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La politique de la “tolérance zéro” en République Démocratique du Congo

Par Dr. Claver Lumana Pashi

Cincinnati, Ohio USA

Email : butter6508@yahoo.com

La politique de la « tolérance zéro », qui date des années 90 aux Etats-Unis par exemple, est appliquée dans plusieurs institutions y compris dans l'armée, dans les écoles et dans les entreprises. L'objectif visé dans l'application de cette politique est celui d'éradiquer un comportement illégal tel la corruption, les harassements, les détournements, la discrimination, etc.

En RDC , ceux qui tiennent à l'application de la politique de la « tolérance zéro » veulent démontrer la volonté du gouvernement de prévenir le comportement de corruption et des «antivaleurs». Quand Joseph Kabila Kabange, Président de la République, a soudainement adopté la politique de la « tolérance zéro » après huit ans au pouvoir et à deux ans des élections présidentielles de 2011, beaucoup d'observateurs de la politique congolaise se sont posés la question de savoir la motivation derrière une pareille initiative. Est-ce que c'est dû à une volonté certaine de changer la façon de gérer le pays ? Est-ce que c'est dû à une motivation de repositionnement politique pour une fois encore tromper la vigilance du peuple Congolais ? Que cache donc cette guerre soudaine contre les « antivaleurs » en République Démocratique du Congo ( RDC )?

Malgré ce questionnement, nous nous disons « mieux vaut tard que jamais » car l'ampleur du mal causé par les antivaleurs décriés ne peut pas être ignorée. Nous avons suivi les décisions présidentielles de démettre les magistrats et de révoquer les fonctionnaires dits « véreux» comme un début de la campagne de la politique de la « tolérance zéro » contre la corruption en RDC .

Les supporteurs de cette campagne de la « tolérance zéro » soutiennent que le chef de l'Etat « s'est lancé dans une guerre sans merci contre les abus sociaux et les antivaleurs » pour « rétablir la moralité dans la gestion publique ». Il se lance dans cette guerre parce qu'il est convaincu « qu'il n'y a pas d'Etat de droit sans moralité publique». L'objectif est d'éradiquer « la corruption qui est devenue rampante dans les structures de l'Etat ».

De cette campagne de la « tolérance zéro », le président a initié des actes de révocation des agents de la fonction publique issus des ministères des Affaires foncières, de l'Urbanisme, de la Santé, des Finances, de la Justice ou des Mines. Ces actes de révocation ont été interprétés diversement comme étant « un signal fort contre l'impunité dans l'administration congolaise».

Nous osons croire qu'avant que des décisions sérieuses ne soient prises pour éradiquer la « corruption rampante », une diagnostique systématique avait été diligentée pour établir l'ampleur de ces antivaleurs dans chacun des secteurs de l'administration de l'Etat. Sans une diagnostique systématique, il est difficile, sinon pratiquement impossible, d'établir les secteurs prioritaires dans lesquels mener des actes d'assainissement de la gestion publique. La corruption ne peut être éradiquée sans s'en prendre aux racines du mal. Les actes qui traitent des symptômes du mal n'auront que des effets éphémères car les causes profondes du mal congolais resteront intactes.

Par exemple, beaucoup des rapports, nationaux et internationaux, ont fournis des éléments détaillés d'analyse quant aux firmes multinationales qui financent et alimentent le confit à l'est de notre pays. Ces multinationales se servent des firmes légalement établies au Congo (Comptoir Panju, etc) pour fournir les armes qui allument et ré-allument la guerre dans notre pays. Il est fait également mention du fait que les groupes armés, tant rebelles que de l'armée nationale congolaise contrôlent les mines et s'entendent quant à la vente et au partage des bénéfices. Ces rapports font allusion au fait que les FDLR, les FARDC et récemment encore les CNDP s'assurent du contrôle des mines, non pas pour servir les intérêts du Congo mais plutôt pour servir les intérêts égoïstes de leurs commandants et/ou mouvements respectifs et ceux qui les gèrent. Ces mêmes rapports ne cessent aussi de pointer du doigt du rôle que les pays voisins y compris le Rwanda, l'Ouganda et le Burundi jouent dans la poursuite du conflit et de l'exploitation illégale des ressources congolaises.

Par ces exemples, la politique de la «tolérance zéro» serait de mise en RDC . Il devrait y avoir une application immédiate de la campagne de la « tolérance zéro » au sein des FARDC dont certains commandants perpétuent le conflit pour leurs intérêts personnels. L'impunité qui prévaut dans l'armée nationale ronge et menace l'essence et l'existence même de notre nation. La campagne de la « tolérance zéro» devrait y être menée afin que les anciens éléments de CNDP ne soient pas déployés pour lutter contre les FDLR. C'est comme qui dirait, on déshabille Saint Pierre pour habiller Saint Paul. Le chef de l'Etat étant le commandant suprême de l'armée, n'est ce pas que c'est sous son influence que l'armée est organisée et commandée ? La politique de la « tolérance zéro » ne pouvait donc souffrir d'aucun retard dans ce domaine.

La politique de la « tolérance zéro » devrait s'appliquer avec fermeté dans la livraison des licences d'exploitation ou d'achats des minerais dans notre pays. Il ne s'agit pas ici de casser les contrats ni d'interdire l'exploitation et l'achat des minerais. Il s'agit de la « tolérance zéro » de la part des entreprises légalement établies en RDC mais qui agissent comme intermédiaires pour la fourniture d'armes et le financement des groupes armés. Il y aurait donc nécessité d'appliquer la « tolérance zéro » pour les comptoirs Panju au Congo-Kinshasa si ces comptoirs sont à la base de la poursuite du conflit au Congo. Nous osons croire que le contenu du contrat octroyant une licence d'exploitation comprend des clauses d'éthique, d'évaluation et de cessation d'activités qui devraient permettre les partenaires de remettre le train sur des railles.

La politique de la « tolérance zéro » serait également prioritairement dirigée vers la protection de nos frontières pour que nos ressources ne transitent pas par le Rwanda, l'Ouganda ou le Burundi. Nous en avons le droit et le devoir inhérents. Après tout comment allons-nous répondre aux besoins du bien être social de nos populations si nous ne pouvons pas contrôler nos frontières et partant nos ressources? Nous sommes pour une coopération régionale gagnant-gagnant. Celle-ci devra s'organiser dans le respect des règles internationalement reconnues en la matière. La fuite actuelle de nos revenus potentiels provoque un manque à gagner à l'état congolais au profit de ces pays voisins qui ne trouvent pas mieux que de voir le conflit congolais perdurer.

La politique de la « tolérance zéro » serait aussi d'engager un dialogue avec les compagnies multinationales européennes, américaines et asiatiques telles qu'Afrimex (Angleterre), Trademet (Belgique) ou THAISARCO (Asie) afin qu'elles cessent de financer des groupes armés qui alimentent le conflit dans notre pays. L'usage de la diplomatie de la « tolérance zéro » ne devrait-elle pas être activée pour trouver une solution durable dans notre pays ? Après tout, les multinationales vont chez les parties qui contrôlent nos ressources. Dans le cas d'espèce, les comptoirs tels que Panju, avec l'aide des certains éléments « véreux » de l'armée et de l'administration publique du Congo et de certains pays voisins « jaloux » de nos richesses, contribuent énormément au conflit et au malheur que continue de subir le peuple congolais. Nous sommes pour une coopération internationale gagnant-gagnant dans le respect le plus absolu des lois internationales qui la régissent. Au moment où les multinationales font des bénéfices financiers énormes dans ce crime économique contre les congolais, notre pays perd énormément des revenus qui pouvaient être dirigés vers la bonne gestion de la société congolaise.

C'est vrai que la recréation devra se terminer au Congo. Elle ne peut cependant pas se terminer par les actes timides et déplacés pour résoudre la question essentielle du bien-être de nos populations. La recréation ne peut se terminer en s'attaquant aux symptômes mais plutôt en s'attaquant aux racines du mal d'une manière compréhensive. Il faut donc une volonté politique élevée qui met l'intérêt national au dessus de l'intérêt personnel. C'est seulement avec cette volonté soutenue que les reformes s'attaquant à l'éradication du mal congolais peuvent être mises en place, appliquées et renforcées dans le cadre d'une justice indépendante. Les actes ponctuels seuls ne peuvent pas faire l'affaire. C'est toute une politique de société qu'il faut appliquer d'une façon coordonnée. C'est possible qu'avec l'avènement d'un nouveau leadership responsable en 2011, un pareil projet de société trouvera sa vraie place pour donner l'espoir au peuple congolais présentement déprimé.

Néanmoins, il y a des choses qui peuvent se faire, surtout celles qui sont sous le contrôle de ceux qui nous gouvernent présentement, pour essayer d'éradiquer la corruption et les antivaleurs. Comme on dit, il n'y a pas des mauvaises troupes car celles-ci sont inspirées par leurs chefs, leurs commandants. Il faut un chambardement systématique du commandement de nos troupes à l'est du Congo. Suivant cette logique, les éléments du CNDP/RCD-Goma intégrés dans l'armée Congolaise devront être envoyés en formation et redéployés en dehors des provinces de l'est du pays.

Le partenariat avec des firmes telles que Panju devra être réévalué annuellement pour s'assurer que chaque partie tient aux objectifs et standards établis. Nous sommes d'avis que la création des partenariats privés devra être gagnant-gagnant pour assurer le développement réel de notre pays. La responsabilité sociale de chaque partenaire devra être clairement indiquée y compris des critères éthiques, sociaux et environnementaux. Dans le cas d'espèce concernant la compagnie Punja Comptoirs, ceux qui nous gouvernent présentement doivent (1) redéfinir l'action supportée par le partenariat entre Punja et l'Etat Congolais ; (2) redéfinir les raisons ou les motivations qui sous-tendent la mise en place de ce partenariat malgré les accusations persistantes qui pèsent sur Punja depuis des années ; (3) déterminer la responsabilité de chaque partenaire quant à la satisfaction de l'intérêt national ; (4) déterminer/réévaluer le rôle civique que joue les partenaires pour réaliser les objectifs de ce partenariat ; et (5) réévaluer ce partenariat pour voir si les objectifs établis sont atteints à la satisfaction de chaque partie concernée. Cet exercice d'évaluation ne peut être accompli que par une partie indépendante qui n'a pas un intérêt particulier dans ce dossier.

L'Etat Congolais doit s'assurer du contrôle total de son territoire et de ses ressources d'une façon intègre et responsable. C'est en limitant le pouvoir des parties tiers dans le contrôle et l'exploitation des ressources nationales que notre pays peut finalement assumer réellement son rôle pour créer des vrais partenariats (régionaux et internationaux) gagnant-gagnants pour le développement réel du Congo.

La campagne de la « tolérance zéro » que mène le Président Joseph Kabila Kabange est louable. Cependant son impact restera éphémère car elle ne s'attaque pas à la racine du mal de la corruption et des antivaleurs qui rongent la société congolaise. La campagne de la « tolérance zéro » ne tient pas compte d'autres éléments qui sont à la base du mal congolais. Par conséquent, la corruption ne saura être éradiquée si la politique salariale n'est pas améliorée. La politique salariale ne pourra être améliorée si la gestion des institutions financières ne subit pas des reformes approfondies pour agrandir l'assiette fiscale. L'assiette fiscale ne pourra s'agrandir si la mafia économique persiste et si l'homme congolais et la femme congolaise refusent de prendre conscience du respect de la chose publique. La mafia économique et le refus de l'homme congolais de changer sa mentalité persisteront aussi longtemps que la volonté politique manquera pour en terminer avec la mafia et l'impunité par une mise sur pied d'une méthodologie orthodoxe de la gestion rationnelle de nos ressources. Pour « rétablir la moralité dans la gestion publique », le Congo doit être géré comme un pays de droit. De ce fait, il faudra que l'Etat Congolais s'attèle à mettre sur pied une justice capable de jouer son rôle dans l'autonomie et l'indépendance pour renforcer la loi et éradiquer l'impunité au Congo-Kinshasa. Agir autrement, c'est amuser la gallérie.

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