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De l'instrumentalisation de la souveraineté en Afrique

Par Hicham El Moussaoui, docteur-chercheur en économie.
Avec la collaboration de www.UnMondeLibre.org

Suite aux propos du chef de la diplomatie belge Karel de Gucht, dénonçant « les privilèges fabuleux» des hommes politiques congolais, le Président Joseph Kabila s'est insurgé contre toute volonté de mise sous tutelle de son pays. Loin de nous l'idée de justifier toute ingérence dans les affaires congolaises, mais nous sommes quand même obligés de relever que cet argument de protection de la souveraineté revient souvent chaque fois qu'un dirigeant africain est mis en cause. Mugabe n'a pas hésité à déclarer récemment, suite à l'augmentation de la pression internationale, que « le Zimbabwe n'est pas à vendre », comme si le respect du processus démocratique menaçait la souveraineté de son pays. Ces mêmes dirigeants aujourd'hui, et d'autres dans le passé, se plaçant comme les garants de la souveraineté de leurs pays, ont instrumentalisé celle-ci pour justifier, d'une part, des politiques de développement nationalistes inefficaces, et d'autre part, l'inertie et le statu quo. Si nul ne peut contester la souveraineté territoriale de nos pays africains, notamment sur les ressources naturelles, condition sine qua non de développement économique, l'instauration d'un dirigisme étatique pour la sauvegarder produit souvent l'effet inverse, à savoir le renforcement de la dépendance du pays vis-à-vis de l'étranger.

Au lendemain de leur indépendance, plusieurs décideurs des pays africains (Algérie, Congo ex-Zaïre, etc.), ont mis en place une stratégie de développement autocentré fondée sur la non-dépendance : substitution de productions locales aux importations ; instauration de barrières tarifaires et non-tarifaires pour réduire la concurrence extérieure ; nationalisation des entreprises et mise en place de monopoles publics. Malheureusement, ce choix stratégique s'est soldé par des échecs à tous points de vue. La faiblesse de la part de l'industrie dans la création des richesses et la désuétude des appareils industriels africains témoignent de l'échec de la stratégie de « l'industrie industrialisante » qui a plongé les pays africains dans la dépendance en biens industriels vis-à-vis de l'étranger. La substitution des productions locales aux importations a été un fiasco qui s'est traduit par l'explosion des factures des importations, le creusement des déficits commerciaux de nombreux pays Africains et leur endettement massif. Aujourd'hui, avec 14 % de la population mondiale, l'Afrique n'assure que 2,9 % des exportations mondiales. Les monopoles publics et les nationalisations ont généré de la mauvaise gouvernance et l'accroissement de l'endettement public.

Il est généralement admis que l'élément central de la souveraineté d'un pays, en l'occurrence économique, réside dans la liberté et la capacité de faire ses propres choix. Dans ces conditions, force est de constater que l'adoption d'une conception autarcique de la souveraineté a donné à bien des pays africains l'illusion de la liberté, mais a surtout compromis leur capacité à évoluer vers l'autonomie. En effet, cette conception autarcique de la souveraineté a conduit non seulement à des échecs mais a, qui plus est, servi d'alibi pour bloquer les réformes.

Ainsi, jusqu'à 1994, l'Algérie a résisté au changement au nom de la souveraineté. Même si les recommandations de la Banque mondiale et du FMI peuvent être discutées, rien n'empêchait les décideurs algériens par exemple d'entreprendre les réformes structurelles qui s'imposaient d'elles-mêmes. Le même constat peut être prolongé pour des pays comme le Zimbabwe et la République Démocratique du Congo (RDC) où les dirigeants ne se contentent pas seulement d'engluer leurs pays dans l'inertie, mais font de la souveraineté le fonds de commerce de leurs activités prédatrices. Ceci a été le cas aussi de la politique mobutiste de "zaïrianisation" des biens des résidents étrangers en 1974, qui fut en fait un simple transfert de propriété au bénéfice des membres du gouvernement et de leurs alliés, sous couvert de politique de développement nationaliste. Par ailleurs, pendant que des dirigeants africains accusaient les occidentaux de piétiner la souveraineté de leurs pays, ils ne rechignaient pas à détourner l'argent de l'aide au développement, qui nourrit leurs réseaux de patronage. Ce deal de la souveraineté contre des ressources financières est au cœur du sous-développement et du blocage institutionnel que connaissent plusieurs pays africains (Congo, Tchad, Gabon, etc.)

Ce qui est en cause ici n'est pas le droit de sauvegarder sa souveraineté, mais les moyens d'y parvenir. Une plus grande intégration économique ne se traduit pas nécessairement par une perte d'indépendance. Au contraire, l'ouverture économique est le moyen pour que les pays africains puissent acquérir la force économique leur permettant de faire leur propres choix sans être contraints par des forces externes. En faisant le choix d'ouverture économique, la Chine n'a pas perdu sa souveraineté. Au contraire, grâce à la liberté de l'investissement et de l'échange, à l'instauration de la concurrence, la Chine a pu accéder aux capitaux et à la technologie nécessaires à toute émancipation économique. L'Afrique gagnerait à suivre cette voie car pour devenir autonome et donc réellement souverain, il est incontournable d'apprendre à devenir performant. L'apprentissage de la performance ne peut s'effectuer que dans un contexte d'échange et d'ouverture, mais jamais dans un environnement fermé et protégé car dans ce dernier les incitations à se responsabiliser sont très faibles. Contrairement à l'idéologie de la souveraineté véhiculée par certains hommes politiques africains, ce sont les réformes allant dans le sens d'ouverture économique (la liberté d'investir, de produire, de consommer et d'échanger) qui sortiront leurs économies de la dépendance pour les amener vers l'autonomie et au bout du compte, à consolider leur souveraineté.

© Congo Vision


Belgique/RDC. Tensions diplomatiques : Quid de l'aide publique au développement.

Les déclarations du ministre De Gucht jettent la suspicion sur l'argent de la coopération versé en RDC. Mais c'est à tort. Eclairage.

L'argent que la Belgique verse au Congo valse-t-il dans la poche du gouvernement Kabila ou d'autres potentats locaux congolais? Depuis les déclarations du ministre belge des affaires étrangères, Karel De Gucht, l'idée est dans l'air. Nous avons tenté d'y voir plus clair.

La RDC est le pays qui reçoit le plus parmi les 18 nations prioritairement aidées par la Belgique. Soulignons au passage que la RDC compte grosso modo 70 millions d'habitants, ce qui est colossal et justifie en soi l'importance de la somme allouée.

Par ailleurs, il existe quatre systèmes dans la gestion de l'argent de la coopération. Pour la RDC, le système de versement de l'argent est celui qui est le plus protégé. Il s'agit de ce qu'on appelle une «aide en régie» . L'aide en régie est utilisée dans les pays les plus « déglingués » en termes de démocratie. A tort ou à raison, la Belgique classe la RDC parmi ces états. L'argent versé cash est géré en circuit fermé par les coopérants belges. Premier cas.

Deuxième palier. Lorsque les donateurs, selon les critères qui leur sont propres, auront des preuves de bonne gouvernance, de la part des gouvernants congolais, la gestion de l'aide pourra relever de la «cogestion» , comme cela se pratique actuellement entre la Belgique et le Rwanda, par exemple. Dans ce cas, l'argent arrive sur un compte en banque où la cosignature, du coopérant belge et du ministre compétent, est nécessaire.

Le troisième niveau, dans l'échelle de la confiance de la Belgique face au pays aidé, est «l'exécution nationale» . Des avances de fonds sont alors allouées par la Belgique sur base d'accords spécifiques avec des résultats à atteindre.

Enfin, quatrième étape, l'aide peut être directement versée au budget de l'État . Cela ne se fait, dans ce cas, qu'avec l'aval d'organisations internationales (comme le FMI) et en partenariat avec un ou plusieurs autres pays donateurs. La Belgique procède ainsi aujourd'hui en Tanzanie ou Ouganda pour des projets de santé.

En ce qui concerne le cas spécifique de la RDC, on s'en tient au système le plus sécurisé. L'argent reste entre les mains des Belges. «Cela n'implique en rien une déresponsabilisation du gouvernement congolais. Les projets d'aide tiennent compte des cinq grands chantiers de Kabila, par exemple. Mais toute la gestion de l'argent est faite par la coopération technique belge (CTB).

Les possibilités de détournement de fonds sont quasiment nulles », explique Jean-Christophe Charlier, expert pour les questions de gouvernance et de coopération en Afrique au cabinet de la Coopération.

L'argent belge versé au Congo est-il détourné par les autorités congolaises? La réponse est non. Les populations congolaises crèvent-elles la misère? La réponse est oui. Cependant, d'importants efforts sont en train d'être faits pour relever le pays après de longues années de guerre. Cela mérite d'être reconnu. La tâche est, certes, immense et nécessite de gros moyens. Karel De Gucht a-t-il raison de dénoncer la corruption qui gangrène le Congo? Peut-être: c'est un choix diplomatique qui lui appartient et qu'il assume. Oui, la corruption existe, comme partout ailleurs, (à Charleroi, Namur…et j'en oublie) et fait du mal au Congo, c'est une vérité. Mais il ne s'agit en rien d'un détournement d'argent belge. Il y a nuance. Et elle est de taille.

Montant de l'aide accordée par la Belgique à ces 18 pays:

1. RDC 177.049.368 €

2. Rwanda               28.134.133 €

3. Burundi                26.735.203 €

4. Afrique du Sud   19.733.912€

5. Sénégal                18.165.027 €

6. Vietnam                15.742.592 €

7. Niger                     15.077.302 €

8. Equateur               13.648.951 €

9. Palestine               13.492.332 €

10. Pérou                   13.057.896 €

11. Ouganda             11.827.106 €

12. Tanzanie             11.708.092 €

13. Bénin                   11.340.999 €

14. Mali                      10.565.270 €

15. Algérie                 10.494.120 €

16. Mozambique       10.202.232 €

17. Maroc                    8.092.476 €

18. Bolivie                   6.069.574 €

La Belgique a recentré son aide sur 18 pays. Les montants indiqués comprennent la totalité de l'aide apportée, que ce soit en "bilatéral" (de pays à pays), via des ONG ou via des organisations internationales (chiffres de 2006). Au regard de ces chiffres, on croirait que la RDC se taille la part du lion. Faux. En terme de pourcentage, le Rwanda, par exemple, perçoit 3.5 € par habitant, contre 2.5 pour le congolais.

Bruxelles, 28 mai 2008

Communication & Presse

D.M

© Congo Vision


The post

Edition N°9-469 du mercredi 28 mai 2008

POLITICS

 

Après la capture de Bemba, le petit gotha politique dans l'émoi. La fin de toute illusion d'invulnérabilité et d'impunité

CPI : tous les ex-chefs visés

Jean-Pierre Bemba a passé mardi 27 mai sa quatrième nuit en taule, à Bruxelles, où la Chambre du conseil devra examiner jeudi 29 mai la conformité de la décision de le maintenir en détention jusqu'au moment de son extradition vers La Haye. Si la décision s'avère conforme, l'ancien vice-président de la transition 1+4 pourra faire appel. On rappelle que le chairman du Mouvement de libération du Congo (MLC), ex-chef rebelle du Nord-Ubangi, a été arrêté par les autorités belges - dans la soirée du samedi 24 mai à Bruxelles - à la demande de la Cour pénale internationale (CPI) pour crimes de guerre et crimes contre l'humanité, dont des viols et actes de tortures, commis par ses hommes en Centrafrique en 2002 et 2003. Des faits que Bemba aura du mal à justifier et convaincre. Au lendemain de son arrestation, il a été présenté à un juge d'instruction qui l'a placé formellement ‘‘ sous mandat d'arrêt '', ce qui signifie en droit belge le maintenir en prison. Pour que son transfert à La Haye soit possible, la CPI devra ‘‘ dans les trois mois transmettre le mandat d'arrêt définitif en vue de remise, au lieu du simple mandat d'arrêt provisoire '' nécessaire pour son arrestation, explique-t-on au parquet fédéral. Ce qui veut dire en clair qu'il faudra une nouvelle décision de la justice belge pour autoriser son extradition, qui pourrait ainsi ne pas avoir lieu avant ‘‘ un à deux mois ''. La procédure devant conduire le ‘‘chouchou'' des Kinois à La Haye paraît longue. Ce qui poussent certains cadres de son parti à imaginer des stratégies pour obtenir même une libération provisoire. A Kinshasa, près de deux mille partisans du leader charismatique du MLC ont manifesté mardi 27 mai pour exiger la libération de l'ex-vice-président congolais. Les manifestants, encadrés par un imposant dispositif policier, ont marché de la permanence de la fédération jusqu'au Palais du peuple, scandant: ‘‘ Libérez Bemba !''

Brandissant des drapeaux du MLC, vêtus pour certains de T-shirts à l'effigie de Bemba, les manifestants ont dénoncé ‘‘ l'instrumentalisation '' de la CPI. ‘‘ Le Congo a besoin de Bemba. Il est sénateur, président d'un grand parti. Si la CPI estime qu'il a des explications à fournir concernant les faits produits en Centrafrique, elle n'a qu'à lui envoyer une invitation. Il s'y présentera. Il ne doit pas être traité comme un bandit '', a lancé François Muamba, secrétaire général du MLC. Arrivés au Palais du peuple, des cadres du MLC ont été reçus par les présidents du Sénat et de l'Assemblée nationale, auxquels ils ont demandé d'‘‘ user de tous les pouvoirs en leur possession '' pour obtenir la libération du sénateur Bemba. François Muamba a appelé les militants du MLC à rester mobilisés en prévision d'une grande mobilisation envisagée à travers Kinshasa au cas où la justice belge rejetait la demande de liberté provisoire des avocats de Bemba. On rappelle que Bemba est poursuivi pour deux chefs de crimes contre l'humanité et quatre chefs de crimes de guerre, dans le cadre de l'enquête sur les crimes commis à grande échelle en Centrafrique. ‘‘ Les (membres du) Mouvement de Libération du Congo menés par Jean-Pierre Bemba ont commis, dans le cadre d'une attaque systématique généralisée contre la population civile, des viols, des actes de torture, des atteintes à la dignité de la personne, des traitements dégradants et des pillages '' entre octobre 2002 et mars 2003, selon le procureur de la CPI.

Les membres du bureau politique du MLC ont constaté ‘‘ avec regret, la politisation de la procédure judiciaire initiée par le procureur de la CPI '', dans une déclaration rendue publique le lendemain de son arrestation. ‘‘ En effet, l'arrestation du sénateur Jean-Pierre Bemba, à quelques jours de son élection en qualité de porte-parole de l'opposition en RDC, ne saurait être innocente, d'autant plus que ni (l'ex-président centrafricain) Ange-Félix Patassé, ni le chef de son armée, qui ont bénéficié de l'appui des troupes du MLC, n'ont fait l'objet d'une quelconque procédure '', selon le MLC. ‘‘ Notre candidat au poste de porte-parole de l'opposition reste Jean-Pierre Bemba '', a affirmé Muamba, alors que des désaccords profonds subsistent au sein de l'opposition qui ne parvient pas à adopter un règlement intérieur, préalable à la désignation de son chef de file.

Au MLC, on est persuadé de la ‘‘ totale innocence '' de leur chef. Les cadres de ce parti demandent aux autorités belges ‘‘ de considérer la démarche du procureur de la CPI comme strictement politique et par conséquent de relaxer purement et simplement ''. Les membres du bureau, qui mettent en garde sur les ‘‘ conséquences néfastes que cette arrestation, qui frise l'arbitraire, pourraient engendrer '', expriment ‘‘ toute leur solidarité '' à leur chef ‘‘ dans cette épreuve dure et injuste ''. On se demande bien jusqu'à quand ces mêmes lieutenant bembistes demeureront fidèles à leur chef quand on sait que la plus tard d'entre eux traficotent déjà avec...

La liste CPI . L'arrestation de Bemba a jeté l'émoi dans le petit gotha politique de Kinshasa où des acteurs de tout bord se font circonspects sur la question. Selon des sources, l'ex-chef rebelle aurait pu être arrêté depuis longtemps. Mais des éléments de contexte global ont toujours fait postposé sa capture. Jean-Pierre Bemba est l'illustration parfaite de l'actuelle classe politique congolaise. Nombre de politiques sont d'anciens chefs rebelles, dont les mouvements se sont rendus coupables d'actes de barbarie et de négation de l'humanité. C'est notamment le cas aussi du leader du RCD Goma, l'ancienne rébellion pro-rwandaise, auteur de violences massives des droits de l'Homme dans le Kivu, dont des massacres et viols collectifs de femmes ou des actes d'esclavage sexuel. Selon des sources, la CPI qui recueille des informations sur des actes criminels détiendrait une longue liste de Congolais soupçonnés de crime contre l'humanité. On devrait s'attendre d'anciens rebelles restreindre, par eux-mêmes, les voyages à travers le monde, surtout lorsqu'ils ne sont plus couverts par l'immunité qu'offre l'exercice de fonction publique. Des analystes attentifs estiment que cette classe politique, issue des rebellions, avant de se faire légitimer par les urnes, pourrait être décimée par la CPI qui n'a pas du tout l'intention de s'arrêter en si bon chemin. Les atrocités commises ces dernières années en RDC ne verront pas leurs auteurs, commanditaires et exécutants impunis. Les temps ont changé. La capture de Bemba met fin à toute illusion d'invulnérabilité et d'impunité que procurerait l'exercice d'un pouvoir d'Etat.

carla lusamba.

 

Avec Bemba, le procureur de la CPI monte dans la chaîne de commandement

LA HAYE - En obtenant l'arrestation de l'ex-vice-président de RD Congo Jean-Pierre Bemba, le procureur de la Cour pénale internationale remonte l'échelle de responsabilité parmi les auteurs présumés de crimes, soulignaient lundi les analystes. En outre, bien qu'il vise un responsable politique, le mandat de Luis Moreno-Ocampo se concentre une nouvelle fois sur des crimes précis et non sur une responsabilité plus globale, ce qui semble être la stratégie d'un procureur échaudé par les actes d'accusations vastes mais plus difficiles à prouver comme celui du Tribunal pénal international (TPI) pour l'ex-Yougoslavie contre le défunt président serbe Slobodan Milosevic.

Jean-Pierre Bemba a été arrêté à Bruxelles sur mandat de la CPI pour crimes de guerre et crimes contre l'humanité, dont des viols et actes de tortures, commis par ses hommes en Centrafrique en 2002 et 2003. ‘‘ Ce mandat d'arrêt est sans aucun doute d'importance, car Bemba est nettement plus haut dans la chaîne de commandement qu'un chef de milice du Congo oriental '', soulignait Richard Dicker, directeur du programme ‘‘Justice internationale'' de Human Rights Watch (HRW). ‘‘ On a l'impression que jusqu'à présent, les arrestations étaient dictées par les circonstances '', renchérissait Heikelien Verrijn Stuart, juriste spécialisée en droit international à La Haye. ‘‘ Il s'agissait souvent de personnes déjà arrêtées et/ou inculpées par la justice locale '', ajoutait-elle. ‘‘ Cette fois il s'agit d'une action précise, dirigée contre un suspect important ''. La Fédération internationale des droits de l'Hommme (FIDH), première ONG à avoir enquêté sur les crimes en RCA en 2002 et 2003, avait dès le lendemain de la capture de Bemba salué ‘‘ une avancée formidable dans la lutte contre l'impunité en Afrique et dans le monde ''. Par ailleurs, ce mandat d'arrêt semble illustrer à nouveau la stratégie de Luis Moreno-Ocampo: réunir des faits précis, plus faciles a priori à prouver et donc théoriquement plus susceptibles de permettre une condamnation. ‘‘ Cela semble être le cas dans chaque enquête '', elles portent sur des faits dans des lieux précis et jamais sur une guerre, remarquait Mme Verrijn Stuart. ‘‘ On peut supposer que les difficultés du procureur dans le procès Milosevic ont influencé cette stratégie ''.

L'ancien homme fort de Belgrade a comparu plus de quatre ans mais il est mort en mars 2006 peu avant la fin prévue de son procès fleuve, et rien ne prouve qu'il aurait été condamné pour ‘‘ conspiration criminelle '' visant à créer une Grande Serbie. ‘‘ C'est le pire cauchemar du procureur Moreno-Ocampo '', confirmait sous couvert de l'anonymat une source à la CPI. ‘‘ C'est à mettre au crédit du procureur: il a appris des tribunaux ad hoc (ex-Yougoslavie ou Rwanda, ndlr) à établir des accusations plus limitées mais qui pourraient conduire à un procès plus gérable '', commentait Dicker. Néanmoins, concernant la RCA , ‘‘ il faut qu'il aille plus haut dans la chaîne de commandement, vers ceux qui ont des responsabilités politiques '', selon Dicker. ‘‘ Pas seulement les responsables politiques à Kinshasa, mais aussi à Kampala et à Kigali, pour les crimes perpétrés au Congo oriental ''. Selon la source de la CPI , ces enquêtes de Moreno-Ocampo sur les hauts responsables sont plus difficiles car il ne veut pas se reposer uniquement sur les Occidentaux pour lui fournir du renseignement, au risque que ces pays tournent casaque au moment du procès.

Même les bailleurs visés . Selon des sources concordantes à La Haye , c'est la principale raison de l'échec du procureur du TPI à obtenir une condamnation de l'ancien président kosovar Ramush Haradinaj. Mais le Bureau du procureur rappelait qu'en novembre, en annonçant deux nouvelles enquêtes au Soudan, Moreno-Ocampo a visé ‘‘ les responsables politiques de la région qui ont organisé, financé et incité les milices ''.

Frédéric BICHON. 

La triste fin d'un gosse de riche

Triste destin que celui de Jean-Pierre Bemba. Avant de tomber entre les mains de la justice internationale et de se retrouver à La Haye en compagnie de comparses bien moins dotés que lui, c'est de lui-même que le ‘‘chairman'' aura d'abord été victime. Au départ, ce fils du ‘‘patron des patrons'', Bemba Saolona, homme de confiance de Mobutu, alignait des atouts exceptionnels : une enfance de gosse de riches, des relations, de bonnes études en Belgique (terminées à l'ICHEC où il rencontra Olivier Kamitatu), un beau mariage avec l'une des filles de Mobutu, une maison en Belgique, des affaires au Congo. Grand, l'allure imposante, l'homme était aussi doué d'astuce et son bago rappelait le brio de Mobutu lui-même. Mais l'enfant gâté qui voulait tout de suite a gaspillé ses cartes : mène à la faillite la société aérienne Scibe Zaïre qu'il dirigeait avec son père, échappe de justesse à des enquêtes judiciaires en Belgique, encourage ses amis d'enfance et ses partisans de la première heure déçus par son égocentrisme. En 1997, violemment opposé à Laurent-Désiré Kabila qui a suspendu les libertés publiques et qui menace les anciens mobutistes, Bemba ne doit pas se forcer pour accepter l'offre du président ougandais Museveni et, dès septembre, prendre la tête d'un mouvement rebelle, le Mouvement pour la libération du Congo, qui, avec l'aide des Ougandais, s'empare bientôt de l'Equateur et du Nord est du pays tandis que le RCD (Rassemblement congolais pour la démocratie) et les Rwandais s'installent à l'Est.

Replié à Gbadolite, la ville natale de Mobutu, Bemba le gosse de riche se transforme en chef de guerre : il dirige d'une main de fer des troupes d'enfants soldats qu'il omet de payer sinon de nourrir et tire ses revenus du commerce des diamants, exportés depuis Bangui, sur l'autre rive de l'Oubangui. C'est pour cela qu'en 2003, ses troupes traversent le fleuve pour soutenir le président Ange Patassé, allié politique et commercial de Bemba, menacé par François Bozize, qui finit par s'emparer du pouvoir. A Bangui, les soudards de Bemba sèment la terreur: jusque dans l'enceinte même de l'ambassade de France (ce que Paris ne pardonnera jamais) ils massacrent, mutilent et surtout violent des femmes par dizaines. C'est l'enquête sur ces crimes là qui nourrit les dossiers actuels de la Cour pénale internationale. En Ituri également, les hommes de Bemba se déchaînent : lors de l'opération ‘‘ Effacez le tableau'' (sic), des Pygmées de Mambasa sont capturés, brûlés vifs et mangés.

Dès 2001, les Américains voient dans Bemba un autre Savimbi, ce qui ne l'empêche pas de devenir vice-président durant la transition, en charge de l'économie et des finances, puis candidat aux élections présidentielles de 2006 où il emporte 42 pc des voix aux termes d'une campagne marquée par le clivage Est-Ouest et imprégnée du slogan de la ‘‘congolité''. En mars 2007, Bemba qui a gardé ses milices est chassé de la ville par les troupes de Kabila au terme d'une bataille qui fera plus de 600 morts en pleine ville. Depuis lors, Bemba, persuadé que Kabila veut l'éliminer physiquement, refuse d'occuper son siège de sénateur.

A plusieurs reprises, l'opposant exilé dans l'Algarve est cité dans des projets de retour tandis que les Belges et l'Union européenne, désireux de jeter une personnalité au charisme indéniable, un ‘‘fort en gueule'', dans les pattes du président Kabila l'encouragent à devenir chef de l'opposition.

Exilé au Portugal, Bemba tergiverse, inscrit ses enfants à l'école en Belgique, multiplie les réunions. Mais pendant ce temps, les Américains financent discrètement les enquêtes du procureur de la Cour pénale Moreno Ocampo, que les Belges accusent de ‘‘ manquer de sens politique '', tandis que les Centrafricains, discrètement encouragés par Kinshasa, nourrissent le dossier à charge.

A la veille d'un retour de Bemba en Afrique, la CPI a précipité l'affaire : le mandat d'arrêt , délivré le 16 mai dans le plus grand secret, a été mis en oeuvre à Bruxelles. Au grand dam des Belges qui auraient préféré que l'arrestation se déroule au Portugal et redoutent d'être confrontés, à la fois, aux partisans d'un Kabila humilié et aux fidèles d'un Bemba prisonnier.

Colette-Braeckman.

 

 
 
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