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Les enjeux de la réaction russe "disproportionnée"

Emmanuel Martin est docteur-chercheur en économie,
Responsable de la publication de www.UnMondeLibre.org

En engageant ses troupes dans la région pro-russe et sécessionniste d'Ossétie du Sud en invoquant la défense de l'intégrité du territoire géorgien, le Président géorgien Saakachvili s'est exposé à l'ire du Kremlin qui a répondu par une contre-offensive musclée. En dépit des demandes de cessez-le-feu de Tbilissi depuis dimanche, Moscou a pendant plusieurs jours la sourde oreille. Et le problème est désormais que Moscou a envahi plusieurs régions de la Géorgie au-delà des régions sécessionnistes, ce qui constituerait une réelle agression. Après des années de guerre souterraine, que peut expliquer la réaction russe ?

Le Kosovo : un précédent gênant pour l'Occident

En acceptant que les frontières internationales puissent bouger avec la reconnaissance de l'indépendance du Kosovo en février dernier, les USA et d'autres pays occidentaux ont de fait accepté un précédent gênant. En effet, en toute cohérence, ces pays ayant reconnu l'indépendance du Kosovo doivent reconnaître aussi l'autonomie des régions sécessionnistes de la Géorgie que sont l'Ossétie du Sud et l'Abkhazie. En effet, sur quel critère défendre aujourd'hui « l'intégrité du territoire géorgien » ? C'est ici un pur pragmatisme politique qui fait office de critère : on reconnaît les sécessions lorsqu'elles arrangent les pays amis ou ennuient les pays ennemis, et on ne les reconnaît pas dans les cas inverses. De même, la contre-réaction russe a été jugée « disproportionnée » par George Bush. Une autre contre-réaction violente, lors d'une « crise » plus au Sud-Ouest il y a deux ans (au Liban), n'avait pas eu droit au même qualificatif de la part du dirigeant américain. Pragmatisme là encore.

Le camp occidental n'est pas cohérent dans ses critères, et cela a bien arrangé la Russie. En effet, si les occidentaux n'ont pas vu d'un mauvais œil la sécession du Kosovo de la Serbie, pourquoi objecteraient-ils à la sécession de l'Ossétie du Sud et de l'Abkhazie ? La Géorgie tentant de récupérer ces territoires sécessionnistes peut alors – selon les critères occidentaux avec le Kosovo – légitimement être tenue pour « l'agresseur ». On comprend alors la gêne des négociateurs occidentaux. Mais le camp pro-russe n'est pas vraiment cohérent non plus : en effet, la toute proche Tchétchénie a été victime du rouleau compresseur russe lorsqu'elle a montré des velléités d'indépendance au milieu et à la fin des années 90. En toute logique, le précédent tchétchène aurait dû faire pencher la Russie en faveur de la réaction géorgienne. D'un côté comme de l'autre, il semble donc bien que les choix stratégiques soient basés sur un pur pragmatisme déterminé par une ligne de démarcation OTAN/Russie.

Affaiblir l'OTAN ?

Il se pourrait que par le durcissement de sa contre-réaction, la Russie ait choisi de rappeler à l'ordre les anciennes républiques qui, à trop vouloir se rapprocher de l'OTAN ou de l'Europe (ce deuxième cas étant celui de l'Ukraine) ont irrité le Kremlin. Et cela représente un test : il paraît assez évident que même si les Etats-Unis soutiennent la Géorgie et lui ont promis son entrée dans l'OTAN contre des bases militaires US en Géorgie (c'est-à-dire aux frontières de la Russie !), ils ne vont pas prendre le risque – surtout à quelques mois des présidentielles – d'intervenir militairement contre l'autre super-puissance. La possibilité d'un « super-conflit » serait bien trop élevée. Voilà donc un coup de poker qui permet à Moscou de démontrer la fragilité des garanties occidentales et d'affaiblir ainsi l'OTAN.

Une bataille de l'énergie ?

Un autre élément sûrement non négligeable expliquant la violente contre-réaction russe peut-être une stratégie énergétique. La Géorgie est en effet traversée par le célèbre oléoduc Bakou-Tbilisi – Ceyhan ouvert en mai 2006. Le tracé de cet oléoduc avait été dessiné de manière à soigneusement éviter la Russie. Les hydrocarbures de la mer caspienne pouvaient ainsi arriver en méditerranée et rejoindre les terminaux occidentaux. Cet oléoduc représentait donc un moyen pour l'occident de desserrer l'étau énergétique de Moscou. Il ne faut sans doute pas minimiser la pression que pourrait constituer sa destruction partielle ou son contrôle russe (sous prétexte de « maintien de la paix ») sur l'état du marché. En rendant la région du tracé de l'oléoduc « à risque » (ou plutôt « encore plus à risque » puisque certains parties sont proches de zones de conflits latents), Moscou affaiblit encore la capacité d'approvisionnement énergétique de l'Occident et accroît ainsi indirectement sa dépendance.

On comprend que pour étendre leurs sphères d'influence, les super-Etats jouent ainsi encore une partie d'échec. Mais les perdants sont toujours les mêmes : les populations simples, loin des arcanes du pouvoir. A Gori, ville géorgienne tenue par les Russes et dont la population a fui en grande partie, une femme hurle aux journalistes le 11 août : « On n'a pas besoin des américains, ni des russes, laissez-nous ! Tout ce que vous voulez c'est notre pays, mais vous n'en avez rien à faire des géorgiens et des ossètes ». Elle n'a sans doute pas tort, et cela semble encore confirmer la citation de Paul Valéry: « La guerre, un massacre de gens qui ne se connaissent pas, au profit de gens qui se connaissent mais ne se massacrent pas »…

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Mauritanie : Encore un défi pour l'Union Africaine ?

Dr. Noël Kodia est essayiste et critique littéraire.

Avec la collaboration de www.UnMondeLibre.org

Ce qui vient se passer en Mauritanie où les militaires se sont emparés du pouvoir en prenant en otage le président élu démocratiquement il y a une année, son Premier ministre et son ministre de l'Intérieur, nous pousse à réfléchir sur les difficultés qui s'imposent à la jeune démocratie africaine à s'installer sur le continent. En destituant le président Sidi Ould Cheikh Abdallahi, le général Mohamed Ould Abdel Aziz est allé contre la légalité constitutionnelle quelles que soient les raisons évoquées. Il vient de donner un coup de frein à la jeune démocratie mauritanienne consécutive aux premières élections pluripartistes.

Les militaires africains ont commencé à s'intéresser au pouvoir politique quelques années après les indépendances, profitant des systèmes de parti unique qui étaient à la mode dans presque tous les pays. Et des assassinats politiques ont souvent accompagné ces coups de force militaires. Aujourd'hui, avec la démocratie pluraliste qui s'efforce à s'installer sur le continent après la chute du mur de Berlin, beaucoup de pays ont rompu avec cette méthode de prise du pouvoir. A cela, il faut ajouter l'intransigeance de l'Union africaine et l'Union européenne qui ont décidé de ne plus reconnaître les régimes qui se fonderaient sur un coup d'Etat. Aujourd'hui, en renversant le président Sidi Ould Cheikh Abdallahi élu démocratiquement et dans l'exercice de ses fonctions, les militaires mauritaniens viennent de se faire montrer du doigt par l'Union africaine et l'opinion internationale qui ont condamné ce coup de force.

Les armées dans nos pays africains devraient comprendre que la démocratie qui s'est installée sur fond d'élections plus ou moins acceptées par leur peuple et l'Union africaine révèle des principes qu'il faut respecter. Dans un pays qui a accepté l'avènement de la démocratie, il y a des garde-fous à respecter comme la Constitution, l'Assemblée et les partis de l'opposition qui doivent interpeller le président et non l'armée. On comprend que la goutte d'eau qui aurait fait déborder le vase a été les changements perpétrés par la présidence au sein de l'armée, d'où le mécontentement de certains officiers. Nos Constitutions ne précisent-elles pas que le président de la République est le chef suprême des armées ? En procédant à un remaniement et non à une dégradation dans les forces armées de son pays, il n'a fait que respecter la Constitution. L'armée n'aurait pas du agir de la sorte mais demander à l'Assemblée de faire son travail en mettant par exemple le président en minorité si elle estimait que celui-ci se comportait mal.

La majorité des Constitutions africaines étant calquées sur le modèle colonial, les Mauritaniens se trouveraient dans une situation où l'opposition serait au pouvoir en cohabitant avec le président. Et le simple changement de majorité ne devait pas entraîner un chambardement susceptible de remettre en cause la démocratie sortie des urnes.

La situation de la Mauritanie doit interpeller toutes les démocraties africaines. En s'ingérant dans les affaires politiques de leur pays, les militaires mauritaniens ont affaibli l'installation de la démocratie dans leur pays malgré la survie du pluralisme. Certes, un président de la République ne peut pas être sans défauts car c'est un homme avant tout. Mais la République impose à tout citoyen des garde-fous comme le respect de la Constitution et le travail des députés, qu'ils soient de la majorité ou de l'opposition, pour procéder à des changements au sein de la direction nationale quand ceux-ci s'imposent. Dans chaque Constitution, il y a des articles qui permettent à l'Assemblée et au gouvernement de rappeler à l'ordre le magistrat suprême quand celui-ci se trouve en déphasage avec la Constitution.

En procédant à un coup d'Etat, même s'il a été pacifique car sans effusion de sang, les militaires mauritaniens n'ont pas permis à l'Assemblée et au gouvernement de leur pays de mettre en pratique la Constitution qui ne tolère pas la destitution d'un président élu démocratiquement par un coup de force. Les militaires sur le continent doivent se faire violence pour laisser les acteurs politiques et la société civile s'occuper de la gestion de l'Etat en essayant bon an mal an de pratiquer la bonne gouvernance imposée par la Constitution du pays. Les Mauritaniens qui ont donné un bel exemple de démocratie en se donnant un président sorti des urnes il y a un an, voient leur élan démocratique freiné par les militaires. Ces derniers n'ont pas voulu laisser leur peuple régler les problèmes de la nation par l'intermédiaire de la mise en oeuvre de la Constitution. Et ce manquement des militaires mauritaniens risque de faire tache d'huile et jurisprudence dans les autres pays du continent quand le magistrat suprême aurait des démêlés avec les militaires.

Avec les derniers événements qui ont secoué le continent, force nous est de constater que la démocratie a de la peine à s'installer en Afrique et que l'Union africaine a encore du pain sur la planche. Et quand les forces de l'ordre commencent à faire sortir des matraques et des grenades lacrymogènes pour empêcher certaines manifestations pacifiques comme le permet la Constitution, il y a lieu de s'inquiéter ; l'expérience a montré en Afrique que l'on sait comment commencent les troubles politiques mais pas comment ils se terminent, surtout quand les militaires y sont à l'origine. Le coup d'Etat en Mauritanie, une affaire à suivre par les démocrates du continent…

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Les privatisations en Afrique : les raisons de l'échec

Hicham El Moussaoui est docteur - chercheur en économie.

Avec la collobratioin de www.UnMondeLibre.org

Les privatisations d'entreprises nationales ont été l'une des principales recommandations de la banque Mondiale et du FMI, visant à assainir les comptes publics des pays enlisés dans de graves crises économiques. L'expérience et le recul historique montrent que les résultats de ces politiques de privatisation sont très différents selon le contexte dans lequel elles ont été appliquées. En Argentine, au Chili, en Nouvelle-Zélande, ou en République Tchèque, les privatisations ont été un succès. Elles ont permis aux entreprises de gagner en efficacité, d'augmenter leur chiffre d'affaire, leurs investissements, de mieux satisfaire les besoins de leurs clients, d'atteindre de nouveaux marchés, et globalement à moyen terme de redynamiser l'emploi.

Mais, ici comme ailleurs les mêmes causes n'ont pas produit les mêmes effets.

A l'exception de quelques pays (Afrique du Sud, Maroc, Tunisie), nombre d'opérations de privatisation en Afrique n'ont pas donné les résultats escomptés, notamment le développement d'un secteur privé diversifié et compétitif. Les graves crises sociales qui se sont traduit par des pertes d'emplois et le renchérissement des prix de certains biens et services ont non seulement renforcé l'hostilité et la méfiance des populations, mais ont aussi parfois débouché sur une inversion du processus et une renationalisation des entreprises, notamment dans les grands services publics comme l'eau, l'électricité, les télécommunications ou encore les chemins de fer (Tanzanie, Namibie, etc.).

Le bilan décevant de l'échec des politiques de privatisations s'explique surtout par le non respect de certains préalables institutionnels.

L'état de droit

Les privatisations se sont effectuées le plus souvent dans un contexte de flou juridique et réglementaire. L'absence ou la faiblesse d'application des lois en raison de la corruption et de la bureaucratie ont rendu difficile l'élimination des pratiques de monopole, la protection des créanciers, la création et la liquidation des entreprises, et la fluidité du commerce. Par ailleurs, le manque de compétence, de transparence et d'indépendance de la justice n'incitaient pas à investir puisque les droits de propriété des investisseurs n'étaient pas entièrement sécurisés. En Algérie par exemple, la justice est souvent instrumentalisée pour évincer des concurrents gênants pour les affaires et maintenir des positions dominantes. Bref, les opérations de privatisation se déroulent dans un contexte où l'environnement juridique est inadapté voire incapable d'assurer la protection de la propriété privée et la liberté contractuelle, d'où leur maigre bilan.

La flexibilité des prix

L'absence de flexibilité des prix a créé une incertitude sur les droits d'usufruit sur les biens et services produits par les entreprises privées. Dès lors, il était illusoire d'espérer le développement d'un secteur privé car les entrants potentiels n'auraient pas été suffisamment incités. Les opérations de privatisation des grands services publics (eau, électricité) en Afrique subsaharienne par exemple ont été souvent mises en place tout en gardant un certain contrôle de prix, ce qui explique le manque d'intérêt des investisseurs surtout au regard de l'importance des investissements exigés.

Par ailleurs, lorsque la libéralisation du commerce extérieur intervient après la privatisation, la disparition de la protection pourrait léser les acquéreurs de certaines entreprises anciennement publiques et saper la crédibilité du programme de privatisation. Par conséquent, la libéralisation des prix et des échanges doit normalement intervenir avant la mise en œuvre des programmes de privatisation, faute de quoi, peu d'investisseurs privés seront intéressés.

La concurrence

Les privatisations se sont souvent opérées sans la mise en place de mécanismes favorables à une réelle concurrence entre les opérateurs. En conséquence, les privatisations s'apparentaient à la transformation d'un monopole public en monopole privé, qui était à la fois peu efficace et mal accepté. En l'absence de libre concurrence, les politiques de libéralisation des prix ont eu un effet inverse à celui escompté. On assisté par conséquent à une multiplication de crises sociales causées par des augmentations vertigineuses des prix (principalement des produit de base) et l'exclusion d'une large partie de la population, souvent la plus vulnérable. Dans cette perspective, la réussite des privatisations est tributaire de la création d'un cadre favorable à une concurrence ouverte et saine. Une concurrence qui contraint les entreprises (sous peine de disparaître) à améliorer la qualité de leurs produits et les pousse à baisser les prix. Il est donc nécessaire de prévenir et de sanctionner la création de cartels, d'ententes ou de monopoles, ainsi que les autres pratiques commerciales restrictives.

Ainsi, l'échec du processus des privatisations en Afrique vient du fait qu'on a assisté à un transfert de propriété d'un monopole public bureaucratique et corrompu vers à un monopole privé, mais pas à l'émergence d'un secteur privé performant et compétitif. En conséquence, pour que les privatisations transforment des sociétés d'État mal gérées et budgétivores, en entreprises privées efficaces et compétitives, il faut les inscrire dans le cadre d'une réforme institutionnelle globale.

Enfin, dans le cas de plusieurs pays africains où la corruption, le clientélisme, le détournement des deniers publics, et la mauvaise gouvernance sont endémiques, il n'est pas inutile de se poser la question de savoir si l'africain moyen profite réellement de sa « richesse nationale » et des entreprises nationalisées dans son pays. Certains pensent que dans ces pays ce sont souvent les pertes des firmes publiques qui sont nationalisées tandis que leurs bénéfices sont… privatisés par quelques proches du pouvoir.

© Congo Vision


L'échec de l'aide

Alec van Gelder et Caroline Boin sont membres
de International Policy Network.

Avec la collaboration de www.UnMondeLibre.org

La crise alimentaire mondiale « menace de détruire des années, sinon des décennies de progrès économique » a déclaré l'Africa Progress Panelil y a quelques jours. Son Président Kofi Annan, et les rock stars Bob Geldof et Bono ont rappelé les pays riches à leur engagement : celui de doubler l'aide à l'Afrique avant 2010. Pourtant une aide supplémentaire ne résoudra pas les problèmes de pauvreté persistante.

M. Annan et les ambassadeurs autoproclamés de l'aide ont raison sur un point : les hausses de prix alimentaires et les mauvaises récoltes sont un désastre. De ce point de vue, garantir la sécurité alimentaire en Afrique est un des objectifs humanitaires les plus importants. D'ailleurs, le premier Objectif de Développement du Millénaire est d'« éradiquer l'extrême pauvreté et la faim » et de réduire de moitié le nombre d'êtres humains souffrant de la faim d'ici à 2015.

Mais l'industrie du développement parie sur le mauvais cheval. Par exemple lorsque la FAO demande à ce que « les pays riches augmentent de manière spectaculaire leur aide au développement agricole pour contenir les hausses des prix alimentaires », pour respecter les engagements pris à la réunion du G8 à Gleneagles il y a deux ans.

Pourtant, les images d'enfants affamés brandies par les tenants de l'aide ne sont que le résultat d'Etats corrompus et incompétents soutenus par cette même aide. Cette dernière est désormais la plus grande source de revenus pour la plupart des Etats de l'Afrique sub-saharienne – représentant plus de 50 % du budget dans certains cas. Mais les résultats sont choquants. En effet, après avoir reçu 2300 milliards d'aide (ajustés de l'inflation) depuis les années 60, les 70 % d'Africains qui vivent de la terre voient en majorité leurs revenus et leur espérance de vie décliner, alors que les pays asiatiques, qui n'ont reçu que peu ou pas d'aide, ont prospéré. Ainsi, en Afrique un bon tiers des enfants souffrent toujours de malnutrition durant les cinq premières années de leur vie. Et ce, même si la production mondiale de nourriture a dépassé la croissance démographique de 50 % ces quarante dernières années. La Commission sur les Défis de la Nutrition au 21ème siècle a d'ailleurs rapporté que durant les années 1990, la malnutrition est tombée des deux tiers à 10 % en Asie de l'Est et a été réduite de moitié en Amérique Latine. Dans le même temps en Afrique, elle augmenté de 20%.

Dans un colloque récemment tenu à Nairobi, la FAO a estimé que 20 % du budget des Etats africains ont été utilisés « en matériel militaire et autres luxes inutiles » durant la seule dernière décennie. Ces « luxes inutiles » incluent les notes d'hôtel de plus de 300.000 dollars du Président congolais Denis Sassou-Nguesso et ses achats de 7 millions de dollars en résidences parisiennes pour sa femme et son fils. Pourtant les activistes et le Président Sassou-Nguesso continuent de réclamer une annulation de la dette et des aides supplémentaires.

 

Une solution immédiate et bien meilleure serait d'abaisser les barrières commerciales les plus paralysantes dans le monde - 70 % desquelles sont imposées par des Etats à leurs peuples dans les pays les moins développés, y-compris sur la nourriture : le droit de douane moyen en Afrique sub-saharienne sur les denrées agricoles est de 33.6 %, plus élevé que dans n'importe quelle autre région du monde. De plus, les taxes et droits de douanes restreignent l'accès à des marchandises essentielles telles que les engrais qui sont en conséquence six fois plus chers en Afrique sub-saharienne que leur prix de départ.

Selon les chiffres de la Banque Mondiale, se débarrasser de ces restrictions commerciales générerait plus d'argent que la totalité de l'aide.

L'Ethiopie, qui est confrontée à une nouvelle famine, est classée 112ème par la Banque Mondiale sur une liste de 125 pays à restrictions commerciales importantes. Le Programme Alimentaire Mondial estime qu'au moins 10 millions d'individus y seront touchés de plein fouet par les prix alimentaires en hausse et les mauvaises récoltes éthiopienne cette année. L'Ethiopie a malheureusement conservé de nombreuses politiques néfastes qui ont affaibli l'Afrique, avec le soutien des agences d'aide, d'Etats occidentaux et des ONG. En dépit d'initiatives en faveur de l'ouverture de l'économie éthiopienne, les importations requièrent toujours des licences, les exportations de céréales ont été interdites, les compagnies d'Etat manipulent les prix et, surtout, l'Etat interdit l'accès à la propriété foncière. De ce fait, les pauvres sont enchaînés à la terre sans pouvoir l'utiliser en gage pour des prêts par exemple. Cela éloigne d'autant la possibilité pour les paysans d'acheter (à crédit) des engrais ou des graines hybrides, les rendant d'autant plus vulnérables aux aléas du climat.

Kofi Anan et ses acolytes rock stars jouent sur la corde sensible des donateurs. Ils ne mentionnent pourtant pas le fait qu'un des bénéficiaires les plus importants de l'aide en Afrique est l'Ethiopie totalitaire. Le pouvoir éthiopien impose un programme stalinien obligatoire de déplacement de populations. En réalité depuis que le premier concert du Band Aid en 1984 (en solidarité avec les Ethiopiens) avait frappé les consciences du monde, la situation a largement empiré. Entre 1984 et 2002 la production alimentaire par tête est en effet passée de 450 à 140 kg et n'a pas beaucoup évolué depuis. Dans l'état actuel des choses, les réformes n'auront pas lieu parce que l'Etat ne rend pas de compte à son peuple dans un tel pays. Et les donateurs eux-mêmes ne demandent que peu de comptes aux dirigeants en place…

Les pays du G8 se rencontreront prochainement à Hokkaido. Afin de véritablement aider les pays pauvres, ils devront plutôt insister sur le fait que les peuples de ces nations doivent enfin se voir garantir les mêmes libertés économiques que les peuples des pays qui se développent : le droit de posséder et vendre la terre et le droit d'échanger. Sans ces libertés, l'aide supplémentaire sera inutile.

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La Chine : les prémices d'une réforme foncière

Li Ping est membre du Rural Development

Institute et du Cato Institute aux USA.

Avec la collaboration de www.UnMondeLibre.org

« Des droits de propriété sécurisés permettent la sérénité ». Voilà ce que répondait Mencius, un ancien philosophe chinois, lorsqu'on lui posait la question de comment gérer un pays. Face au défi de bâtir une société harmonieuse et développée, l'Etat central chinois a récemment publié le « Document Central Numéro Un ». C'est un document sans précédent en matière de protection des droits fonciers des 700 millions de ruraux Chinois. Il est à ce jour la réponse la plus forte de Pékin au fait que les droits individuels des paysans sur la terre restent non protégés et non sécurisés un quart de siècle après le démantèlement des fermes collectives.

Cette non sécurisation des droits individuels des paysans décourage l'investissement agricole et facilite les expropriations ainsi qu'un développement urbain irresponsable. Elle ralentit le développement agricole et affecte grandement la sérénité des paysans : durant les neufs premiers mois de 2006, 17.000 cas de manifestations paysannes souvent violentes ont été officiellement rapportés, impliquant près de 400.000 paysans ; leur grief premier concernait la terre. Par ailleurs, avec le fossé grandissant entre le développement urbain et le développement rural, plus de 200 millions de paysans ont migré vers les villes, en particulier vers les zones côtières développées, cherchant une vie meilleure.

L'Etat central n'est en réalité pas totalement responsable du retard du secteur agricole et de l'insécurité des paysans. En effet, une série de lois nationales a été adoptée pour renforcer les droits des paysans depuis les années 1990. Le problème se situe plutôt du côté de l'application de ces lois au niveau local. Les droits fonciers des paysans sont en effet « réajustés » de manière illégale, puis soit sont réattribués à des « développeurs extérieurs », soit sont accaparés par les dirigeants officiels locaux qui les revendent à prix d'or pour des usages non-agricoles. Les autorités locales exercent un pouvoir presque sans entraves pour exproprier les terres agricoles en faveur du développement urbain, avec des compensations très largement insuffisantes pour les paysans.

Ainsi, la plupart de la formidable richesse générée par les réformes de la Chine depuis 30 ans n'a pas atteint les campagnes. Officiellement, les revenus en ville sont devenus 3,28 fois supérieurs à ceux de la campagne (et ceci ne prend pas en compte les nombreux avantages sociaux disponibles uniquement dans les villes). L'absence des droits de propriété sécurisés dans les campagnes désincite les agriculteurs à s'engager dans des investissements à long terme qui pourraient améliorer leur productivité. De ce fait, beaucoup d'entre eux migrent vers les villes développées afin de trouver du travail.

Pourtant, des pays non loin de la Chine offrent des exemples pertinents. Après avoir achevé les réformes foncières et sécurisé les droits de propriétés des paysans – pendant la période de l'après guerre – les économies rurales du Japon, de la Corée du Sud et de Taïwan ont décollé très rapidement. Le résultat a été une campagne prospère qui a permis de modérer la migration de masse vers les villes, l'étalant sur deux générations ou plus.

En Chine le Document Central de 2008 envoie désormais un signal fort de changement, garantissant les droits des paysans sur la terre d'une manière exhaustive et déterminée. Bien sûr, la mise en application de ces politiques rencontrera une résistance considérable chez les dirigeants officiels locaux, mais Pékin devra se montrer inflexible : ceux qui ne respecteront pas ces nouvelles dispositions devront en subir le coût en termes de carrière. L'été dernier, plusieurs ministres ont d'ailleurs lancé une campagne commune d'inspection des violations des droits fonciers ruraux. Résultat : plus d'un millier de dirigeants locaux ont été sanctionnés sur une période de trois mois.

Il doit donc y avoir un contrôle indépendant et global des progrès accomplis au niveau local, grâce à des ONG, à un suivi minutieux fondé sur des enquêtes de terrain et la mise en place d'une hotline relayant les plaintes des paysans. Enfin, à moyen terme, un système judiciaire accessible et indépendant doit être instauré avec des services d'aide juridique pour les paysans. A ce jour en effet, les tribunaux locaux peuvent difficilement servir d'instances impartiales pour répondre aux plaintes des paysans puisque leur personnel est dans une large mesure nommé et financé par les autorités locales qui sont très souvent elles-mêmes les fauteurs de trouble dans les conflits portant sur la terre.

L'implication claire de ce nouveau document est que Pékin est déterminé à sécuriser les droits fonciers des paysans. La sérénité et le développement devraient suivre.

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