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CARNET D'UNE VISITE AU CONGO-KINSHASA
(DERNIERE PARTIE)

Nos Derniers Jours à Kinshasa

Nos derniers jours ont été aussi riches en enseignements. Alors que nous nous préparions à quitter, nous continuions à noter sur un petit bout de papier nos impressions.

Glorification de la boisson alcoolique


Photo Kim

Quand on suit la télévision, on ne peut pas s'empêcher de constater la fréquence inhabituelle de la publicité de la boisson alcoolique à Kinshasa. Il y a une glorification mal voilée de ces produits. Les musiciens sont utilisés pour pousser leurs compatriotes à les consommer. Les grandes comme les petites vedettes y passent (Koffi Olomide, Werrason, Felix Wazekwa, Emeneya, JB M'piana, Bill Clinton, Ferre Gola…) ; tous chantent des louanges pour ces produits. Leurs concerts sont sponsorisés par les entreprises brassicoles. Ils ont tous composé des chansons pour louer la Skol ou la Primus. Aux Etats-Unis, le contenu de ces chansons-là peut mettre fin à la carrière de ces musiciens. Les panneaux publicitaires à travers la ville sont souvent produits par ces entreprises qui se rivalisent l'espace kinois. Nous nous sommes demandé pourquoi le gouvernement n'intervient pas dans le cadre de sa campagne de changement de mentalité.

Une musique impropre à la radio

Tard la nuit, il nous arrivait de suivre la radio. Certaines chaînes de radio y compris la Radio Okapi diffusent souvent des chansons Américaines non assainies pendant la nuit, contenant des termes trop impudiques. Tout y est dit : Mother F…, Sh…, Ass…., Booties…. Wh..… Etant francophones, les Congolais ne sont peut-être pas familiers avec ces termes. Ces termes sont tellement vulgaires que ces chansons n'ont pas leur place au Congo à condition qu'elles soient censurées. Ces chansons sont une agression à nos cultures Africaines. Elles glorifient la violence, la criminalité, et dégradent la femme. Même aux Etats-Unis, c'est la version propre de ces chansons qui joue à la radio.

Visite à l'Hôpital de Kintambo

De l'extérieur, l'hôpital de Kintambo paraît disposer des bonnes infrastructures. Nous y sommes allés pour rendre visite à un beau-frère qui y était interné. De près, nous avons compris pourquoi la plupart des personnes nanties et les politiciens préfèrent quitter le pays pour des meilleurs soins de santé à l'extérieur du pays. La pelouse n'est pas bien entretenue. Des toitures doivent être remplacées… Nous y avons trouvé le beau-frère dans une salle assez étroite avec une dizaine de patients. Il hurlait de douleur ; ne pouvait pas converser pendant longtemps ; mais suppliait son oncle de le sortir de là. Les patients autour de lui paraissaient être plus malades que lui. Ils nous regardaient avec des yeux qui trahissaient une grave douleur. Le beau-frère nous a dit que les gens autour de lui avaient l'air d'être prêts à mourir. Il y sentait l'odeur de la mort.

Le frère du malade nous a raconté la gymnastique qu'il a dû faire pour trouver du sang pour la transfusion et les médicaments du malade. L'Hôpital manque des médicaments, des lits adéquats, d'aération… Il est facile d'en sortir plus malade qu'on y est entré. De l'Hôpital, nous avons vu les constructions anarchiques démolies par les bulldozers du gouvernement.

Importations des habitudes occidentales

A Kinshasa et à Boma, il n'est plus étonnant de voir les jeunes Congolais s'habiller comme les jeunes Américains ou les jeunes Européens, la globalisation aidant ! Nous avons vu des jeunes avec des pantalons légèrement baissés qui laissent entrevoir les sous-vêtements à la manière des noirs américains. Nous étions très surpris de constater cette tendance. Nous nous sommes posés la question de savoir si ces compatriotes se rendaient bien compte que ce style appartenait à une certaine classe « rebelle ». Les coiffures et les styles vestimentaires occidentaux sont de plus en plus visibles dans les rues de la capitale. Même les pagnes traditionnels du pays sont parfois cousus dans un style occidental.

Retour aux USA

Nous avons rencontré une kényane à Paris. Elle est étudiante aux USA. Nous avons voyagé ensemble. Nous étions surpris de constater que malgré le fait que nous avons pris le même avion, son billet aller-retour USA-Kenya était moins cher que le nôtre. 1.000$ de différence. Comment Air France explique-t-il cette différence ? Pourtant, les billets étaient achetés au même mois (mars) pour le voyage de juillet. Nous avons pensé poser cette question à notre retour.

A l'aéroport d'Atlanta, l'officier d'immigration qui a vérifié nos documents nous a adressé de manière peu orthodoxe et avec un ton dur : «  Man, you better take those glasses off » (Otez ces lunettes, monsieur). Ne pouvait-il nous dire : « Could you please take off your glasses ? »

Aussitôt rentrés aux Etats-Unis, nous avons été absorbé par la nostalgie du pays.

Conclusion

Un voyage au pays en vaut tout son pesant d'or. L'expérience offre une autre perspective sur les réalités du pays et surtout sur la vie de nos familles. Notre périple nous a édifié et réconforté. Nous avons eu l'occasion de constater quelques signes timides de changement et des signes visibles du statu quo au pays. Mais les changements attendus prennent beaucoup de temps. Il y a encore beaucoup à faire. Le peuple attend impatiemment la réalisation des projets à grand impact social.

Par Sylvestre Ngoma *
contact@congovision.com


* Propriétaire de Congo Vision, Sylvestre Ngoma enseigne les cours de Scientific and Technical Visualization I, Scientific and Technical Visualization II, et de "Technology Advanced Studies" dans une école secondaire aux Etats-Unis. Il a enseigné dans la même école les cours de "Communications Systems", « Radio and Television Broadcasting », et « Programming and Broadcasting ». Il détient une maîtrise (Master of Science) en "Internet Strategy Management" et une licence en Pédagogie Appliquée à l'enseignement de l'Anglais de l'Université Pédagogique Nationale (UPN). Webmaster de son école, il est également chargé de la gestion de la station de télévision à circuit fermé de son école. Il coordonne deux programmes dans son école: "Core Academy Program" et "Extended Day Tutorial Program". Il est agrégé (fully licensed) dans l'enseignement de la technologie (Technology Education), "Trade and Industrial Education", et dans l'enseignement de l'Anglais comme Seconde Langue (ESL). Il a aussi enseigné le Français au School for International Training, et à Putney School (Vermont), le Web Design à Putney School et à University of North Carolina at Charlotte. Il détient des certificats en Programmation Audio-visuelle (Television and Video Production) de Brattleboro Community Television, et de North Carolina State University, en Scientific Visualization de North Carolina State University, et en New Technologies in K-12 Education de Massachussetts Institute of Technology (MIT). Sylvestre Ngoma était retenu professeur Assistant à l'Université Pédagogique Nationale (UPN). Naturalisé Américain, Sylvestre Ngoma a toujours son coeur à son Congo natal.

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