Nouveau coup dur pour la démocratie africaine le mois dernier – cette fois-ci au Niger. En dehors d'exceptions comme le Ghana ou du Botswana, force est de constater que la transplantation de la démocratie occidentale en Afrique n'a pas été un vif succès. Coups d'État, violences post-électorales, modifications de la constitution supprimant les limitations du nombre de mandats présidentiels, la démocratie africaine ne semble pas s'imposer comme l'aurait souhaité la communauté internationale et sans doute une majorité d'africains.
Comme dans le cas d'une greffe médicale, ce qu'il est convenu d'appeler le « transplant institutionnel » requiert des conditions pour que la greffe prenne et qu'il n'y ait pas de rejet. Il faut qu'il y ait une compatibilité entre les éléments importés et les éléments locaux. A cet égard, en matière socioéconomique, les éléments en question sont les institutions, c'est à dire les règles sociales qui permettent une coordination entre les individus ou les groupes d'une société. Les économistes et historiens de l'économie ont pour habitude de faire la distinction entre les institutions formelles (codes, réglementations, constitutions…) et les institutions informelles (coutumes, tabous…). Or les institutions formelles importées de l'extérieur ne sont pas forcément compatibles avec les institutions locales – qui expliquent, mais dépendent aussi du degré de progrès économique.
Dans le cas de l'Afrique la colonisation avait déjà opéré un transplant institutionnel plutôt brutal pour les populations locales. La décolonisation (parfois uniquement officielle, comme dans le cas de certaines ex-colonies françaises), n'a pas permis de revenir aux anciennes institutions ni de profiter de certains éléments positifs des modèles des ex-colonisateurs. La centralisation de la violence politique a ruiné des années de perspectives de développement. Avec les années 90 et la chute de la menace soviétique, les choses durent changer. Notamment pour les ex-colonies françaises, le discours de La Baule du président Mitterrand mettait explicitement en garde les autocrates africains : l'aide de la France sera nécessairement tiède pour les pays qui n'amorceraient pas un virage démocratique.
Le nouveau transplant institutionnel allait donc être celui de la démocratie pluraliste. Mais l'Afrique était-elle prête ? Ses institutions étaient-elles compatibles avec cette importation forcée ? On entrevoit ici le risque d'une interprétation « raciste » : « les Africains sont-ils incapables de faire fonctionner la démocratie ? » Après « l'homme africain qui n'est pas assez entré dans l'histoire », on pourrait voir comme une insulte « l'homme africain qui n'est pas assez entré dans l'histoire démocratique ». Loin de nous tout préjugé raciste (d'ailleurs de nombreux peuples africains ont une pratique ancestrale d'une certaine forme de démocratie – mais différente de la démocratie moderne occidentale). C'est donc plus en termes de niveau de maturité économique que se posent les termes du débat. Il faut oser poser la question : « la démocratie pluraliste ne vaudrait-elle que pour les riches ? »
En premier lieu la pauvreté peut empêcher la démocratie de fonctionner correctement. Ce n'est pas une loi immuable et partout vérifiée, mais force est de constater qu'il y a des tendances de fond. Non seulement l'illettrisme alimenté par la misère empêche une participation informée au débat démocratique, mais lorsque la priorité de populations entières est de pouvoir manger le lendemain, la démocratie – outre qu'elle devient un luxe – génère un effet pervers : la lutte des clans ou ethnies pour le contrôle d'une partie de la rente que procure le pouvoir politique « démocratique » n'est que plus féroce dans un monde de rareté. La tradition démocratique a émergé avec la richesse : la réduction de la rareté par la croissance économique a permis de pacifier les relations humaines et d'instaurer le dialogue et la culture démocratiques modernes. Ils ne sont d'ailleurs que très récents en occident.
Par ailleurs, la démocratie pluraliste peut-elle vraiment résoudre les problèmes des pauvres ? Certains n'ont que le mot « élections » à la bouche, oubliant les aspects fondamentaux des réformes institutionnelles sociales. Il semblerait que les élections soient une recette magique pour sauver tout un peuple : nouveau mirage après celui de l'aide ? (l'aide inter-étatique, même si elle peut améliorer à court terme la vie de certaines populations, empêche les populations des pays récipiendaires de demander des comptes à leurs dirigeants et peut nourrir la corruption). Dans un contexte interethnique au sein d'États créés de toutes pièces par l'Occident il y a plus d'un siècle sans respect des véritables « nations », le jeu démocratique ne devient qu'une façade, donnant lieu à un fantastique clientélisme, préparant le terrain pour la lutte inter-clanique et l'instabilité, qui ne favorisent pas le développement.
Ce sont bien plus les réformes en faveur de la prospérité économique fondée sur l'ouverture et l'échange créateur qui peuvent améliorer le sort des pauvres. Les exemples asiatiques abondent en la matière. Bien sûr se pose à nouveau la question du transplant institutionnel, car l'échange nécessite pour se développer le respect des droits de propriété et des contrats. Mais, à l'exemple des miracles asiatiques encore une fois, ces institutions économiques sont « adaptables » aux cadres locaux et, dans un contexte de pauvreté, n'initient pas principalement des jeux à sommes nulles contrairement à la démocratie imposée.
Se pose évidemment le problème de la légitimité politique des dirigeants dans ces conditions. On ne peut effectivement éluder le problème. Mais vouloir de toute force imposer un système démocratique à l'occidentale dans un contexte qui n'était pas prêt à le recevoir n'a-t-il pas été une prétention « constructiviste » ? N'a-t-on pas mis la charrue avant les bœufs ? Ne fallait-il pas se concentrer sur l'objectif moins ambitieux, mais sans doute plus crucial, du recul de la pauvreté par les conditions institutionnelles favorisant le dynamisme économique, avant la « démocratie » ? La liberté économique pour permettre la liberté politique, en somme ? Question ouverte.
Titre : Relations américano-cubaines : vers le dégel ?
Auteur : Daniel Griswold
Après cinquante ans, l'embargo américain datant de la guerre froide à l'encontre de Cuba semble enfin se détendre. Alors qu'au début du printemps l'Administration Obama avait relâché ses contrôles sur les voyages et les transferts d'argent de cubains-américains à destination de l'île communiste, la semaine dernière elle a accepté d'ouvrir la porte à la ré-entrée de Cuba dans l'Organisation des États Américains.
L'admission de Cuba dans l'OEA est sans doute prématurée, étant donné que la charte de l'organisation requiert que ses membres soient des démocraties qui respectent les droits de l'homme, mais les changements en matière d'embargo US sont par contre depuis longtemps justifiés.
L'embargo a en effet été un échec à tous points de vue. Il n'a pas changé le cours des choses ni la nature de l'État cubain. Il n'a pas permis de libérer un seul citoyen cubain. En fait, l'embargo n'a fait qu'appauvrir un peu plus le peuple cubain, sans lui donner une once de liberté supplémentaire. En même temps, il a privé les américains de leur liberté de voyager et a coûté aux agriculteurs et autres producteurs américains des milliards de dollars d'exportations potentielles.
En tant qu'instrument de la politique extérieure américaine, l'embargo a renforcé la position du gouvernement Castro en lui donnant une excuse pratique pour les échecs du socialisme à la caribéenne. Les frères Fidel et Raul peuvent déblatérer pendant des heures sur ce qu'inflige l'embargo aux cubains, même si les dommages causés par leurs politiques communistes sont en réalité bien pires. L'embargo n'a pas permis aux USA d'avoir une quelconque influence sur ce qui se passe à La Havane.
En 2000, le Congrès américain avait approuvé une ouverture modeste sur l'embargo. Le Trade Sanctions Reform and Export Enhancement Act (la loi sur la réforme des sanctions commerciales et la promotion des exportations) permet des ventes, en espèces seulement, vers Cuba, de produits agricoles et médicaux américains. Les résultats de cette ouverture modeste ont été assez impressionnants. Depuis 2000, les ventes totales de produits agricoles vers Cuba sont passées de zéro à 691 millions de dollars en 2008. Les premières exportations en valeur sont le maïs, la viande et les volailles, le blé et le soja. Cuba est désormais le sixième client des agriculteurs US en Amérique latine. L'année dernière, les agriculteurs américains ont vendu plus aux 11,5 millions d'habitants de Cuba qu'aux 200 millions du Brésil.
Selon l'USITC, la commission américaine pour le commerce international, les exportations agricoles américaines s'accroîtraient encore de 250 millions de dollars si les restrictions au financement des exportations étaient levées. Ceci ne doit pas être interprété comme une défense de la subvention de la banque import/export. En effet, le commerce avec Cuba doit être entièrement fondé sur le marché. De telle sorte que la levée de l'embargo ne doit pas signifier que les contribuables américains doivent désormais subventionner les exportations américaines vers Cuba.
Les estimations de la même Commission ne traduisent cependant pas le potentiel de long terme des exportations US vers Cuba du fait de relations normalisées. Les Bahamas, la République Dominicaine, le Jamaïque et le Guatemala dépensent en moyenne 2,8% de leur PIB en importations agricoles en provenance des USA. Si Cuba dépensait la même part de son PIB en importations agricoles américaines, ces dernières pourraient plus que doubler par rapport au niveau actuel, pour atteindre 1,5 milliard de dollars par an.
Les avocats de l'embargo aux Etats-Unis soutiennent que commercer avec Cuba ne fera qu'empiler des dollars dans les coffres du régime Castro. Et il est vrai que le gouvernement de La Havane, parce qu'il contrôle l'économie, peut récupérer une large partie des dollars de versements en provenance de la diaspora et du tourisme dépensés à Cuba. Mais en même temps, la vente de produits américains à Cuba débarrasserait rapidement le régime Castriste de ces mêmes dollars.
Si plus de touristes américains avaient le droit de visiter Cuba, et si en même temps les exportations US vers Cuba étaient encore plus libéralisées, l'économie américaine pourrait récupérer des dollars du régime Castro aussi rapidement que ce dernier ne les a acquis. L'échange serait ainsi « produits agricoles » contre « tourisme », une relation commerciale fondée sur « loisir contre nourriture ».
En même temps l'augmentation du nombre d'américains visitant Cuba accroîtrait de manière spectaculaire le contact entre les Cubains et les Américains. La relation unique américano-cubaine d'avant Castro pourrait se renouveler, ce qui au passage accroîtrait l'influence américaine et hâterait sans doute le déclin du régime communiste.
Le Congrès américain et le Président des Etats-Unis Barack Obama devraient agir à présent de sorte à lever l'embargo pour permettre plus de déplacements et d'exportations vers Cuba. Accroître la liberté de voyager vers, de commercer avec et d'investir à Cuba serait un plus pour les américains et aiderait le peuple cubain, rapprochant ainsi le jour où les cubains pourront enfin savourer la liberté qu'ils méritent.
Daniel Griswold est directeur du centre pour les études de politique commerciale au Cato Institute à Washington DC.
Publié en collaboration avec UnMondeLibre.org
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Titre : Démocratie : un nouveau « nouveau Moyen-Orient » ?
Auteur : Leon Hadar
En juillet 2006 la Secrétaire d'État américaine de l'époque, Condoleeza Rice se déplaçait au Liban pour tenter de mettre un terme à la guerre faisant rage entre Israël et le Hezbollah. A l'époque, elle essaya de vendre aux journalistes à Washington une interprétation quelque peu bizarre de la violence non seulement au Liban mais aussi en Irak et en Israël et Palestine. Elle expliquait : « Ce que nous voyons là-bas ce sont d'une certaine manière les douleurs d'accouchement d'un Nouveau Moyen-Orient, et quoi que nous fassions, nous devons être certains de pousser pour un Nouveau Moyen-Orient, et non pas revenir au Vieux Moyen Orient ».
En effet, l'Agenda de la Liberté de l'Administration Bush défiait le statu quo du « Vieux » Moyen-Orient en usant de la puissance militaire et diplomatique des Etats-Unis pour promouvoir la démocratie en Irak (en chassant Saddam Hussein et en tenant des élections libres), au Liban (en forçant la Syrie à retirer ses troupes et en organisant des élections) et dans l'Autorité Palestinienne (en faisant pression pour des élections). Ce processus était censé produire des réformes politiques dans le reste du Moyen-Orient, y compris en Iran.
En ignorant les leçons de l'histoire et en faisant fi des avertissements à propos des obstacles d'une campagne visant à implanter la démocratie à l'occidentale à la pointe du fusil, l'administration Bush a aidé par inadvertance à la naissance d'un « nouveau » Moyen-Orient en Irak, au Liban et en Palestine qui était d'une certaine manière moins pacifique, moins tolérant et moins démocratique que prévu. Et ces efforts ont eu pour effet de renforcer l'Iran.
Le Président Obama semble favoriser une approche plus réaliste au Moyen-Orient qui repose sur le dialogue diplomatique américain auprès des régimes existants dans la région. C'est sans doute une bonne nouvelle. L'équipe Obama a minimisé l'importance de l'exportation de la démocratie « à l'américaine ». Nonobstant la forte rhétorique dans son allocution au Caire, Obama semble revenir au « Vieux » Moyen-Orient. Son rejet des grands projets néoconservateurs de lutte contre l' « islamofascisme » et du remodelage du Moyen-Orient, comme son engagement à raviver le processus de paix israélo-palestinien ont contribué à faire reculer l'anti-américanisme tout en renforçant les acteurs qui favorisent des liens plus forts avec les Etats-Unis et l'Occident.
De ce point de vue la victoire d'une coalition pro-occidentale aux élections parlementaires au Liban tout comme le dynamisme des forces réformistes durant la campagne électorale iranienne pourraient être attribués en partie à l'impact que le message d'Obama a eu sur les groupes politiques prêchant le changement politique et l'ouverture au monde. Ces acteurs n'ont plus vraiment à être inquiétés par le fait d'être perçus comme des marionnettes d'une Amérique anti-musulmane et belliqueuse.
Mais le discours du Caire ne doit pas être non plus vu comme une rampe de lancement pour une nouvelle campagne américaine plus modérée, faisant usage du « soft power » ce coup-ci, pour démocratiser le Moyen-Orient.
Bien sûr, Washington et ses alliés doivent se sentir rassurés que la coalition menée par le Hezbollah, et soutenue par l'Iran, n'ait pas obtenu le leadership lors des élections libanaises. Mais le résultat de l'élection ne doit pas être mal interprété comme une victoire de la démocratie libérale. D'abord, le système confessionnel qui existe au Liban aide à assurer le pouvoir des groupes religieux reconnus, sur une base démographique qui date du recensement de… 1932. Ensuite, dire que la coalition gagnante représente nécessairement les valeurs libérales ne tient pas quand on sait le soutien financier considérable qu'elle a reçu … de l'Arabie Saoudite, un régime autocratique moyenâgeux qui – contrairement à l'Iran d'ailleurs, ne permet pas aux femmes de voter.
En fait les élections au Liban et en Iran (comme les précédentes en Irak et pour l'Autorité palestinienne) soulignent le fait que la campagne pour la démocratie – et en particulier la pression pour tenir des élections, ne va pas forcément dans le sens des intérêts américains au Moyen-Orient. Ces élections ont donné le pouvoir à des groupes sociaux, y compris les ouvriers et les pauvres des campagnes, qui tendent à être plus conservateurs, plus religieux et plus nationalistes dans leur vision politique et qui ne partagent pas nécessairement les valeurs plus libérales et laïques de l'Occident.
Voyant des hommes et des femmes, jeunes et « cools » manifester à Téhéran en faveur du « réformateur » Mirhossein Moussavi (qui fait en fait partie de l'establishment politique chiite), beaucoup d'occidentaux se sont pris à penser que l'Iran est au bord d'une révolution démocratique dirigée vers l'Occident. Il était difficile d'accepter que beaucoup d'iraniens ne soient en fait pas « comme nous » et ne partagent pas « nos » rêves et aspirations, en soutenant Mahmoud Ahmadinejad.
Toute tentative de la part de Washington d'isoler davantage les ayatollahs pour forcer un changement politique à Téhéran serait inefficace, comme l'effort de punir Pékin après Tienanmen en 1989. A la place, comme avec la Chine récemment d'ailleurs, l'ouverture diplomatique et économique américaine avec l'Iran pourrait aider à créer les conditions pour des réformes économiques et politiques.
Leon Hadar est analyste au Cato Institute.
Publié en collaboration avec UnMondeLibre.org
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Titre : Le Niger : un autre exemple inquiétant pour la démocratie africaine
Auteur : Noël Kodia
Après deux mandats que lui autorise la Constitution de son pays, Mamadou Tandja qui avait pourtant déclaré qu'il ne modifierait pas la Constitution pour briguer un troisième mandat, vient, une fois de plus, de prouver que la démocratie pluraliste a du mal à s'implanter sur le continent. Et son coup de force contre la Cour constitutionnelle qui l'a poussé à dissoudre le Parlement de son pays, n'augure pas des lendemains meilleurs pour les Nigériens. Une fois de plus, l'Union africaine et la Communauté internationale vont être mises à l'épreuve devant les enjeux de cette nouvelle situation.
Le président Mamadou Tandja vient de dissoudre le Parlement parce que la Cour constitutionnelle venait de contrecarrer ses ambitions en s'opposant à sa volonté. Il pensait prolonger son règne en organisant un referendum avant la fin de l'année pour se permettre de modifier la Constitution. Une nouvelle donne politique et économique risque de se dévoiler au Niger.
Devant cette situation que vient de créer Mamadou Tandja en s'opposant à la Cour constitutionnelle et au Parlement, l'Afrique, une fois de plus, est prise dans son propre piège, celui de la difficulté de réaliser l'alternance politique, gage d'une démocratie pluraliste réelle. La Cour constitutionnelle et le Parlement ont, sans doute, pensé à la tricherie des politiques africains pour ne pas avoir confiance au résultat qui sortirait de ce referendum. Aussi, Alioune Tiné, président de la « Rencontre africaine pour la défense des droits de l'homme » (RADDHO) a raison d'affirmer que cette décision du président nigérien peut être considérée comme un coup d'Etat politique. Malgré la dénonciation de son acte par une partie de son peuple et bien que la Communauté économique des Etats d'Afrique de l'ouest dont est membre le Niger ait décidé de le sanctionner s'il ne respectait pas la Constitution, Mamadou Tandja semble aller jusqu'au bout de sa logique, celle d'avoir la possibilité de briguer un troisième mandat.
Face à cette cacophonie politique dans laquelle est entré le Niger, le risque est grand d'une confrontation entre la majorité présidentielle favorable au referendum et l'opposition qui souhaite le respect strict de la Constitution. Or, les confrontations politiques mènent souvent à des guerres fratricides comme on l'a vu au Kenya et au Zimbabwe, surtout que la formation des partis politiques en Afrique se fonde plus sur l'ethnicité que sur une idéologie politique. La Communauté internationale et l'Union Africaine doivent tout faire pour rappeler à l'ordre Mamadou Tandja qui est en porte-à-faux avec son peuple représenté par le Parlement. Elles ont les armes politiques et économiques pour le punir. Ces deux institutions doivent s'accorder avec la CEDEAO qui a déjà condamné l'attitude de Mamadou Tandja. Sans doute ce dernier voudrait-il encore garder la main sur l'uranium de son pays dont l'achat a été révisé à la hausse par la France.
Les politiques africains doivent comprendre que l'Etat est une continuité qui doit réaliser le bien-être du peuple malgré le changement de ligne politique que peut leur imposer l'alternance par le biais des urnes. Les acteurs politiques passent mais l'Etat demeure. Il faudrait que la Communauté internationale et l'UA agissent vite pour ne pas donner raison aux militaires nigériens de s'initier dans cet imbroglio politique provoqué par leur président. Il risque d'y avoir encore des morts pour rien dans ce pays où déjà la confrontation entre pouvoir et rebelles touaregs fait déjà couler beaucoup d'encre et … beaucoup de sang.
Le respect scrupuleux de la Constitution qui permettrait l'alternance politique de se réaliser après la fin de son mandat sous peine de sanctions politiques telle l'exclusion temporaire du Niger de l'UA et économiques avec la mise en stand by de la commercialisation son uranium, voilà ce que doivent demander l'UA et la Communauté internationale à Mamadou Tandja. Il doit comprendre la maturité de la majorité des politiques nigériens qui veulent expérimenter la démocratie pluraliste en s'imposant l'alternance. Jusqu'aujourd'hui, force est de constater que l'Occident s'occupe plus à l'exploitation des richesses de l'Afrique qu'à la mise en œuvre d'une véritable démocratie qui pourrait résoudre certains problèmes des Africains. Car les grands enjeux économiques qui peuvent faire reculer les dictateurs africains se trouvent du côté de l'Occident dont dépend par exemple le Niger par la monnaie CFA contrôlée par la Banque de France.
Quelques années après de départ d'Alpha Konaré de la tête de l'UA, on peut dire que ce dernier avait raison quand il insistait sur la limitation des mandats après une élection présidentielle. La limitation des mandats, la seule alternative qui pourrait sauver l'implantation de la démocratie sur le continent. Pourquoi ne pas l'expérimenter ? Et les décisions à valeur de sanction économique de la Communauté internationale peuvent faire reculer les tripatouilleurs des Constitutions. Les Africains ne sont pas dupes. Ils savent que leurs dirigeants sont « arrogants » parce qu'ils protégés par les intérêts occidentaux qui travaillent sur le continent. Même si le courage des Nigériens qui s'opposent à leur président qui ne veut pas respecter la Constitution, ne semblerait pas intéresser la Communauté internationale.
Noël KODIA est essayiste et critique littéraire congolais.
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Titre : Adieu "l'ami Bongo"
Auteur : Emmanuel Martin
Le décès du Président du Gabon, Omar Bongo, en place depuis 1967, a attristé la classe politique française. Pour Jacques Chirac, ancien Président de la République Française, c'est la perte d'un « sage », celle d'un « grand et fidèle ami de la France » pour son successeur, Nicolas Sarkozy. Le ministre des affaires étrangères français, Bernard Kouchner a pour sa part déclaré que la France « perd un ami » et « déplore également une perte pour l'Afrique, continent où M. Bongo Ondimba, unanimement respecté par ses pairs, avait œuvré avec détermination et courage à la paix et à la stabilité ». A en juger par les hommages de la classe politique française, l'homme était un véritable ami de la France et un modèle de probité.
Françafrique
Derrière ce concert de louanges se cache sans doute les regrets de voir disparaître le dernier pilier de la Françafrique, un homme qui a effectivement été un grand ami non pas de la France, mais de ses hommes politiques et de sa société d'État, Elf (qu'on appelait parfois ironiquement la « Pompe Afric' »). Un système à l'histoire peu glorieuse : après la décolonisation officielle, le Président de la République Française, le Général De Gaulle confie à son bras droit « Afrique », Jacques Foccart, le soin de maintenir la mainmise de la France sur son « pré carré » africain. Assassinats de dirigeants ne convenant pas à Paris, fomentation de guerres civiles générant des millions de morts civils, la patrie des droits de l'homme, si prompte à invoquer la morale, a répandu ses lumières bien sombres sur le continent noir. Le système, basé sur l'emploi de barbouzes, mais aussi de l'armée et des services secrets, visait à la fois la sécurisation des approvisionnements pétroliers (et d'uranium) de la puissance française, le maintien de la sphère d'influence française et francophone, mais aussi… le financement de la vie politique hexagonale, de droite à gauche. Au détriment du développement des africains.
Un ami
L'homme était plus un ami d'une partie des politiciens français que la France. Et question probité, il n'a pas véritablement été un ami de son peuple, même s'il a redistribué une partie de la manne à quelques uns autour de lui, se révélant un tantinet moins pingre que d'autres autocrates africains. Installé par Foccart après que le Président Léon M'Ba a souffert à la fois d'impopularité et d'un cancer, Bongo devient président en 1967, forme le parti unique au nom doublement très ironique, le Parti Démocratique Gabonais (PDG). Suivirent 42 ans de règne même pas mis en danger par la démocratisation exigée par le Président François Mitterrand à La Baule en 1990. Outre la corruption des partis politiques français, qui aurait financé les campagnes via l'argent du pétrole Elf, de très nombreuses personnalités de la classe politique française ont entretenu un business lucratif en tant que conseillers de Bongo. On se souvient de la controverse Kouchner. Un ami des politiciens donc. Mais pas des contribuables français : l'été 2007 Nicolas Sarkozy annule 15% de la dette du Gabon, pays notoirement pauvre en ressources naturelles.
Amen
Si l'état de droit est un leurre au Gabon, on peut se poser des questions sur sa situation en France. Quand une plainte est déposée en 2007 contre Bongo et d'autres pairs africains, pour des biens mal acquis en France, la plainte est classée sans suite en novembre. Quand, suite à l'enquête de l'Office central de répression de la grande délinquance financière, la presse française étale les patrimoines impressionnants en question début 2008, on s'indigne à Libreville. Au passage le pourfendeur de la Françafrique, qui disait en janvier 2008 vouloir signer l'acte de décès de cette dernière, le secrétaire d'État à la coopération français, Jean-Marie Bockel, est mis au placard, remplacé par le souriant Alain Joyandet qui ira prêter allégeance auprès … de « Papa Bongo » en avril. La rupture affichée de Nicolas Sarkozy avec la Françafrique a été de courte durée…
Lorsque une juge française est favorable à l'ouverture d'une nouvelle enquête visant Omar Bongo, deux autres chefs d'Etat africains, Denis Sassou Nguesso du Congo et Teodoro Obiang de Guinée-Equatoriale, ainsi que leur entourage respectif sur suspicion de possession en France de biens immobiliers financés par de l'argent public détourné, comme par magie, le Parquet de Paris fait appel : l'affaire pourra traîner.
Et lorsque encore des juges français entendent geler des comptes bancaires de l'autocrate en début d'année 2009, le PDG déclare que les « accords de coopération avec la France seront revus en profondeur ». Bongo et la France c'est un jeu de « je te tiens, tu me tiens par la barbichette ». Il a lui même pu dire : « L'Afrique sans la France, c'est une voiture sans chauffeur. La France sans l'Afrique, c'est une voiture sans carburant » - une géopolitique aux accents très dirigistes, dans une tradition bien française.
Certes, les un million et demi de Gabonais n'ont pas subi une répression sanguinaire, ils n'ont pas été affamés comme ailleurs en Afrique, mais ils ne sont pas moins victimes d'un système corrompu, assis sur des richesses immenses, qui les a privés de développement depuis cinq décennies : le Gabon est classé 127ème sur 141 en termes de liberté économique en 2006. D'ailleurs, Bongo est mort dans un hôpital de Barcelone, pas de Libreville.
Emmanuel Martin est analyste sur UnMondeLibre.org.
Publié en collaboration avec UnMondeLibre.org
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Titre : Le mirage de l'Union Africaine
Auteur : Franklin Cudjoe et Alhassan Atta-Quayson
Le continent africain a célébré le 25 mai le jour de l'Union Africaine. Peu de pays, cependant, ont déclaré le jour férié pour le célébrer dignement et se passer ainsi de millions d'heures de travail productif. Peu a été dit en ce jour du potentiel de progrès et des défis du continent face à la crise. On a glosé encore et encore sur l'objectif (illusoire ?) de débarrasser le continent des faiseurs de coups d'État et du terrorisme subventionné par certains États. Bizarrement, l'Erythrée a été le seul coupable pointé du doigt, alors que d'autres tels que le Soudan, Madagascar ou la Mauritanie par exemple nient la vraie démocratie à leurs citoyens.
L'Erythrée a répliqué, comparant l'Union Africaine à un jeu désenchanté de chaises musicales, notoirement inefficace et peuplée de penseurs simplistes. En fait, l'Erythrée n'a peut-être pas tort. Récemment le président de l'Union Africaine, le colonel Mouammar Kadhafi s'est moqué de la démocratie sur le continent lors d'un discours d'un sommet de l'UA à Addis Abeba, expliquant qu'elle n'y produisait que des bains de sang. Cela pourrait être la pensée dominante chez les dirigeants africains. En 2005 Franklin Cudjoe, responsable de www.AfricanLiberty.org et de l'institut Imani au Ghana, eut un débat avec l'ancien président Tanzanien benjamin Mkapa à propos d'un appel de ce dernier en faveur d'un clone africain de la démocratie ainsi que la nécessité de résister à la mondialisation, dernière forme de l'exploitation selon lui, après l'esclavage et la colonisation.
Que propose l'UA, qui clame à l'unité du continent ? Elle envisage une intégration politique et économique entre les frontières, où pauvreté, conflits et maladies auront disparus. Naturellement les divers groupes économiques régionaux s'attèleront à l'intégration avant que le continent entier soit unifié. Une telle union pourrait affecter les vies de plus 800 millions d'africains.
Pourtant en Afrique nous sommes les amis du protectionnisme. Le Nigéria et le Ghana, proches voisins au sein de la communauté économique d'Afrique de l'Ouest font toujours usage du protectionnisme, le Nigéria imposant une quasi-interdiction d'entrée à 74 produits ghanéens et le Ghana demandant aux marchands nigérians une somme conséquente pour entrer sur le marché ghanéen. En 2005 le Rapport de la Commission pour l'Afrique expliquait tristement que livrer un véhicule du Japon à Abidjan en Côte d'Ivoire coûtait par exemple 1500$. Transporter le même véhicule d'Abidjan à Addis Abeba en Éthiopie coûtait 5000$. Éliminer les barrières commerciales régionales représenterait un gain de 1,2 milliards par an pour l'Afrique selon la Banque Mondiale. En matière de commerce international, l'UA a donc tendance à se focaliser sur la paille dans l'œil du voisin (les pays plus riches qui ont dressé des obstacles gênant à l'accès à nos produits) et oublier la poutre dans le sien.
La crise actuelle nous rappelle que le monde est interconnecté, et que notre croissance en dépend : les difficultés économiques mondiales ont fait baisser la confiance des consommateurs dans les pays riches et, par extension, ont ralenti la croissance des économies tirées par les exportations agricoles. En avril de cette année, le Vice-Président de la Banque mondiale pour la Région Afrique, Mme Obiageh Ezekwesil, a noté qu'au début de 2008, le taux de croissance de l'Afrique d'abord prévu à 6,4% a chuté à 4,9% ; le taux pour 2009 s'élève maintenant à 2,4%.
Mais la cacophonie des demandes d'aide pour surmonter la tempête provoquée par la récession économique a occupé le centre de la scène dans le débat mondial sur les plans de relance. Ainsi, les dirigeants africains demandent des aides de relance aux pays occidentaux au lieu de relancer … la réflexion critique sur la façon de construire leurs propres économies de l'intérieur. Toutefois, il semble se dégager d'une récente conférence économique à Dakar, au Sénégal, qu'ils vont compter davantage sur eux-mêmes pour trouver des solutions à ces problèmes. Ces solutions ne consistent pas à imposer des taxes supplémentaires sur les 30% de petites entreprises visibles et les travailleurs du secteur formel, mais à veiller à ce que près de 70% de l'économie souterraine de l'Afrique soit « déterrée ».
Pour cela il faut promouvoir de faibles contraintes d'entrée pour les entreprises, et sans doute une fiscalité personnelle proportionnelle (flat tax) et très raisonnable. Les augmentations des taux d'impôts sur les sociétés ont un impact sur les recettes de l'État et les chiffres de l'emploi. Déjà, de nombreuses entreprises ayant réalisé d'honorables performances sur le continent ne jubilent pas à l'idée de perdre des employés à cause de la crise : un fardeau fiscal supplémentaire ne laissera pas à ces entreprises d'autre choix que celui de licencier leurs employés.
Les citoyens africains doivent aider les dirigeants africains à utiliser la journée de l'UA pour réfléchir à la façon de réduire l'interventionnisme étatique souvent irrationnel dans nos vies, réglementer intelligemment les marchés financiers, supprimer les obstacles bureaucratiques à la création d'entreprises, et établir les droits de propriété et faire respecter le droit des contrats. Aidons les forces qui libèrent l'énergie entrepreneuriale nécessaire pour nous sortir de la crise.
Les dirigeants africains entreprendront ces réformes quand ils seront obligés de le faire en tant que condition pour recevoir de l'aide, et ce en dépit des immenses échecs de celle-ci à réduire la pauvreté sur le continent et qui continue à être réclamée par les activistes… dont le business en dépend.
Franklin Cudjoe est directeur exécutif de IMANI, un Think Tank Ghanéen et responsable également de www.AfricanLiberty.org . Alhassan Atta-Quayson est économiste et chroniqueur sur www.AfricanLiberty.org
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Titre : General Motors, histoire d'une débâcle
Auteur : Daniel Ikenson
Lundi 1 er juin l'ancien numéro un mondial de l'automobile, l'américain General Motors, a déposé le bilan. Avec le recul donc, quel était l'intérêt du plan de sauvetage de cet automne, prodigué par l'État américain ? General Motors aurait dû demander à bénéficier de la protection du chapitre 11 du code américain des faillites l'automne dernier, si ce n'est plus tôt. Il était en effet évident en 2008 que le géant de l'automobile était dans le rouge, avec une trésorerie alarmante, des difficultés énormes à honorer le service de sa dette, des ventes en chute libre, des perspectives plus que moroses et une incapacité à trouver des nouvelles sources de capital.
En novembre General Motors se tournait vers l'État fédéral américain pour un prêt de sauvetage – la dernière alternative à la faillite. Après de nombreuses discussions et des débats intenses, le Congrès votait contre le sauvetage, fermant apparemment la porte à toute option en dehors de la faillite. Mais avant que General Motors ne puisse profiter de la procédure de faillite, le Président Bush prenait la décision fatidique de contourner le Congrès en détournant en faveur de la firme de Detroit 15,4 milliards de dollars du TARP ( Trouble Asset Relief Program , le plan de sauvetage américain de l'industrie financière). L'idée était sans doute d'éviter des mauvaises nouvelles pour les vacances qui se profilaient à l'horizon.
Mais ce fût finalement le péché originel dans cette histoire. George W. Bush est responsable de la nationalisation de General Motors et de la cascade d'interventions similaires qui pourraient suivre. Si M. Bush n'avait pas financé l'entreprise en décembre (avec une légitimité contestable), General Motors aurait probablement demandé à bénéficier d'une procédure de faillite le 1er janvier, et déjà à cette époque des racheteurs potentiels, nationaux et étrangers, se seraient manifestés et auraient proposé des offres, exactement comme ce qui se passe aujourd'hui.
Bien sûr, un juge des faillites, agissant dans un cadre apolitique, aurait dû déterminer si General Motors pouvait ressortir de la procédure en tant qu'affaire florissante. Cela aurait nécessité diverses concessions de la part des différentes parties prenantes. Par exemple le syndicat United Auto Workers pourrait avoir eu à accepter des baisses de salaires et des nouvelles règles de travail plus flexibles, et les détenteurs de titres auraient eu à ne pas être gourmands quant à leur retour sur investissement. Dans ces conditions, l'argent du contribuable n'aurait certainement pas eu à être dépensé. Il y aurait eu des fermetures de site, des fins de contrat avec certains concessionnaires et fournisseurs, des pertes d'emploi. Mais il y en a de toute façon actuellement avec le plan de nationalisation.
De manière regrettable, le chemin pris est coûteux et passe par un champ de mines politique. Si General Motors émerge de la faillite organisée et présidée par le plan créé par l'administration Obama, il est difficile de voir comment l'industrie automobile américaine tiendra alors encore du domaine du marché libre. Avec au minimum 50 milliards de dollars d'argent du contribuable, l'administration fera tout ce qui est en son pouvoir pour que le nouveau General Motors réussisse – y compris en modifiant les règles du jeu du secteur en mettant en place des politiques incitant les consommateurs à acheter des automobiles General Motors, paralyser la concurrence de General Motors ou subventionner ses coûts… Cette somme de 50 milliards de dollars est donc plus susceptible d'être revue à la hausse plutôt que d'être remboursée. Cette somme sera un prétexte pour plus d'interventions publiques pour General Motors, distordant encore le marché.
Ainsi, qu'arrivera-t-il à Ford ? Avec le soutien de l'État américain à General Motors, l'accès aux capitaux pour Ford sera-t-il compromis ? Ford pourra-t-elle faire concurrence à une entreprise soutenue par le Trésor national ? Ou bien, y aura-t-il à l'avenir plus de faillites sponsorisées par l'État américain ? Les américains ont de quoi se poser des questions.
Daniel Ikenson est analyste au Cato Institute.
Publié en collaboration avec UnMondeLibre.org
© Congo Vision
Titre : Obama, la Chine, et le dilemme des finances publiques américaines
Auteur : James Dorn
A la fin de son mandat en tant que président des Etats-Unis d'Amérique, George W. Bush a déclaré abandonner « les principes du libre marché pour sauver le système de libre marché ». Il avait cependant déjà accru de manière significative la taille et le rôle de l'État fédéral américain. Sa dernière action fût de sauver Chrysler et General Motors – qui vient de déposer le bilan, engloutissant ainsi des milliards de deniers publics. Cette tendance se perpétue sous l'égide du Président Barack Obama et de la majorité démocrate au Congrès, et cela ne va pas sans poser problème, notamment pour la Chine.
Les dépenses publiques fédérales de l'année fiscale 2009 approcheront 28 % du PIB, et il est prévu que le déficit du budget américain approche les 2000 milliards de dollars, soit 13% du PIB. Lors de la prochaine décennie, l'État américain émettra près de 10 000 milliards de dollars de nouvelle dette pour couvrir ses programmes de dépenses planifiés au-delà des recettes fiscales prévues.
L'inconvénient d'un plan de relance budgétaire est qu'il faut bien que quelqu'un le finance. La Grande-Bretagne est entrain de comprendre cela depuis l'annonce récente selon laquelle sa notation Triple A pourrait être rétrogradée si l'État ne renverse pas sa tendance dépensière. Les Etats-Unis sont dans une situation légèrement meilleure, mais le creusement important du déficit américain, la décision de la Federal Reserve de monétiser la dette fédérale, ainsi que les milliers de milliards de dollars d'engagements non financés sur les programmes Medicare et la Sécurité Sociale américaine, représentent un danger pour ceux qui avait placé leur confiance dans la dette souveraine américaine.
Il fait peu de doute qu'une bulle existe sur le marché de la dette américaine. Quand les taux d'intérêt augmentent, ce qu'ils doivent faire une fois l'économie repartie et que la Federal Reserve aura réduit son bilan en vendant des actifs, les bons du Trésor vont chuter.
Bien qu'il y ait peu de risque que l'État américain faillisse à ses obligations, il y a de bonnes chances pour que le coût financier de la nouvelle dette américaine sur la prochaine décennie devienne un fardeau de plus en plus lourd dans le budget fédéral alors que les taux d'intérêt augmentent.
Si le Congrès fait pression sur la Federal Reserve pour maintenir les taux de long terme bas, de manière à faciliter les dépenses financées par le déficit, les marchés devraient alors pousser les taux d'intérêt nominaux à la hausse, de manière à refléter une plus forte inflation anticipée. L'annonce par la Federal Reserve qu'elle achètera des titres d'État à long terme remet en question son engagement à maintenir la stabilité des prix face à une récession prolongée.
Après la récession de 2001, la Federal Reserve a maintenu les taux d'intérêt trop bas trop longtemps. Le crédit facile (couplé à la politique d'accroissement de la propriété immobilière par le biais des entreprises de refinancement hypothécaire soutenues par l'État) a alimenté la bulle immobilière américaine.
Il est essentiel pour la croissance et la stabilité américaines que la Federal Reserve ne succombe pas aux pressions politiques voulant d'un côté fixer les taux d'intérêt de long terme et d'un autre recourir à la planche à billet pour financer les déficits. La dette publique américaine atteint aujourd'hui 7000 milliards de dollars, soit 47 % du PIB. Ce chiffre devrait passer à 77% en 2013. Et si l'on tient compte de la dette inter-étatique la dette nationale américaine tourne autour de 11000 milliards de dollars aujourd'hui et fera plus que doubler d'ici à une décennie. Si l'on inclut les déficits prévus de la Sécurité sociale et du Medicare , la dette souveraine des Etats-Unis dépasse nettement les 100% du PIB aujourd'hui et continuera à se creuser à moins de réformes de fond.
Dans ces conditions il n'est pas surprenant que la Chine, qui est le premier détenteur de bons du Trésor américain, commence à se faire du souci et à se demander s'il est bien sage d'accumuler près de 800 milliards de titres en dette américaine. Une des conséquences involontaires de la stratégie de développement de la Chine a été de promouvoir les dépenses excessives de l'État américain. Certains ironisent : les conversations portent désormais moins sur le « capitalisme avec des caractéristiques chinoises » que sur le « socialisme avec des caractéristiques américaines ».
La Chine devrait bénéficier de marchés de capitaux plus ouverts et d'un taux de change flottant, avec aussi des taux d'intérêt déterminés par les marchés et une banque centrale plus indépendante se concentrant sur la stabilité à long terme des prix. L'accumulation officielle de réserves en dollars pourrait alors se terminer, et, avec elle, la politique indirecte de promotion de la croissance de la taille de l'État américain. Sans doute cela serait il une bonne nouvelle pour la stabilité et la prospérité à la fois de la Chine et des Etats-Unis.
James Dorn est analyste au Cato Institute.
Publié en collaboration avec UnMondeLibre.org