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CARNET D'UNE VISITE AU CONGO-KINSHASA
(3è PARTIE)

Quelques Impressions des Kinois

Nous avons recueilli quelques impressions des compatriotes sur le nouveau gouvernement et sur les autres autorités du pays. Les réponses étaient divergentes. Tout dépendait d'une personne à une autre. Les opinions restaient divisées comme nous le notons dans les propos suivants :

- « A l'entrée du gouvernement en fonction, nous avions cru que le gouvernement allait travailler très sérieusement. Nous attendions des changements rapides. Mais les choses tardent à venir… ».

- « Les choses commencent à changer. Si les changements continuent à cette allure, nous n'aurions plus besoin de Bemba. »

« Voyez-vous comment les routes n'existent plus ? Comment voulez-vous que nous soutenions ces gens ? »

- « Gizenga n'arrive même pas à payer la compagnie qui a réalisé les travaux de réfection de son propre bureau, comment voulez-vous qu'il s'occupe de la population. L'Est du pays n'est pas son affaire. Ca brule là…vous l'avez déjà entendu dire un seul mot là-dessus ? »

« Nos autorités ne parlent pas….ni Gizenga ni le Chef de l'Etat ne s'adresse à la population. » 

« Joka a leki bango »

« Petit wana aza muana mboka te ».

« Beaucoup de gens éprouvent un grand respect pour le Vieux (Gizenga). Mosala nde... maloba te ».

« Le vieux est fatigué. Il est dépassé par les événements ».

Les Services de l'Etat

Il y a des signes visibles que le gouvernement essaie de travailler dans un contexte difficile. Quelques marchés ont été réhabilités ci et là (comme celui de l'UPN), des constructions anarchiques démolies à travers la ville de Kinshasa, une campagne de changement de mentalités, quelques routes réhabilitées à travers la partie du territoire national que nous avons visitée, quelques écoles ont été réhabilitées, etc. Nous avons observé certains changements : port de ceinture de sécurité, trois personnes dans un taxi, moins de passagers dans les taxi-bus, moins de bousculades dans les arrêts de bus, etc. Mais pour combien de temps ?

Il y a encore beaucoup à faire. Les services de l'Etat doivent être plus efficaces. Imaginez les bureaux de communes où tout se fait encore à la main. A titre d'exemple, le bureau de la commune de Ngaliema n'a pas d'ordinateurs ! Il faut informatiser les services de l'Etat en commençant par l'aéroport de Ndjili, les bureaux de communes, etc.

La Division Nationale de l'architecture offre un visage triste. Les architectes doivent travailler dans des conditions meilleures que celles-là. Cette division doit être équipée et modernisée. La plupart de travaux se font encore à la main. A ce rythme, combien de projets les architectes peuvent-ils accomplir en une semaine ? Et dire que c'est la Division Nationale ! Au fait, la reconstruction du pays doit commencer par le Ministère des Travaux Publics, Infrastructures et Reconstruction. Les bâtiments qui abritent ce ministère ont besoin d'une réhabilitation.

Peu de fonctionnaires vivent de leurs salaires. Ils font de gymnastiques impossibles pour survivre. Les "coops" sont monnaie courante au pays.

Malaria

Nous avions fait une petite crise de malaria à Kinshasa en dépit du fait que nous prenions une cure préventive. Nous avions été conduits dans un centre de santé non loin de la maison. Le diagnostic du personnel médical était sans équivoque : un taux de malaria plus. Nous avions pris soin d'acheter les médicaments sur place et les avions pris à notre retour aux Etats-Unis.

Tapages Diurnes et Nocturnes

Certains bars et certaines églises de réveil utilisent un système de sonorisation qui vous force à suivre les chansons ou les prédications. Jour et nuit, les bruits vous assaillent. Les espaces pour une relaxation silencieuse, une concentration ou une simple lecture sont de plus en plus rares à Kinshasa.

Sécurité et Insécurité

Deux soldats à Boma

Les soldats et les policiers acculent moins la population. En 1999, ils étaient partout surtout la nuit et harcelaient la population constamment. Les barrières de jadis sur la Nationale n°1 n'existent plus. Contrairement à notre dernier voyage, nous avions vu moins de soldats en circulation. Cependant, ce qui nous a écœuré, c'est la présence dans certains restaurants, nganda kabri , etc. des soldats amputés qui demandaient de l'aide. Ils étaient en uniforme militaire. Nous nous sommes demandé s'ils seraient aussi polis la nuit. Pourquoi le gouvernement ne les prend pas en charge ? Ils disaient qu'ils avaient participé à la guerre de l'Est du pays. Pour se rendre compte de cela, il suffit d'aller à Kintambo Magasin. Un des soldats avait une jambe dans un état tellement piteux (avait l'éléphantisme) qu'il inspirait pitié et forçait votre charité.

Cependant, la famille nous recommandait de rentrer à la maison avant 22 heures. Quelques hommes en uniformes sèment la désolation une fois la nuit tombée. Il y a insécurité tard la nuit dans cequartier-là, nous a-t-on dit. Ils dévalisent les passants. Un monsieur qui habite derrière nous est rentré chez lui en petite tenue. Les soldats venaient de tout lui arracher : portable, habits, montre, etc. Aussi, avions-nous suivi à la télévision ce qui était arrivé à quelques familles habitant le quartier Cité Verte non loin du Camp Badiadingi dans la Commune de Selembao. Les soldats ont dévalisé quelques maisons et ont tué un occupant. Ils ont emporté quelques biens matériels. A Boma, nous nous promenions parfois jusqu'à 23 heures sans être inquiétés.

Grand Hôtel de Kinshasa (Ex. Hôtel Intercontinental)

Une vendeuse et deux clients
Une servante en uniforme

Nous avons effectué un petit tour au Grand Hôtel de Kinshasa. A l'entrée de l'Hôtel, il y a eu des pancartes de concerts. Nous avions passé quelques minutes à voir les produits pharmaceutiques et cosmétiques. Les prix étaient exorbitants. Nous avions pris place dans un restaurant à côté d'une piscine et d'une coulée d'eau. Des gens y passaient se faire photographier. Y compris un jeune couple marié. Habillées en uniformes, les servantes assuraient leur service de manière impeccable. Elles étaient d'une grande gentillesse.

Rencontre avec She Okitundu

Pendant que nous causions, quelqu'un nous a dit : « Voilà She Okitundu !  Le connaissez-vous? ». Nous l'avions suivi à la télévision et avions lu des articles sur lui mais ne l'avions jamais rencontré. Nous avions décidé d'aller le saluer. Nous sommes allés à sa rencontre. Il s'est retourné. Avant même que nous ayons eu le temps de nous présenter, il continuait son chemin à petits pas dans une indifférence déconcertante. Méfiant, peut-être se rappelait-il les mésaventures de Londres. A notre salutation, il répondait par un « Enchanté de faire votre connaissance » sans devoir s'arrêter. Hébété, notre compagnon qui est Professeur d'université s'exprima en ces termes : « Ces gens n'ont pas de manières. Même s'il ne vous connaissait pas, c'est vraiment de cette façon qu'on parle à un compatriote? ». Quelques instants plus tard, il accordait une interview à une station de télévision.

Nous avions pensé contraster cette expérience avec notre rencontre avec l'ancien gouverneur de l'état de Vermont aux Etats-Unis, Howard Dean. C'était lors d'un défilé un certain 4 juillet 1997. On nous a présenté au gouverneur qui était entouré de plusieurs personnes. On lui a dit que nous étions Africain. Il nous a parlé comme s'il nous connaissait avant, avec intérêt et simplicité. Au Congo, détenir une parcelle d'autorité signifie se considérer différent du reste des humains, devenir une sorte de « superhumain ».

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