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LA CONFERENCE DE LONDRES POUR L'AVENIR DU CONGO A VECU

London, 5 Novembre 2013. A l'initiative de son directeur Docteur Florent Pumu, « Kamoto Centreé, un think tank congolais de la diaspora de Grande Bretagne, a organisé le samedi 26 octobre 2013 à Queen Mary University de Londres, une conférence sur la paix, la démocratie et la bonne gouvernance au Congo.

De gauche à droite. Maxime Ndambi et Dr Florent Pumu.

En effet, comme l'a constaté Dr Florent Pumu dans son mot de bienvenue, depuis quelques années, il s'est déroulé plusieurs initiatives, plusieurs conférences et plusieurs actions sur le Congo, notamment à l'extérieur. Il ne s'est passé de saison sans qu'une conférence ne soit tenue ou sans qu'un officiel fasse aussi sa sortie médiatique sur le pays de Kasa-Vubu, Lumumba et les autres pères. Et, lorsque les Congolais de la diaspora, notamment celle de Londres, se sont manifestés politiquement, c'est par les combattants ou résistants qui semblent avoir aussi leur mode d'expression. Mais, très peu a été fait pour accorder la parole aux autres Congolais analystes et spécialistes en différentes matières pour parler de leur Congo, des approches et des probables solutions, tenant surtout compte de l'approche globale de la question Congolaise. Voilà pourquoi, en continuité de certaines actions politiques organisées jadis à Kinshasa, surtout autour la conférence nationale souveraine, Dr Pumu a mis en place, depuis quelques mois, Kamoto Centre. Un des objectifs de cette organisation politique est d'offrir un aréopage à l'intellectuel congolais pour s'exprimer et avoir droit au chapitre dans la réflexion sur « son » Congo natal. C'est une bataille longue certes mais une mission noble et un dévouement sans limites.

Prenant premier la parole, monsieur Norbert Mbu-Mputu, analyste de la situation politique de la RD Congo notamment depuis avril 1990, analyse tenant compte surtout du contexte global et globalisant, s'est attardé sur les leçons à tirer de l'histoire récente du Congo afin d'éviter au pays de répéter, comme le rappelle bien la citation de Santayana, les erreurs de son passé. Journaliste, chercheur et surtout écrivain avec à son actif un ouvrage de relecture sur Patrice Lumumba « L'autre Lumumba », Norbert a fait promener l'auditoire sur les non-dits, les inconnus, les à-côtés, les notes infrapaginales de l'histoire du Congo. Il avait pour cela comme bible, non pas seulement l'ouvrage de Ndaywel sur l'histoire du Congo-Zaïre, mais surtout celui de feu professeur Thomas Kanza jamais traduit en français « Conflict in the Congo. The Rise and the Fall of Lumumba » et le tout dernier livre du belge David Van Reybrouck, « Congo. Une histoire ». Le Congo, a renchérit Mbu Mputu, donne toujours l'impression d'être une histoire inachevée. Ses enfants et surtout ses intellectuels ne font pas encore leurs ces paroles de Lumumba : « L'Afrique écrira sa propre histoire ». A l'instar de ce dernier et des autres pères de l'indépendance notamment Tshombe, Kasa-Vubu, et des autres leaders après comme Mobutu, Laurent-Désiré Kabila, Tshisekedi et le Cardinal Monsengwo, pour ne citer que ceux-ci, l'orateur, pour faire justice à Frantz Fanon, pense que chaque génération doit se prendre en charge et s'impliquer dans le devenir de sa nation ou se résigner. Il est important que le Congo puisse lire son passée, corriger les erreurs des uns, tenir compte de l'environnement surtout géopolitique et comprendre les vrais enjeux d'un Congo, objet de toutes les convoitises dont celles de nos voisins le Rwanda et l'Uganda.

Richard Wenu

Quelle solution magique surtout à la crise actuelle ? L'orateur ne va par quatre chemins : il faudra un triumvirat vital, l'opposé du triumvirat fatal des indépendances décrit par Thomas Kanza : celui formé par Kasa-Vubu, Lumumba, Tshombe. Celui-ci, nouveau et actuel, devra être constitué par les trois leaders les plus en vue actuel : Joseph Kabila, Etienne Tshisekedi et surtout le Cardinal Monsengwo appelé à devenir l'homme fort ou le troisième homme de ce triumvirat. Il devra jouer le rôle joué par un Desmond Tutu en Afrique du Sud : le médiateur, celui habilité à sécuriser et à rassurer tout le monde ; celui surtout à aider à faire planifier un autre Congo nouveau, sur les bases du Congo de Lumumba et des idéaux nobles de notre indépendance et souveraineté nationale. Un triumvirat nouveau à constituer et qui viendra se substituer à celui raté pendant la transition entre Mobutu, Monsengwo et Tshisekedi. Pour cela, il faudra aux Congolais intellectuels et surtout les hommes politiques de s'affranchir du syndrome dit le Léopoldisme : penser toujours du Congo sur le modèle belge ; à l'instar de la dernière sortie du ministre belge proposant un plan Marshall pour l'est du Congo, au lieu d'un plan Marshall pour le Congo entier (trop grand pour la Belgique actuelle déchirée par les querelles byzantines Flamand-Wallons). Il faudra une vraie nouvelle vision pour un nouveau Congo. Et, c'est possible.

Dans sa conclusion Norbert Mbu-Mputu a ajouté qu'aujourd'hui, il est possible et souhaitable aussi aux Congolais nombreux dans la diaspora de jouer gros et de participer au changement souhaité par les Congolais pour des lendemains meilleurs. Mais, prenant l'exemple sur son background de logisticien, il propose d'avoir aussi la modestie de méditer sur nos limites ; comme les ‘Combattants' aujourd'hui qui devront prendre en compte leurs limites et partager le flambeau ; comme le Régime actuel à Kinshasa aussi qui devra déjà penser à porter le flambeau premier dans notre histoire de l'alternance pacifique, républicaine et démocratique. Sinon l'histoire récente du sort de Mobutu risque de se répéter. Pour une paix durable, une alternance pacifique et une bonne gouvernance des futurs gouvernements, l'orateur croit que le Congo devra s'inspirer sur le modèle sud-africain, non pas seulement avec sa commission de réconciliation, mais avec des personnalités comme Nelson Mandela, sachant pardonner, sachant mettre l'Etat et le peuple au-dessus de tout.

Emboîtant les pas au premier intervenant, Jean-Jacques Wondo, en sa qualité d'expert militaire et d'officier diplômé de l'académie militaire belge de renom, l'Ecole Royale Militaire (ERM) et détenteur d'un master en Criminologie de l'Université de Liège (ULg) et d'un postgraduate en sciences politiques de l'Université Libre de Bruxelles (ULB), s'est appesanti sur les pistes de la refondation de l'armée congolaise, de sorte qu'elle devienne effectivement une armée républicaine, dissuasive et victorieuse, comme étant la charpente sur laquelle repose un Etat congolais performant ; au lieu de rester l'objet de raillerie qu'elle soulève actuellement. Il y faisait donc un résumé de son volumineux ouvrage «  Les Armées au Congo-Kinshasa – Radioscopie de la Force Publique aux FARDC » . Partant au départ du principe universel qui voudra qu'à un Etat soit aussi adjoint une armée forte, organisée et/ou vice versa, et cela avec plusieurs exemples dans l'histoire de l'humanité, passant par les grandes nations comme la Grèce, la Rome antique, la Prusse ou l'Israël, l'auteur, tel un médecin, a exposé de manière didactique une radioscopie méticuleuse des armées qui ont évolué au Congo depuis 1885 à ce jour. Il a passé au peigne fin le diagnostic de l'histoire de la Force Publique, de son entrée dans les deux grandes guerres, des premières frictions des indépendances par la transition de la Force Publique à l'Armée Nationale Congolaise (ANC) réunifiée sous l'action dynamique de Mobutu et de la transition de l'ANC en 1971 vers les Forces armées Zaïroises (FAZ). Ce dernier fit asseoir son pouvoir sur son armée. Malgré certains faits d'armes à mettre au crédit de l'armée zaïroise, malheureusement, Dieu seul sait pourquoi, c'est Mobutu lui-même qui commença à désengrener cette armée, qui avait tous les atouts de devenir une armée républicaine, pour en faire une armée tribale, armée politisée et clochardisée. Et, le résultat ne se fit pas attendre : elle devint médiocre. Une médiocrité qui se manifestera avec la guerre de l'AFDL que l'armée de Mobutu aurait pu gagner. Ce sont ces leçons-là qu'il faudra tirer aujourd'hui pour la réforme de l'armée nouvelle. Et, le pays actuel en a besoin. Quant à ce qui est de la guerre de l'est actuelle avec le M23 et les autres mouvements armés, l'auteur est d'avis qu'elle se terminera à l'avantage des militaires congolais. Car, secret de polichinelle, il existe actuellement nombreuses bonnes volontés de la part des hommes des troupes et surtout de nouveaux commandants sur le terrain qui vont faire la différence, à cause de plusieurs facteurs favorables sur terrain et la géopolitique avantageuse au Congo. Il existe surtout actuellement, dit l'auteur, une communication directe entre les populations, l'armée et surtout la communauté internationale symbolisée par le MONUSCO qui n'acceptera plus la grande humiliation et gifle de la dernière prise de Goma par le M23 en novembre 2012. Il renchérit en disant que le vent est en train de tourner et il allait bientôt tourner.

Pour quiconque a suivi le brillant exposé de Jean-Jacques Wondo qui parlait ainsi de manière prémonitoire, voire prophétique, deux jours avant l'offensive victorieuse des FARDC sur le M23 que l'on salue aujourd'hui, il s'était réellement exprimé en spécialiste et expert, connaissant bien son terrain, c'est-à-dire le Congo, et sa matière : l'organisation de l'armée nationale, après une vraie relecture de son passée et sur son rôle futur dans la constitution de l'Etat congolais.

Une partie de l'assistance

Norbert Mbu-Mputu

Il n'y a jamais de bonne gouvernance, de paix et démocratie sans respect des droits humains. Maxime Ndambi, juriste de formation et de carrière, vint avec un exposé sur la situation des droits de l'homme au Congo : « Des conjurés ou martyrs de la Pentecôte jusqu'à Chebeya, état des lieux et perspectives ». Si un Etat est d'abord reconnu pour sa mission de veiller sur le bien-être et la sécurité de ses citoyens et leurs biens, il faudra dire que le tableau offert par l'Etat Congolais des dernières années est encore sombre et sobre dans ce domaine. Ceci ne fait point la fierté du pays. Car, les assassinats de Chebeya, activiste des droits humains, avec son chauffeur Bazana dont le corps jusqu'à ces jours est disparu, et d'Armand Tungulu, pour ne citer que ceux-ci, constituent des actes de barbaries que tout gouvernement qui voudrait faire entrer son pays dans le giron des nations modernes doit à tout prix éviter. Hélas… Il semble, selon l'orateur, que les autorités présentes ne tirent pas les leçons de l'histoire. Elles sont sur les traces de Mobutu qui inaugura sa présidence avec la pendaison publique de ceux qui sont appelés « les conjurés de la pentecôte » et qu'il faudra nommer à juste titre des « martyrs de la pentecôte».

Ces atteintes aux droits humains sont l'apanage de la haute hiérarchie du pays jusqu'au bas niveau de la pyramide, les unités de police locales et les services de sécurité compris. Les procès inachevés, des arrestations arbitraires et des détentions longtemps sans inculpation sont autant des miroirs du non-respect aux droits humains, même les plus élémentaires. La situation de viols des femmes, notamment dans le Kivu, par les bandes armées, rebelles et régulières, sont des exemples honteux pour le pays, ses dirigeants et ses populations.

Jean-Jacques Wondo

 

Pour ne pas laisser ce décor vierge, Maxime Ndambi propose un rôle accru de la diaspora qui, à l'instar des autres, devrait devenir une caisse à résonnance contre les atteintes des droits humains en RDC. En outre, il ajouté qu'il est grand temps qu'une nouvelle génération des Congolais se prépare à devenir des politiques et des politiciens tournés vers le futur, vers la modernité, vers les valeurs nouvelles et le respect des droits humains. Le pays ne pourrait ainsi qu'être alors bien géré.

Un pays de la grandeur du Congo-Kinshasa a besoin aussi d'une vraie planification économico-financière ; d'un vrai business plan nouveau qui devra tenir compte de plusieurs impératifs. C'est pourquoi, économiste de renom, avec à son actif plusieurs missions à travers le monde notamment avec de grandes banques et pour de grands micro et micro-projets à l'étranger, Richard Wenu s'est attardé sur les « Financement des projets et partenariats Public-Privé dans les infrastructures publiques, défis et options pour la RDC ». En effet, expliqua l'orateur, le financement des projets respectent des impératifs financiers importants ; car les banques ne financent pas ce que les pays et les bénéficiaires veulent ; elles ne le font qu'après considérations du fait qu'un financement leur est profitable, à cours, à moyen ou à long terme. Aussi, lorsqu'il s'agit des financements des projets où le privé est en partenariat avec le public, c'est-à-dire l'Etat, le projet devient une équation à plusieurs inconnus. La meilleure façon de le faire, c'est bien de respecter certains schémas, de considérer certains impératifs ou de recourir tout simplement à certaines philanthropies pour qui le cœur est en train de battre pour certaines actions spécifiques. La chose n'est pas facile au niveau d'un Etat et du Congo actuel qui a besoin d'une bonne expertise ; des messieurs avec un carnet d ‘adresse et un sérieux irréprochable pour arracher des millions pour le bien des populations. Très souvent, il faut au pays, et au Congo actuel des études de faisabilités et d'approches techniques pour lui permettre de bien fignoler et ficeler un dossier de financement de ce genre.

Après s'être excusé pour certains orateurs annoncés qui, à cause de certains impératifs de leurs métiers ne pouvaient plus atteindre la conférence, Dr Florent Pumu, le plus heureuse des personnes présente du jour, a appuyé le vœu émis par des participants, d'organiser de telles rencontres régulièrement, pour donner de la voix aux intellectuels Congolais de la diaspora. Il faudra, a-t-on conclu, songer aussi à publier les travaux de cette conférence, la première du genre, et les faire accompagner des supports audiovisuels usés actuellement par les nouveaux médias sociaux.

Pour quiconque a suivi le développement des évènements au Congo-Kinshasa la semaine d'après, avec la débâcle du M23, la fin de la guerre ou, s'il faudra user d'un terme entendu dans la conférence, l'émergence d'un Congo nouveau, la conférence donnait l'impression d'être une vraie prophétie ou un signe avant-coureur. Car, après la guerre, c'est comme après la pluie, il faudra se préparer à planifier la gestion politique, sociale, économique et financière du pays. Comme quoi, le pays a du  pain sur la planche. Ce ne sont ni les hommes encore moins des opportunités qui manquent. Sauf que, comme l'a souligné Wondo avec l'armée, l'impression reste nette que le régime et ceux des Congolais au pouvoir, dont plusieurs d'ailleurs sont issus de la même diaspora, semblent ne pas aimer l'expertise de sa diaspora et de ses intellectuels. Dieu merci, renchérit Norbert Mbu-Mputu, il faudra éviter de tomber dans cette psychose-là du défaitisme. Le Congo passe par le chemin normal où passent et sont passés tous les pays. Même le syndrome de la peur de l'invasion rwandaise ou de la balkanisation doit être tout aussi modéré, même s'il, il est vraie qu'il existe des projets et des arguments, et non pas les moindres, dans ce sens. Un rappel historique fait voir que le pays a connu pire que ces dernières guerres, les rebellions mulelistes, les sécessions katangaises et du Sud-Kasaï, qui furent des Etats avec gouvernements, polices, monnaies, sans oublier l'épisode des mercenaires de renom à l'instar de Jean Schrame et Bob Denard, qui n'ont pas tous raison de l'unité du Congo. Il faudra tout simplement, comme l'a conclu Dr Florent Pumu, que chacun fasse son travail et s'adonne à mettre sa mains sur la patte pour le pays, et les caches (congolaises) seront bien nourries. Et surtout, faire échos de certaines expertises des Congolais ou tout au moins de la part de ces Congolais d'user tous les moyens possibles pour se faire entendre en y contribuant avec objectivité et sans réactions épidermiques : blâmer et condamner le négatif, féliciter, sans jouer au thuriféraire lorsqu'il le faut, balancer et évaluer et proposer en définitive.

Dr. Florent Pumu promet ainsi d'organiser encore d'autres rencontres, sur d'autres sujets, avec encore d'autres intervenants et contributeurs connus ou moins connus. Et, les nouveaux médias sociaux seront aussi mis à contribution pour la vulgarisation des travaux et des supports imprimés aussi, notamment pour faire bénéficier cette expertise au pays qui en besoin.

Norbert X Mbu-Mputu,

Journaliste et écrivain

Newport, (Pays de Galles ; Royaume-Uni)

© Congo Vision

23 novembre 2013


 
 
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