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NOTES DE LECTURE: “DE L’ENFER, JE REVIENDRAI”, ENTRETIENS DE SERI ZOKOU AVEC DE CHARLES BLÉ GOUDÉ.


Norbert X Mbu-Mputu

Londres, 6 juin 2016. « De l’enfer, je reviendrai ». Un nouveau livre sur nos rayons. Samedi 4 juin dernier, son coauteur, Maitre Simplice Séri Zokou, l’a présenté au public dans une cérémonie symbolique à Novotel, au sud de Londres. Le livre est un entretien avec Charles Blé Goudé dont le sort est actuellement lié à celui de son mentor, l’ancien président ivoirien Laurent Gbagbo, tous deux détenus à la prison de Scheveningen à la Haye, tous deux accusés par Cour Pénale Internationale pour des allégations des crimes contre l’humanité, des crimes de guerres et d’autres atrocités corolaires de la crise postélectorale ivoirienne, voici quelques années.

Sa parole. Il faudra commencer à lire ce livre par ses derniers pages. « Chers lecteurs, écrit ou dit-il, vu que les règlements de la CPI me soumettent à un devoir de réserve, je ne vous en dirai pas plus. Je puis simplement vous assurer que pour moi, la CPI n’est pas une fin, c’est plutôt un début. Ici, je compte apprendre, beaucoup apprendre pour demain » (p. 174). Charles Blé Goudé, CBG, en sigle, fut nommé ministre de la Jeunesse, de la Formation professionnelle et de l’Emploi dans le tout dernier gouvernement de Laurent Gbagbo aux lendemains des élections contestées par le camp de l’actuel président de la Côte d’Ivoire Alassane Drame Ouattara, gouvernement ayant eu comme Premier ministre Gilbert N’gbo Aké. Il est communément appelé « le général de la rue », à cause de ses capacités de mobilisation des foules en un temps record dont ce message ayant appelé les Abidjanais à la résistance pour empêcher l’armée française d’arrêter le président Gbagbo pour une première fois. CBG dit alors à la télévision : « Si vous êtes en train de manger, arrêtez vous. Si vous dormez, réveillez vous. Tous à l'aéroport, au 43ème Bima. L'heure est venue de choisir entre mourir dans la honte ou dans la dignité ». Et, le résultat fut immédiat : avec des mains nues, les Français ne purent avancer et commirent même des bavures en tuant des ivoiriens. Mais, derrière les barreaux, il aura peut-être compris que dans ce monde-là des grands, la vengeance est un plat qui se mange froid. Soit.


Destinataires. S’il faudra retrouver les destinataire de ce livre, ce sont peut-être les partisans de Laurent Gbagbo et les acolytes de CBG, ceux-là qui, à cause de la crise avaient comme hymne national « comptons, asseyons-nous et discutons » ; ceux-là qui, à un certain moment, se seraient senti trahi par un Blé Goudé dont l’actuel pouvoir ivoirien aurait fait circuler de gros mensonges au sujet de son arrestation ; faisant circuler même qu’il serait dans un palais doré, alors qu’il fut enfermé dans un « enfer » : « Pendant ce temps, un deuxième « tribunal » s’était mis en place contre nous, un tribunal institué par certains des nôtres pour nous juger de traitrise, trahison et collusion avec l’adversaire. » (p. 147).


Coauteur. C’est ainsi que Maître Séri Zokou, au-delà du fait qu’il soit un des avocats de CBG, le décrit comme il est, un homme de paix de réconciliation, le contraire de ce que toute la presse anti-Gbagbo et même la CPI fait circuler depuis : « vilipendé à l’extérieur et incompris à l’intérieur, mais qui, du haut de ses responsabilités, est toujours resté conscient qu’il fallait rechercher toutes les solutions pacifiques possibles pour sauver les vies humaines » (p. 18).

Par-delà la tradition ancienne. Il est de tradition pour d’illustres anciens prisonniers de livrer leurs parts de vérités ou des récits sur leurs conditions de détention, sur les objectifs de leurs combats ou tout simplement sur leurs vies. Mais, tous le font souvent à la sortie de leurs prisons. A la sortie de ses 27 ans de prison, Nelson Mandela nous a livré un chef d’œuvre méditatif notamment sur la force du pardon et la droiture d’une vision pour une Afrique du Sud Arc-en-ciel; après des années dans les prisons communistes d’alors, le pasteur protestant Roumain Richard Wurmbrand conte dans « Mes Prisons avec Dieu », la force de sa foi l’ayant aidée à ne pas succomber aux séances de lavage de cerveau pratiquées par ses geôliers; plus prêt de nous, sorti des trois ans de la célèbre prison-mouroir du désert, l’ancien ministre tchadien Antoine Bangui-Rombaye livre dans « Prisonnier de Tombalbaye », un récit décrivant l’animalité d’un régime tortionnaire et surtout, entre humour, colère et méditations, il livre quelques astuces pour ne pas succomber et se laisser crever dans une telle situation inhumaine; dans ses émissions « Archives d’Afrique » sur RFI, Alain Foka s’est livré dernièrement à une reconstitution de ce que furent les atrocités et les conditions de détention dans la célèbre prison du Camp Boiro du temps de Sékou Touré en Guinée. Et, la liste est longue.

Signe de vie. Mais, contrairement à ce qu’on pourrait croire, dans ce livre de CBG, monsieur le ministre, comme il le rappelle avoir toujours ainsi appelé par ses gardiens, ses geôliers et ses codétenus lors de ces mois de prison à Abidjan, ne se livre pas aux justifications détaillées de son action aux côtés de Laurent Gbagbo, il ne se livre même pas aux dénonciations détaillées de ces animalités subies, l’impression pour quiconque ayant parcourut ces 175 pages qui se lisent d’un trait, est que, sachant que d’une telle prison, on peut sortir soit libre, soit condamné, parfois vivant ou même dans un cercueil, Charles Blé Goudé s’est décidé de parler. En attendant la fin du procès dans quelques années, dans les limites de ces droits, si droits il y a : il fait signe de vie avec sa parole d’homme et de leader. C’est la quintessence de cet ouvrage. L’auteur parle tout simplement. Le coauteur le laisse exprimer tout simplement.

Genre et écriture. Pour cela, Me Séri S. Zokou brise avec le genre habituel des livres-entretiens, c’est-à-dire une longue interview faite des questions/réponses. Parlant ou écrivant à la première personne du singulier, l’impression qui se dégage en lisant ce livre est que les deux semblent mesurer l’impératif du temps qui peut jouer en leur défaveur, il faudra éviter alors que cette parole sacrée leur soit retirée. On ne sait jamais. Ils se dégage une impression de la part des deux d’être pressé, d’éviter d’être empêché de parler un jour, au propre au figuré de parler, d’où le titre lui-même qui est une profession de foi, un hymne, un alléluia : « de l’enfer, je reviendrai ». Alors qu’on sait très peu sortir vivant de ces enfers, surtout lorsqu’on s’appelle CBG, se déclarant, orbi et urbi, partisan de Laurent-Gbagbo.

Est-ce pour cette raison peut-être aussi que l’édition, la mise en page et le « layout » du livre sont allés vite au but et n’ont prévu ni index, ni  bibliographie, encore moins des photos que tout curieux aurait bien voulu voir pour se fixer une idée sur les propos. Choses à inclure sûrement dans une nouvelle édition qui ne tardera pas à venir, comme le livre se vend comme des petits pains.

D’ailleurs, pour distancer l’auteur de sa réputation d’anti-français et surtout d’incendiaire des rues, le tout dépend de ce que les uns et les autres mettent derrière ces mots, la couverture est une photo de Charles Blé Goudé, les mains en forme de prière ou en méditation transcendantal, image qu’il aurait voulu que tous gardent de lui, lui qui dit avoir milité pour la paix dans son pays, lui qui voyagea avec le pasteur Jesse Jackson, lui qui décida d’entreprendre des actions pour éviter un bain de sang chez lui… Hélas… Il semble que les adversaires, les leurs, étaient déjà prêts et mieux armés pour la bataille finale…


Le contenu. Mais, s’il y a un conseil à prodiguer à tout lecteur de ce livre qui, divisé en 14 chapitres, laisse libre court de commencer la lecture n’importe où, c’est de commencer à le lire par le chapitre X : « Mon voisin, Mohamed le djihadiste » (pp. 121-138), un certain Mohamed Abu Mustapha, qui a révélé à CBG qu’il était l’homme à tout faire de Mokhtar Belmokhtar, le chef des djihadistes d’Al-Mourabitoune du nord du Mali.

Malgré ses conditions inhumaines de détention, les reflexes de leadership et d’homme d’Etat semblent avoir prévalu sur les tortures corporelles subies par CBG. Entre deux conversations, CBG apprend de son interlocuteur l’histoire des djihadistes du nord du Mali, comment au fait ils furent instrumentalisés et oeuvrèrent toujours pour le compte de l’ancien président Burkinabé Blaise Compaoré. C’est lui qui joua toujours au négociateur attitré lorsque des Occidentaux de certains pays triés par eux-mêmes étaient fait otages dans cette région-là. Au fait, révèle Mohamed, toutes les rançons financières exigées étaient reparties par leur mouvement avec le président Compaoré qui avait sa quote-part dans le business. Le tout se faisait par l’homme de paille de Compaoré, le célèbre Malien Moustapha Chafi, qui, curieusement avait quitté Ouagadougou pour Abidjan sous bonne escorte, via un jet privé, après la chute de Compaoré. Au fait, à en croire Blé Goudé, selon les propos de son codétenu, les djihadistes se sont fait rouler dans la farine et en veulent surtout à Alassane Dramane Ouattara qui a appuyé l’intervention française contre eux. Ils s’étaient alors décidés de se venger, notamment contre la Côte d’Ivoire dont le président leur a joué un mauvais coup. Mohamed serait donc membre d’un réseau de ces djihadistes déjà infiltrés dans nombreux pays, ayant par exemple pour ce cas-ci, déjà marié et ayant un enfant avec une ivoirienne qui n’en savait rien du business de son monsieur. Même s’il était arrêté à cause d’un couac, Mohamed rassura CBG qu’ils allaient frapper la Côte d’Ivoire, le Burkina Faso, la Mali, la France et d’autres pays. Ils savent prendre leur temps, avait-il confié à CBG.
C’est en voyant les attentas récents que Charles Blé Goudé se sent obligé de témoigner de ces conversations. Incroyable témoignage que l’aveuglement de cette volonté farouche de ne pas voir CBG en liberté risquerait de faire biaiser, hélas ! Alors qu’en Afrique, la sagesse voudrait qu’il soit parfois de la nature même des fous de prodiguer des sages conseils aux rois…

Maître de la parole. Mais, dans ce livre aussi, c’est CBG qui ne s’empêche pas de tourner ses peines et ses misères en dérisions. La pratique est commune dans ce coin-là de l’Afrique où existe toute une litanie des jargons, parfois empruntés du français ou traduit de celui-ci. Les propos du fameux témoin « Sam l’Africain » à la CPI dans ce procès Gbagbo et Blé Goudé, ont fait montre qu’il faudra désormais des pincettes lorsqu’on fait usage de ces mots, expressions et jargons pour ne pas prendre une chose pour son contraire, comme semble le faire, malheureusement la CPI.

La description de sa barbe invite à un petit sourire au milieu d’un tel tableau macabre et lugubre. Ne s’étant plus rasé pensant des mois, elle ressemble sûrement à celle de Fidel Castro ou pire, s’il faudra emprunter la description que le prisonnier de Tombalbaye Antoine Bangui-Rombaye cité ci-haut fait de la barbe de son codétenu qui, puisque ne s’étant plus rasé, lui faisait ressembler à Jomo Kenyatta ; alors que ce dernier lui répliquait que la sienne le faisait ressembler à Jonas Savimbi.

Maître de la parole, la prison l’a aussi aidé à se souvenir de ces jours beaux d’autrefois de l’école primaire, du secondaire et surtout de l’université notamment avec l’usage de ces mêmes jargons usés alors qui, avec la prison, avaient tout leurs sens pour se taper un moral de fer et éviter que l’enfer ne puisse endommager sa tête. Toute une litanie : « la prison monte » pour exprimer ce sentiment de se voir obnubiler par les tortues de la prison et d’avoir désormais un moral bas ; « mort subite » ou « le repas « one by day » ; l’ANC ou « l’Alimentation Non Contrôlée », le DL ou ces étudiants ne vivant que des « dons et legs » ; ou le mois de décembre qui fut un « MEA » (mois éminemment alcoolique).


L’enfer. Au-delà de ces évocations, la prison ivoirienne reste un enfer. D’où, lorsqu’il lui fut dit qu’il allait être transféré le 22 mars 2014 à la Haye, contre l’avis de ses avocats, CBG accepta de s’en aller et de quitter ainsi cet enfer, pour un autre mieux humain : la prison de Scheveningen. La mort dans l’âme, certes. « Aussi paradoxal que cela puisse paraître, je suis pressé de quitter Abidjan, de quitter la Côte d’Ivoire, de quitter mon propre pays, mon pays bien aimé. En vérité, j’étais en train de mourir à petit feu dans cette détention au secret ».

Sans entrer dans tous les détails qui attendront peut-être un autre livre, soit à la fin de son procès ou à la sortie de son enfer, CBG passa des mois d’emprisonnement dans un isolement complet ; notamment dans les prisons de la DST (Direction de la Surveillance du Territoire) ivoirienne ; une prison dans une cuisine sale, aux conditions hygiéniques on ne peut plus inhumaines ; un mouroir où il était à la merci des humeurs, des humours et des amours soit des autorités de la prison ou du zèle de ces gardes dont les sobriquets évoquaient toute la méchanceté et des cœurs sans pitié, surtout lorsqu’on a comme détenu un ancien ministre de rue du régime de Laurent Gbagbo. Il fut par exemple enfermé avec ses bras menottés derrière le dos pendant deux semaines, par la volonté d’un de ses gardes.

Via dolorosa. En diagonale aussi, le livre raconte la part de vérité de CBG depuis qu’il avait disparu des rues d’Abidjan, alors que les Français bombardaient la résidence du président Gbagbo, l’arrêtant et le livrant aux forces de son adversaire. D’Abidjan, il gagna le Ghana, en empruntant des moyens et des voies on ne peut plus risquées et risquant. Et, une fois au Ghana où l’élection du nouveau président semblait être un motif d’espoir, non pas seulement que des contacts avaient été noués avec le nouveau président Sénégalais Macky Sall pour des pourparlers de paix avec les autorités de son pays, mais, sa vie était tout sauf un petit paradis. Il devait se cacher, changer des logis, restreindre le cercle de ses amis ; car, ils se savaient devenus, ces exilés ivoiriens au Ghana, une monnaie de change. La suite des événements, son arrestation et son acheminement d’abord à Abidjan puis à La Haye lui en donnèrent raison : ce fut un vrai « deal » entre les autorités ivoiriennes et ghanéennes ; puis entre les ivoiriens et la CPI.

CBG, dans ce livre, se sent donc un devoir de raconter sa version des choses pour dissiper les malentendus orchestrées surtout par des propagandes du pouvoir abidjanais qui semblait faire de Blé Goudé le traite qui aurait trahit Gbagbo, qui serait emprisonné dans une prison dorée et dont l’arrestation serait une mascarade. En leader, CBG compte prendre ses responsabilités. Il conseille même à un des siens de démissionner du mouvement, après que ce dernier lui ait rendu visite dans son enfer. Il écrit : « J’ai mal de constater, qu’un de mes lieutenants fidèles, plein d’avenir, traverse une situation aussi difficile qu’embarrassante. C’est une période compliquée pour ces jeunes gens pleins d’avenir que je n’ai hélas pas eu le temps de former avant la crise qui m’a éloigné d’eux. Au-delà de la cause, une histoire personnelle me lie à chacun de ces jeunes qui ont animé et donné vie au COJEP [Congrès panafricain des Jeunes Patriotes] dans plusieurs localités de la Côte d’Ivoire » (p. 154).

Mais, d’une façon rectiligne aussi, CBG dénonce cette incroyable justice nouvelle ivoirienne et même internationale à double vitesse ; cette justice dupe et fermant les yeux sur d’incroyables situations inhumaines, les mascarades autour, les hypocrisies sûrement : les quelques rares de fois qu’il reçut la visite de la Croix Rouge, de l’Ambassadeur du Ghana ou d’un autre « en-haut-d’en-haut » international, il pouvait le savoir car, curieusement, ses gardes lui firent tondre sa barbe et même coiffer pour faire croire à ces visiteurs qu’il était très bien traité.

Pour ne pas laisser la prison avoir de l’emprise sur eux, les détenus et prisonniers profitaient de tout ce qui pouvait les aider pour se faire le moral. Ainsi donc, il apprit les leçons de Jean-Jacques Rousseau qu’un autre détenu, professeur, les faisait réciter et apprendre ; sans compte des leçons de philosophie et surtout des enseignements religieux. Ils profitaient toujours de ces quelques heures où ils étaient amenés dans le couloir de leurs lieux de séquestration pour apprendre et échanger quelques connaissances et quelques nouvelles que la bienveillance des gardes les faisait arriver à compte-goutte. Cet endroit eut donc comme sobriquet célèbre : « le petit couloir du bonheur » (139-147). Au sujet de la religion par exemple, CBG écrit : « La foi en Dieu nous a beaucoup aidés. L’approche spirituelle est une arme qui permet de supporter l’insupportable. Quand le corps souffre, la méditation quotidienne vous donne le moral. Face à l’aspect le plus désagréable de la prison qui est l’isolement, il n’y a ni début ni fin ; vous êtes seul avec votre esprit qui à tout moment peut vous jour des tours » (p. 146).

Donc, pour ceux désirant d’en savoir plus sur les conditions de nombreux de ces prisons secrets dont nombreux régimes africains connaissent seuls le secret, celui de la Côte d’Ivoire actuelle compris, l’ouvrage de CBG offre là une invitatoire et une introduction à approfondir le sujet. En évitant de fournir tous les détails de ces humiliations, peut-être que les deux auteurs voudraient maintenant se poser la question, dans cette duperie, comment allait s’appliquer la fameuse justice internationale qu’on voudrait impartiale et juste ? Tiendra-t-elle compte de ces bavures, de ces conditions inhumaines, de ces tortures et de ces privations car, il sied de croire que le tout se fit sous la bannière de ces fameux « Statuts de Rome », épée de Damoclès sur la tête de ceux que tout régime bénéficiant de la bienveillance de la France et d’autres grands voudraient bien punir. Au fait, l’arrestation de Charles Blé Goudé ayant été diligentée par un mandat d’arrêt internationale dont la CPI elle-même dit avoir émis déjà le 21 décembre 2011, pourquoi devait-il être extradé en Côte d’Ivoire avant de gagner La Haye ? Et s’il devait y passer avant la CPI, pourquoi alors les Jean-Pierre Bemba et Charles Taylor rejoignirent-ils la CPI à partir de leurs pays d’asile ? La question restera d’être posée, car arrêté au Ghana le 17 janvier 2013 (le hasard du destin ou du calendrier voudrait que c’est la date de l’anniversaire de l’assassinat de Patrice Lumumba du Congo, assassiné dans la nuit du 17 janvier 1961), on aurait pu le transférer directement à La Haye, évitant ainsi à l’institution internationale de devenir une complice, même silencieuse, de ces animalités qu’elle devait savoir, n’étant pas étrangère à ces modus operandi des services secrets et des prisons africaines et sachant surtout qu’en l’envoyant en Côte d’Ivoire, CBG n’allait pas en promenade de sante !

Deux poids, deux mesures… La CPI se comporterait-elle comme dans cette question capitale posée par le général Canadien Roméo Dallaire, dans son ouvrage « J’ai serré la main du diable », son récit sur le génocide rwandais. Lorsqu’ayant vu ces animalités et surtout que, malgré ses sonnettes d’alarmes, l’ONU ne renforça pas son contingent pour empêcher ces tueries, il se demanda si « tous les humains sont humains au même degré ou s’il existe  d’autres humains moins humains que d’autres ? ». Nombreux d’Africains commencent à se poser la question si ce n’était pas une erreur d’avoir ainsi signé ces Statuts de Rome. Soit. L’ambiance dans cette prison internationale de la CPI reste certes morose, surtout lorsque CBG a comme voisins des damnés de la terre, ces Africains codétenus de CBG : le président Laurent Gbagbo, la vice-président Jean-Pierre Bemba du Congo, Thomas Lubanga, Germain Katanga, Bosco Ntaganda du M23, Me Kilolo Aimé, Me Jean-Jacques Massamba, Ndjabou, Sharif et Pitchoun, tous Congolais, et Arido Narcisse de la République Centrafricaine (p. 174).

Tout en sachant qu’on pècherait à penser que Charles Blé Goudé et Laurent Gbagbo soient blancs comme neige dans ces atrocités ivoiriennes ; là où tout entendement humain semble ne plus savoir la logique de la CPI qui a sûrement ses propres raisons que même la raison ne parviendrait déjà plus à comprendre, c’est de se dire : pourquoi l’autre partie du conflit ne viendrait-elle pas aussi les rejoindre ? Pourquoi tarde-t-on à arrêter les partisans du régime ivoirien actuel qui, sans qu’on soit le bon Dieu, auraient aussi commis les mêmes atrocités ? Pourquoi ?... Pourquoi ?... A moins que l’on soit dans a logique de Jean de la Fontaine dans « Les Animaux Malades de la Peste »… Malgré les explications, la procureure, une Africaine de surcroit, tarde encore  à convaincre que l’institution n’est pas politisée. Malheureusement…

Et après. Dans une nouvelle édition à réviser, on souhaiterait sûrement que les auteurs songent à ajouter des croquis, des photos autorisées, un index, des cartes, des éléments linéaires sur les crises ivoiriennes, une petite histoire du pays, une bibliographie et même à un glossaire pour aider à fixer les idées, à approfondir les propos et à jauger ainsi les incohérences de langage mentionnées par exemple par ce témoin incroyable qui fera toujours parler de lui que fut le célèbre « Sam, l’Africain ». Ainsi, on ferra quitter l’ouvrage de son monde de « l’ivoireté », mot magique peut-être proscrit du vocabulaire du pays d’Houphouët Boigny, pour l’internationaliser. Car, comme on le voit depuis le début de ce procès de CBG et de Laurent-Gbagbo, ce sont des anticolonialistes, des indépendantistes, des leaders de la cause des peuples noirs qui semble marquer les points et les pions. Notamment avec les pays africains décidant de quitter la CPI, le procès de l’ancien président tchadien Hussein Habré devenant un cas où la justice africaine semble être allé plus vite que son ombre. Charles Blé Goudé et Laurent Gbagbo réussiront-ils ainsi à trainer la couverture de leurs procès de ce côté-là en en leur faveur ?

Gbagbo. Car, pour bien l’analyser et analyser son contenu et sa forme de ce livre de Charles Blé Goudé, il faudra avoir en mémoire que ce livre vient après celui du maître, le président Laurent Gbagbo, lui dont la réputation du « boulanger » fait craindre les plus farouches de ses ennemis de prendre langue avec lui, à cause de sa parole tranchante et vraie-craie, dit-on. Il a livré aussi son témoignage dans un livre tout aussi inhabituel cosigné avec le journaliste François Mattei : « Pour la vérité et la justice » ; un livre publié comme celui de Blé Goudé aux mêmes Editions du Moment.

Certes… Une chose est vraie, ce livre témoignage de Charles Blé Goudé ferra tâche d’huile dans l’histoire des prisonniers internationaux. Pour lui-même aussi, ce passage sous les fourches caudines ou dans ces enfers l’aidera à avoir désormais une bonne tête au-dessus de ses épaules, de bien lire la realpolitik, de savoir mesurer ses forces, de fignoler ses networks pour ainsi éviter l’enfer sur terre. Comme il le rappelle « quant on porte un canari sur la tête, on ne s’aventure pas sur une aire de jeu où les enfants lancent des pierres ». (p. 27). Ou encore cette citation de Paulo Coelho qu’il fait sûrement sienne : « Accepte chaque défi comme une occasion pour te transformer toi-même, car l’école des épreuves délivre des diplômes de maturité. » (p. 81).

Et si tous les détenus et prisonniers pouvaient ainsi nous livrer leurs paroles, peut-être que la vérité internationale serait mieux servie, certaines erreurs seraient moins commises et les leçons de l’histoire seraient mieux apprises. Par tous. Au propre comme au figuré.

Mais… De cet enfer, Charles Blé Goudé sortirait un jour, peut-être… Même si l’Esprit Saint même ne saurait parier quand et dans quel état. Tout le monde n’est certes pas un Nelson Mandela… Car, le long procès de la CPI semble montrer que celle-ci donne l’impression d’aller vite en besogne : elle arrêterait des individus sur des allégations ; sans avoir tous les éléments entre ses mains, s’étant même vu obligé de revoir sa copie d’accusation. Mais alors, pourquoi entre-temps ne pas faire bénéficier d’une liberté provisoire à ces détenues qui bénéficient, à en croire eux-mêmes les messieurs du droit national ou international, à leur présomption d’innocence ? Il semble qu’elle craint que certains de ces détenus ne s’évanouissent dans la nature… Comme l’ironisait un commentateur : même les sourds-muets et les aveugles de nos brousses savent comprendre ce que tous comprennent désormais. La CPI doit d’urgence se faire crédibiliser notamment auprès des Africains et des Noirs nombreux dans ses geôles, avec des procès kilométriques, avec des témoins triés parfois à volonté, certains exigeant de témoigner sub secreto, ce qui pourrait même biaiser déjà leurs propos. Volontairement ou involontairement, consciemment ou inconsciemment, la CPI, ne risque-t-elle pas de devenir un espace où les grands règlent leurs comptes à ceux qu’ils portent pas dans leurs cœurs ou de ceux ne faisant pas partie de leurs réseaux parfois secrets ? La question mérite toujours d’être posée… Car, s’il s’agissait d’un problème de vérité, pourquoi cet ouvrage est-il interdit en Côte d’Ivoire ? Une mesure ressemblant à un coup d’épée dans l’eau, car, publié aussi en version PDF et sur Internet, il devient comme la Bible distribuée sous des manteaux dans des pays où elle est interdite.

Certes, juste pour ne pas paraître tout aussi partial que semble paraître notre CPI jusque-là, il faudra rappeler, à l’intention des détenus de La Haye, ce proverbe africain voulant que lorsqu’une personne se déshabille en plein jour, ce ne sont pas ceux le lorgnant ou ouvrant grandement les yeux pour voir la nudité qui sont à blâmer.

Norbert X MBU-MPUTU

Le 22 jun 2016

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