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L'au-delà des élections au Congo-Kinshasa : Plaidoirie pour une conscience collective

A quelques mois du deuxième tour des élections tel que confirmé depuis la proclamation des résultats obtenus par les candidats présidentiels, et en attendant la décision de la cour suprême de justice qui, j'ose le croire anticipativement, ne pourra pas changer grand-chose, comment sommes-nous déjà en train de changer notre façon de réfléchir sur le Congo ?

Je pense que changer, déjà maintenant et pour le futur, notre compréhension du Congo et du Congolais devient plus qu'une nécessité à dégager du processus électoral en cours. Je voudrais me proposer ici de soulever un débat d'idées sur quelques implications des élections : re-penser le faux débat électoral EST-OUEST et dépersonnaliser la défense des intérêts supérieurs de la nation. Ce que je me propose de faire, c'est de remercier le peuple congolais pour ce grand pas accompli (le premier tour des élections) et aider ce peuple à maintenir son acquis par une définition claire des objectifs à poursuivre au second tour du scrutin électoral.

Je pose au début de cette analyse que même s'il est établi que les diverses et multiples tribus du Congo accusent des taux élevés de concentration géographique clairement définie, il nous faut reconnaître que la libre circulation des personnes au Congo et les effets des mariages intertribaux, en dépit de leur taux, cela principalement dans une ville province comme Kinshasa, devrait être suffisant pour créer la confusion sur qui a voté pour qui en termes des tribus. En d'autres termes, lorsque nous partons des suffrages exprimés par province par rapport aux deux candidats présidentiels en tête de liste, suffrages d'où vient l'idée EST-OUEST, quelqu'un peut-il me dire comment le poids électoral de Kinshasa, cette ville cosmopolite miroir du Congo, a été compilé en terme des tribus pour peser sur la balance qui a prévalu au premier tour des élections ? Si déjà beaucoup d'autres candidats présidentiels ont pu bénéficier des apports de leurs tribus respectives à Kinshasa, quelqu'un peut-il m'expliquer par rapport au bloc EST-OUEST comment se sont comportés les gens de l'Est et ceux de l'Ouest pour produire la balance au premier tour entre les deux premiers candidats ? Si déjà je pense que pour produire les tendances globales de cette participation au bloc EST-OUEST à Kinshasa, il faut posséder les tendances particulières (individuelles) à partir desquelles se seraient formés les blocs dans le cas réel de ces élections, et non à partir d'une conception simple tirée de l'historicité latente et de la « quotidiennéité » manifeste du bloc EST-OUEST au congo.

Que cela veut dire ? Il y a un au-delà des élections que je suggère de prendre en compte. C'est que Kinshasa, bloc EST-OUEST et toutes les tribus du Congo doivent être analysés au sens de leur valeur électorale donnée de 25 millions parce qu'en réalité la barre se situerait largement au-dessus de deux fois le chiffre de la population en age de voter. Faute des statistiques fiables, compte tenu du taux de participations au vote et vu les limites, principalement à Kinshasa, de tendances à dégager qui de telle ou telle tribu a contribué à produire la balance obtenue au premier tour, je crois que la tendance à faire dire plus aux données en présence, c'est ce que j'appelle un faux débat électoral EST-OUEST. Elle n'est qu'une lecture politique des élections qui, si l'on y prend garde, va progressivement élire domicile dans la conscience collective au point d'annihiler un grand pas accompli par le peuple Congolais.

A mon humble avis, au-delà de ce premier tour des élections présidentielles, je constate que le peuple congolais tant meurtri, humilié, ridiculisé et oublié par la classe politique a puisé dans le peu d'élan qui lui restait pour s'accrocher, avec tous les risques que présentait cette acrobatie, au bout à peine visible de l'ascenseur plein de soi-disant leaders politiques en train de remonter vers le haut sommet de l'étage d'où ils dirigeraient et re-dirigeraient le pays sous forme des composantes et d'un nouveau nouvel espace présidentiel loin du peuple dont ils savent déjà et toujours incapable d' emprunter les escaliers pour aller demander des comptes à ces éloignés de la terre, eux qui des années durant ont confisqué l'ascenseur et se sont arrangés à faire transporter leurs familles par avion pour rejoindre le sommet en fête : tout le bonheur là-haut et toute la misère ici-bas.

Aujourd'hui, l'implication qui m'intéresse est que le peuple congolais par quelques dignes de ces fils et filles venait de décrocher un deuxième tour pour les élections présidentielles. Cette victoire est réellement celle de tout le peuple congolais qui mérite ici d'être remercié. C'est cela le grand pas accompli. Il faut donc maintenir cet acquis par une définition claire des objectifs poursuivis au second tour des élections présidentielles.

Je pose ensuite que seuls les deux candidats présidentiels ont vraiment besoin de manipuler en définitive le peuple congolais en tirant profit du faux débat EST-OUEST, en se disant être soutenu par telle tribu et/ou tel bloc au détriment de tel autre. Qui peut m'expliquer les vraies raisons des affrontements de Kinshasa au lendemain de l'annonce de la première victoire du peuple ? Ces affrontements sont une guerre au sommet de l'étage dont les conséquences ont des effets sur le bas. Au lieu de perdre du temps à chercher à savoir qui de l'un ou de l'autre a raison, je comprends plutôt que ces éloignés de la terre n'ont pas encore pris conscience du danger réel qu'ils courent : ils représentent un nom, des groupes, des tribus et non un peuple. Ils ne représentent pas une nation et ses intérêts supérieurs. Ils vivent tous au sommet. Le peuple, la nation et leurs intérêts sont restés au bas de l'étage. En place et lieu de continuer à se battre, ils doivent se sentir en danger, se taire et se préparer à affronter le peuple congolais au prochain tour du scrutin électoral à partir d'une nouvelle vision et d'une nouvelle dynamique du pouvoir dont le point du départ se situe dans l'au-delà des élections. Le contraire nous conduira toujours dans une discussion partisane où les arguments seront de nature à promouvoir de graves scissions dans la conscience populaire.

Je pense que l'implication qui m'intéresse à ce niveau est celui d'un peuple congolais qui n'a plus besoin d'un représentant d'un nom, d'un groupe ou des tribus, mais d'un représentant d'un peuple et d'une nation. Je constate qu'à l'heure où une sérieuse mutation politique au sein de la société congolaise passe progressivement la commande des institutions aux mains d'une classe de plus en plus jeune, les méthodes de gestion restent stéréotypées, la façon de réfléchir sur le Congo inadaptée. Mais dans les mêmes conditions, les mêmes causes ne vont-elles pas produire les mêmes effets ?

Si hier, c'était la complaisance, déjà maintenant et pour le futur, il faut instaurer le règne de la sanction. La vraie sanction n'a d'odeur que des objectifs qu'elle défend. Elle n'a de nom et de couleur que des objectifs qu'elle poursuit.

Je voudrais enfin poser que pour ce deuxième tour des élections présidentielles le peuple congolais conscient de ses responsabilités va faire un choix entre deux éloignés de la terre. L'unique sanction possible est de ne donner aucune victoire à l'un ni à l'autre. Il faut plutôt signer un contrat de représentation des intérêts du peuple avec l'un ou l'autre candidat, et présenter la victoire du scrutin présidentiel au peuple congolais. La victoire doit toujours appartenir au peuple. Au Congo, hier, il appartenait au candidat unique.

Si les élections sont vécues dans le sens d'une signature de contrat avec l'un ou l'autre candidat, le prochain vote présidentiel ne sera pas la victoire de l'un ou de l'autre, mais du peuple congolais qui aura retrouvé le pouvoir de confier momentanément son choix au plus qualifié aujourd'hui, demain au plus méritant de ses fils ou de ses filles à ce poste. L'important dans ce pouvoir, c'est qu'il signifie que cette confiance n'émane que du peuple congolais, et non de la communauté internationale ; cette confiance est temporaire ; elle est démocratique et s'opposera désormais à toute dictature d'où qu'elle vienne : Kabilistes, Bembistes, Mobutistes, Ngandistes, Kashalaistes, Gizengistes, Tshisekedistes, Olengaistes, Américains, Français, Belges, Sud Africains et autres.

Je ne vois pas dans cette façon de voir les choses la nécessité d'applaudir pour un candidat ou un autre. C'est cela la dépersonnalisation de la défense des intérêts supérieurs du peuple et de la nation. Toutes les fois que le peuple cède la victoire à un candidat en lieu et place du contrat de représentation ; le candidat se présente en défenseur des intérêts du peuple et de la nation. Il agit en place et lieu du peuple, personnalise la défense des intérêts et confisque le pouvoir. C'est donc le peuple qui crée ses propres dictateurs. Lors des élections, il y a toujours un contrat et victoire.

Peuple congolais, il faut apprendre à ne jamais ternir l'essentiel : présente un contrat de représentation et garde ta victoire. Quelqu'un pourra t-il survivre demain dans un contrat de représentation où le peuple veillera sur des étrangers qui tenteront de le diriger, des fils et filles du pays qui violeront les mamans, les súurs et sèmeront la mort et la désolation partout, des pilleurs et des fossoyeurs de l'économie paradoxalement présentés comme des défenseurs des intérêts du peuple et de la nation ? Plus personne ne pourra prendre les armes pour devenir vice-président et plus personne ne pourra succéder à un autre, fut-il son père, sa mère ou son frère, loin du rapport contrat-victoire.

Ceux pour qui nous allons voter ne font que représenter la nation et le peuple. La défense de ces intérêts est de la compétence du peuple. Tant que le peuple défendra ses intérêts supérieurs, il ne dépendra plus de ceux qui ne seront là que pour le représenter dans ses intérêts. Et il les choisit et les sanctionne. C'est un long processus, il faut y arriver. C'est la voie qui va rétablir le peuple congolais dans ses droits.

Au lieu de laisser le peuple congolais sous l'emprise de vaines propagandes qui vont profiter à une classe politique déjà trop bousculée pour s'approprier à nouveau l'ascenseur, il faut l'encourager à conserver ses avances et à lutter pour l'essentiel. Cela éviterait au Congo- Kinshasa des guerres politiciennes, des divisions et conflits artificiels de tout genre et la distraction quotidienne ayant toujours donné une image tronquée du peuple congolais. C'est un point de vue personnel, il peut ne pas rencontrer le point de vue des autres. C'est un débat d'idées où nul n'a tout le vrai en partage. Réfléchissons !!!!

Romain konde
Raleigh, NC
lum_romeo@yahoo.fr

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