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Au cours d'une conférence de Focas à Johannesburg

Jacob Zuma appelle à la création d'une société civile africaine

Sous l'initiative du Forum des Organisations Congolaises en Afrique du Sud (FOCAS), une rencontre a lieu  ce samedi 29 novembre à Johannesburg, entre des membres des communautés africaines vivant en Afrique du sud et le président de l'ANC, Jacob Zuma, sous le thème « Vision de l'ANC sur l'Afrique ». Le choix de l'orateur principal de la rencontre indiquait, en toute évidence, que Focas a placé haut la barre en se laissant sans doute porter par le dicton mieux vaut à faire à Dieu qu'a ses saints. Une rencontre directe avec une personnalité politique sud-africaine de la trempe de Jacob Zuma valait ainsi tout son pesant d'or. En outre, l'organisation de cette soirée d'échange dans la période pré-électorale en Afrique du Sud et durant ce temps où la crise ravage les pays tels que la RDC, le Zimbabwe et la Somalie avec son lot de catastrophes humaines, révèle davantage que Focas, dans une vision proactive, a voulu porter à la connaissance directe de celui qui pourra très probablement être le prochain locataire de « Union Building », la maison officielle de la présidence sud-africaine, l'état socio-politique des pays africains.

Revenant d'une importante réunion de l'ANC où le manifeste pour les élections 2009 a été lancé, Jacob Zuma, a fait son entrée dans la salle avec presqu'une heure et demi de retard tout en présentant ses excuses. Cependant, le comité organisateur, afin d'occuper sagement le temps, avait convié les représentants de différentes communautés africaines à adresser les participants. Ainsi, le coordonnateur de l'association Zimbabwe Crisis Coalition, le coordonnateur de FOCAS et le représentant de la communauté somalienne ont, l'un après l'autre, parlé de la situation socio-politique de leurs pays respectifs. FOCAS a une fois de plus saisi cette occasion pour informer, sensibiliser et mobiliser les communautés africaines présentes sur la crise de l'Est de la RDC.

Les échanges se poursuivaient lorsque Jacob Zuma est arrivé, accompagné uniquement de sa garde personnelle constituée de quatre personnes. Aucune présence intimidante d'une panoplie de personnalités politiques de l'ANC ou de militaires et policiers n'était notée. Après le mot de bienvenue prononcé par le modérateur à l'intention de l'invité principal de FOCAS, d'autres discours de circonstance ont été prononcés. Un membre de FOCAS s'est attelé sur la situation de pauvreté et de guerre en Afrique et sur l'appel à l'unité pour ensemble résoudre nos problèmes africains. Intervenant en deuxième lieu, la sud-africaine Sisulu, fille de l'ancien leader de l'ANC, Walter Sisulu, et membre d'Open Society, a parlé de la violence faite aux femmes et aux enfants en Afrique du Sud et en RDC, plaidant pour des politiques fortes en vue d'éradiquer ce fléau. M. Gbaffou est intervenu au nom de l'African Diaspora Forum, une association créée en mai 2008 lors de malheureux événements de xénophobie en Afrique du Sud. Ces mots de circonstance ont constitué comme un réquisitoire de problèmes africains à  l'intention du président de l'ANC. Ils peuvent aussi être interprétés comme des défis africains présentés à Zuma et auxquels il sera confronté dans sa politique étrangère, dans l'éventualité où il est élu président de l'Afrique du Sud.

Prenant la parole à son tour et usant d'un langage vrai et direct, débarrassé de circonlocutions et artifices diplomatiques, Zuma a d'entrée de jeu interpellé la communauté africaine sur sa culture d'appréhender et d'aborder les problèmes. Il dit : « Nous utilisons souvent un langage embelli lorsque nous parlons de nos problèmes. Nous devons dorénavant apprendre à être critique envers nous-mêmes quand nous faisons l'analyse de nos problèmes. Nous devons nous dire la vérité en face ». Cette interpellation puise sa source dans l'être politique de l'orateur principal de la soirée qui a déclaré : « Je suis un politicien qui n'use pas de langage sophistiqué ou diplomatique. Beaucoup me le reprochent. Je suis plutôt un combattant de la liberté qui dit simplement et directement les choses ». En continuant son adresse, Zuma a déclaré : « Je suis sincèrement et fortement touché par les problèmes africains ». Il  a fait mention de la tragédie dont souffre le Congo avec des guerres récurrentes. Il se dit peiné des abus dont sont victimes les femmes et les enfants congolais. La souffrance de Zimbabwéens ne le laisse pas indifférent. Il a condamné l'exploitation de ressources naturelles africaines dont profitent les nations du Nord. Il a condamné le manque d'unité en Afrique. Comment faire face à ces tragédies et comment les surmonter ? Pour Zuma, la clé réside dans la constitution d'un mouvement continental de défense de droits civiques. « Le développement doit partir de la base. La création d'un tel mouvement rendra le peuple plus responsable et plus concerné par le gouvernement des pays du continent », a dit le président de l'ANC. Il a souligné que dans ce mouvement, les frères et sœurs  africains pourront examiner les problèmes communs du pays, venir en aide à un pays donné. L'Afrique du Sud, a-t-il ajouté, est le lieu propice pour lancer un tel mouvement. Dans son allocution pleine de vérité, Zuma a posé des questions sincères aux participants sur l'état de démocratie, de liberté en Afrique, les résultats de l'Union Africaine et du Nepad. A toutes ces questions, les participants ont tout naturellement donné des réponses négatives : « Nous ne vivons pas la démocratie en Afrique. Nous ne jouissons pas de libertés. L'Union Africaine et le Nepad n'ont pas fait avancer la cause de l'Afrique ».

Malgré la contrainte du temps, Zuma a accepté d'échanger avec ses frères et sœurs africains dans un jeu de questions-réponses. Beaucoup d'intervenants ont centré leurs questions sur la responsabilité de l'ANC vis-à-vis de l'Afrique. En guise de réaction à ces questions, le président de l'ANC a reconnu que sans la prise de responsabilité vraie par les pays concernés, l'Afrique du Sud ne peut offrir toute la mesure de son soutien. Ainsi par exemple, à une question d'un responsable du MLC/Afrique du Sud sur l'arrestation de Bemba, Zuma a blâmé le MLC pour son manque de lobbying et d'engagement efficace en vue de plaider pour son relâchement. Il a souligné qu'il est étonné que les leaders africains se taisent, que Bemba soit le seul leader congolais à être arrêté par la CPI. Il a reconnu que ce sont des manœuvres politiques qui ont conduit à l'arrestation du leader du MLC. De la même manière qu'il s'en est pris au MLC, Zuma a fortement interpellé la communauté congolaise à plus d'engagement pour trouver des solutions durables à la crise de l'Est de la RDC. Il a attiré l'attention de Congolais sur le rôle de la communauté internationale trop exaltée : « La communauté internationale était déjà présente au Congo à la crise de 1960. C'est sous sa présence que Lumumba a été assassiné. Cette communauté internationale est d'abord attirée par ses intérêts. Elle n'a jamais résolu un conflit à travers le monde », a martelé Zuma.

 En embrassant la vision d'une Afrique forte, le président de l'ANC est revenu sans cesse sur l'idée de la création d'un collectif africain des mouvements de droits civiques. L'avenir de l'Afrique, a voulu dire Zuma, est dans le degré d'engagement de la société civile africaine. Il ne peut plus être question de laisser la conduite des affaires du continent aux seuls politiciens. Certes, beaucoup est attendu de l'Afrique du Sud mais l'ANC, le seul parti sud-africain à avoir une vision africaine selon Zuma, ne peut réussir cette mission que dans la collaboration. Tout en refusant de l'admettre, Zuma, dans une allure de campagne électorale, a invité les africains devenus citoyens sud-africains à voter pour l'ANC aux prochaines élections pour consolider la majorité du plus vieux mouvement de libération en Afrique. Zuma, a par ailleurs, présenté au nom de ses concitoyens ses excuses pour les événements malheureux de xénophobie de mai 2008. Il a appelé à la collaboration pour prévenir ces événements. Le président de l'ANC a vivement recommandé qu'une autre rencontre de ce genre soit organisée pour des réflexions profondes sur certaines questions.

Fleury Dala
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