TRAVAIL ET DIALOGUE
Page d'accueil
A propos de nous
Correspondance et Retrouvailles
Interviews, Entrevues...
Musique
Forum
Emploi
Notes de lecture
Liens

LE TRIUMVIRAT FATAL ET LA NIGERIANISATION DU CONGO-KINSHASA POUR SA SORTIE DE CRISE ET SON DECOLLAGE.

« Toyebi bino bikolo mitema mabe, bokosi-kosi mikonzi na biso mingi, ebele ya mbongo bobebisi mitema, biso na biso tokomi se kobomana. Ata bosali bokozwa mpe Congo te, mabe malamu nde tobongisi se biso, na Table Ronde nde toyokani malamu, Congo ezali mpe na bana ya mayele… Congo na ngai, Congo e… Na Table ronde ya Congo e… » - Nous vous savons nombreux ces nations jalouses d’un Congo prospère, vous n’avez cessez de corrompre nos leaders, avec votre argent qui ne cesse de les rendre aveugles aux doléances du peuple, jusqu’à nous pousser à ce que nous puissions nous tuer les uns, les autres. Mais alors, vous ne réussirez jamais à prendre le Congo en otage et à l’occuper, nous trouverons toujours un terrain d’entente entre nous, nous arrondirons nos angles une fois à la Table Ronde, car le Congo est plein des fils et filles intelligents… Congo, mon Congo… Nous nous retrouverons bien à la Table Ronde du Congo… (Congo se ya biso, Lutula Edo Clary, 1960)

Norbert X Mbu-Mputu. Londres, le 29 juin 2016. Demain le 30 juin, notre pays la République Démocratique du Congo, commémorera son indépendance. Normalement, c’est un jour de méditation sur les leçons à tirer des erreurs du passé, pour voir comment bâtir un avenir meilleur pour le pays. Au fait, le Congo-Kinshasa titube depuis six décennies, à la recherche d’un oiseau rare pour son devenir. La seule question avec plusieurs sous-questions étant : comment faire pour démarrer dans ce pays une culture de démocratie ou les politiciens ne seront plus des corrompus et des démagogues et des populistes, mais, sur la tombe et l’héritage des Pères de l’indépendance, Kasa-Vubu, Lumumba et consorts, comment offrir au peuple congolais un mieux vivre, un espace de liberté et de prospérité ?

L’autre Lumumba. C’est en réécrivant mon petit ouvrage sur à paraître bientôt sur Lumumba avec comme titre inspiré par un ami « L’autre Lumumba » dont le but est de pouvoir tirer les leçons de cette tragédie de notre héros national pour notre génération, que je me suis donné aussi comme leitmotiv de découvrir ces erreurs du passé et de voir comment en tirer profit pour le futur du Congo. Car, le paradoxe congolais est le plus navrant : un pays immensément riche, aux dirigeants tout aussi richissime, aux politiciens avec des salaires faramineux, mais ou le peuple est parmi les plus pauvres de la terre. D’ailleurs, c’est ainsi que, relisant ces leçons de ces années-là des indépendances et les toutes dernières leçons de l’histoire de l’Afrique, je trouvai que la Cote d’Ivoire de Laurent Gbagbo était alors dans les mêmes traces du Congo de Lumumba et de Mzee Kabila, d’où ce titre alors prémonitoire de la « congolisation de la Cote d’Ivoire » dont l’arrestation de Gbagbo, de son épouse, de ses ouailles, la CPI, l’acharnement et l’implication de l’ONU et des autres puissances néo ou postcoloniales me donnèrent raison…

Car, comparaison n’étant certes pas toujours raison, la loi en philosophie politique pour ces genres des choses étant : « ceteris paribus sic stantibus » (toutes choses étant égales par ailleurs). Les tragédies d’un Mouammar Kadhafi devant s’inscrire peut-être aussi sur ce manque de relecture de ces histoires ou de cette histoire tragique de Lumumba et des autres pères… Car, souvent le modus operandi étant le même… Pour assassiner Lumumba, Kadhafi, ou pour arrêter Gbagbo, tout le travail fut effectué par les ayant droits, mais le coup fatal devant être donné par les autochtones ; comme dans le mythe de la caverne de Platon, les vrais acteurs, invisibles sur la scène, étant dans le monde métaphysique… c’est connu… Mais, surtout qu’ils envoient toujours des signes avant-coureurs que les initiés savent scruter…

Pour revenir sur le cas du Congo, il faudra d’emblée se calmer les nerfs et dire que ce n’est pas une fatalité. Nombreux pays passent par ces fourches caudines.

Le Nigéria. J’en prendrai un exemple : le Nigéria. Voici vingt ans où être Nigérian était une insulte. Mais, depuis dix ans presque, ce pays-là a décollé et a pris de l’envol. Au fait, lorsqu’on regarde son histoire, le Nigéria a connu la même histoire tumultueuse comme le Congo. Des luttes et des guerres après l’indépendance, le nord diffèrent du sud, des dictatures, la dernière étant celle du général Sani Abacha, mort de la façon qu’on le sait. Donc, le Nigéria était arrivé à un certain moment au creux de sa vallée, comme peut-être le Congo maintenant. Et, il n’y avait plus de choix que se de relever. Et, la nature avait fait son travail avec la fin malheureuse d’Abacha. Peut-être que le Congo n’est pas encore arrivé où le Nigéria était arrivé. Mais, on semble ne pas être trop loin de là.

Donc, dans cette Nigérianisation du Congo, il faudra trouver des bouées de sauvetages, des approches nouvelles basées sur notre passée, notre histoire et surtout nos particularités en tant que Congolais, avec nos problèmes, nos vues et avec ce que les anglo-saxons désignent par l’anagramme SWORT (Forces, Faiblesses, Opportunités, et Menaces).

Leadership nouveau. Il faudra surtout trouver aussi des personnalités pouvant incarner cette vision pour un nouveau Congo. Et, il en existe et il en existera. D’ailleurs, le président Joseph Kabila, en son temps, était à la recherche de ces personnes rares. Dieu seul sait s’il les avait trouvées… Mais, très souvent, ces personnalités rares restent silencieuses dans leurs laboratoires. Il faudra les dénicher. Car, ces personnalités, et le Congo les a, ont horreur et peur des troubadours et des thuriféraires qui, en politique, sont plus dangereux que les assassins ou que les dictateurs au pouvoir. Et, le Congo est, malheureusement, remplit de ces personnalités reconnus pour leur flatterie légendaire voulant faire du leader un nouveau prince, alors qu’en réalité, elles roulent pour leurs propres intérêts… Des personnalités capables d’adorer ce qu’elles ont hier brulé et de bruler ce qu’elles ont hier adoré.

Chinua Achebe, le mal nigérian. Il faudra commencer par l’analyse réalisée sur le Nigéria par Chinua Achebe. Dans un petit livre, passé inaperçu, « The Trouble with Nigeria », qu’on pourrait traduire par le « mal nigérian », il analyse et vint à une conclusion. Au fait, dit le vieux écrivain, et la même chose vaut pour le Congo. Il n’y a rien de mauvais avec le Nigéria, avec son climat, avec sa position géostratégique, avec son histoire et sa géographie, encore moins avec sa culture. Le Nigeria n’est pas maudit. Même si, lorsque vous rencontrez deux Nigérians, comme actuellement deux Congolais, leur conversation ne tourne qu’autour d’une seule chose : ce pays-là… ces dirigeants-là… le mal nigérian… Le vrai problème, dit-il, c’est que dans ce cheminement de son histoire, le Nigéria a besoin et aura, tôt ou tard, un nouveau dirigeant, un leader, qui saura mettre son intérêt personnel au-dessus de tout ; qui saura réincarner la philosophie des Pères des indépendances. Un leader ou des leaders qui auront une nouvelle vision pour un autre Nigéria et, ensemble, ce pays-là va décoller.

Et, c’est arrivé avec la fin d’Abacha, le passage ou la transition assurée par le général Aboubacar, puis l’arrivée du Vieux Olusegun Obasanjo, revenu au pouvoir, mais avec une vision autre et nouvelle. Ce fut le coup de pouce que le pays attendait…
Aujourd’hui, le Congo est dans cette phase de sa Nigérianisation… Pour cela, il faudra trouver une nouvelle approche pour le Congo ; quitter les actuels « leaderships de sauvetage » qui n’ont fait que perdurer, pour un autre leadership de vision nouvelle et pour un autre futur.

Thomas Kanza : le triumvirat fatal. C’est l’histoire du Congo qui nous offre une telle réflexion ; elle est de Thomas Kanza, l’un des deux universitaires avec Bomboko Justin, du gouvernement Lumumba et il est le seul qui a écrit ses mémoires et ses expériences de jadis pour la postérité. C’est pendant la Conférence Nationale Souveraine avec sa déclaration de politique générale : « Si l’histoire nous servait de guide », un résumé d’un chapitre contenu dans son livre jamais traduit en français, « Conflict in the Congo. The Rise and Fall of Lumumba » où il analyse la crise congolaise de ces années des indépendances. Il titre : « The Fatal Triumvirate » (Le triumvirat fatal).

Mais, l’histoire du Congo semble toujours être balisé par ce fameux triumvirat fatal se prolongeant indéfiniment… sa correction peut devenir est une voie de sortie de crise pour un autre nouveau Congo.

Au fait, constate-t-il, trois dirigeants et leaders représentaient le Congo des indépendances : Joseph Kasa-Vubu, l’homme calme et serein ayant la bénédiction et le soutien de tous les milieux catholiques externes et du pays ; Patrice Lumumba, l’homme le plus populaire, ayant la confiance du Congo entier et chef du gouvernement et Moise Tshombe, l’homme le plus riche et ayant la confiance de tous les milieux financiers et économiques du monde. Le problème est que ces trois-là, depuis la fin de la Table ronde, n’ont jamais travaillé ensemble pour le bien du Congo. Un chacun est resté dans son petit coin jusqu’à ce qu’un chacun mourut de la façon qu’on sait. Alors que, les trois ensembles auraient pu faire à ce que le Congo puisse devenir un Etat prospère. A la formation de son gouvernement, Lumumba invita Tshombe qui refusa (surement déjà inféodé pas les Belges mafieux, car, le même Thomas Kanza raconte dans son livre comment Tombé vint à Léopoldville, deux jours avant la sécession katangaise le 11 juillet 1960, chercher à rencontrer Patrice Lumumba, qu’il ne put rencontrer. Avant de quitter Léopoldville, il prédit à Thomas Kanza le désastre de l’échec de cette rencontre pour le Congo… Lorsque les deux personnalités se retrouveront, c’est au soir du 17 janvier, Lumumba (Mpolo et Okito), dans un état piteux, avant que ces derniers soient assassinés… Pire, les trois leaders moururent dans la pauvreté la plus totale.

Tshombé. Le cas le plus navrant étant celui de Moise Tshombe, Surnomme jadis monsieur tiroir-caisse, et de son alter ego Albert Kalonji, chef des sécessions. Tshombe quitta le Katanga pour son exil avec des millions de dollars. Kalonji aurait acheté tout un quartier de Genève avec son argent de son Kasaï. Mais, les deux ne profitèrent pas de cet argent-là des sécessions. Des malins s’en étaient bien servis. Comme Christophe Gbenye qui est mort sans nous avoir pu récupérer les lingots d’or entreposés dans la Banque de Soudan pendant sa République Populaire d’Orientale (avec et après celle d’Antoine Gizenga). Comme aussi Mobutu dont le château venait d’être vendu à vil prix en Suisse, car, lui aussi mourut « pauvre », disons pas aussi riche qu’on le croirait… Car, malins, ces capitalistes qui les aident à ouvrir et à  gérer ces comptes à l’étranger, savent comment s’en tirer d’affaires et savent comment les jongler, surtout lorsque ces messieurs-là perdent le pouvoir. Nombreux comptes ouverts au nom du chef de l’état ou d’un état ne leurs sont tout simplement plus possible d’y avoir accès. Et, pour le pays aussi, les récupérer est un combat perdu d’avance. Les frais à payer, les dettes vraies ou fausses étant parfois au-dessus du montant dont seules les banques savent le secret… Un ami ayant aidé le Congo de Mzee Kabila à récupérer l’argent de Mobutu l’a une fois expliqué : des méandres interminables avec comme résultats une perte de temps et d’argent pour rien.

Donc, maintenant encore, les mêmes causes produisant les mêmes effets, la même cabale a déjà commencé avec le président Joseph Kabila. Les mêmes commencent déjà à dire qu’il serait trop riche, plus que Mobutu… Pire, les mêmes tentent de lui donner parfois des montant qu’il ne pourrait peut-être même pas avoir en banque.

Alors, pour couper l’herbe aux pieds de ces capitalistes égoïstes et surtout avares de leurs beefsteaks qu’est l’argent, dixit Mobutu, il faudra retourner la logique des négociations et permettre à ce que les leaders puissent investir, mourir et rester au pays, l’exil étant un gouffre et un cimetière. D’où l’idée d’un triumvirat vital, les choses étant ce qu’elles sont. Car, l’histoire des nations est souvent faire des répétitions.

Leçon d’histoire. Après l’assassinat de Lumumba, Tshombe partit pour l’exil, et le pays sombra dans une autre grande crise. Pour mettre fin à cette crise-là, il fallait un autre « triumvirat vital », venant corriger le premier triumvirat fatal. Il fut constitué cette fois-ci par Joseph Kasa-Vubu, comme président, Joseph Mobutu comme chef d’Etat-major et l’homme fort du pays, et ils furent obligés de réappeler Moise Tshombe qui devint le premier ministre du gouvernement de salut public. Il faudra noter que Tshombe regrettera toujours jusqu’à sa mort de l’assassinat de Lumumba dont les artisans se servirent de Godefroid Munongo ou vice versa, Tshombe était au cinéma lorsque les trois prisonniers arrivèrent… Lorsqu’il alla le soir les visiter, il avait de la peine à les voir dans un tel état… et, on sait actuellement que la décision de les assassiner fut surement prise par Munongo, après certes un verre de whisky de trop…

Le Congo de Tshombe connut une prospérité sans pareille, car Tshombe alla en Belgique reprendre le portefeuille et il put organiser les élections démocratiques et crédibles organisées par les Congolais eux-mêmes, dont sa coalition sortit vainqueur, ce furent les premières élections démocratiques et libres après celles de 1960 ; elles vinrent après surtout la promulgation de la nouvelle constitution dite de Luluabourg de 1964 consacrant le fédéralisme et surtout avec un pays divises, comme maintenant, en provincettes, gerbes des conflits sans fin, mais permettant ainsi au Président Joseph Kasa-Vubu de diviser le pays pour mieux régner…

Erreur de Kasa-Vubu. C’est lorsque Joseph Kasa-Vubu ne comprit pas le bienfait de ce triumvirat et refusa d’accepter les résultats des élections et nomma par deux fois Evariste Kimba au poste du premier ministre et que ce dernier ne parvint pas à avoir la confiance du parlement et du sénat qu’arriva Mobutu pour tout mettre entre parenthèses : le coup d’Etat du 24 novembre 1965.

Mobutu aussi. Mais, l’histoire étant têtue, lui qui vint tout simplement balayer la maison y resta pour trente-deux ans. Sa fin n’était plus différente des autres fins. Car, l’histoire eut besoin, pour le sauver et pour sauver le pays, d’un autre triumvirat.

En effet, pendant la transition et surtout pendant le Conférence Nationale Souveraine, qui est comparer avec la Table Ronde ou même avec le dialogue actuel à convoquer, il eut encore un autre triumvirat forme cette fois-ci par le Marechal Mobutu, Monseigneur Laurent Monsengwo et le premier ministre Etienne Tshisekedi. Un chacun avait un rôle primordial pour sa survie et pour le pays. C’est lorsque les trois travaillèrent pour le bien du pays que les choses allèrent sur la roulette, notamment après l’élection de Tshisekedi comme Premier ministre le 15 Aout 1992, jusqu’à la démonétisation des billets de 5.000.000 de NZ… Je dis « démon-nétisation »… Ce fut une décision démoniaque que de larguer ces billets-là sur le marché… Et, ce fut le début de la fin de tout, surtout du responsable de cet échec de l’histoire, comme hier avec Kasa-Vubu : Mobutu et son MPR Parti-Etat qui allaient être balayés de la façon que l’on sait.

Dernière chance. Mais, une dernière chance encore fut offerte à Mobutu et au pays, comme jadis avec Kasa-Vubu dont le premier ministre Kimba ne fut pas accepté mais qui persista dans son jusqu’auboutisme. Mobutu aussi. Pour ne pas permettre à une solution d’un coup d’Etat ou d’une victoire militaire contre le régime de Kinshasa de Mobutu, Etienne Tshisekedi fut dépêché en France à Cap Martin auprès de Mobutu malade pour offrir une planche de salut et à Mobutu et au pays. Il fut demande a Mobutu de retourner à la légalité : de remettre le pouvoir à la Conférence Nationale Souveraine, au fait, revenir donc au « triumvirat vital » raté. Mobutu l’accepta. Monseigneur Monsengwo, alors en Europe, revint, via Brazzaville, pour reprendre la HCR-PT. Car, la victoire de l’AFDL allait sonner le glas à toute solution démocratique et salutaire pour le pays et pour Mobutu lui-même. Mobutu fut alors accueillit en héros à son retour…

Sur les traces de Tshombe et de Lumumba. Hélas, qui a bu boira… Mobutu, comme un vieux léopard sur la route de son exil, tourna le pays, le peuple, Tshisekedi et Mgr Monsengwo en dérision. Il confirma Kengo wa Dondo comme Premier ministre ; au fait, il creusa ainsi sa tombe. Tshisekedi comprit alors que les carottes étaient cuites pour Mobutu. La dernière fois pour Mobutu et Tshisekedi de se rencontrer fut au Palais des Marbres, lorsque Tshisekedi, comme un gourou, refusa de participer à ce simulacre de dialogue politique orchestre par Mobutu et ses troubadours et thuriféraires ayant débouché au dernier gouvernement Kengo, et il sortit, poursuivit par Ekamba pour son émission « Loba Toyoka ». Tshisekedi ne dit plus rien, avant de s’engouffrer dans sa Jaguar… (Thomas Kanza rappelle dans son livre ainsi qu’avant de s’engouffrer dans sa limousine pour l’aéroport, Tshombe prédit une fatalité pour le pays et pour Lumumba…). L’histoire de sa fin est connue surtout avec l’arrivée de Bill Richardson, l’envoyé spécial du président Américain Bill Clinton… encore un raté dans l’histoire du pays. Quand Mobutu voulu se ressaisir et renommer Tshisekedi au poste du Premier ministre, ce dernier refusa d’être son Premier ministre. Mobutu alla mourut en exil et on sait ce qu’il advint de ses millions… Tshisekedi et Monsengwo sont encore en vie…

Mzee Kabila. Comme si l’histoire du Congo était toujours têtue et titubait toujours, à son arrivée le 17 mai 1997, après la fuite de Mobutu (qui avait toujours réfuté d’être un jour appelé « ex. président », préférant être appelé « feu président »), Mzee Laurent-Désiré Kabila oublia d’apprendre cette leçon-là de l’histoire titubant et en quête de solution. Tshisekedi, encore lui, lui dit : félicitations pour avoir gagné ou nous on n’a pas pu ; mais, veuillez apporter la facture la guerre qu’on la paye et qu’on remercie ceux qui nous ont ainsi aidé et qu’ils retournent… Hélas, volontairement ou involontairement, consciemment ou inconsciemment, Mzee refusa d’appliquer le « triumvirat vital », il mit Tshisekedi à l’ écart, emprisonne une fois Antoine Gizenga, n’écouta en rien Mgr Monsengwo (ou un autre leader pouvant jouer ce rôle-là). La cacophonie était à son comble. Le pays était dans un cul-de-sac surtout avec le début de la deuxième guerre d’agression un certain 2 août 1998 ou la guerre du non-respect des accords de guerre (les fameux accords de Lemera ?) ou la guerre du non-paiement de la facture de la première guerre comme convenu. C’est selon.

La tragédie devint inévitable. Les initiés la présageaient déjà. Dans un deuil, Justin Bomboko aurait dit quelques mois avant cet assassinat que le job de Mzee Kabila était fini. Le 30 juin 2000, soit six mois auparavant, dans cette interview célèbre à Tervuren en Belgique, interview en ligne, Etienne Tshisekedi prédit que Laurent-Désiré Kabila naviguant a vue allait mal finir.  Encore une tragédie malheureuse pour le pays et pour le leader. Car, la question, a-t-on pu récupérer les avoirs et l’argent de Mzee Kabila, s’il les avait entreposés quelque part comme le dit la radio trottoir ? Un grand silence encore, ou une perte et pour le pays et pour les siens.

Carrefour. Nous voilà donc sur le même carrefour de l’histoire. Le Congo aujourd’hui compte trois ou même quatre leaders qui sortent du lot : Joseph Kabila, Etienne Tshisekedi et, un troisième pour former le triumvirat, si on s’en tient à ce parallélisme, incontestablement Moïse Katumbi ou, s’il faudra faire du triangle un carré, un quatrième leader imperturbable, le même Laurent Monsengwo, comme le même Etienne Tshisekedi, cette fois-ci devenu le cardinal et l’archevêque de Kinshasa… Nous sommes donc devant un quadriumvirat… Au fait, la nature ayant horreur du vide, le manque de nouveaux leaders émergeants dans l’Eglise catholique et dans l’opposition fait que les anciens doivent revenir et ils reviennent combler le vide… Car, comme un vieux serpent, ils font encore peur… au propre comme au figuré… On a vu par exemple l’UDPS s’embrouiller à trouver un qui pourrait remplir ce rôle, jusqu’à ce que le vieux, malgré son âge, est obligé de reprendre les choses en mains et il les a bien reprises en mains.

Hélas, les trois ou les quatre leaders sont se regardent comme des chiens et chats. Ils ne se parlent pas. Ils ne se retrouvent pas. Tshisekedi ayant tournoyé au-dessus de Kinshasa dans un avion, pendant la campagne des élections passées, avec interdiction d’atterrir, au risque même pour l’avion de se retrouver sans carburant, en veut surement à Joseph Kabila, le pauvre. D’où, le communiqué de Tshisekedi attendant son imperium scellant le sort de Joseph Kabila qu’on doit lui amener ligoté… Alors qu’on sait que, dans de telles circonstances, il peut avoir des responsables imbus d’eux-mêmes prenant des décisions, par excès de zèle parfois, dont ils croient faire plaisir au prince. Par la faute peut-être des troubadours et des thuriféraires ou par la faute de ceux voyant plus grand qu’eux-mêmes, ceux pour qui une telle alliance ou un tel triumvirat n’est pas de leur gout, surtout ceux qu’on appelle des calculateurs-profiteurs du Congo ; comme le déniche le même Thomas Kanza : Paris-Bruxelles-Washington, et, Londres à une certaine mesure. (Les révélations sont tombées récemment que l’assassinat de Lumumba avait aussi une main invisible de Londres via la responsable de la sécurité de Londres basée alors à Léopoldville à l’époque, Madame Daphne). Car, Thomas Kanza note que les malheurs du Congo est que les grandes décisions doivent se prendre dans ces capitales-là…

Le nouveau dialogue. Donc, pour sauver la nation et les individus concernés et éviter que certains ne connaissent les mêmes fins comme avec ceux dont ils incarnent les rôles historiques, il faudra que le dialogue qui s’annonce permette à nos leaders, les vrais, d’inverser le « triumvirat fatal » ; donc de former encore un « triumvirat vital » pour le pays. Au fait, prendre comme modèle la Table Ronde de Bruxelles en 1960, ou l’actuel conclave de l’opposition autour de Tshisekedi toujours à Bruxelles. Il est possible pour le président Joseph Kabila (qui est dans la position de Joseph Kasa-Vubu dont il est l’homonyme et de Joseph-Désiré Mobutu dont il est tout aussi l’homonyme), le président Etienne Tshisekedi (le politicien le plus populaire qui est dans la position de Patrice Lumumba), et, à une certaine mesure Moïse Katumbi (qui est dans la position de Moïse Tshombe, dont il est tout aussi l’homonyme) de se retrouver et de bien gérer la nation. Ce sera alors le décollage de tout un pays et les individus concernés aussi retireront un grand bénéfice de ce triumvirat. Sinon, l’histoire se répétant, la fin de ses acteurs ou de ceux considérés comme grains de sable dans un tel engrainage risquerait d’être de nouveau fatale… Malheureusement…

Pour cela, certes, il leur faudra Est-il qu’il leur faudra peut-être une autre personne ou un autre leader pour les aider à arrondir leurs angles, rôle que pourra jouer le Cardinal Laurent Monsengwo, car, lui est celui qui a la confiance de toutes les institutions internationales et le peuple tout entier.

Nouveau triumvirat. Donc, la clef pour sortir le pays de ce rond-point suicidaire pour le pays et pour ses leaders passe par ce nouveau « triumvirat vital », correction des autres triumvirats fatals. La guéguerre actuelle entre le président Joseph Kabila et Moïse Katumbi, ancien allies d’hier comme le furent Mobutu et Tshisekedi, comme d’ailleurs la guéguerre entre Joseph Kabila et Etienne Tshisekedi, ou encore la guéguerre entre joseph Kabila et le Cardinal Monsengwo, comme on croit le dire voici belle lurette, risquerait de coûter chers à certains d’entre eux, comme jadis à tous les membres précités de ces triumvirats qui n’avaient pas compris leurs rôles pour le changement de ce pays. Ceux qui l’avaient compris, Tshisekedi et Monsengwo, survivent encore…

Lire les signes de temps. C’est cet agenda que doit comprendre les membres du prochain dialogue. Hélas, objectif qui ne pourra jamais être atteint si on n’invite que des troubadours et des thuriféraires des uns et des autres… Alors que ces membres d’un tel triumvirat sont des leaders inconstatables d’une tranche importante des Congolais. Etienne Tshisekedi l’a prouvé avec le conclave de Bruxelles que là où Joseph Kabila peine depuis plusieurs mois, où Edem Kodjo semble s’embrouiller, il a pu, lui Tshisekedi, en trois jours, réunir les Congolais et sortir un manifeste qui fait renvoyer à l’histoire des manifestes ayant été à la base de notre indépendance : le manifeste de la conscience africaine avec Iléo, Kalonji et les autres, et le contre-manifeste de l’ABAKO, les deux venus après ce défaitisme des Belges pensant nous offrir l’indépendance dans trente ans, comme le stipulait ce document de Van Bilsen… Le lieu de Bruxelles lui-même est tout aussi mythique et mystique car, à l’arrivée des conjurées Congolais ou nos chevaliers de la Table ronde, en janvier 1960, alors que les Belges avait tout aménagé pour diviser les Pères de l’indépendances d’alors, ces derniers surprirent plus d’un en constituant le « Front commun », en demandant l’indépendance, en travaillant ensemble, avec l’aide de leurs érudits, des étudiants Congolais de Belgique sous la conduite de Marcel Lihau et de leur diaspora sous la conduite de Thomas Kanza, alors travailleur au Bureau du Marche commun… Or, l’histoire du Congo se sert souvent de ce même Etienne Tshisekedi comme étant sa soupape de sécurité tirant la sonnette d’alarme avant que l’histoire ne se plonge dans sa fatalité légendaire…

Quadriumvirat ou tétrarchie. Le quadriumvirat ou la tétrarchie à ainsi former par Joseph Kabila, Etienne Tshisekedi, Moïse Katumbi et le Cardinal Laurent Monsengwo ferrait un travail mieux et même plus profond que la panoplie d’envoyés spéciaux au chevet du Congo, un chacun avec son petit agenda, certes. C’est possible d’avoir de telles personnes pouvant les aider à arrondir leurs angles. On a par exemple vu la première dame Olive Lembe Kabila trainer presque le Cardinal Monsengwo sur les lieux des cérémonies, lui dont on croit n’avoir pas voulu assister aux commémorations dernières de l’assassinat de Mzee Kabila (Car, il ne peut avoir d’autres explications sur le retard du prélat catholique lorsqu’on sait le Cardinal ayant le respect des heures de rendez-vous comme sa seconde nature).

Car, dans cette recherche des solutions pour le Congo, c’est encore suicidaire de tomber sur le défaitisme qui nous est désormais légendaire et de croire que ce pays-ci n’a plus de chance ou qu’il faille encore des rebellions ou des soulèvements populaires ou des coups d’Etat. Certes, l’histoire ayant ses solutions propres, il n’est pas impossible que de telles solutions refassent surface lorsque les uns et les autres éviteraient d’écouter les voix de dialogue ou même les solutions pacifiques et constitutionnellement légales.  La dernière sortie du professeur Mokonda Bonza au Sénat, interpellant le Premier ministre, a démontré que le Congo regorge ainsi de ces fils et filles pouvant imaginer et faire le design d’une nouvelle feuille de route congolaise. On devait peut-être lui demander de tout couler sous forme des recommandations et mêmes d’un document de travail pour permettre au Premier ministre de bénéficier d’une telle expertise, pour le bénéfice de la nation. Certes, de telles personnalités, à cause de tous les coups bas des politiques, ne sont pas souvent consultées ou écoutées… ou encore, ceux-là ne se manifestent pas souvent… 

Un telle approche d’un nouveau quadriumvirat vital ou même d’un triumvirat nécessitant une quatrième personne jouant le rôle du patriarche, serait ainsi une correction de notre histoire macabre et faite de sang d’innocents ; une correction du premier triumvirat fatal ayant plongé notre pays dans une crise qui perdure jusqu’alors ; le pays se lancera ainsi dans une nigérianisation prospère.

Kanyama… ballon d’essai. D’ailleurs, si le président Joseph Kabila et Moïse Katumbi ont ainsi leurs avoirs et leur argent à l’extérieur, comme on semble l’affirmer par une certaine presse, sans nous questionner si c’est vrai ou faux, ils les ramèneront ainsi au pays, comme jadis avec Moïse Tshombe qui revint en 1964 avec le portefeuille. Surtout que le ton est donné avec cet épée de Damoclès, ou le gel des avoir à l’extérieur, (avec le général Kanyama, le pauvre ! – peut-être dans la logique qu’il faudra frapper les petits poissons pour inviter les gros a plus d’ordre comme lorsque Papa Wemba fut arrêté pour la fameuse histoire du trafic des humains), qui précède les fameuses enquêtes de la fameuse CPI. Au fait, c’est une façon de montrer qu’on va se les approprier, comme jadis avec Albert Kalonji et Moïse Tshombe dont les familles et eux-mêmes ne bénéficièrent pas de ces argents entreposés dans ces banques étrangers… Leçons d’histoire…

Table ronde newlook. Mais, une telle rencontre est possible et mérite des préalables et surtout un « gentleman agreement » ou un manifeste à accepter ou à imposer à tous, avec des articles et des régulations clairs opposables à tous : le caractère sacro-saint de la constitution, la gratuite de la participation des membres, la non-éligibilité des participants à tout mandat électoral après le dialogue et aux instances d’après et surtout un timing court et succinct comme le fut le conclave ce l’opposition de Bruxelles faisant partie désormais d’un outil de taille, surtout après que les autres oppositions dont le MLC de Jean-Pierre Bemba dirige par la dame de fer Bazaiba Masudi et l’UNC de Vital Kamhere, dont les qualités et les capacités de maitrise des dossiers secrets de art et d’autres ne sont pas à déconsidérer, surtout à cause de son cursus honorum élogieux. D’ailleurs, ce dialogue ne devrait pas s’éterniser s’il n’est convoqué que pour une seule raison : faire à ce que les prochaines élections se tiennent dans le délais constitutionnelle et surtout, libres et transparentes, qu’elles soient sans susciter encore, comme jadis, des interprétations et du désordre.

Cette nigérianisation et cette fin des triumvirats fatals fera à ce que les leaders congolais et leurs ouailles se lancent dans une nouvelle lutte ensemble : cette du développement durable, celle d’un nouveau Congo prospère, celle d’un Congo ou le maitre mot politique pourrait devenir « the accountability » ou la responsabilité des actes poses et les comptes à rendre à la population ; la politique recouvrira ainsi sa noblesse originale : la gestion de la cité. Et le pays retrouvera sa définition de la république : une chose appartenant à tous. Les dirigeants et leaders pouvant humer l’air frais de liberté une fois leurs mandats termines, au grand bénéfice de tous, comme le sont les autres dans d’autres cieux. Et, ce n’est pas sorcier.
Toute fausse modestie mise-à-part, j’offre mon expertise pour la réussite d’une telle vision d’un « triumvirat vital » ou d’un « quadriumvirat vital » pour le Congo. Au fait, le retour aux fondamentaux à la fois de notre histoire et des républiques modernes et prospères.

Norbert X MBU-MPUTU
Journaliste, écrivain et chercheur en Anthropologie et en Sociologie
(EMAIL : norbertmbu@yahoo.fr)

13 juillet 2016

© Congo Vision

 

 


 
 
Copyright © 2000 - 2016 Congo Vision. Tous droits réservés.