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AU-DELA DU DEBAT SUR « POLE INSTITUTE » !

Par Norbert X MBU-MPUTU

« Il est inévitable, il est même plus juste que nos vues les plus élevées prennent un air de crime voire de folie lorsqu'elles arrivent, par fraude, aux oreilles de ceux qui sont d'une race prédestinée à ne pas les entendre » (Frédéric Nietzsche).

C'est l'article de nos collègues du journal Le Potentiel qui est venu réveiller la conscience intellectuelle collective des congolais sur l'existence de « Pole Institute », dont la révélation s'est faite, voici quelques mois, avant les dernières offensives de Laurent-Nkunda, par un article de Kä Mana , éminent théologien congolais de la diaspora, dans le style qui est le sien. Il écrivait ses lignes, de Goma, au bord du Lac Kivu… Au bord du même Lac Kivu, un autre fils du Pays, Charles Djungu Simba, pour ne pas le nommer, jetait lui aussi un autre regard sur le Congo, surtout sur la météo naturelle, ces nuages qui à Bukavu, lorsque venant de l'Est, c'est-à-dire du Rwanda, annoncent une vraie pluie diluvienne. « Vieux, lui rappelle son nterlocuteur, la météo ne sert à rien dans cette ville ! Pour savoir s'il va pleuvoir, t'as qu'à regarder le ciel du côté du Rwanda . Tout simplement. C'est de là que viennent les pluies que nous redoutons ici. Les pluies, et tout le reste… » Regards croisés, certes.

Il faudra se dire que malgré les droits de réponse, malgré les Emails et postings , une chose est vraie : la bataille académique et intellectuelle est engagée entre les « pro » et les «anti » « Pole Institute ». Celui-ci a l'impérieux devoir d'expliquer, de montrer sa bonne foi, de révéler ses dessous des cartes, de jurer sur sa transparence et surtout sur ses objectifs dans une région des Grands Lacs devenue une vraie mosaïque des conflits, des rebellions, des chefs des guerres et surtout des prédateurs, se servant de nouvelles trouvailles minières comme le Coltan. Puis, ce n'est pas la publication de l'ouvrage tant médiatisé de Charles Onana, «Ces tueurs tutsi au cœur de la tragédie congolaise » qui vient calmer les esprits déjà surchauffés et surtout révoltés par tous les développement des guerres congolaises, avec ses points d'interrogations : les massacres, la mort de la façon qu'on sait des deux anciens évêques de Bukavu, les massacres de Kisangani, le viol des femmes, les assassinats des journalistes, les va-et-vient de Laurent Nkunda, l'impuissance de la MONUC, l'opération Kimia, les pourparlers d'Amani, les élections d'hier et de demain. On en saura qu'assez, surtout avec les dernières révélations du Prof. Emmanuel Murhula A. Nashi, en sa qualité du président honoraire de SIMA-KIVU. Il enfonce le clou et affirme que « Pole Institute œuvre pour la balkanisation du Congo » . Et des questions, comme toujours dans ces rebellions qui prenaient naissance et avaient comme capitale Goma : existerait-il des messieurs qui sont utilisés comme des paravents des ces mouvements pour huiler et jouer au trompe-l'œil aux vrais motifs de ces guerres, motifs connus des initiés seuls , c'est-à-dire par ceux que Luambo Franco qualifiait de « Lisanga ya Banganga » (Le Sanhédrin) ? Aussi, existerait-il dans « Pole Institute » de vraies mains invisibles pilotant l'affaire et se servant des Congolais et autres comme des paravents ? Il y a lieu de se poser ces questions. Mais, peut-être qu'il faudra oser plus.

Question essentielle : l'in-gouvernabilité des populations sauvages

Une chose est vraie, au-delà de cette remise en question, il faudra s'étonner que l'institut, déjà opérationnel depuis plusieurs années, ayant à son passif et à son actif plusieurs études, rencontres, documents, ne soit connu des congolais que maintenant. Puis, il faudra encore se poser la question si les colères actuelles auront effectivement un impact sur le devenir des événements, puisque dans ces genres des choses, disons dans la géopolitique internationale, les décisions se prenant souvent à l'avance et le rôle des instituts comme « Pole Institute » étant souvent, en amont, d'aider les décideurs de ce monde à orienter leurs agir sur de nouvelles théories et approches, et, en aval, de pouvoir expliquer et justifier un agir, pour calmer et jeter de poudre aux yeux du commun des mortels.

Dans ce cas précis, il ne faudrait pas se voiler les yeux et poser la question, la principale question, celle de savoir la théorie subjacente actuellement qui pourrait être en défaveur d'un état congolais organisé, géré, bien gouverné . Il s'agit, à notre humble avis, la fameuse théorie de l'in-gouvernabilité des populations sauvages . L'actuelle guerre en Irak, avec la perte de Saddam Hussein, rendant l'Irak moins ingouvernable qu'avant, militerait pour une telle théorie : aux population sauvages, c'est-à-dire non gouvernées par « l'esprit des lois », qui n'ont de parlement que de nom, qui n'ont de députés que de nom, qui n'ont de gouvernement que des gens cherchant leurs propres intérêts et mettant l'intérêt du bien commun (res publica) en dernier lieu, il leur faut un « petit-bon-dictateur » à qui on donnerait des ordres à exécuter mordicus . Et ces ordres ne peuvent venir et n'être qu'à l'intérêt des puissances souvent invisibles et cachées, qui, Dieu merci, avec le temps, finissent par se dévoiler. Ces puissances peuvent être des Etats, mais parfois des groupes financiers puissants, ou des individus agissant comme de vrais maîtres du monde. Le Zaïre de Mobutu n'avait pas échappé à cette logique. Et, avec lui toutes les dictatures connues… Ces dictatures et ces dictateurs furent soutenus par des messieurs qui ont comme fonction de diriger ce monde. Et, sans se faire d''illusions, ces messieurs-là existent. (Lire avec intérêt BURNETT, T & GAMES, A, Who Really Runs The World? , London , Conspiracy Books, 2005.)

Mutatis Mutandis , on rendrait un peuple sauvage, c'est-à-dire non encore prêt à embrasser le cadeau de la démocratie, en l'infiltrant, en infiltrant son parlement et son gouvernement, en multipliant des thuriféraires et des troubadours, en leur accordant droit de cité, afin de favoriser l'émergence d'un « prince » venant installer la fameuse « bonne dictature » et servant tout intérêt, sauf celui de la nation. L'ouvrage de Larry Delvin, ancien directeur de la CIA à Kinshasa durant les années 60, montre à suffisance la haute politique et les méthodes de la CIA pour rendre ingouvernable le Congo par Lumumba et son gouvernement (Devlin, Larry,  Chief of station, Fighting the Cold War in a Hot Zone , New York: PublicAffairs,  ISBN 1586484052 ). Non pas seulement qu'il révèle que 100.000 dollars américains anciens furent mis à sa disposition pour remplir ce « job », mais que ses espions et « terminaux » étaient actifs même dans le parlement et même dans la rébellion lumumbiste retranchée à Kisangani. Le résultat est connu et Delvin lui-même ne fut pas un des personnages célèbres en vue à Kinshasa, alors qu'il en était l'une des personnes les plus influentes.

La balkanisation du Congo-Kinshasa ?

Il faudra certes éviter de tomber dans le piège d'une psychose collective de la balkanisation du Congo-Kinshasa. Mais, l'autre erreur qui peut devenir fatale est de pouvoir repousser la théorie d'un revers de main. Car, l'in-gouvernabilité des sauvages peut avoir, pour le cas du Congo, une alternative, aussi dangereuse que la première pour la coexistence du Congo comme Etat-Nation, aux frontières issues de la colonisation : la théorie de la balkanisation, régionalisation ou fédéralisation du Congo . Elle se résumerait en ces termes : le Congo est un Etat tellement grand qu'il ne puis être gouverné dans ses frontières actuelles . Il faudra relire l'ouvrage de Didier Mumengi (MUMENGI, Didier, L'avenir à bras le corps. Prospective pour le développement de la République Démocratique du Congo , Kinshasa, Editions Universitaires Africains, Collection « Prospective », 2001, 316 pages. http://www.congovision.com/interviews/mumengi.html ) pour s'en convaincre. Ou, essayer de lire entre les lignes, la dernière lettre de Garetton au peuple congolais. Car, lorsque l'éminent avocat chilien écrit : « Population acculée, population éprise de liberté, population affaiblie, mais population, résolument nationaliste, fière d'être congolaise et convaincue au plus profond d'elle même que le Congo, ce grand pays, est un et indivisible » (Garreton, R., Lettre ouverte aux Congolaises et aux Congolais , http://www.unhchr.ch/french/html/menu2/7/a/srletter_fr.ht), c'est qu'il réfute quelque chose qu'il aurait entendu dire quelque part.

D'ailleurs, sans se lancer dans des évocations des théories que j'appellerais pseudo-intello-nubien-égypto-néo-colonialistes , ce ne sont pas les dernières guerres congolaises qui viendraient contredire ces craintes ; surtout lorsqu'on y ajoute les propos des différents présidents des pays voisins du Congo dont le Rwanda, pour ne pas le citer, les changements des couleurs des rebellions basées à Goma avec des dirigeants cunéiformes, les mensonges d'une rébellion au Nord-Kivu de Nkunda prétendant protéger les minorités rwandophones du Congo dont la majorité est basée au Sud-Kivu (pauvres Banyamulenge qu'on ne cite plus jamais dans aucun document), alors que la même raison fut évoquée lorsqu'il débuta son mouvement au Sud-Kivu, où il s'est vu chasser par les hommes du Général Mbunza Mabe. Et, il n'est pas ainsi étonnant lors des débats qu'on s'entende dire, un pays de la superficie de Madrid à Moscou… incroyable ! Et, l'opinion publique de ces pays, dont les contributions et taxes sont utilisées pour financer des actions et projets dans nos pays, avalent facilement des telles théories, consciemment ou inconsciemment, volontairement ou involontairement. Dieu merci que la même opinion, parfois non avertie, reste stupéfaite d'apprendre par exemple que l'Algérie et le Soudan sont plus grands que le Congo-Kinshasa. De telles théories sont souvent véhiculés par des instituts nombreux et des lobbyings du genre « Pole Institute », sans affirmer qu'il jouerait ce jeu.

Au-delà de Pole Institute : besoin de « Think Tank » et « Lobbying » pour le Congo

Mais, chose plus importante et plus inquiétante est de savoir que dans ces instituts et ces associations, par dizaines, il existe des congolais, et non pas les moindres, érudits et intellectuels, argumentant, expliquant, avec des cartes et des théories qu'il « faudra scinder le Congo-Kinshasa en Etats fédéraux pour le rendre gouvernable» , thèse appuyée par la mauvaise gouvernance, la corruption à outrance, le clientélisme, etc… de régime actuel. Très peu s'arrêtent, une seule fois, sur le hiatus de l'investissement humain et la carence d'hommes d'Etat à gérer le Congo, les dirigeants actuels donnant l'impression de continuer à gérer la transition, celle-ci ayant raté ses objectifs. Il existe des cartes, des gouvernements, des parlements constitués, surtout dans les diasporas, avec des présidents autoproclamés, prêts à aller prendre le pouvoir au pays et à le balkaniser. La récente affaire « Pole Institute » suscite une vraie prise de conscience et fait prendre conscience qu'il se pourrait qu'il existe trop d'acteurs dans le noir. Mais, au-delà, il est important de chercher comment battre le fer par le fer. Et, c'est là que le Congolais a encore à apprendre. Les décisions et les changements de ce monde se font et se prennent par des rebellions, des insurrections, des révolutions populaires ; mais, très souvent, ceux-ci sont les fruits des têtes pensantes, réfléchissant parfois dans le coulisse et à l'écart de toute presse inutile. Même lorsque les résultats se feront affichés, il est parfois difficile de mettre la main sur les personnes qui agissaient ainsi dans le noir et les couloirs. C'est ce qui s'appelle le lobbying . Et ceux qui le développent se réunissent dans des Think Tanks . Le Congo-Kinshasa est en quête d'un Lobbying fort, sérieux et fort. Et ce lobbying ne se force pas. Il agit et est régit par une loi : « Ceux qui en font partie ne disent rien. Ceux qui disent qu'il en font partie ne savent rien » . Ce lobbying ne se médiatise pas, il n'a pas besoin de trop de bruits. En Grande-Bretagne, l'opinion congolaise parle souvent d'un grand lobbying rwandais basé à Birmingham. Vrai ou faux, c'est à peine si on voit la présence de ce lobby ou jamais on les entend se réunir. Car, même s'il existerait un lobby qui soutiendrait le pouvoir actuel, même s'il existerait un think thank qui fut à l'origine des élections et de ce qui s'en est suivi, force est d'avouer que l'échec actuel du Congo voudrait tout simplement dire qu'un tel lobbying et un tel think tank doit rectifier ses tirs, démissionner et laisser la place à d'autres.

Nouveau leadership, nouveau parrainage…

Sans vouloir affaiblir le combat et la résistante et les autres approches, force est de constater que nous n'avons pas encore acquit l'art d'approcher les décideurs de ce monde. Car, à voir les choses de plus prêt, le plus grand problème congolais aujourd'hui est qu'il manque de « God Father » : c'est-à-dire un monsieur, puissant, décideur, ayant des portes ouvertes, et décidé réellement à œuvrer pour ses intérêts économiques et le bien-être des congolais. Ce monsieur peut être un monsieur étranger au Congo, mais il peut aussi être interne au Congo ou à une nation donnée. C'est d'ailleurs le cas de parler alors de « Père de la nation », des Hommes d'Etat, des Leaders, qui font aujourd'hui défaut au Congo et qui ont fait dire à Etienne Tshisekedi qu'il faudra, pour le Congo actuel, un leadership de sauvetage . Ce qui est vrai pour le Congo comme Etat, l'est aussi vrai pour ses diasporas, surtout pour ses diasporas politiques. (Avez-vous déjà entendu réunir tous les anciens partisans de Jean-Pierre Bemba de l'extérieur ne fut-ce que pour évaluer les élections passées, les stratégies futures et surtout militer pour sa libération ? Juste un exemple. Même le fait de nommer au gouvernement central un ministre de la diaspora, ne résident pas dans la diaspora, est encore une preuve de ce mauvais usage des ressources et ce manque de stratégies impensable.)

Text Box: George Marshall  Secrétaire d'État américain

Le Congo-Kinshasa semble manquer des personnes de la trempe du Général de Gaule pour la France, de Churchill pour la Grande-Bretagne, de Castro pour le Cuba, pour ne citer que ceux-ci, et, pour citer les étrangers ayant contribuer aux nations étrangères, l'exemple le plus poignant est celui du Plan Marshall, du nom du secrétaire d'Etat américain, pour aider à la reconstruction de l'Europe après la seconde guerre mondiale. Ce plan prévoyait ainsi un plan de reconstruction économique et de l'industrialisation de l'Europe avec de l'argent américain afin que ces derniers puissent acheter les produits de l'industrie américaine.

Il faudra ajouter que ce lobbying silencieux produit des fruits délicieux et à long terme. Le cas de la fin de l'Apartheid peut être pris en exemple.

Michael Young et la fin de l'Apartheid

Alors qu'on jubile de l'arrivée de Jacob Zuma comme nouveau président de l'Afrique du Sud, en soulignant qu'il est le fruit d' Umkhonto we Sizwe , la branche armée de l'ANC, un journal londonien (The Times) révèle pour la première fois, dans son édition du 4 mai 2009, le nom de la personne qui a réellement contribué à mettre fin à l'Apartheid. Il habite paisiblement Chelsea, le quartier des « bwana » de » Londres. Il s'appelle Michael Young . L'histoire remonte en 1985 et c'est une histoire plutôt économique que politique qui milita pour la fin de l'Apartheid. Travaillant pour la société minière Consolidated Goldfields , il fut chargé par ses patrons pour chercher à penser l'impensable (to think the unthinkable thoughts) en formulant une stratégie à long-terme pour maximaliser les intérêts de leur société, devant une Afrique du Sud plutôt volatile. Ceci relève plutôt de l'approche pragmatique anglo-saxonne des problèmes. D'où, l'idée vint chez Young de reprendre une pensée d'Oliver Tambo d'engager un dialogue entre l'ANC et l' establishment Afrikaners . Nelson Mandela étant encore en prison, une telle stratégie aurait fait l'effet de l'huile au feu une fois connue des combattants de l'ANC. D'où, Young décida de travailler dans le silence. Après multiples contacts interpersonnels, il arriva à nouer des contacts top secrets avec les leaders de l'ANC et ceux du pouvoir Blanc d'Afrique du Sud. Il mena ces pourparlers secrètement et réussit à organiser 12 réunions entre 1987 et 1990, avec comme représentant de l'ANC, Thabo Mbeki, exilé alors en Grande-Bretagne. C'est à l'issue de ces pourparlers que fut prises de grandes décisions : la fin de l'Apartheid, la libération de Nelson Mandela, l'organisation des élections multiraciales. D'ailleurs, l'ANC conseilla la même approche à l'IRA et actuellement la conseille aussi au groupe Hamas.

Sans pouvoir mettre en doute et en cause la bonne foi du régime actuel au Congo-Kinshasa, les parrains, think tanks et lobbies le soutenant (car il en existe), les faits au jour le jour montrent que ceux-ci, volontairement ou involontairement, consciemment ou inconsciemment, ne prouvent pas encore avoir la capacité de résoudre les problèmes congolais. Le Congo donne une impression d'un laboratoire où l'on tenterait de tester nombreuses approches et stratégies, d'où l'enlisement des crises, l'incapacité des institutions internationales de parler parfois d'une seule voix, etc. Dès lors, quelles pourraient être les nouvelles stratégies « impensables » jusque-là pour le Congo qui puissent bénéficier du parrainage d'un vrai-nouveau God Father ?... Il faudra peut-être recourir à l'histoire contemporaine… et la relire.

50 ans d'indépendance politique… des ratés économiques…

Cette décennie du nouveau millénaire est celle où nombreux pays africains fêteront le cinquantenaire de leurs indépendances. Inauguré en 2007 avec le Ghana, l'an passée avec la Guinée Conakry, l'année prochaine, 2010, 22 pays africains, dont le Congo-Kinshasa, fêteront le leurs. La crainte est totale car la fête ne s'arrêtera qu'à l'invitation du Roi des Belges pour la publicité du régime actuel, mais, au clair, il ne se ferra peut-être pas aucune réflexion en profondeur la remise en question de l'indépendance et la volonté manifeste d'offrir un mieux être aux populations. Car, en réalité, l'échec de l'indépendance, au-delà de ces maux qui continuent que sont la création la nouvelle caste et fonction du politicien (entendez le démagogue, le menteur), vénus dans la peau du Blanc-à-la-peau-noire (Mundele Ndombe) et l'improvisation des gestionnaires de l'Etat (de Kasavubu à Joseph Kabila, passant par Mobutu et Laurent-Désiré Kabila, personne n'a été préparé à gérer le pays dans un cursus honorum classique, ce qui les explose, volontairement ou involontairement, consciemment ou inconsciemment, à la mauvaise gestion de la chose publique), est d'abord l'échec d'une vraie stratégie économique à long terme pour l'Afrique et pour le Congo-Kinshasa. Le Congo-Kinshasa n'a eu jusque-là que des parrains politiques (les Américains ont soutenu politiquement Mobutu comme barrière à l'infiltration communiste en Afrique centrale – Lire DELVIN, L., Chief of Station, Congo: Fighting the Cold War in a Hot Zone , Paperback) et il devient urgent et même impérieux qu'il recoure aux parrains économiques, c'est-à-dire des messieurs qui viendraient faire de vraies affaires au Congo-Kinshasa, sans devenir des mercenaires économiques, dans un genre de dialogue et d'accords où tout le monde sortirait gagnant, c'est-à-dire tirerait profit. Et c'est possible. Mais, le flou artistique autour des fameux contrats chinois et leur révision montrent encore une fois qu'une telle stratégie économique nouvelle ne peut avoir des effets économiques escomptés qu'avec un parrainage fort et clair et expliqué d'un vrai « God Father » puissant et fort, que le Congo-Kinshasa ne semble pas encore avoir.

Evaluer le budget de la MONUC en termes de retombés économiques ratées

D'ailleurs, un tel « God Father » aurait par exemple suggéré et pris la décision que tout l'argent mis au service de la MONUC, (des chercheurs devraient calculer, usant des termes claires et simples - kilomètres des routes à asphaltées, écoles modernes à construire, hôpitaux modernes à équipées, etc – à quoi aurait pu servir le budget de la MONUC en terme de développement du Congo ? et les armes achetées par les congolais rebellions et gouvernements compris...) pour terminer un problème de conflit politico-militaire, soit plutôt utilisé pour la relance économique du Congo. Occasion ratée et que l'histoire jugera demain… (Ceci n'a évidement rien à avoir et à faire avec un débat sur l'indispensabilité et/ou l'inutilité de la MONUC… Les pertes économiques étant à mettre sur les dos des belligérants d'abord envahisseurs et bagarreurs Congolais ensuite).

Tony Blair, conseillé de Paul Kagamé… « Cur non ego ? »

Comparaison n'étant pas raison, lorsque Tony Blair, l'ancien Premier Ministre Britannique, affiche clairement qu'il devient le conseiller de Paul Kagamé, ce n'est vraiment pas pour jouer aux cartes, mais c'est l'effet de la puissance de conviction de son lobbying, qu'en déplaise le commun des mortels congolais, qui aurait pu normalement développer ce que je qualifie souvent de « jalousie positive et scientifique » en se posant la question latine « cur non ego ? » (Pourquoi pas moi) et en lançant aussi dans des stratégies de lobbying ! Au clair, le combat pour un nouveau Congo pourrait avoir un coup de pouce nouveau, si des congolais s'organisaient, surtout au niveau de la diaspora, avec la nouvelle conscience politique actuelle en son sein, et allaient rencontrer par exemple Tony Blair, non pas pour l'insulter ou lui dénier son droit libre de conseiller Kagamé, mais surtout de l'écouter, d'apprendre de lui, de chercher à dénicher pourquoi conseille-t-il les autres et pas nous-autres, non pas pour le détourner de son choix, mais plutôt pour chercher à comprendre comment faire le « deal or no deal » dans ces genres des choses ! D'ailleurs, en extrapolant, comme Tony Blair est actuellement catholique, pourquoi les nombreux prêtres catholiques congolais de Grande-Bretagne, ne pourraient-ils pas aller voir le Cardinal de Londres pour que ce dernier puisse les aider à faciliter une telle rencontre avec Tony Blair, rencontre qui, par respect au principe des Think Tank s, ne sont pas à diffuser dans les médias ou à pouvoir chercher à s'arroger l'honneur et la paternité publicitaire ?

Pour être logique, si le combat actuel est un combat économique et l'échec des indépendance est un échec économique cuisant (il faudra se rappeler qu'à l'Indépendance, les politiciens tournés vers les élections n'ont accordé que peu d'importance à la Table Ronde Economique, d'où le fameux contentieux Belgo-Congolais utilisé par Mobutu pour des visées politiques), et puisque les matières premières congolaises exploitées par les congolais et par ses voisins sont vendus à la bourse de Londres, n'est-il pas possible pour des congolais qui se disent « politiques » de pouvoir chercher, par tous les moyens, comment entrer en contact avec ces messieurs et apprendre d'eux, et avoir leur parrainage pour un changement véritable au Congo, pour le bien-être de ses populations et la prospérité de leurs affaires ? Au clair, poser la question et chercher à comprendre, pourquoi certains bureaux d'exploitations minières semblent-ils être dans les pays voisons, plutôt pas à Kinshasa ? Si c'est la corruption et la mauvaise gestion des dirigeants qui en est la cause première, de là, à avoir un changement bénéfique pour nos populations, ne serait qu'un pas… Mais, encore une fois, de telles actions n'ont peut-être pas besoin ni de publicité encore moins de recherche de gloire individuelle. Comme d'ailleurs le dit Michael Young, peut bavard sur son rôle principal dans la fin de l'Apartheid : « Je continue à croire que j'ai fait mon travail silencieusement. Je n'avais pas besoin de me montrer un monsieur important et plein de moi-même pour le faire. » Il faudra pour cela, ajoute-t-il, distancier les politiciens du champ et de l'environnement politique, sinon il y aura beaucoup de farces et surtout travailler dans le silence et la grand secret.

La jalousie positive et scientifique

Au clair, au-delà du débat vrai sur « Pole Institute », la « jalousie positive et scientifique » - le fait de copier le succès d'autrui, du voisin, en l'évaluant - pousse plutôt à repiquer cette idée, à l'améliorer, à la « congoliser » , à la tropicaliser, au lieu de s'évertuer à la vilipender, à l'insulter. Car, les lobbyings avancent avec certains principes tel que « le chien aboie, la caravane passe ! » . Ce n'est pas Honoré Ngbanda qui nous le démentira comme il l'affirme dans ses écrits : alors qu'à Kinshasa, étudiants, fonctionnaires, partis-politiques marchaient, huaient, manifestaient contre Mobutu et juraient sur son départ, la France de Mitterrand soutenait Mobutu avec à Gbadolité tout une cellule pour sauver Mobutu au motif de stopper l'influence américaine dans la sous-région. (Hélas, si les américains ont secourus les européens après la seconde guerre mondiale - Plan Marshall - comment ceux-ci empêcheraient-ils ceux-là de venir profiter aussi de la manne africaine !). Une telle nouvelle stratégie de lobbying peut se faire concomitamment avec le combat et/ou la résistance à mener, en se rassurant que les uns ne trahissent pas les autres et la cause noble et surtout, dans le cas de l'ANC en Afrique du Sud et Sinn Féin, en Irlande du Nord, qu'une fois les pourparlers clôturés, que les uns, c'est-à-dire la branche armée et combattante, acceptent ce que les autres, la branche politique, ont négociés… D'ailleurs, l'histoire a montré que tout mouvement de résistance, de combat, de rébellion, sans une branche pensante et politique, est voué à la disparition. Mulele et le Mulelisme en est un exemple. D'ailleurs, c'est ce rôle de lobbying que jouerait sûrement « Pole Institute » , à en croire les critiques et il faudra lui emboîter les pas pour battre le fer par le fer. Des congolais devraient aujourd'hui travailler durement et créer des networks nouveaux, parler et faire parler du Congo nouveau, argumenter, expliquer, convaincre, poser des questions sans réponses, participer aux débats, contribuer aux forums, chercher à dénicher des décideurs et savoir chercher le langage à utiliser pour se faire entendre et comprendre, ne pas être distraits, tirer les leçon de l'histoire immédiate du Congo. Tout un schéma et un chemin… Mais, un tel nouveau lobbying a besoin des messieurs, congolais ou non, qui peuvent vraiment penser l'impensable , pour un autre nouveau Congo ; toutes les solutions proposées jusqu'alors ayant montrées qu'elles sont des culs de sac.

Norbert XSON MBU-MPUTU,
Journaliste, écrivain et chercheur
Newport, Pays de Galles (Royaume-Uni)
norbertmbu@yahoo.fr

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