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La Mondialisation: «Les Gros Poissons Mangent les Petits Poissons »

Par Lombe Mwembo

«Plus rien ne sera comme avant. Tout doit changer; tout va changer. Les uns ont tout à dire les autres n'ont rien à dire… » - Feu Pdt Mobutu, Marechal du Zaïre

Il a mille fois raisons celui qui a dit que la loi du plus fort [économiquement] est toujours la meilleure. Le feu Président du Zaïre, disait sans cesse: «Tout va changer; tout doit changer et plus rien ne sera comme avant!». Le maréchal du Zaïre parlait de la mondialisation sans citer le mot. Vraiment tout change, et continue de changer surtout en Afrique, le berceau de l'humanité. Au juste, qu'est-ce que la mondialisation ? La mondialisation peut être définie de milles et une façon. Moi je la comprends mieux à travers des exemples. Voici quelques uns dans les paragraphes qui suivent.

Depuis plus de cinquante ans le monde entier a connu un changement bouleversant. Il est devenu comme un grand village. Avec la mondialisation, les frontières géographiques n'existent que sur cartes. Le monde entier est devenu comme un lac immense sans frontière. Le grand lac de la mondialisation a des gros et de petits poissons. Les gros poissons, c'est- à-dire les plus forts économiquement veulent tout posséder par tous les moyens, surtout par la violence. Dans ce lac immense, les gros poissons mangent les petits poissons sans pitié. Ils veulent contrôler l'économie et la politique. Celui qui contrôle l'économie, contrôle le monde. La nature humaine le veut ainsi. Mais avec la mondialisation, il y a excès de contrôle. Qui contrôle le monde d'aujourd'hui ? Le grand historien américain, Tyak (1974), avance qu'au 19ème siècle c'était l'Angleterre qui contrôlait le monde entier parce qu'elle contrôlait l'économie de toutes ses colonies dispersées dans le monde entier. Tyak poursuit en disant que ce sont les Etats-Unis d'Amérique qui contrôlaient la grande partie de l'économie du monde du 20ème siècle. A eux seuls, les Etats-Unis produisent plus que toute l'Europe occidentale réunie. Ainsi ils contrôlaient le monde. Le coca cola, les souliers Bata, Mobil Oïl et tant d'autres produits venant des Etats-Unis envahissaient presque le monde entier. Cependant, avec la mondialisation, les choses se passent autrement. Il n'y a plus un pays qui contrôle le monde entier tout seul. La compétition est la règle de jeu dans la mondialisation. Qu'est ce qui facilité la mondialisation ?

La Mondialisation et les Progress en Communication

Grâce au progrès réalisé dans les communications et les transports, aujourd'hui, il est plus facile de voyager dans plusieurs coins du monde qu'il y a cent ans. Aujourd'hui, des avions, des bateaux, des gros véhicules facilitent les voyages. De nos jours, en dix heures de temps, les gens peuvent se rendre d'un continent à l'autre. Les distances se raccourcissent. Les distances que Livingstone, Stanley et leurs caravanes parcouraient pendant des mois ne durent que quelques jours, voire quelques heures. Autrefois, les congolais ont entendu parler de Bruxelles, Paris, Rome, Moscou, Washington comme de places lointaines situées entre le ciel et la terre. Aujourd'hui bon nombre de congolais se rendent dans le monde entier comme ils circulent dans leurs villages. Beaucoup de congolais dont les parents n'ont pas effectué plus de 50 km toutes leurs vies, ces congolais nés au village se retrouvent à Kinshasa, en Afrique du Sud, à Dubaï, en Chine, au Japon. L'Europe, le Canada et les Etats-Unis sont devenus comme des villages voisins. En 2006, dans un vol entre Paris et Bamako, j'ai rencontré un congolais qui revenait d'Hawaï. Il me disait qu'il y avait plusieurs congolais à Hawaï. Réciproquement, les hommes venant des quatre coins de la terre se retrouvent aussi au Congo. Ils sont comme des poissons qui suivent les cours d'eau. Quoi de plus normal! L'homme va là où se trouve la richesse. Bien que les hommes circulent dans le monde entiers, les uns circulent comme les maitres, tandis que les autres comme des prisonniers fuyants leurs villages brûlés, leurs femmes violées ou leur pays en guerre ou leur économie en décadence. Cela a toujours été ainsi, mais ce phénomène se s'accentue et fait partie des effets secondaires de la mondialisation.

La Mondialisation et la Politique

Dans un monde mondialisé, selon l'économiste et sociologue Saskia Sassen, huit méga villes (Mega Cities) contrôlent l'économie du monde à travers les multinationales, à savoir: New York, Londres, Paris, Tokyo, Los Angeles, Beijing,…) Sassen soutient que c'est dans ces méga villes que les multinationales prennent les décisions importantes pour diriger le monde. L'Afrique n'est pas associée dans ces fora. Elle est écartée. Elle doit subir. Elle ne force pas pour entrer dans la danse. On lui a dit qu'elle n'a ni histoire, ni religion ni civilisation. L'Afrique les a crus. Elle se contente de se tenir à la périphérie et contempler ceux qui mènent le jeu mondial. Il faut être un loup pour manger avec les loups. C'est simple. C'est la loi de la nature. L'Afrique est un loup qui prête ses dents aux autres. Déjà au 19ème siècle, le fameux, le soi-disant philosophe Hegel disait: « L'Afrique n'existe pas. Ignorons l'Afrique…» L'Afrique est en train de changer au rythme lui imposé par la mondialisation. L'Afrique, va-t-elle se développer en même temps qu'elle résiste les effets de la mondialisation? Par quelle magie l'Afrique peut-elle se développer et résister en même temps ? Ses langues, sa culture, sa religion et sa philosophie sont en train de disparaitre au vu et au su de ses enfants. L'Afrique a résisté l'esclavagisme honteux et dégradant. L'Afrique a résisté la colonisation inhumaine et avilissante. L'Afrique, va-t-elle résister la mondialisation farouche pour qu'un jour les africains récupèrent le pouvoir politique et couper le cordon ombilical qui la lie par force aux pays étrangers ?

Sur le plan politique, dans ce village mondialisé, les gros poissons établissent les règles de jeu a partir de Londres, Paris, New York pour les appliquer au Congo, en Indonésie au Kenya. «Les plus forts ont tout à dire, tandis que les petits poissons n'ont rien à dire.» Les gros poissons parlent de la démocratie comme s'il existe un model unique de démocratie auquel les poissons d'eaux douces et les poissons d'eaux salées doivent s'adhérer. Une démocratie qui force les autres n'est plus une démocratie. Qui dit démocratie, dit choix libre et non un choix forcé ou conditionné. Un penseur Burkinabais se demandait dans quelle langue les populations d'un pays doivent exprimer leur démocratie. Dans son pays, le Burkina Faso, le penseur estime que moins de 5 % de la population manipule correctement le français. Il s'interroge si le 95 % de la population qui ne parle pas le français participe à une démocratie exprimée en une langue étrangère (?). Mais la loi du plus fort veut que la démocratie s'exerce dans une langue de l'élite. C'est la mondialisation, c'est la démocratie, c'est le développement, c'est pour la bonne gouvernance. Au Congo, en Afrique les gros poissons n'épargnent guère les petits poissons. La solution pour les petits poissons d'éviter la mort est de se regrouper et se défendre par le dialogue. Si les petits poissons continuent de nager dans l'ordre dispersé, ils seront dévorés en grande quantité à telle enseigne que les écoles, les hôpitaux, les routes ne seront fréquentés que par les gros poissons et leurs progénitures.

La Mondialisation et l'Economie

Dans le domaine économique, les industries minières d'avant la mondialisation ont laissé la place aux ordinateurs, fax, internet, e-mails, téléphone. Aujourd'hui, l'économie n'est plus basée sur l'extraction de cuivre, de l'or et de diamant avec des installations gigantesques employant de dizaines de milliers de travailleurs comme dans le passé. Aujourd'hui la production minière se réalise avec moins de main d'œuvre, moins d'équipement, mais avec plus d'efficacité et de rapidité. Les multinationales ou agents de la mondialisation ont le monopole de toutes les richesses du monde. Ils ont développé un système de communication qui leur permet d'accéder aux informations à partir de dizaines de milliers de kilomètres. Avec le téléphone chacun peut atteindre les lieux les plus reculés d'un pays et transmettre son message. Aujourd'hui il est facile d'envoyer de l'argent dans plusieurs coins du pays qui n'ont pas de système bancaire classique. L'argent peut être envoyé et perçu à la minute quelque soit la distance. Certaines monnaies étrangères fonctionnent parallèlement à la monnaie locale. Ces monnaies semblent même jouir d'une considération au-delà de ce qu'elles méritent.

Certains ‘économistes' justifient la valeur élevée des monnaies étrangères en disant que l'économie de ces pays est forte. Mais, l'économie n'est-elle pas une somme totale des activités de production et de consommation? L'économie n'est-elle pas une économie globale ou mondialisée? La production des matières brutes qui fait que ces économies soient fortes ne commence-t-elle pas dans les coins des villages où l'on creuse de l'or, le diamant et le coltan? Où commence la mondialisation et où s'arrête t-elle? Un compatriote disait, non sans déception, que dans la mondialisation, les congolais produisent ce qu'ils ne consomment pas; et ils consomment ce qu'ils ne produisent pas. C'est la mondialisation! Dans les pays dits développés, la vie n'est pas facile pour tout le monde. La majorité de la population doit travailler dur, avoir deux ou trois emplois pour pouvoir nouer le bout du mois. Souvent dans ces pays dits pays riches, le mari et la femme doivent travailler pour arriver à payer les factures de l'eau, électricité, etc. Dans ces conditions, le mari et la femme deviennent des voisins de la maison, en anglais, housemates , car ils se voient rarement. Tout cela fait partie des effets secondaires de la mondialisation.

La Mondialisation et son Impact sur la Vie Sociale et Educationnelle

Les progrès réalisé dans la communication, le transport, le système bancaire et la médecine font croire que les populations sont plus heureuses aujourd'hui qu'elles ne l'étaient il y a cent ans. Mais la réalité est qu'une petite poignée de gens dans chaque pays devient de plus en plus riche, pendant que la majorité de la population mondiale devient de plus en plus appauvrie [pas pauvres]. Par exemple, à New York, capitale économique du monde, les sociologues rapportent que le contraste entre le riches et les appauvris est scandaleux. Juste à côté des gratte-ciels habitent des millionnaires tandis que des milliers des appauvris croupissent et ramassent du pain dans les poubelles et se couvrent des cartons pendant les nuits froides de l'hiver. Il faut voir de ses yeux pour y croire! Cela est vrai dans toutes les villes du monde. Incroyable ! C'est la mondialisation ! Les enfants de la rue se multiplient à Kinshasa, Lubumbashi, Kisangani…, mais beaucoup de gens attribuent le phénomène des enfants de la rue à plusieurs raisons. Nous devons voir que la mondialisation y est pour quelque chose tant qu'elle dépouille les parents de petits moyens de productions qui leur permettaient de subvenir aux besoins de leurs enfants.

Dans la mondialisation, partout dans les villes, les écoles privées primaires, secondaires et supérieurs poussent comme des champignons, mais la majorité des finalistes du primaire, secondaire et universitaire devient de plus en plus analphabètes. Les diplômés du secondaire, des gradués et des licenciés deviennent de plus en plus nombreux, mais le taux de chômage s'accroit au vu et au su de tout le monde. Les écoles augment en nombre et acceptent les personnes âgées et des filles mères, tandis que dans certains coins reculés, moins de la moitié des enfants scolarisables n'ont pas l'accès aux écoles. Les écoles ont perdu leur vocation de former les personnes honnêtes ; elles deviennent de plus en plus un commerce lucratif qu'une entreprise éducative. Les centres de santé, les dispensaires et les pharmacies surgissent dans chaque rue, mais es insalubrités, la malaria, le cholera, le sida emportent plus des gens chaque nuit qui passe. La religion elle-même n'est pas épargnée par la mondialisation. Des églises et des sectes poussent comme des champignons dans chaque coin. Les églises deviennent des entreprises, il faut se laisser faire pour ne pas en créer une et jouir du respect et des offrandes des gens à qui ont promet de recevoir beaucoup s'ils donnent beaucoup. Malgré le nombre impressionnant des églises, l'homme et la femme deviennent de plus en plus méchants l'un envers l'autre. Au Congo, quelqu'un a écrit que la fille et la femme constituent une espèce menacée de l'extinction. La violence sexuelle dépasse les bornes. C'est du jamais vu. Il n'ya pas que les gros poissons [économiquement] qui mangent les petits poissons. Les poissons mâles pourchassent les poissons femelles. L'homme est l'un des rares espèces qui tuent son semblable pour ne pas en manger la chair. C'est aussi l'un des effets secondaires de la mondialisation !

Conclusion

Il existe mille et une façons de définir mondialisation. Selon les [appauvris], la mondialisation n'est autre chose que la loi du plus fort. Cette loi est toujours la meilleure. En échange contre un semblant de progrès pour un petit groupe dans chaque pays, la mondialisation a désapproprié les autochtones de leurs autonomies, leurs cultures, leurs langues, leurs identités et leurs systèmes socio- économiques et politiques. Pour vivre heureux, il faut savoir s'adapter au rythme de la loi du plus fort. Les gros poissons mangent les petits poissons. Mais, peut-être un jour, les survivants parmi les petits poissons vont manger les gros poissons. Ou bien, qui sait, lorsque tous les petits poissons seront dévorés, les gros poissons vont s'entre- manger. Ce sera un beau spectacle à voir. Qui vivra verra! Pour éviter le spectacle macabre dans un monde où les gros poissons exterminent les petits poissons, où les gros poissons s'entre-mangent, commençons le dialogue au pays entre riches et pauvres et dans le monde, entamons le dialogue entre les pays du nord et ceux du sud. Sinon, qui vivra, verra !

Mzee Lombe Mwembo
lombem@msn.com

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