de nombreux pays africains), l'Afrique (Nigeria et la RDC en tête) fournissait 74% de la production mondiale d'huile de palme et 55% du total mondial de l’huile de palmiste contre 17% pour l’Asie et le pacifique (10% pour la Malaisie).

 

En 1989, l'Afrique n’apparaît que pour 14% pour l’huile de palme (50% Nigeria et Côte-d’Ivoire) alors que l'Asie se taille la part de lion avec 78% (59% Malaisie et 19% Indonésie). En  ce qui concerne l’huile de palmiste, l'Afrique n’apparaît plus que pour 21% (Nigeria 50% et RDC 16%) alors que l’Asie vient en tête avec 67% de la production mondiale.

 

En 1997, 17,5 millions de tonnes d'huile de palme sont produits dans le monde (Malaisie 10,22 et Indonésie 5,69 avec un rendement moyen de 3,2 tonnes d'huile de palme par ha/an) et 2,17 millions de tonnes d'huile de palmiste (Malaisie 10,22 et Indonésie 5,69 avec un rendement moyen de 0,46 tonnes d'huile de palmiste par ha/an).

 

En 2000/2001, 23,361 millions de tonnes d’huile de palme ont été produits (Malaisie 11,9 Mt soit 51,1 %) et Indonésie 7,3 million de tonnes soit 31,5 %). L’Afrique apporte 1,5 millions de tonnes, l’Amérique du Sud 1 million de tonnes et la Thaïlande 0,53 million de tonnes.

 

DONNEES BOTANIQUES ET ECOLOGIQUES ET PRODUCTION

 

Un régime de noix de palme (noix + rafle) pèse en moyenne entre 10 et 30 kilogrammes et porte 500 à 4000 fruits (moyenne 1500) représentant 60% du poids total. La pulpe ou mésocarpe du fruit (5 à 30 grammes) contient 60% d'huile de palme.

 

La rafle représente 25 à 30 % du poids du régime frais. On s'en débarrasse par incinération. Les cendres issues des incinérations contiennent 50% de potasse anhydre (réactif pour la fabrication et la neutralisation des huiles alimentaires) correspondant à 40 kilogrammes de potasse par tonne de régime. Ces cendres peuvent aussi servir d'engrais.

 

Il s'écoule environ 6 mois entre la floraison et la maturité d'un régime de noix de palme.

 

Les plantations ont une densité de 143 arbres environ par hectare. La période immature dure de 2 ans ½ à 3 ans et la période mature de 20 à 25 ans en fonction de la taille des arbres.

 

Lorsque les conditions écologiques sont favorables, 8 à 10 tonnes d'huile de palme par hectare et par an peuvent être obtenues. Pour une tonne (1000 kg) de fruits frais, 370 à 380 kg  d'huile brute peuvent être obtenus, soit un rendement de 37 à 40%.

 

QUELQUES DONNEES ECONOMIQUES CONCERNANT LE PALMIER A HUILE (1997-2001)

 

La production était réalisée à partir des surfaces plantées de 6,5 millions d'hectares

Donnant 17,5 millions de tonnes d'huile de palme et 2,17 millions de tonnes d'huile de palmiste. Les principaux pays producteurs sont la Malaisie avec 10,22 millions de tonnes et l'Indonésie 5,69 millions de tonnes en équivalant huile.

 

Le tableau suivant montre l'évolution de la production des huiles et des graisses depuis les années 60 et leur évolution dans les 10 prochaines années en millions de tonnes:

 

Année          soja             palme          palmiste                tournesol               colza            coco

 

1963-67       4,8              1,5              0,5                        4,8                        1,5              1,5

1973-77       10               2,5              0,6                        5,5                        2,0              3,0

1983-87       15               7,0              2,0                        7,0                        7,0              4,0

1993-97       18               16               4,0                        8,0                        12               4,0

2003-07       23               27               5,0                        12                         14               4,5    

 


Source : Oil World.

 

Les exportations d’huile de palme représentent 45 % des exportations globales d’huiles et de graisse alors qu’elles ne représentaient que 16,6 % de ce total, il y a quelques années. Les principaux exportateurs sont la Malaisie (avec 7,75 millions de tonnes d'huile de palme et 0,43 millions de tonnes d'huile de palmiste) et  l'Indonésie ( avec 2,98 millions de tonnes d'huile de palme et 0,50 millions de tonnes d'huile de palmiste).

 

L’Inde constitue le premier acheteur (3,9 millions de tonnes), l’Union Européenne a reçu 2,8 millions de tonnes entre octobre 2000 et septembre 2001, la Chine 1,99 millions tonnes, le Moyen Orient (1,62 millions de tonnes d'huile ) et le Pakistan 1,2 millions de tonnes. Mais l’Indonésie est également un gros utilisateur (2,88 millions de tonnes), ainsi que la Malaisie (1,57 millions de tonnes).

             

SITUATION RECENTE DE L'HUILE DE PALME EN ASIE ET EN AFRIQUE

 

Le succès phénoménal du palmier à huile dans les conditions particulières du sud-est asiatique est dû à l'excellent système d'appui à la culture en termes de Recherches et Développement mis en oeuvre, en particulier en Malaisie.

 

Malgré des besoins croissants en oléagineux, l'Afrique produit de nos jours moins de 4 % de la production mondiale de corps gras (Côte-d'Ivoire, Cameroun) qui ne couvre qu'exceptionnellement  la consommation locale.

 

En Afrique, où une grande partie (parfois la totalité) de la production est entre les mains de petits planteurs ou petits et moyens entrepreneurs, le développement récent de l'industrie du palmier à huile n'a pas réussi à faire face à la demande en huile végétale générée par une population croissante.

Dans beaucoup de pays d'Afrique la production stagne ou chute. Les programmes de replantation avec du matériel amélioré sont insuffisants. En même temps de grands espaces de palmeraie naturelle sont détruits au profit de cultures annuelles. On a porté peu d'attention à la modernisation des systèmes de production et de transformation, engendrant ainsi une érosion de leur compétitivité. Aujourd'hui, il en résulte qu'il est moins cher de ravitailler un grand nombre de villes africaines en huile de palme malaise que de leurs propres campagnes.

 

La pression continue sur les terres de la région tropicale humide de l'Afrique va probablement affaiblir encore plus la base de production de la plante, à moins de faire des efforts pour rajeunir les centres de production locaux et améliorer l'accès aux centres de consommation régionaux. Ceci assurerait le ravitaillement en huile végétale à long terme pour les populations rurales tout en mettant également en place des mécanismes de transfert de ressources de la ville vers la campagne à l'intérieur de différents pays africains. Toutefois, afin d'y aboutir, il faudra diminuer l'immense écart qui existe entre les systèmes de production africain et asiatique. Bien que, en dernier ressort, cela ne puisse être réalisé que par des mesures politiques liés à des programmes d'investissement, il existe, cependant, un besoin urgent de développer la recherche qui fournira les données, les matériaux, les procédés, et les technologies adaptées pour y réussir.

 

Néanmoins les techniques villageoises bénéficient aujourd'hui d'un regain de popularité en afrique.

 

En effet, les usines ont des prix de revient toujours en hausse alors que les petites unités utilisant les techniques villageoises ont su hausser leurs taux d'extraction à des niveaux satisfaisants en adaptant des nouveaux procédés à un matériel resté rudimentaire et peu coûteux avec une main d'œuvre exclusivement africaine et bon marché.

 

 Avantages qui feront de  l'huile de palme, la 1ère  au monde, vers 2010

 

C'est le plus rentable des oléagineux et il a un avantage majeur sur tous les autres, qui est celui de fournir deux types d'huile distincte (l'huile de palme et l'huile de palmiste), tous les deux facile à extraire séparément et qui alimentent des marchés très différents.

 

L'huile de palme rouge est une huile "diététique et une bombe vitaminique" unique dans les huiles végétales (bêta carotènes et tocotriènols). Elle a une plasticité unique dans le monde végétal (fourchette de 15°C à 55°C).  Ces prix très compétitifs (méga rendement : 3,2 tonnes d'huile de palme par ha/an).  Elle est la plus résistante à très hautes températures (250°C) en fritures et au four. L'huile de pulpe de fruit, comme l'huile d'olive, elles sont  toutes les deux hypoallergéniques. C'est une véritable huile équilibrée en acides gras: 50 % insaturés et 50 % saturés. C'est la seule huile à avoir un profil d'acides gras presque identique à celle du lait maternel humain. Les oléines et stéarines de palme sont des  substituts de beurre de cacao et bases de savons. Les tourteaux de palmiste sont utilisés pour l'alimentation animale. Etc..

 

INCONVENEIENTS DE L'HUILE DE PALME SUR LE PLAN ALIMENTAIRE


Avec une acidité généralement comprise entre 4 et 6 et un point de fusion entre 31 et 36°C, l'huile de palme affiche précisément 44,3 % d’acide palmitique (saturé), 39 % d’acide oléique (mono insaturé), 10,5 % d’acide linoléique (poly insaturé). C'est cette fraction saturée importante, qui rend l'huile de palme impropre à la consommation en l'état.

 

Les graisses d'origine animale (viandes, produits laitiers) et les graisses végétales ( huiles de coco, de palmiste et palme) ont un fort pourcentage d'acides gras saturés et sont plutôt solides à température ambiante alors que les huiles végétales ou animales, plus riches en acides gras mono- et poly-insaturés sont donc liquides à température ambiante.

 

Les études scientifiques montrent qu'une alimentation riche en graisses saturées, favorise le développement des maladies cardio-vasculaires, une augmentation du taux sanguin de cholestérol,  certains cancers et du diabète et toutes les autres maladies chroniques très courantes dans nos pays. L"Athérosclérose et le cancer représentent, plus de 50 % des décès et sont ainsi les deux premiers responsables de la mortalité.

 Il est recommandé d'augmenter la consommation d'acides gras mono-insaturés, les aliments les plus riches étant les olives et l'huile d'olive, l'avocat, l'huile de colza, les arachides et l'huile d'arachide, les margarines molles fabriquées à partir de ces huiles.

Les graisses mono-insaturées, fortement représentées dans l'alimentation méditerranéenne, aident à régulariser le cholestérol sanguin et semblent protéger des maladies cardio-vasculaires et des cancers.

 

Comme nous venons de le voir, ces maladies sont aussi présentes dans nos contrées africaines, mais les solutions préconisées ne semblent pas être à la portée des populations africaines. La solution résiderait dans le fractionnement de l'huile de palme brute pour isoler  la fraction fluide composée des huiles mono et poly insaturées de même composition que l'huile d'olive utilisée dans l'alimentation méditerranéenne. La fraction solide servirait à la cosmétologie, aux fritures industrielles, etc.

 

Cet article montre suffisamment l'importance des huiles de palme et de palmistes dans l'économie d'un pays en reconstruction. C'est pourquoi je pense sincèrement que chacun dans son domaine de compétences doit proposer des solutions concrètes et s'impliquer personnellement  pour alléger la misère de nos compatriotes au pays.