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CARNET D'UNE VISITE AU CONGO-KINSHASA
(4è PARTIE)

Voyage au Bas-Congo

La route de Kinshasa à Matadi est en bon état. Nous n'avons plus connu le calvaire d'il y a 8 ans où nous avions mis deux jours pour arriver à Kinshasa en partant de Boma. La route a été réhabilitée. Mais il faut noter que la Nationale Numéro Un est trop étroite vu le trafic qu'elle abrite chaque jour. Le Congo a besoin d'autoroutes et pas de routes minuscules comme celle-là.

Le bus qui nous a conduits à Matadi appartenait à une compagnie dénommée DL.com. Il était climatisé ! Nous l'avions pris à Limete. Dans ce bus, on a servi du coca, du poulet et de la chikwangue à tout le monde. Du jamais vu ! Cela faisait partie de notre billet qui s'élevait à 20$ américain.

Quelques Maisons en Briques Cuites à la Place de Huttes

Tout au long de la route du Bas-Congo (entre Kasa-Ngulu et Madimba), nous avions vu quelques maisons construites en briques (au lieu de huttes comme d'habitude). C'est l'œuvre d'un Congolais résidant en Corée du Sud. Cette œuvre s'inscrit dans le cadre de son projet doctoral basé sur le développement rural. Les maisons sont encore à compter sur le bout des doigts mais notons que ce projet est très louable. Si seulement il pouvait être appuyé… Le monsieur était l'invité du journal de 20 heures de la télévision Tropicana une fois. C'est le journaliste Kibambi Shintua, patron de cette station de télévision, qui l'interviewait. Ce chercheur espère que des bailleurs de fonds et même le gouvernement Congolais appuieraient son projet. Originaire du Bandundu, il a choisi le Bas-Congo pour raison de visibilité, la Nationale Numéro Un où se trouvent ces maisons étant très utilisée. Aussi, a-t-ajouté, en tant que Congolais, il peut travailler dans n'importe quelle province du Congo.

Passage à Matadi

A Matadi, la route qui va de Mpozo jusqu'au pont Maréchal était en pleine réhabilitation.

Nous avions pris place à bord d'un taxi. Nous avions trouvé un client devant et un autre derrière. Avec notre frère et nous-mêmes, il y avait déjà trois personnes derrière. Nous n'attendions plus que le chauffeur démarre. Il nous a dit qu'il attendait un cinquième client. « Et le 1+3 ? », nous lui avons demandé. « Na nzela oyo, to zo continuer ko mema 4 na sima », a-t-il dit. Il n'y avait, certes, plus d'espace pour une quatrième personne derrière. Il continua d'attendre jusqu'au moment où notre frère en a eu marre et a proposé de payer pour l'espace d'un quatrième client, pour éviter que nous nous coffrions comme des sardines dans une boîte  ! Enfin, il démarra et quitta le parking.

Au Pont de Matadi, les chauffeurs payaient leurs frais et recevaient des quittances en bonne et due forme. Avant la traversée du pont, un agent de sécurité en tenue civile est venu nous demander de lui montrer nos pièces d'identité. Nous lui avions fait savoir que nous étions tous de Bana Mboka. « Soki tozali biso nionso bana mboka, esengeli to yebana », a-t-il renchéri. « Ata mua bière ya pamba, ba patrons ? », un des clients lui a glissé 200 franc congolais et il nous a laissé partir.

La route qui va de Matadi à Boma est, par contre, dans un état piteux. Elle est parsemée de trous. Les chauffeurs sont souvent forcés de réduire considérablement leur vitesse pour essayer de les éviter. Ceci a pour conséquence d'allonger le temps du voyage. Le chauffeur de taxi qui nous a pris à Matadi ne semblait pas être préoccupé par l'état de la route. Il disait qu'il devait faire « deux ba bords » ce jour-là en dépit du fait qu'il faisait déjà tard. Par « deux ba bords », il voulait dire « deux courses aller-retour Matadi-Boma ». Quand il arrivait dans un village où il y avait un nombre important de paysans sur la route, il ne réduisait pas sa vitesse. Il klaxonnait de manière répétée et allait droit vers les paysans. Nous lui avons recommandé de réduire sa vitesse. Il refusait de suivre notre recommandation.

Un petit incident à signaler lors de notre retour de Boma. Ce soir-là, le chauffeur du bus qui nous conduisait avait payé ses frais mais un militaire qui y faisait la garde voulait absolument qu'il donne un petit pourboire. Un autre soldat qui y faisait la garde aussi s'y est opposé. Alors que les deux soldats s'étaient engagés dans un échange verbal violent, notre bus était immobilisé là pendant plus de cinq minutes. Nous craignions que les deux soldats se partagent des coups de poing et pourquoi pas de fusil. L'un d'entre eux disait, « na ko panza yo, ozo sakana ngai ? ». Finalement, le « bon soldat » nous a fait signe de partir. Il a levé la barrière et nous avions quitté cet endroit, soulagés de n'avoir pas eu le malheur d'assister à une confrontation entre militaires armés!

Boma, Une ville qui s'effondre

Un taxi à Boma Deux Bomatraciens dans un Restaurant

L'accès à la ville de Boma est assez difficile. La route de Kinzau-Vuete à Boma est difficilement praticable. Les nids de poules s'imposent en maîtres.

Nous avions trouvé une ville en déliquescence, une ville oubliée. Juste à la sortie du port de Boma (en plein centre ville), l'asphalte n'existe presque plus. La poussière provoque des cas d'asthme chez les Bomatraciens. Cela est dû au fait que les routes ne sont pas asphaltées ou sont couvertes de terre. Les écoles (Ecole de Kalamu, IKA…) ne sont pas épargnées puisque les véhicules déversent des tonnes de poussière sans que les autorités s'en inquiètent. Mûrs, tôles et salles de ces écoles sont couverts de poussière. La route qui conduit à l'évêché n'est plus bitumée ; elle est en terre rouge. Que c'est pénible de s'y rendre au passage des véhicules. Et dire qu'il y a un cybercafé juste à côté ! Nous étions couverts de poussière lorsque nous sommes allés visiter le cybercafé situé non loin de la première église catholique du Congo. Nous avons éprouvé de peine à trouver un restaurant décent en plein centre-ville à Boma.

Un enseignant à Boma Un taxi à Boma

Avant notre départ pour Boma, nous avions suivi à la télévision et sur l'internet que la route Dumbi-Dinalo était asphaltée. Il y a huit ans lors de notre passage à Boma, nous avions vu évoluer les travaux sur ce petit tronçon. Huit ans plus tard, alors que des bruits sont faits autour de sa réhabilitation dans le cadre des 5 chantiers du gouvernement, cette route n'avait pas encore dépassé le quartier Lukubu. La partie asphaltée se limitait à l'Avenue Nganda Tsundi. It's a pity  !

Ecole Lisala et Institut Kiveve

Le plus dur était à venir. La visite de notre école primaire Lisala (école catholique) s'est terminée en larmes. Nous avons vu une école en déliquescence. Une des salles de classe comporte un trou si grand que les animaux comme les personnes peuvent y entrer sans autorisation à n'importe quel moment de la journée ou de la nuit. Arrivé sur le lieu, nous nous sommes demandés pourquoi on n'y plante pas quelques arbres. Les élèves ne peuvent même pas s'abriter. Les salles de classe sont tellement démunies que les enseignants n'ont presque rien comme ressources.

Le même constat était fait lors de notre visite de l'Institut Kiveve situé dans l'enceinte de la Paroisse Boma II. Ces deux écoles catholiques qui ont formé des prêtres, des avocats, des enseignants, des ingénieurs, etc. sont aujourd'hui l'ombre d'elles-mêmes. A quand les vrais investissements dans l'enseignement public dans ce pays ?

Cimetière de Kikuku

C'est ici que repose notre cher frère L'entrée principale du Cimetière de Kikuku

L'objet principal de notre visite était de rendre hommage à nos regrettés mère et grand-frère décédés en notre absence du pays. Nous avons visité le Cimetière de Kikuku où reposaient leurs corps. Malgré la présence d'une dizaine de travailleurs trouvés sur les lieux, ce cimetière inspire la pitié. Son entretien laisse à désirer. Une dense savane l'engloutit. Rien de comparable avec ce que nous avions vu il y a quelques années. Des cimetières bien entretenus, ce qui témoignait du respect des vivants aux morts. Retrouver les tombes de nos défunts fut un exercice difficile. L'herbe n'est pas coupée. Les voies de passage n'existent plus. Nous nous sommes forgés un chemin dans l'herbe sauvage. Et qu'adviendrait-il si on coupait cette herbe ? Nous ne demandons pas qu'on y plante de la pelouse ou des fleurs comme ici mais ne peut-on pas le rendre visible ?

A Kinshasa, nous avions visité le Cimetière de Kinsuka, le constat est le même. L'herbe est indomptable. Elle prend l'ascendance sur les tombes. Et là d'ailleurs, des constructions anarchiques y sont érigées.

Des pierres tombales en vente Des pierres tombales en vente

L'électricité à Boma

A Boma, ville située à quelques kilomètres du Barrage Inga, on croirait que les maisons utilisaient une autre source de courant que les autres villes. Dans certains quartiers de zones de Kabondo et de Kalamu, il est difficile d'utiliser le courant électrique. La lumière est tellement faible qu'on a l'impression d'avoir affaire à des vieilles piles RayOvac presqu'épuisées qui font fonctionner les lampes. En dépit de l'électricité, certaines maisons ont besoin de lampes à pétrole pour permettre aux occupants de travailler nuitamment.

L'activité touristique aux oubliettes

Voilà comment le tourisme est encouragé au Congo. Boma fut la première capitale du pays. Mais cette ville ressemble plus à un village plutôt qu'à une ville. Les vieilles routes qui nous ont vus naître et grandir (au Quartier Carrière, Seka Mbote, Couvent, Réservoir, Ngiengie…) disparaissent dans l'indifférence du pouvoir public. Les véhicules ne peuvent plus arriver à certains endroits. Et pourtant, cette première capitale de la République Démocratique du Congo regorge de beaux sites touristiques : le Baobab de Stanley, la première église catholique du Congo, le Mont Kinsundi où habitait le feu président Kasa-Vubu, sans compter la faune et la flore de cette ville.

Il n'y a pas de moyens de transport en commun dans la ville de Boma. Les gens font les pieds presque partout. Il y a des taxis mais qui n'arrivent pas dans plusieurs coins de la ville faute de route.

Retour à Kinshasa

Nous avions pris un bus pour retourner à Kinshasa. Nous avions payé 10.000 FC par personne. Dès que le bus a commencé à quitter l'arrêt, le propriétaire a demandé à l'aide-chauffeur de dire une prière et de faire chanter les clients. Le monsieur a avoué qu'il ne savait pas le faire. La patronne a gueulé sur lui. Ce dernier a tout de suite entonné une chanson qui était tout de suite récupérée par les clients.

Et soudain, tout le monde chantait et applaudissait. Un homme s'est levé et s'est présenté comme pasteur oeuvrant à Kisantu. Il a improvisé une prière et une petite séance d'évangélisation dans le bus.

Ce bus a connu une panne vers Kinzau Mvuete. Nous sommes tous descendus. Nous avions assailli la nature pour nous soulager.

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