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Le Développement Provoque [parfois] le Sous-développement

Par Lombe Mwembo

« Il faut faire revenir les ‘noko', les oncles belges pour nous aider à résoudre nos problèmes et répondre à nos besoins. »- Avis d'un congolais désespéré

Cet article est long car, à mon avis, il contient des concepts qui ne sont pas permis d'ignorer en développement. Lisez le jusqu'au dernier mot. Il vous est peut-être déjà arrivé de vous demander pourquoi la situation s'empire au Congo RDC, en Afrique et dans d'autres parties du monde. Pendant que le nombre d'experts en développement augmente, pendant que les organisations de développement deviennent aussi nombreuses que le sable au bord de la mer et que des milliards des dollars et des Euros sont dépensés chaque année pour les projets de développement, le manque d'écoles, d'hôpitaux, de nourriture, de paix, s'accentue. La famine, les guerres, les maladies, les violences elles aussi augment dans la proportion géométrique.

Pourquoi tant d'efforts, d'expertise et d'énormes sommes d'argent ne produisent pas de résultats escomptés ? La réponse n'est pas loin. Elle est aussi près que votre cœur. Les bons arbres produisent toujours de bons fruits et les mauvais arbres produisent toujours de mauvais fruits. Cette loi de la nature est vraie au Congo RDC, en Chine, au Canada, en Russie au Hawaï, partout. Les mauvaises méthodes en développement produiront toujours les mauvais résultats. Dans cet article j'examine trois méthodes ou modèles utilisés en développement. Le but de mon article est de démontrer les avantages et les inconvénients de chacune de ces méthodes, et par ricochet, démontrer que le sous-développement dans plusieurs parties du monde est malheureusement causé par les mauvaises méthodes de développement. Après avoir lu cette article, vous aurez un choix à opérer: soit continuer les méthodes qui provoquent le sous-développement, soit adopter les approches contraires pour changer le fusil d'épaules et faire le développement dont vous allez voir le fruit de votre vivant. Les trois méthodes ou modèles sont (1) la méthode basée sur l'identification des besoins et des problèmes, (2) la méthode basée sur l'identification des ressources locales, et (3) la méthode relationnelle basée sur l'harmonisation des relations entre les membres d'une communauté et leurs environnements. Je vais examiner chacune de ces méthodes à tour de rôle.

Primo : La méthode basée sur l'identification des besoins et des problèmes.

Cette méthode peut être appelée le ‘modèle déficitaire' ou la méthode de ‘verre- à- moitié- vide'. Cette méthode est la plus utilisée dans le monde. C'est celle qui a été utilisée pendant la période coloniale et postcoloniale. Elle est parmi les méthodes les plus anciennes en développement. Dans le domaine de développement, cette méthode consiste succinctement à faire une étude de faisabilité dans un village ou dans une communauté dans le but de connaitre le milieu, inventorier les besoins et les problèmes de ce milieu; par exemple une étude de faisabilité révélera le manque d'eau, pas d'écoles, pas de dispensaires, etc. Ensuite les agents de développement élaborent les objectifs, les buts du projet et un plan d'actions qui consiste à dresser une liste des activités, les personnes qui vont les exécuter et les dates de leur exécution. Après tout cela viennent le financement du projet suivi par le monitoring et l'évaluation à la fin du projet. Ces activités sont accomplies par les autochtones seuls, mais le plus souvent avec l'aide des ‘experts' non autochtones.

Ce modèle semble répondre aux besoins de la communauté, mais en réalité, il cause plus de mal que de bien. D'abord il donne aux habitants une fausse impression qu'ils ont des besoins et des problèmes interminables. Il insiste trop sur les besoins, les problèmes, les services à rendre et les programmes à accomplir. Il est utilisé depuis plusieurs siècles pendant et après la colonisation, mais les besoins et les problèmes ne sont jamais terminés. Ils sont là, et ils augment au jour le jour. Cette méthode crée la dépendance vis-à-vis de l'extérieur en argent et en experts. Elle méprise et rejette la sagesse et les connaissances locales pour la satisfaction des besoins locaux ou la solution de leurs problèmes. Elle oublie que les autochtones savent comment lutter contre la famine, la sécheresse, l'inondation et autres calamitées, mais cette méthode fait tabla rasa des valeurs et ressources locales. Ce modèle met l'accent sur la croissance et le développement matériels.

A cause de son caractère paternaliste, la méthode basée sur l'identification des besoins, considère les autochtones comme des victimes impuissantes qui attendent le' salut' de ‘sauveurs' étrangers. Les ‘sauveurs' blâment les victimes sans jamais mettre en cause leurs méthodes. Les victimes sont appelées les bébés éternels qui ne grandissent jamais. Combien de fois j'ai entendu les gens dire, « il faut faire revenir les ‘ noko ', les oncles belges, pour nous aider à résoudre nos problèmes et répondre à nos besoins.» D'autre part, j'ai entendu les ‘sauveurs' désespérés dire: « ils [les africains] ne changeront pas ; ils ne seront jamais développés ! » L'administration européenne a exercé tout son génie bénéfique et maléfique au Congo et en Afrique pendant près de cent ans sans obtenir le résultat escompté. Cependant il n'est pas faux d'affirmer que l'administration européenne a causé le sous-développement des royaumes et empires Kongo, Azande, Bakuba, Baluba et autres Empire Lunda par l'utilisation de la méthode basée sur les besoins et les problèmes. L'administration européenne a justifié ses actions en Afrique sur le fait, selon elle, que les africains n'ont pas de religion, ils ont donc besoin de christianisme. Les africains n'ont pas d'histoire ni de civilisation, donc il faut les européaniser par les écoles et les églises pour leur donner une civilisation. Ainsi faisant, cette méthode s'est acharnée à détruire systématiquement les royaumes et les empires de la région que les européens baptisèrent Congo-Belge, Congo-Brazzaville, Côte d'Ivoire, donc une Afrique démembrée qui appartiendra désormais aux belges, aux français, aux anglais, aux portugais et autres allemands. Ainsi en 1885, ils fabriquèrent les pays africains créés à l'image de l'Europe. Et à l'image de l'Europe, l'Afrique artificielle fût créée. Apres l'indépendance, les Africains et les congolais eux-mêmes ont adopté la méthode déficitaire sans trop se poser des questions, car pour certains congolais si les [ mundele ], entendez le ‘ modèle' , c'est- à -dire les blancs/ européens l'ont fait cela doit être bon.

L'europhilie, mieux l'eurocentrisme continue d'aveugler les africains, principalement les congolais. Par exemple certains congolais considèrent la peau ‘blanche' comme leur modèle de beauté. Ils croient que plus la peau se rapproche de la peau blanche, plus elle est belle. Pour y arriver, savons et autres produits cosmétiques sont utilisés matin, midi et soir, car il faut blanchir sa peau coûte que coûte. En développement, plus un pays suit le modèle occidental, plus il devient développé. Cela est faux car la Chine a démontré dans les jeux olympiques de Beijing 2008 qu'il existe un modèle chinois en développement. Dans le même ordre de la pensée, je suis sûr qu'il existe aussi un modèle congolais en développement. Mais tant que l'occident est considéré comme un modèle à copier servilement, le modèle congolais s'étouffera dans l'œuf. La tâche de notre gouvernement est de créer les conditions favorables et donner la chance aux chercheurs, philosophes, sages congolaises et congolais. Ils feront sortir un modèle congolais qui va étonner le monde. Les congolais dominent presque le monde entier avec sa musique, qui d'ailleurs n'utilise pas encore toutes ses langues et cultures. Qu'arrivera-t-il si le Congo RDC utilise une grande partie de ses cultures? Or qu'est-ce qui est plus difficile, inventer une danse ou améliorer les méthodes de construire un pont ? Inventer une chanson ou construire une école ? Comme dit un dicton, ‘celui qui peut plus, peut moins.' Les congolais sont capables de faire des choses extraordinaires. Cependant, il nous faut sortir du tribalisme, conservatisme, colonialisme, néocolonialisme et eurocentrisme. En termes simples, l'eurocentrisme est l'approche de considérer l'Europe occidentale comme le thermomètre, ou le centre de toute activité.

D'aucuns citent les écoles, les dispensaires, des hôpitaux, des routes, des banques, etc., comme des bienfaits de la colonisation européenne suivie de la collaboration bilatérale et multilatérale qui ont utilisé et continuent d'utiliser le modèle déficitaire en Afrique. Cela est une vision des myopes parce la technologie chinoise par exemple [canon, poudre à canon et imprimerie] a été importées dans plusieurs pays d'Europe sans colonisation. La technologie, les langues, les cultures étrangères peuvent se transmettre d'un pays à l'autre sans nécessairement coloniser, contrôler et maltraiter les gens. Aujourd'hui, les ordinateurs et les connaissances en informatiques en provenance de l'Inde, par exemple, se transmettent en Europe, au Canada et aux Etats-Unis sans coloniser les pays cités ci-haut. Cependant, pour faire parvenir la technologie occidentale au Congo, il faut présenter et décrire les congolais ou les africains comme des pauvres, des nécessiteux, des pays sous-développés ou par courtoisies les appeler des pays en voie de développement, ou des pays de tiers monde. Pour donner aux congolais du maïs et le riz, les poissons Thomson avariés ou des médicaments souvent périmés, il faut présenter les enfants africains au ventre et joues gonflés, cheveux roux qui tombent, les mouches autour de leurs bouches. Tous ces termes et images sont intimement liés à la méthode déficitaire basée sur l'identification des besoins, des problèmes, des carences, des déficits.

Les medias occidentales: leurs télévisions, leurs radios, leurs journaux, même certaines de leurs églises se livrent depuis des siècles à décrire l'Afrique comme un verre-à-moitié vide, un continent de pauvreté, de misères, de maladies, de coups d'Etats, de Sida, de guerres, de saletés, une jungle où moustiques, serpents, insectes et animaux dorment avec des hommes. Comment répondre à une telle description sinon se précipiter instinctivement à venir remplir le verre-à-moitié vide qu'est l'Afrique ou le Congo RDC, les remplir avec la civilisation, le développement, les médicaments, la démocratie, la bonne gouvernance, l'assistance technique, les missionnaires, etc.

En utilisant le modèle déficitaire, les agents du soi-disant développement entrent dans un village ou dans un quartier. Ils voient le village ou le quartier comme un verre d'eau- à -moitié-vide . Ils pensent [à tort] qu'ils ont la responsabilité ou la mission divine de remplir ce verre d'eau [Congo}. Ils amènent les experts en santé, en éducation, en construction des routes, et ils cherchent le financement en Europe, en Asie et dans d'autres parties du monde. Mais les besoins ne sont jamais satisfaits et les problèmes ne sont jamais résolus. Bien au contraire, plus ils attaquent la situation en suivant cette méthode, plus la situation s'empire et se dégrade dangereusement. Une méthode qui attaque les symptômes n'apportera jamais des solutions durables. Cette vérité vaut en médecine, en développement, dans la résolution des conflits, dans le mariage, partout et pour tous. Fort heureusement, il existe une autre méthode basée sur l'inventaire des ressources locales. Aux Etats-Unis, cette méthode a été développée par John Kretzmann et John McKnight (1993). Je résume cette méthode dans la section suivante.

Secundo : La méthode Basée sur l'Inventaire des Ressources locales.

Ce modèle ou cette méthode en développement est d'abord compris comme un développement endogène conçu par les autochtones, exécuté par les autochtones et supporté par eux. Les efforts sont en premier lieu concentrés pour voir et décrire le village ou la communauté comme un-verre- à -moitié plein à l'opposé de la méthode précédente qui voit et traite les communautés comme un verre- à moitié-vide . Dans cette deuxième modèle, l'agent en développement facilite les autochtones à inventorier les ressources locales qui existent déjà tels que les hommes, les femmes, les jeunes, les enfants, les vieux. Tout ceci constitue des ressources en force, santé, vigueur, sagesse, connaissances empiriques, instruction, solidarité, valeurs culturelles, connaissances de forêts, lacs, valeurs morales et sociales, capacités à lire, écrire, connaissances en soins de santé, en nutrition, etc. Cette méthode trouvera que dans la communauté, il ya des maçons, charpentiers, électriciens, chauffeurs, sportifs, artistes, musiciens, danseurs, des guérisseurs traditionnels, des enseignants, des forgerons, des transporteurs, des pêcheurs, des chasseurs, des éleveurs, des cultivateurs, des sages femmes, et tant d'autres ressources humaines. Les partis politiques, clubs, les organisations de toutes les sortes, les églises, les associations diverses constituent aussi des ressources sur lesquelles se fonde un bon développement sans oublier les ressources matérielles existantes : bâtiments, routes, maisons, etc.

Toute cette liste constitue une richesse incroyable que la première méthode passe outre et n'utilise pas efficacement. En utilisant cette deuxième méthode les autochtones se sentent respectés; ils acquièrent une confiance en soi, ils sont ‘ empowered'; ils gagnent le sens de l'estime de soi détruit par la première méthode qui qualifie les habitants de pauvres, des déficitaires, des sous-développés, des nécessiteux, des tiers mondialistes. Cette méthode inspire l'optimisme qui engendre l'espoir, et l'espérance pour un avenir heureux. En utilisant cette méthode, on arrive à de différents modèles de développement au lieu de voir un seul modèle unique imposé à tous. En développement il n'existe pas une paire de souliers qui convient à tout le monde. Il faut le redire, la Chine l'a démontré lors des jeux olympiques 2008. Si la Chine l'a fait pourquoi pas nous les congolais ? Nous, les congolais nous avons été créés aussi à l'image de Dieu, nous possédons tout ce que les autres possèdent. Les dirigeants congolais ont le devoir de nous aider à inventorier nos ressources existantes au Congo et les utiliser. C'est important et c'est urgent, sinon nous périssons. Cela nous amène à la troisième méthode.

Tertio : La méthode basée sur l'amélioration des relations entre les hommes et leurs environnements.

L'être humain n'a pas été créé pour vivre isolé, ni pour vivre une vie individualiste. L'homme a été créé pour vivre dans la communauté, ( fellowship ) avec son créateur et avec ses semblables. Il a été créé pour vivre en harmonie avec les animaux, les plantes, les rivières, les lacs, les insectes, les montagnes, les vallées, les poissons. La bible dit que le premier homme et la première femme étaient placés dans le jardin, donc dans la nature. En bref l'homme doit vivre en harmonie avec la nature non pour en être le propriétaire, mais comme un intendant. L'avenir et le bonheur de l'homme dépend de ses relations avec son créateur, son semblable et son environnement composé de tout ce que je viens de citer.

Dans le domaine de développement, il faut toujours commencer avec les hommes, les mettre ensemble, dans l'unité et la solidarité et la complémentarité. Il faut utiliser les ressources identifiées dans la deuxième méthode pour connecter les hommes, les femmes, les jeunes et les vieux pour se compléter dans leurs développent. Il faut épuiser les ressources locales existantes avant de faire appel aux ressources étrangères. Utilise-t-on les diplômés, les gradués et les licenciés au Congo ? Utilise –t- on ceux qui n'ont pas eu la chance d'étudier dans les écoles, mais qui sont riches en relations humaines, hommes et femmes d'une honnêteté inégalée ? Utilise-t-on les jeunes ou on les considère comme une charge ou des bouches inutiles qu'il faut nourrir. Ce n'est pas la faute des jeunes. Il faut avoir des yeux pour voir. En un mot il faut promouvoir d'abord le développement de la communauté avant de promouvoir le développement dans la communauté . Le développement de la communauté restore la confiance entre les hommes, l'unité, l'harmonie, la collaboration, l'interdépendance, et le respect mutuel. Le développement dans la communauté comprend l'amélioration des conditions matérielles, les infrastructures, les écoles, les dispensaires, etc. Une communauté peut posséder des villas, télévisions, voitures, mais tant que les membres ce cette communauté vivent isolés, ne connaissement même pas les noms de leurs voisins, cette communauté est pauvre en relations humaines. Un pays peut se dire développé matériellement, mais ses habitants peuvent être moralement et socialement pauvres avec le taux de suicide élevé, la dislocation de mariages scandaleuse, les frustrations et stress interminables, les crimes indescriptibles, les enfants ne jouent pas librement de peur d'être enlevés ou assassinés. Mais ces pays se disent riches ; ils sont riches en quoi?

Le développement tel qu'il se pratique maintenant insiste sur le développement dans la communauté et néglige le développement de la communauté. Là où le développement de la communauté existe déjà comme dans les villages traditionnels, le soi-disant développement fait un projet qui sauve une vie, mais il détruit mille vies. Le développement construit une antenne de télévision, mais il détruit la solidarité, la connexion entre les gens et enseigne aux jeunes la rébellion vis-à-vis des adultes. Et pourtant le terme développement communauté veut dire améliorer les relations, être en bonne relations.

Un bon développement de la communauté congolaise doit améliorer l'unité, la confiance entre congolais pour créer des valeurs et des normes identiques. Le partage de l'Afrique et du Congo en lignes géométriques ( Martin Meredith , 2005) a causé beaucoup de torts à l'Afrique. Les membres d'un même royaume ou d'un même empire ayant un capital social intense (confiance, connexion et mêmes valeurs) ont été divisés les uns pour servir les portugais, les autres pour servir les français et les autres encore pour travailler pour les belges. Les communautés d'une tribu ayant les mêmes valeurs, même religion dans l'Afrique précoloniale ne se faisaient pas la guerre. L'un des plus grands dégâts de la colonisation c'était diviser ceux qui s'entendaient pour que les colonialistes puissent régner, et d'autre part, ceux qui ne s'entendaient pas étaient forcés d'appartenir à un même pays pour demeurer dans la Babylone, c'est- à -dire dans la confusion et le désordre et la désorganisation car ils ne peuvent pas s'entendre. Ainsi le déchirement de l'Afrique par les colonialistes reste l'une des principales causes de son sous-développement du continent. Bien sûr, nous pouvons remonter ces difficultés engendrées par la colonisation, pourvu que le diagnostic et les remèdes soient corrects. Quel gouvernement au Congo ou en Afrique a déjà fait cela? N'est-ce pas nos gouvernements se contentent de la loi du moindre effort qui consiste à gouverner les pays indépendants avec les mêmes systèmes calqués sur le modèle européen dans les domaines politique, économique, éducationnel et religieux? Qu'est-ce qui a changé sinon la couleur de la peau de ceux qui occupent les mêmes fauteuils occupés par les européens ? Avant l'indépendance égale après l'Independence-prophétisait un officier belge en 1960.

Les projets de développement au Congo qui ne tiennent pas compte de ce désastre créé par la colonisation n'arriveront jamais à créer l'unité et l'harmonie nationale. Les conseillers en développement de notre Président ont le devoir de convertir les Cinq Chantiers en projets provinciaux, interprovinciaux, intertribaux et inter générations. Les objectifs des projets issus de Cinq Chantiers doivent expressément renforcer l'unité nationale. Ainsi on cessera de parler de chantiers du Président pour parler des chantiers des congolais car les congolais s'identifieront dans les projets et en seront propriétaires. Les congolaises de toutes les provinces, les jeunes dans le sports, les adultes dans de grands projets agricoles, les mamans congolaises dans des coopératives et les jeunes dans nos universités doivent travailler ensemble pour promouvoir le développement de la communauté congolaise. Si cela n'est pas fait, on pourra peut-être avoir le développement dans la communauté par ici par là, mais pas le développement de la communauté congolaise. Si cela n'est pas fait les conséquences seront la méfiance grandissante, les accusations incessantes, la haine tribale incurable, les conflits cachés et ouverts, la destruction du pays et la disparition de ce qu'on appelle le Congo.

Le Développement n'est pas un Jeu de Compétition

Le développement n'est pas un jeu olympique dont les uns sont classés premier, deuxième, troisième et dernier. C'est vraiment ridicule de lire par exemple que le Congo RDC est classé 160ème pays sur l'échiquier mondial. Qui sélectionne les critères de classement ? Les critères de classement sont basés sur quelle culture ? Les indices basées sur les seuls chiffres, est cela le développement ? A-t-on donné à tous les pays participants les mêmes opportunités, les mêmes moyens pour entrer dans le jeu de développement ? Comparons par exemple les pays de l'Europe occidentale avec les pays de l'Afrique. Les pays de l'Europe occidentale viennent en tête dans le classement mondiale selon la Banque Mondiale ou l'ONU tandis que les pays africains figurent parmi les derniers. Ce que l'on ne dit pas est que l'Europe colonialiste a forcé ses colonies à produire pendant des siècles à son seul profit les produits et matières premières tels que de l'or, du cuivre, de l'ivoire, du café, du thé, du bois…, en utilisant une main-d'œuvre africaine gratuite. L'Afrique n'a pas bénéficié du travail forcé de ses jeunes, adultes, hommes et femmes. Dans son livre, How Europe Underdeveloped Africa (Comment L'Europe a causé le sous-développement de l'Afrique), Rodney (1973) décrit superbement comment la traite de des Noirs est le facteur fondamental qui a commencé le processus de sous-développement de l'Afrique, suivie de la stagnation technologique et la distorsion de l'économie et de la culture africaines pendant la période coloniale.

Ki-Zerbo, l'une des tètes pensantes de l'Afrique, soutient qu'imposer le modèle occidental de développement en Afrique est une illusion et une escroquerie. Comme disait Ki-Zerbo, après avoir travaillé dans le développement pendant plus de quinze ans en Afrique et aux USA sur terrain, au bureau et comme professeur de développement communautaire, je dois dire que l'Afrique n'atteindra pas le développement matériel économique de l'occident. D'ailleurs cela n'est ni désirable ni possible pour plusieurs raisons fondamentales. Il n'est pas désirable car le développement de type occidental dévalue l'homme et le rend au niveau des choses matérielles. Il mesure la valeur de l'homme selon la possession matérielle et monétaire et rejette les vraies valeurs humaines qui sont la solidarité, le respect de soi et le respect des autres. Leur développement n'est pas possible pour plusieurs raison principales. Je mentionne deux en passant. La première raison est fondée sur le phénomène historique. Aujourd'hui les conditions dans le monde ne permettront pas à l'Afrique de faire l'esclavage tel qu'il a été pratiqué par certains pays européens pendant des siècles. N'oublions pas que le développement matériel de l'Europe a été construit par le sang et la sueur des Africains dans une très grande mesure. Ces conditions historiques n'existent plus de nos jours.

La deuxième raison est fondée sur le facteur culturel. L'Europe née de la révolution industrielle a acquis une culture qui est mieux exprimée en anglais par ‘ have more, more and more ». Ce qui peut se traduire par avoir plus, mais jamais être satisfait. Personnellement, j'ai grandi au village dans la culture africaine traditionnelle. Mes parents et tout le village insistaient que je sois plus humain, plus connecté avec les autres, plus respectueux, plus poli . C'était la culture africaine traditionnelle basée sur ‘être plus' et non ‘avoir plus'. Il ya une différence entre ‘Avoir Plus' et ‘Etre Plus.' Le but ultime de tout développement est d'atteindre le bonheur. Or on peur atteindre le bonheur même en ayant peu. Le bonheur ne dépend pas de l'abondance de choses matérielles, mais plutôt de ce que l'on est. On fait un peu trop de bruit et de propagande inutiles sur le fameux développement. Il y a d'autres éléments culturels importants qui nous distinguent de l'occident, mais l'espace limité de cet article m'empêche de les décrire.

Conclusion :

Bien que la première et la deuxième méthode reconnaissent que le verre n'est pas rempli jusqu'au bord, le point de focalisation est la chose la plus importante. La première méthode insiste sur les besoins et les problèmes. Elle met l'accent et se concentre sur le verre-à-moitié vide, car elle met en exergue les manques, les déficits, les insuffisances, les lacunes, les privations, les défaillances, les raretés, les choses qui n'existent pas dans la communauté ou les choses qui ne marchent pas. Elle est facile et rapide. C'est une méthode qui renforce une forte dose de pessimisme car elle ne voit que ce que l'on n'a pas ou lieu de voir ce que l'on a d'abord. Elle crée un cycle de dépendance vis-à-vis de l'extérieur. C'est le cas au Congo ou les gens attendent tout de l'extérieur. Et si nos dirigeants n'arrivent pas à mobiliser les financements extérieurs, les congolais se fâchent, ils accusent les dirigeants d'incompétents. C'est triste! Il y a là un défi à relever.

La deuxième méthode est basée sur l'identification des ressources locales ; elle se concentre et commence avec les potentialités locales, les talents et les aptitudes qui constituent le verre-à-moitié-rempli. Elle est lente, plus coûteuse en termes de temps et savoir faire, demande moins d'argent. Elle est difficile au Congo car convaincre les congolais qu'ils sont capables de réussir en comptant d'abord sur leurs propres efforts équivaut à dire à l'œil qu'il peut se voir.

La troisième méthode insiste sur la construction des rapports harmonieuse et intenses entre les membres d'une communauté avant toute chose. Elle doit être le point de départ en développement. La première méthode doit être le point d'arriver et non le point de départ. Les trois méthodes doivent être combinées en développement. Le Congo est appelé a abandonner la méthode ou le modèle déficitaire qui a avili les congolais faute de quoi, on continue de traiter les symptômes au lieu de s'attaquer aux causes réelles et à l'essentiel. Le capital social horizontal et vertical reste une priorité dans toutes activités de développent au Congo. Tant que le Congo n'est pas sevré du lait des organisations nationales et internationales utilisant le modèle déficitaire, tant que les relations entre congolais ne deviennent harmonieuses, et tant que nos relations entre les pays dits-‘riches' [matériellement] mais pauvres moralement et socialement, ne s'améliorent pour nous traiter avec respect et égalité, le chaos et la misère suivront les congolais tous les jours de leur vie. Un développement qui se concentre sur la satisfaction des besoins et les solutions aux problèmes matériels provoque le sous-développement. Le Congo et l'Afrique ont besoin d'un développement basé sur l'amélioration des rapports entre les hommes et leurs environnements. Le reste va venir de soi.

Mzee Lombe Mwembo
lombem@msn.com

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Professeur Nathalis Lembe Masiala

Contact : nathlembe_3@yahoo.fr


 

 
 
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