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Kinshasa

20.000 enfants abandonnés ou dits «sorciers» dans la rue

Par  Afp

Leurs parents les ont chassés parce qu'ils étaient «ensorcelés» ou juste encombrants. Pieds nus, sales, ils sont près de 20.000 enfants à errer dans les rues de Kinshasa et autant de recrues bon marché, en cette période électorale, pour les candidats en quête de «manifestants». Ces enfants sont appelés «shegués», une abréviation de Che Guevara en référence à leur combat quotidien pour survivre et à leur jeunesse.

Souvent en bande, ils mendient, volent, ou vivent de menus travaux. La nuit, ils dorment dans des maisons en construction ou sur les étals des commerçants.

Avec les élections du 30 juillet, «moyennant un peu d'argent, l'opposition comme la mouvance présidentielle les utilisent pour grossir les rangs de leurs manifestations», s'indigne Remi Mafou, coordinateur des Réseaux des éducateurs des enfants et jeunes de la rue (Reejer).

Souvent, ces marches dégénèrent en affrontements avec les forces de l'ordre ou partisans rivaux. «Cette situation est dramatique et la semaine qui précède les élections est la plus critique», poursuit M. Mafou.

Acteurs locaux, agences de l'Onu et ONG tentent de prévenir ce phénomène, en aidant les centres d'accueil de Kinshasa à héberger ces enfants en dehors des horaires habituels.

Une grande partie des «shegués» ont été accusés par leurs proches d'être des «sorciers» à l'origine de drames familiaux, comme un décès ou la perte d'un emploi.

«Ce phénomène est lié à l'apparition des Eglises de réveil (sectes protestantes, NDLR) qui pullulent depuis une dizaine d'années» dans un Etat en déliquescence, explique Nathalie Mendes, coordinatrice de l'ONG britannique Save the Children, impliquée dans la protection et la réinsertion de ces enfants.

Votre enfant est gourmand, rêveur ou épileptique? Il a été ensorcelé, assurent les pasteurs «auto-proclamés» qui promettent contre rémunération «la délivrance» par des pratiques qui s'apparentent parfois à de la torture.

Très souvent, l'enfant expulsé ne fait pas partie du premier cercle familial, mais est un proche qu'on a pris en charge. Dans de nombreux cas, les accusations de sorcellerie permettent de se débarrasser d'un enfant gênant, qu'on veut écarter d'un héritage ou qui est rejeté par une belle-mère dans le cadre d'un remariage, explique Charles Bivula, chef de projet au sein de l'ONG..

JE VAIS TE CHASSER, JE NE VEUX PLUS DE TOI

Dans le centre catholique de la Congrégation des serviteurs de la Charité, dans la commune de Matete, plus de 150 enfants et jeunes viennent se nourrir et se laver quotidiennement. Gheris, 10 ans, raconte d'une voix timide que son beau-père ne l'aimait pas. «Ma mère m'a dit: Je vais te chasser, te tuer, je ne veux plus de toi».

Frère Héritier, le responsable du centre, explique: «Comme beaucoup, il est parti de lui-même parce que sa vie était devenue infernale».

Si une place se libère, Gheris pourra intégrer l'un des 54 centres d'herbergement de la capitale, où il sera entièrement pris en charge et scolarisé. Il échappera ainsi à la violence de la rue où les «shegués» sont insultés, brutalisés et où les filles sont victimes de viols.

Lors de «causeries familiales», Save the Children explique aux parents «la véritable origine des maux» imputés au démon et engage une médiation - parfois de plusieurs années - pour les amener à ré-accepter leurs enfants.

Quant aux pasteurs, l'ONG tente de leur démontrer, Bible en main, que leurs allégations n'y figurent nulle part et qu'ils violent la loi.

Mais le gouvernement, dont de nombreux membres sont en campagne, a d'ores et déjà fait savoir aux ONG qu'aucune action en justice ne serait engagée d'ici les élections, de crainte de perdre les voix des fidèles de certains «désensorceleurs» particulièrement populaires.

26/7/2006

© Congo Vision


N A T I O N S  U N I E S
Bureau de Coordination des Affaires Humanitaires  (OCHA)
Réseaux d'Information Régionaux Intégrés (IRIN)

RDC : La rue, terrain propice au VIH/SIDA


LUBUMBASHI, le 25 juillet (IRIN) - Nick avait sept ans lorsqu'il a été accusé de sorcellerie et s'est enfui de son village. Arrivé seul par un train de nuit à Lubumbashi, dans le sud-est de la République démocratique du Congo (RDC), l'un de ses premiers combats d'enfant des rues a été d'apprendre à se défendre contre la violence.

«Les plus grands [des enfants des rues] nous embêtent, ils nous arrachent notre argent, nos vêtements, notre nourriture et puis ils veulent nous forcer à 'faire les rapports sexuels'. Les soldats aussi nous embêtent», raconte ce garçon frêle âgé aujourd'hui de 10 ans, qui flotte dans son tee-shirt délavé barré d'un 'Luttons contre le sida et la séparation familiale', souvenir de la Journée de l'enfant africain le 16 juin dernier.

Peu après son arrivée, Nick s'est rendu chez des religieuses qui l'ont orienté vers la maison Bumi ('La vie', dans l'une des langues locales), une ONG qui accueille les «shegue», surnom donné aux enfants des rues par l'artiste congolais Papa Wemba.

La majorité des quelque 5 000 enfants qui auraient trouvé refuge dans les rues de Lubumbashi, capitale du Katanga, une région très touchée par des années de guerre, a été chassée par leur famille, qui, trop pauvres pour pouvoir les nourrir, les ont accusé de sorcellerie pour s'en séparer.

Outre la sorcellerie, les maladies sont également une raison de se défaire de ces enfants.  «Peu à peu, on s'est rendu compte qu'il y avait aussi le problème des maladies chroniques, comme le sida, on chasse les enfants [infectés au VIH] parce qu'ils coûtent trop cher, ou, même s'ils ne sont pas séropositifs, parce leurs parents sont morts du sida et que les familles veulent récupérer l'héritage», a dit Thérèse Ilunga, co-fondatrice avec son mari, de Bumi.

A leur arrivée à la maison Bumi, ces enfants bénéficient d'un contrôle médical général dans le centre sanitaire que gère l'association. En cas de doute, le test de dépistage du VIH est proposé aux plus grands, et fait aux plus petits : sur les quelque 140 enfants que Bumi accueillait en juillet, environ 10 d'entre eux étaient séropositifs et sont pris en charge par l'association et ses partenaires.

S'il est souvent difficile de savoir dans quelles circonstances a eu lieu la contamination au VIH, en revanche une chose est certaine: les conditions de vie dans la rue exposent les «shegue» au virus, surtout les filles.

«Les filles des rues sont quasiment toutes contraintes à se prostituer pour survivre, elles le font pour leur copain, pour le groupe qui les entoure et pour les clients», a constaté Bony, chargé de la protection pour le Fonds des Nations unies pour l'enfance (Unicef) à Lubumbashi.

Et les violences que ces enfants, garçons ou filles, subissent, sont courantes. Parmi les 300 à 400 enfants des rues qui fréquentent quotidiennement le centre Bakanja, fondé par les pères salésiens, dans le centre-ville, beaucoup finissent par reconnaître qu'ils en ont été témoins ou victimes.

«Les grands [ont] des rapports sexuels avec les petits, beaucoup, surtout la nuit, ils leur offrent un repas et après ils disent qu'il faut 'faire des rapports'», a expliqué Franklin, 19 ans.  Pour sa part, il a passé la moitié de sa vie dans les rues de Lubumbashi et affirme y avoir toujours échappé. «Je me suis fait beaucoup taper mais maintenant j'ai grandi, je tape aussi, je me défends.»

Car lorsqu'il s'agit de se protéger, ces enfants sont souvent livrés à eux-mêmes. Les agresseurs bénéficient même de la complaisance des forces de l'ordre, a affirmé Franklin.  Les autorités locales reconnaissent cette réalité, contre laquelle elles essayent de lutter avec le soutien de leurs partenaires.

L'Unicef a soutenu l'ouverture de centres d'information sur le VIH/SIDA pour les jeunes, qu'ils viennent de la rue ou non. Quatre de ces centres ont été mis en place à Lubumbashi, où ils proposent des activités ludiques et des informations sur l'épidémie, ainsi que des préservatifs.

Surtout, pour tous les acteurs humanitaires travaillant avec les enfants des rues, le meilleur moyen de les protéger des violences et d'une éventuelle infection au VIH est de retisser les liens familiaux ou communautaires qui ont été rompus par la guerre, la pauvreté ou la maladie.

Dans un contexte où le nombre d'enfants des rues ne cesse d'augmenter, ce travail est nécessaire, a conclu Mme Ilunda, de Bumi. «Si nous n'agissons pas au niveau des familles et si nous acceptons de prendre [tous les enfants] sans rien dire, nous aurons toute la ville ».[ENDS]

IRIN, un département d'informations humanitaires des Nations Unies
http://www.irinnews.org .

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