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Les droits de propriété : une solution pour la crise alimentaire

Hillary Kundishora, spécialiste en management stratégique, Zimbabwe.

Avec la collaboration de www.UnMondeLibre.org

Haïti, les Philippines, l'Ethiopie, l'Indonésie et de nombreuses nations africaines ont été durement touchés par la crise alimentaire qui a donné lieu à des manifestations. Panique et tensions se sont ajoutées à la longue liste des maux de l'Afrique, entre guerres, maladies et pauvreté extrême. Les pénuries alimentaires actuelles au niveau mondial devraient donner l'opportunité aux décideurs du tiers monde de revoir les modèles de propriété foncière actuellement en vigueur. Cette révision contribuera sans doute enfin à une réelle stratégie économique. Il est en effet temps d'arrêter de ressasser les discours obsolètes selon lesquels les Américains devraient faire le régime pour réduire la consommation alimentaire et ainsi garder de la nourriture pour l'Afrique.

La situation actuelle qui représente un danger pour l'Afrique peut être aussi une opportunité. Alors que notre continent est très largement doté en terres fertiles et jouit d'un climat approprié pour la culture, il est toujours victime de pénuries. Or la sécurité alimentaire devient primordiale du fait de son lien avec la pauvreté, la santé et le développement.

Au Zimbabwe, même si le système colonial pratiquait un système agraire dualiste qui reposait sur une forme d'apartheid, ce système avait réussi à générer une richesse et à émuler la libre entreprise, ce qui fonctionnait de manière efficace. Le miracle de ce système était fondé sur un régime foncier viable dans lequel - il est vrai - seule une minorité jouissait de droits de propriété. Mais cela avait permis de bâtir une structure productive et financière dynamique qui était le pilier du système colonial.

Si au cœur de la doctrine des droits de propriété pratiquée par le système colonial résidait une sérieuse discrimination à l'encontre de la majorité noire, ce système permettait néanmoins une propriété individuelle de la terre basée sur des titres de propriété bien définis. Les tribunaux reconnaissaient ces titres et résolvaient les conflits y afférant. Surtout, il était possible d'échanger la terre, comme tout autre bien marchand. Cela avait permis à la population du système colonial de regarder bien au-delà de l'agriculture de subsistance, vers une agriculture commerciale. De même le secteur agricole avait pu s'engager vers des productions plus efficaces mais aussi plus respectueuses de l'environnement. Du fait de ce système foncier bien défini et relativement sûr, les agriculteurs avaient facilement accès à des financements privés locaux et extérieurs.

Les agriculteurs étaient certains de récupérer leurs bénéfices si l'affaire marchait. C'est un facteur – on l'a sans doute oublié – fondamental pour le succès d'une entreprise. Cela permettait aux investisseurs de faire fonctionner et grandir leurs entreprises agricoles sans devoir craindre que l'Etat n'intervienne pour les déposséder et réallouer leurs terres.

Une possible réforme foncière donnerait l'opportunité au Zimbabwe de résoudre le problème des pénuries alimentaires et de bénéficier des retombées des hausses mondiales de prix. Nous sommes aujourd'hui un importateur net de produits alimentaires. C'est donc une différence importante avec il y a encore quelques années. En effet, le Zimbabwe est devenu une contrée où des terres fertiles se voient assigner une valeur nulle. Il nous faut donc changer de paradigme et regarder au-delà du système communal de propriétés foncières pour aller vers un système de titres fonciers individuels.

Cela permettrait à plus d'acteurs privés de la filière agricole – inquiets de la gestion du risque – de prendre part au développement agricole. Cette réforme aurait pour effet une industrialisation basée sur l'agriculture en liant l'industrie alimentaire aux agriculteurs. Du fait d'une banqueroute politique, les autorités du Zimbabwe n'ont pas voulu reconnaître que le succès du système colonial était très largement dû aux droits de propriété. Le reconnaître impliquerait de retirer l'amendement 18 – qui empêche les tribunaux de recevoir des plaintes liées à des problèmes de terres. De même, la législation actuelle sur le bail de 99 ans est non seulement un anachronisme mais bien une mauvaise farce faite aux agriculteurs zimbabwéens.

L'horizon de propriété est limité à un peu plus de trois générations. Pourtant plusieurs exemples classiques de multinationales qui réussissent – comme la banque Barclays – ont une durée de vie qui s'étale sur des siècles. Pour que nous puissions réaliser le rêve africain de prendre notre destin en main et de créer des richesses pour nos populations, il nous faut regarder au-delà de trois générations, et générer de la valeur (pour nous-mêmes) en retournant la terre à son statut initial de marchandise qui peut être échangeable et transférable.

© Congo Vision


Guinée : une politique concertée pour une transition réussie

Il y a encore quelques jours, les plus pessimistes des Guinéens se demandaient si après Dieu, Satan n'avait pas fait ses valises pour quitter notre pays qui ne semblait plus renfermer un seul souffle de vie ou d'espoir.

C'est dans cette grande incertitude que nous venons d'hériter d'un nouveau gouvernement attendu de tous, depuis plusieurs mois.

A y regarder de plus près, il y aurait des choses à redire, des réserves à émettre, des points de satisfaction et autres litanies. Mais si tout est critiquable dans l'absolu, il est possible d'améliorer l'existant. La nécessité d'adopter cette attitude citoyenne permettrait à tous d'aller de l'avant.

Encore une fois, les Guinéens viennent de traverser des moments très pénibles. Ils ont honte de ce qu'est devenu leur pays même s'ils ne le clament pas haut et fort. Ils sont aveuglés par ce qu'ils ne peuvent plus voir. Nous sommes passés des contre-décrets à l'entrée en lisse de subalternes soldats qui ont collé au pilori la discipline militaire et humilié l'Etat, tout entier.

L'actuel PM vient de réaliser ce que nous attendions de l'ancien, au vu de ses multiples et interminables consultations ; c'est-à-dire intégrer toutes les composantes de la nation à la gestion des affaires de la Cité. Mais cette fois-ci, plus personne ne serait disposé à entendre parler de bouc-émissaire, d'état de grâce, d'évaluation non associée à une obligation de résultat visible et en dehors des contacts interministériels permanents. Il faut se mettre au travail dès à présent.

Par ailleurs, la principale leçon à tirer de l'échec de la précédente équipe est que nous voulions tout et n'importe quoi. Le beurre et l'argent du beurre en somme !

Nous avions conjugué le changement à tous les temps, au point de mettre en dualité dans le même panier, le neuf et l'expérience de la pratique, la bonne gouvernance incompatible avec une mentalité rétrograde, le renouveau par rapport à des institutions bancales, le rôle dévolu aux Partis politiques à la charge d'autres organisations, la compétence sans l'esprit patriotique, etc, etc.

Le résultat aura donné un changement dans la continuité avec l'intention réelle de pérenniser l'héritage du PDG face à l'incontournable nécessité de la vérité, du pardon et de la justice.

Le moment est venu de poser tous nos problèmes sur la table et d'y apporter des réponses adaptées/satisfaisantes, face à une détérioration de la situation au jour le jour, par des militaires enhardis de leur succès probant, des policiers en rage et une population étranglée par la cherté  de la vie.

De ce constat, il ressort une grande différence entre le pays réel et nos attentes/aspirations. C'est en disséquant le pourquoi du comment de cette réalité, par la conjonction des idées novatrices, le contrôle coercitif à tous les niveaux, le sacrifice collectif nécessaire, les décisions acceptées par le plus grand nombre, que la Guinée avancera.

Il est temps que l'on sache, non pas quels Guinéens nous voulons pour la Guinée , mais quelle Guinée nous voulons pour les Guinéens.

La première réponse qui découlerait du bon sens et à partir de laquelle tiendrait toutes les autres priorités, serait de restaurer l'autorité de l'Etat qui n'est pas seulement de nommer à des postes politiques ou de mettre des militaires à chaque carrefour. C'est faire en sorte que chaque citoyen se sente en sécurité dans tous les domaines. C'est mettre le droit au-dessus des lois. C'est lier la sanction au devoir. C'est réveiller la fibre nationale chez le Guinéen, quel qu'il soit et où qu'il soit. C'est faire en sorte que notre pays soit une destination privilégiée, au point que les investisseurs s'y sentiraient protégés et les bienvenues.

C'est dire que les intentions et les promesses ne suffiront pas. Il faudra poser des actes .

Pour ce faire, nous pourrions organiser des assises nationales afin de conjurer le sort, réparer les erreurs du passé pour mieux préparer l'avenir et organiser des élections couplées (législatives et présidentielle) une fois tous les problèmes aplanis, à l'horizon 2010 .

Il ne s'agit plus de respecter la constitution à la lettre ni de la jeter aux orties, mais de l'améliorer, afin qu'à l'issue des résultats obtenus, nous puissions entamer la 3 ème République.

Il ne sert à rien d'organiser des élections en catimini dans un pays qui se cherche et au vu d'un gouvernement qui se transformera vaille que vaille, en une photographie représentative du paysage socio-politique guinéen.

Comme le disait James Freeman Clarke : «  la différence entre un homme politique et un homme d'Etat, c'est qu'un homme politique pense à la prochaine élection, alors qu'un homme d'Etat pense à la prochaine génération  ».

Si nous ne nous ressaisissons pas, il faudrait passer à nouveau par la case départ, comme au Monopoly. Mais au lieu de ramasser la mise, ce sera pour partager du sang, des regrets et des larmes, comme en ce moment.

La partie étant loin d'être gagnée, c'est le lieu de soutenir l'actuel gouvernement dans un sursaut patriotique, par des propositions concrètes, des critiques constructives et le refus de laisser le pays à l'abandon. C'est de la responsabilité de tout un chacun.

El Hadj Soumah

Paris

Contact : esoumah@hotmail.com

© Congo Vision


Ce n'est pas l'aide alimentaire qui aidera l'Afrique

Thompson Ayodele est directeur exécutif de l'Initiative for

Public Policy Analysis, un think tank au Nigéria.

Avec la collaboration de www.UnMondeLibre.org

 

De nombreux pays ont été secoués par la crise alimentaire depuis le début de cette année. Une hausse des prix des denrées alimentaires à des niveaux parfois astronomiques a accru le risque de famine, exposé plus de populations à la malnutrition et a conduit à des manifestations autour de la planète. Les dirigeants du monde, cherchant à éviter des tensions susceptibles de renverser des Etats, ont tenté de s'accorder sur la meilleure manière de nourrir les populations mondiales.

Le Président américain George W. Bush en particulier a annoncé le déblocage en urgence de 200 millions de dollars d'aide alimentaire. Et cela s'ajoute aux 770 millions de dollars pour de l'aide alimentaire qu'il avait demandé au Congrès. Au total l'aide alimentaire d'urgence des seuls Etats-Unis se monte à près de un milliard de dollars.

Historiquement, les Etats-Unis ont été le plus grand pourvoyeur en aide alimentaire. En 2007 ils ont fourni 2,5 millions de tonnes de denrées à plus de 70 pays, d'une valeur de 2,1 milliards. Et la même année ils ont fourni 1,5 millions de tonnes de denrée au titre l'aide alimentaire d'urgence à 30 pays d'une valeur de 1,2 milliard.

En dépit de son importance en cas de catastrophes naturelles (au titre du secours humanitaire), comme pour le dernier cyclone en Birmanie, l'aide alimentaire ne soulage jamais la pénurie ou les hausses des prix dans le long terme. Cette aide a aussi un effet négatif sur les marchés locaux, souvent de petite taille et faiblement compétitifs. Ces marchés sont ainsi fragilisés par des flux d'aide alimentaire gratuite ou à bas prix. Dans le long terme, des livraisons régulières d'aide alimentaire dans des zones ne connaissant pas de sécurité alimentaire permettent en réalité à des Etats menés par des autocrates de repousser encore et encore les réformes nécessaires.

L'intérêt du président Bush pour nourrir ceux qui ont faim est bienvenu. Mais une telle compassion parait cependant avoir raté sa cible. En effet, si l'aide alimentaire américaine peut nourrir des millions d'Africains, elle a l'inconvénient de ne pas durer. L'Afrique peut nourrir ses propres populations. Le problème est qu'on ne lui a jamais permis d'essayer.

85% des africains vivent dans des communautés rurales. Ils se reposent sur l'agriculture pour nourrir leurs familles. La Politique Agricole Commune de l'Union Européenne ainsi que la politique agricole américaine consistant à subventionner les agriculteurs, ont écarté les produits agricoles africains, limitant ainsi le revenu qui aurait pu être réinvestis pour améliorer la production africaine. Ces politiques protectionnistes ont retardé la croissance de notre continent et y ont sapé la production alimentaire. Mais si la production alimentaire africaine a souffert d'un régime commercial entravé et injuste imposé par le monde développé, elle a été aussi empêchée par des politiques locales pour le moins assez peu intelligentes.

Selon la Banque Mondiale, si les Etats-Unis et l'Union Européenne supprimait ou réduisaient substantiellement les subventions qu'ils versent à leurs agriculteurs, l'impact généré se traduirait par la sortie de millions d'Africains de la pauvreté. En dépit d'appels pour remédier à ces politiques qui distordent le commerce, les Etats-Unis et l'U.E. ne changent pas vraiment de position et de politique – contrairement à l'esprit du cycle de négociations de Doha. Malheureusement, les négociations commerciales pour obtenir enfin la ratification de ces accords se sont soldées par un fiasco.

En 2001 le service de recherche du Département d'Etat américain de l'Agriculture avait mené une étude relevant que les droits de douane constituaient la distorsion la plus importante de prix (52%), suivis par les politiques de soutien aux agriculteurs (31%), et les subventions à l'exportation (13%). Le commerce avec le monde développé ne s'est donc pas effectué sur un pied d'égalité à travers un marché libre. Les pays africains font donc face à des droits de douanes élevés pour leurs exportations.

En même temps, les pays africains n'ont pas été capables depuis longtemps d'échanger entre eux. Un accroissement du commerce entre pays africains de moins de 5% par exemple générerait plus de 70 milliards de dollars en revenus annuels supplémentaires. Ce serait plus que ce que le continent reçoit chaque année en aide extérieure. Selon les statistiques du Fonds Monétaire International en 2005, le commerce entre pays africains représente seulement 9% de la richesse de ces pays. Par comparaison, ce chiffre est de 43 % entre les pays d'Asie. La part de l'Afrique dans le commerce mondial est passée de 6% à 2% lors des deux dernières décennies. Et encore : si l'Afrique du Sud est exclue des calculs, ce chiffre tombe à 0,6%.

La crise alimentaire actuelle a cependant mis en exergue le besoin urgent que l'Afrique dessine une stratégie pour répondre aux besoins croissants de ses populations. Relever le défi alimentaire en Afrique implique d'aller bien au-delà de l'aide du Président Bush. Ce dont l'Afrique a besoin est un engagement plus sérieux de la part des américains : un engagement à redonner de la vie aux négociations actuellement moribondes, et ce, en mettant en œuvre de manière unilatérale des réformes graduelles mais substantielles dans leur politique agricole.

Une telle démarche constituerait une pression pour que l'U.E. réduise aussi ses subventions. Cette politique permettrait une augmentation de la croissance qui serait bénéfique aux agriculteurs africains qui continuent de voir leurs produits écartés du marché mondial du fait d'une concurrence déloyale imposée par des politiques protectionnistes.

 
 
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