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L'Avenir du Kiswahili au Congo RDC

Par Lombe Mwembo, LOM
lombem@msn.com

Dans les pages qui suivent, je voudrais parler de l'origine, de l'expansion, de l'avenir et du défi du Kiswahili dans la démocratie Congolaise. Pour commencer, mettons de l'ordre dans la terminologie, Kiswahili ou Swahili.

D'où vient le terme Swahili au lieu de Kiswahili? A mon avis, le terme Swahili proviendrait des européens qui ont tendance d'utiliser les abréviations dans leurs langages. Ainsi au lieu de dire Kiswahili, ils prenaient le raccourci et disaient tout simplement Swahili. Comme les africains aiment imiter les européens, l'habitude s'est vite installées. Des lors, tout le monde presque préfère dire Swahili au lieu de Kiswahili. Mettons de l'ordre dans cette terminologie.

Ordre dans la Terminologie

Pour certains, Swahili ou Kiswahili désigne une seule et même langue. Quel est votre avis? Mon avis est basé sur la famille linguistique à laquelle appartient le Kiswahili. Selon la classification de Guthrie, le Kiswahili appartient au groupe des langues dites langues Bantu. Une langue Bantu est caractérisée, entre autre, par la classification de noms en classes. Chaque classe de nom possède des déterminatifs distincts. Par exemple, le déterminatif ‘Ki' ou ‘ Tshi' designe une langue: Kiluba;Tshiluba; Kibemba ; Tshibemba, Kisonge, Kibembe, Kinyarwanda, Kihemba, kimbala, etc. Lorsque vous enlevez le déterminatif ‘Ki', vous obtenez le nom de l'ethnie et non la langue de cette ethnie.

Origine du Kiswahili

Le mot Kiswahili est composé de deux parties bien distinctes. Le déterminatif ‘Ki' signifie ‘langue de' ou ‘langue parlée par'. Par exemple, le Kibemba, c'est langue parlée par les Babemba. Kifransa, la langue parlée par les français. Kingereza, la langue parlée par les anglais, Kigriki, la langue parlée par les grecs. L'omission du déterminatif ‘Ki' pour designer une langue est une erreur. On ne dit pas:'Ninasema Tabwa', mais on dit : ‘Ninasema Kitabwa [Je parle Kitabwa]. Ninasema Kiswahili [Je parle Kiswahili] et non ninasema Swahili.

Le deuxième terme ‘swahili' provient de la langue arabe ‘sahel' sahil ???? : sawahil ???? . Ce terme est utilisé comme un déterminatif et signifie ‘ de la côte . Ainsi en ajoutant le déterminatif ‘Ki' au sawahil , nous avons ‘ la langue de la côte, ou la langue parlée par les gens de la côte . En effet, c'était le long de la côte de l'océan Indien qu'est né le Kiswahili comme résultat du commerce costal entre les Bantu vivant le long de la côte de Zanzibar (Tanzanie actuelle) et des Arabes. Les Arabes venaient par l'océan indien faire le commerce avec les tribus Bantu de la côte. Quant à l'ancienneté du Kiswahili, d'après certaines sources, cette langue de la côte était parlée depuis le 2eme ou le 5eme siècle de notre ère. Cependant le Kiswahili dans sa nouvelle forme s'est répandu en Afrique vers le 19ème siècle avec le mouvement intense des arabes et la colonisation européenne. Pour cette raison, le Kiswahili parlée à l'est de l'Afrique compte a peu près 30 % de mots arabes. Mais, le Kiswahili compte aussi les mots perse 'chai' : thé); mots portugais ‘meza': table ; ‘gereza' : prison; ‘peso' pesa: argent; mots français ‘mashine' : machine ; mots anglais ‘koti": coat; ‘kopo' :cup; mots allemands :'shule': école; ‘hela' pièce de monnaie. Ce sont surtout les langues africaines Bantu qui ont enrichi le vocabulaire, la structure et la grammaire du Kiswahili.

Au Congo RDC, il y a des langues Bantu, des langues nilotiques, etc. Cependant il faut faire la différence entre les groupes ethniques Bantu et les langues Bantu. Tous les groupes ethniques Bantu ne parlent pas une langue Bantu. Les Mongo du Congo RDC sont des Bantu, mais leur langue n'est pas une langue Bantu. Le Lingala, l'Azande, l'Alur ne sont pas de langues Bantu. Cependant toutes les ethnies qui parlent le lingala, Mongo sont des Bantu. Il ya environ 25 pays en Afrique dont les habitants sont des Bantu (Guthrie).

Expansion du Kiswahili

Avec l'expansion de l'Islam à l'intérieur de l'Afrique le Kiswahili, ou la langue de la côte, a pénétré les villages à l'est du continent africain. Au Congo-Belge, ce sont d'abord les arabes qui introduisirent le Kiswahili par les premiers convertis à l'islam connus sous le nom des arabisés. Mais c'est la colonisation européenne qui a contribué à une plus grande échelle à l'expansion de Kiswahili pour faciliter la communication entre les différentes tribus africaines non pas pour promouvoir le sentiment nationaliste, mais pour unir les congolais pour mieux servir les intérêts belges (J. Fabian, 1986). Ainsi commença la chute de nos langues locales.

Pendant la période coloniale, les missionnaires catholiques au Kivu, au Katanga et au Haut-Congo utilisèrent le Kiswahili comment langue d'instruction dans les écoles, les églises et dans leurs communication avec les congolais. Il faut noter que les missionnaires protestants au Congo-Belge utilisaient les langues locales dans leurs évangélisations. Au Katanga, à part l'église catholique, certaines églises protestantes ont adoptée le Kiswahili seulement peu après l'indépendance. De nos jours, toutes beaucoup d'églises au Katanga dans les villes et grands centre s'efforcent de prêcher, prier et faire des annonces en Kiswahili.

Au fur et à mesure que les élèves entraient dans la vie adulte, le Kiswahili grammatical se rependait. Ceux qui parlaient le Kiswahili non grammatical étaient l'objet de moquerie, et souvent on disait qu'il s parlaient le Kingwana et non le Kiswahili.

Lorsque le Kiswahili s'est répandu dans le nord-est et le sud du Congo-Belge, le Kiswahili a subi des variations linguistiques. C'était la langue utilisée dans les camps des travailleurs de l'ancienne Union Minière du Haut Katanga, actuel Gécamines, ou La Générale des Carrières et des Mines, la société des chemins du fer BCK (KDL ou SNCC) et autres. Dans certains endroits du Congo-belge, le Kiswahili était appelé le Kingwana pour le différencier de Kiswahili parlé à la côte de Zanzibar. Notons qu'il n'existe pas une tribu ou ethnie Swahili au Congo, voire partout en Afrique excepté quelques ethnies en Tanzanie. La tendance actuelle de designer les ressortissants congolais du grand Kivu, Katanga et Haut-Congo comme des ‘Baswahili' n'a aucun fondement linguistique.

Cependant déjà durant la période coloniale, les masses des travailleurs qui étaient recrutés de leurs villages pour traveller dans les villes naissantes comme Elisabethville (Lubumbashi), Jadotville (Likasi), Kipushi, Kolwezi, etc.), le Kiswahili était la langue de Kizungu (culture des Blancs/européens) pour la communication entres les africains venus de divers coins du pays et même du Rwanda, Burundi, Tanzanie, Zambie, Angola et Malawi. Le Kiswahili était la langue de gens de la ville et déjà il donnait un certain prestige par rapport à ceux qui ne parlaient que leurs langues maternelles. Lorsque le français a été introduit aux programmes scolaires, le Kiswahili prit la deuxième place après le français. Ainsi commença la dépréciation de nos langues et nos valeurs. Le Kiswahili se contente de se tenir a la périphérie de la vie nationale.

Beaucoup de travailleurs n'avaient pas étudié le Kiswahili grammatical. Ils mélangeaient beaucoup de structures et vocabulaire de leurs langues dans le Kiswahili ou le Kingwana. Par exemple, ils disaient: muntu, bantu, batoto au lieu de mutu/mtu, watu, watoto. Bien que ce soient les Belges qui favorisèrent l'expansion de Kiswahili au Congo, force est de reconnaitre que certains belges n'avaient jamais réussi a parlé un bon Kiswahili. Parmi cette catégorie des Belges et autres étrangers, il faut noter des moniteurs agricoles, des commerçants, des missionnaires et des agents de l'administration. Parmi ces étrangers certains disaient, ‘Minasema na weye', au lieu de dire,'Ninasema' ou bien ‘ Ninakuambia weye [Je vous dis]. Certains ont continué à corrompre le Kiswahili.

Dans les écoles coloniales, les élèves étudiaient le Kiswahili grammatical que les uns appellent aussi ‘Kiswahili bora', ou ‘Swahili bora'. Le terme bora signifie, meilleur. Cet enseignement du Kiswahili se limitait à apprendre la grammaire et la rédaction, et non a faire du Kiswahili une langue des sciences, de haute littérature ou de la technologie moderne.

Après l'indépendance, l'enseignement de Kiswahili aux écoles n'a pas continué comme il se devait. Comme les autres aspects de notre enseignement, le Kiswahili n'a pas échappé au sort qu'a connu notre système éducatif. Tout continue de se dégénérer. Avec l'exode rural et les masses qui ont rejoint les villes fuyant les guerres successives, le Kiswahili continue d'être une langue qui reçoit toutes les formes nouvelles, tendant parfois au chaos linguistique par manque d'encadrement. Aujourd'hui à Lubumbashi, Likasi, Kolwezi, Kambove, Kipushi les gens parlent un Kiswahili cousus de tous les fils des tribus qui se sont installées dans ces contrées. Vous allez entendre par exemple les gens dire ‘Richo' au lieu de ‘jicho' ; ‘rino' au lieu de' jino'; ‘kuria' au lieu de ‘kula' ;' balabala' au lieu de ‘barabara'. ‘Arisha kulala' au lieu de ‘amelala'. ‘Mwindji' au lieu de ‘muhindi' ; ‘wafwako' au lieu de ‘asante' or ‘aksanti'. Quant au Kiswahili écrit, c'est le scandale même parmi ceux qui se disent intellectuels. C'est honteux de dire que les congolais écrivent mieux le français que leurs propres langues. Mais beaucoup n'y voient aucun mal. C'est ce qui arrive lorsqu'on devient un déraciné.

‘Aucun Pays au Monde ne se Développe en Utilisant une Langue d'Autrui'

Actuellement, le Kiswahili est utilisé comme langue d'instruction au degré élémentaire (1ère et 2ème année primaires) au sud et à l'est de notre pays en suivant le schéma colonial. Au fur et à mesure que l'enfant progresse dans ses études, le Kiswahili cède la place au français que bon nombre d'élèves congolais ne métrisent pas. Le Kiswahili se parle dans les familles, aux écoles, à l'église, aux marchés, dans les bus, aux bureaux, etc. Cette façon limitée d'utiliser le Kiswahili ne permet pas à ses interlocuteurs d'intégrer la technologie moderne et les concepts de développement en Kiswahili. C'est pourquoi vous entendez les gens utiliser les mots français pour exprimer les idées et les concepts de la technologie moderne. Le Kiswahili est ainsi réduit à la vie dans la rue; il n'atteindra pas le niveau scientifique dont le pays a besoin pour se développer. On parle de développement, mais ce développement se conçoit et s'exprime en quelle langue?

Tous les [vrais] experts en développement ont dit et répété qu'aucun pays au monde ne se développe en utilisant une langue d'autrui. Les congolais et les africains s'entêtent. Ils s'acharnent à parler l'anglais et le français croyant qu'ils vont se développer. Beaucoup de gens confondent développement et croissance économique et matérielle. Ce ne sera pas possible de développer le pays en utilisant exclusivement la langue et les idées étrangères, car la langue est l'âme même d'un peuple. Peut-on se développer avec une âme d'autrui ? Pendant que les congolais se vantent de leurs connaissances des langues européennes au détriment de leurs propres langues, les grandes universités de Beijing, Inde, Europe, Canada et les USA enseignent le Kiswahili. Un jour, ce sont les étrangers qui enseigneront le Kiswahili à nos enfants au Congo. Est-ce l'héritage que nous voulons léguer notre postérité? Comment accepter qu'un étranger vous enseigne à pêcher dans votre propre lac?

L'avenir et le Défi du Kiswahili dans la Démocratie au Congo

La radio nationale (RTNC) et certaines radios provinciales émettaient déjà en Kiswahili depuis la période coloniale. Cependant ces émissions se limitaient aux brèves informations et aux contes. A l'époque du feu président Mobutu, le Kiswahili était l'une des quatre langues nationales parlées à la radio et TV. Le Kiswahili était annonçait comme ‘ luga tukufu la Kiswahili' , c'est-à-dire une langue glorieuse. En plus des informations, plusieurs autres programmes ont vu le jour dans nos radios et TV. Tels que les reportages de matches de football, les fora [forum], les théâtres, etc. Parfois, certains journalistes de la RTNC étaient recrutés pour la simple raison qu'ils parlaient le Kiswahili de la Tanzanie. Ces journalistes rendaient la communication difficile aux congolais en les épatant par l'usage de mots et structures empruntés au kiswahili de la Tanzanie.

A l'époque de Mzee Laurent Désiré Kabila, le Kiswahili a commencé à surgir non pas seulement avec les Kadogo recrutés au Rwanda, Burundi, et l'est du Congo RDC, mais l'administration utilisait le Kiswahili. A cette époque, le Kiswahili a fait son entrée fracassante dans le pays y compris dans les rues et les marchés de la capitale, Kinshasa, mais aussi dans les documents officiels comme les passe ports et la monnaie congolaise. Mais certains congolais eurocentriques ont attaqué cette innovation qui tendait à recouper petit à petit notre espace culturel et politique envahi par le français. Ces congolais préfèrent voir le français dominer toute la vie nationale. Quelle aliénation !

Aujourd'hui, on estime à cent millions de personnes qui parlent le Kiswahili dans le monde. Au Congo, le nombre de personnes qui parlent une variation de Kiswahili est plus élevé que le nombre de ceux qui parlent chacune des trois langues nationales. Ceci ne veut pas dire que le Kiswahili est plus importante que les autres langues nationales. Pas du tout. Ceci veut dire qu'avec un grand nombre de personnes qui parlent le Kiswahili, l'avenir du Kiswahili au Congo peut être une bénédiction ou une malédiction. Si les mesures ne sont pas prises pour enseigner cette langue correctement, nous assisterons à la corruption du Kiswahili dans sa grammaire et son vocabulaire comme c'est déjà le cas dans les régions de la GECAMINES. Bien plus si le Kiswahili n'est pas élevé au niveau d'un lange scientifique, il ne restera qu'une langue de la rue au lieu d'être une langue de la littérature, philosophie, sciences, technologie et langue de développement. L'expansion du Kiswahili peut être une bénédiction s'il devient une langue de sciences, et d'unification et de paix entre les pays ‘Swahiliphones' (Burundi, Rwanda, Uganda, Kenya, Tanzanie,..). Je me demande pourquoi les pays ci-haut cités ne prennent pas l'initiative d'utiliser le Kiswahili comme une langue de communication, et de développement de la région dite Région des Grands Lacs.

Sur le plan politique au Congo, le Kiswahili subit le même sort que ses trois sœurs (le Lingala, le Kikongo et the Tshiluba) qui sont dominées par le français. Au Congo RDC, le français n'est pas seulement la langue de prestige, mais c'est aussi la langue de la démocratie. En effet, nos députés, nos sénateurs, nos dirigeants discutent toute la vie nationale en français. Ceux qui ne parlent pas le français se taisent. Ils sont écartés. On dirait que les idées constructives ne viennent que dans les tètes ce ceux qui parlent la langue de Molière. Les idées et les contributions de ceux qui ne parlent pas le français ne comptent pas. Or la majorité de congolais ne parle pas le français. Dire que le Congo est une République Démocratique est une affirmation gratuite, voire une tromperie. Qui dit démocratie dit gouvernement par le peuple pour le peuple. Mais si la majorité de congolais ne parle pas français, ne participe pas aux activités de leur gouvernement comment affirmer que ce pays est une république démocratique? Pendant les élections, on assiste les populations à exprimer leurs choix. Après les élections, c'est une minorité qui se retire dans la tour d'ivoire et elle seule joue le jeu démocratique. Le problème de la langue et démocratie est un casse-tête au Congo, mais tôt ou tard cette question surgira lorsque la majorité de la population congolaise ouvrira les yeux. En France, la démocratie s'exprime en français. En Angleterre la démocratie s'exprime en anglais, mais au Congo la démocratie s'exprime en français par une minorité estimée à moins de 2 % de la population nationale. C'est à cette minorité que reviennent les privilèges et les avantages des richesses du pays. Tôt ou tard, notre démocratie doit être exprimée dans une langue nationale parlée par la majorité de congolais. Si l'on demande aux congolais de choisir une langue nationale pour remplacer le français, peut être la majorité de congolais choisiront le français. Certains congolais préfèrent la domination étrangère à la domination locale. Ils oublient qu'une langue étrangère ne traduit pas toutes les réalités et les concepts de notre culture et notre contexte.

Conclusion

Ce sont des gouvernés et non les gouvernants qui doivent provoquer ce changement. Par où commencer ? «Organisons-nous», disait Mzee LDK. Un peuple ne s'organise pas en parlant 200 langues. Il ne construit pas une nation avec une langue d'emprunt que la majorité ne maitrise pas. Le défi est d'élever et de maintenir le Kiswahili, luga tukufu , au niveau d'une langue des sciences, te technologie moderne et de penseurs authentiques.

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