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Genèse d'une agression : une pièce en plusieurs actes

Par Roger Buangi Puati, théologien

Actes 1 : trahison et sanction

D'aucuns se demandent pour quelles raisons le Kivu s'embrase une fois de plus. Après les massacres de 1997 dus à la présence des troupes de Kagame et celles de Museveni ( les « Banyamulenge ») pour hisser Laurent-Désiré Kabila au pouvoir, après les assises de Sun City, après les élections auxquelles le peuple congolais a été convié, nous sommes aujourd'hui à nous interroger : tout ça pour ça ? Crédit fut fait à Laurent Kabila par ses parrains américains, Ougandais et Rwandais. Arrivé au pouvoir, il se devait d'être soumis à ses maîtres et finaliser les engagements pris auprès d'eux en termes de contrats léonins sur l'exploitation des matières premières, de cession d'un bout de territoire au Rwanda surpeuplé, de priorité dans la prise de marchés liés à la reconstruction du pays et de leur influence dans les choix politiques à opérer dans un Congo débarrassé de Mobutu. Or, ce programme n'a pu atteindre sa réalisation du fait du revirement unilatéral de Laurent-Désiré Kabila qui se permit de s'affranchir de sa tutelle sans aucune compensation. Cette attitude d'ingratitude envers ses mentors devait être sanctionnée. Et quelle sanction ! L'assassinat de l'étourdi filleul.

Acte 2 : action et réaction

Tout est possible au Congo. L'idée de faire succéder le « fils » à « son » père ne gêna personne dans les sphères étrangères qui géraient l'après-Laurent-Désiré Kabila. C'est ainsi qu'à la stupeur générale, les Congolais découvrirent le successeur du président assassiné : un jeune timide, discret du temps de son président de père, sans envergure, parlant à peine la langue officielle du pays qu'il s'apprêtait à diriger. La dynastie Kabila venait de naître. Des couleuvres ? Les Congolais en avalent de toutes sortes. Sur les épaules de ce jeune homme, Rwandais, Ougandais et Occidentaux vont mettre leurs espoirs déçus par le père.

Pour asseoir le pouvoir du nouveau monarque, l'Union Européenne finance le dialogue dit intercongolais de Sun City qui accoucha de la fameuse et fumeuse formule 4+1. La même Union Européenne finance, organise et fait pencher les élections en faveur du jeune favori au détriment de Jean-Pierre Bemba. Ce dernier sera contraint à l'exil pour faire place net au nouveau chouchou de l'Occident. Mais Joseph Kabila ne se montrera pas plus fidèle que « son » père vis-à-vis de l'Occident. S'il travaille pour les intérêts du Rwanda, en dehors de l'Afrique, il choisit plutôt la Chine qui lui ouvre les vannes financières. Courroux conjugué et immédiat des Etats-Unis et de l'Europe. Joseph Kabila s'empresse à Washington, à Bruxelles et Paris pour amadouer et rassurer ceux qui détiennent la foudre et le feu. Trop tard, le divorce est consommé. A l'action du nouveau-né suit la réaction de ses parrains.

Acte 3 : enfermer Bemba et agir librement

On ne peut punir Joseph Kabila sans que les populations congolaises ne soient touchées. Les orchestrateurs de cette guerre se sont certainement interrogés en ces termes : Quelles peuvent être les réactions et quelles sont les forces en présence ? La RDC étant connue pour ne pas avoir une véritable armée qui puisse faire front à l'agression en préparation, le seul pouvant fédérer le peuple congolais ainsi qu'une véritable force militaire organisée c'est Jean-Pierre Bemba. Ainsi l'arrestation de ce dernier participe d'une stratégie de s'assurer qu'une fois les opérations auxquelles nous assistons déclenchées, aucune figure emblématique congolaise ne puisse gêner le plan en marche. Il n'est pas sûr que Jean-Pierre Bemba libre de ses mouvements aujourd'hui, Nkunda rêverait paisiblement d'un pouvoir à Kinshasa ? On peut parier que même le pouvoir de Joseph Kabila vacillerait devant la gronde généralisée du peuple congolais ragaillardi par la présence d'un leadership fiable ? Bemba à la CPI c'est le bras armé du Congo qui a été ligoté par anticipation par les planificateurs de l'agression de Nkunda Batware. Est-ce dire pour autant que nous Congolais ne pouvons rien faire maintenant ? Certes, non. Il nous faut de la détermination, de la volonté, de la rage du cœur (appelée aussi « courage »).

Acte 4 : la négociation ou la vente d'une portion du territoire au tutsipower

Kabila est un pion dans un plan bien établi entre le Rwanda, l'Ouganda, la Grande-Bretagne, le Canada, les Etats-Unis, l'Australie… Les Etats-Unis et la Grande-Bretagne ont depuis l'époque de Léopold II souvent jalousé la Belgique à cause du Congo et veulent actuellement asseoir leur influence dans la région. Le Rwanda vient d'adopter l'anglais comme langue officielle en lieu et place du français. Le choix d'Obasanjo, un anglophone, comme médiateur dans une zone de conflit dont la langue officielle est le français doit nous pousser à la réflexion.

Dans la négociation, Kabila représenterait ainsi la « main congolaise » qui cédera une partie de notre territoire à une minorité d'immigrés rwandais qui réclame un statut « spécial » dans un pays qui les a accueillis et qui possède plus de 250 peuples autochtones différents ayant eux aussi des droits sinon plus. Pendant qu'on y est, que les Français résidant en Belgique depuis plusieurs années revendiquent un statut particulier au pays qui les a accueillis. Que les Portugais de France fassent la demande d'une portion du territoire français à Sarkozy et que les Italiens de Grande-Bretagne revendiquent un bout de terre de Sa Majesté.

A n'en pas douter, la « communauté internationale » sait ce qu'elle veut au Congo, comme elle sait pertinemment bien que le Congo est victime d'une agression étrangère. Mais les enjeux économiques, dans cette partie de notre pays, sont tels qu'on veut y maintenir le désordre et qu'on demande au Congo de danser le tango avec ses agresseurs. Six millions de morts congolais, et on nous réclame un déhanché, sourire aux lèvres, dans les bras de nos agresseurs. Un comble ! Décidément ce Nkunda Batware est un prestidigitateur ! Voilà comment on s'apprête à récompenser un criminel. Ce précédent, s'il est confirmé, expose le Congo à d'autres agressions qui seront appelées, à leur tour, à être récompensées. Même si pour Kagame nous sommes des « Ibicucu » (des êtres sans valeur, des sous-hommes), à un tel chantage, une seule et catégorique réponse : NON !!! Nos voisins ne sont plus à un génocide près. S'ils pensent veulent le Congo où ils détiennent déjà le pouvoir politique (présidence et parlement), l'armée et le renseignements, l'exploitation minière, alors qu'ils continuent le boulot dont ils passent aujourd'hui pour des spécialistes, mais surtout ne pas céder un millimètre de terre au Rwanda. Si tel n'est pas le cas, tôt ou tard les Congolais le récupéreront. La « communauté internationale » est aussi avertie.

Roger Buangi Puati, théologien
Suisse.

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