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CARNET D'UNE VISITE AU CONGO-KINSHASA (Iè PARTIE)

Par Sylvestre Ngoma

Notre récent séjour de trois semaines en RDC intervient après huit ans. Ce séjour était motivé par une raison particulière : celle d'honorer notre mère et notre frère aîné décédés en notre absence.

L'occasion faisant le larron, il nous a semblé important de présenter un portrait socio-économique du pays. Ce portrait est peut être subjectif mais révèle une façade des réalités congolaises. Il est le résultat de nos observations et reflète l'état d'esprit des personnes que nous avons rencontrées.

Départ des Etats-Unis

Nous sommes partis des Etats-Unis un lundi du mois de juillet 2007 en passant par Paris en France pour atteindre Kinshasa un jour après. Ce long voyage a été riche en enseignements.

Petit Incident à l'Aéroport Charles-de-Gaulle

Nous voulions acheter une carte téléphonique à l'aéroport Charles de Gaulles. Question de confirmer à la famille que nous avions bel et bien quitté les USA. Renseignements pris, un petit magasin nous fut indiqué non loin de là où nous attendions le vol.

Arrivé sur le lieu, deux françaises noires étaient de service. Nous avions demandé d'acheter des cartes téléphoniques. Pour toute réponse, un lourd silence. Nous étions les seuls clients dans ce kiosque. Les deux vendeuses continuaient leur conversation ne semblant pas faire attention à notre présence. Nous avions demandé une deuxième fois si elles avaient des cartes téléphoniques. D'un regard foudroyant, la plus âgée nous demanda si nous nous adressions à elle car, nous a-t-elle dit, peut-être que nous parlions à nous-mêmes ou nous parlions sur un téléphone portable. « Oui, bien sûr », avions-nous répondu. Bien évidemment, nous n'avions pas de téléphone portable sur nous. Puis sur un ton autoritaire, elle lança « Quand vous entrez dans un magasin, monsieur, la première chose à faire est de dire bonjour aux gens que vous trouvez avant de demander ce que vous cherchez. » La leçon de civisme nous a quelque peu pris de court. Nous avions demandé si elles faisaient la même demande à tous leurs clients. Elles ne semblaient pas vouloir nous répondre. Elles continuaient à parler entre elles.

Quelques instants seulement après, deux clients blancs ont fait leur entrée. Les vendeuses s'étaient montrées très gentilles à leur égard. Elles ont demandé ce qu'ils voulaient et les ont servis sans autre forme de procès. Nous avions quitté le kiosque.

Mecontent et déçu, nous sommes retournés voir ces dames en leur expliquant que leur comportement était incompatible à l'exercice d'une activité commerciale. Nous leur avons fait savoir qu'en Amérique, généralement, ce sont les vendeuses qui saluent les clients. La plus âgée nous a fait savoir que nous n'étions pas en Amérique. Elle est allée jusqu'à nous dire que le client n'est pas roi en France. Et que si nous n'achetions pas leurs cartes téléphoniques d'autres clients le feraient. Nous sommes sortis de ce kiosque enragés.

Départ de Paris pour Kinshasa

Après la vérification de documents administratifs, deux bus nous ont transportés au lieu où était l'avion. Nous devions marcher et monter de longs escaliers pour prendre place à bord de l'avion d'Air France. Aussi avions-nous demandé aux travailleurs d'Air France pourquoi les choses se passaient de cette façon. Que se passerait-il pour des passagers en « chaises roulantes » ? Ils auraient eu énormément de problèmes, leur avions-nous fait remarquer.

Retardé pour des raisons techniques, le décollage de notre avion a eu lieu vers 11 heures du matin. Dans ce vol de Paris à destination de Kinshasa, un nombre important d'Européens avaient pris place à bord. On pouvait voir des adolescents, des enfants, des adultes. Tous avaient une raison d'aller au Congo. Les Congolais y étaient également bien présents. On pouvait pressentir leur anticipation de revoir les membres de leur famille. Certains d'entre eux n'avaient plus visité le pays depuis au moins 20 ans. Les spéculations allaient bon train sur l'état du pays. Dans l'avion, nous avons reconnu le propriétaire de la Radio Top Congo, Christian Lusakueno, que nous avons abordé brièvement, juste le temps d'une présentation.

A côté de nous était assis un monsieur qui avait l'air calme et posé. Médecin de son état, il nous a confié travailler au Ministère de la santé et revenait d'un séminaire de travail en Suisse. C'est lui qui nous a confié que l'homme (qui voyageait en business class) avec qui il a parlé était le Vice-ministre de l'intérieur. Nous étions en « economy class ».

Tout le long du voyage, nous avions passé le temps à lire les journaux français et anglais trouvés dans l'avion, à suivre la carte du vol, à écouter la musique africaine, à regarder quelques films que projetait la chaîne de la compagnie Air France, et à lire un livre sur Wole Soyinka que nous avions emmené. Nous avions apprécié le bilinguisme du pilote et d'une hôtesse.

L'Aéroport International de Ndjili

Avant l'atterrissage de l'avion, un compatriote assis à côté d'une fenêtre et non loin de nous lança : « Voulez-vous voir un signe que nous sommes arrivés à Kinshasa ? Jetez un coup d'œil par là ». Il y avait un travailleur en uniforme vert (de la RVA) qui vidait paisiblement sa vessie en plein air sur le tarmac. Un petit rire s'en est suivi. Une dame s'exclama : « Ba toilettes eza te po tata monene boye aya ko suba awa ? Mawa ».

Quand l'avion a atterri à Kinshasa, des applaudissements spontanés ont éclaté dans l'avion. « Merci, Seigneur », « Que ton nom soit loué », « Sois glorifié, Seigneur » …

Descendus de l'avion, nous avons noté que l'aéroport international de Ndjili n'a pas perdu sa physionomie d'un aéroport d'un pays appauvri. Cependant, quelques différences étaient perceptibles.

Contrairement à notre dernier voyage de décembre 1999, un certain ordre était perceptible : il y avait moins de monde qu'avant. Le lieu semble avoir été débarrassé de ces indésirables. Il y avait moins d'agents de l'Etat : la RVA, l'immigration, la douane, et peut-être les agents d'un ou de deux autres services. Exception faite de quelques quatre ou cinq personnes qui portaient des « bandereaux » avec des noms des personnes qu'ils étaient venus chercher, tout le monde attendait dehors, y compris notre famille qui est venue nous chercher.

Nous avons formé deux lignes : une pour les nationaux et une pour les expatriés. Après vérification de nos documents, nous nous sommes dirigés vers l'endroit désigné pour récupérer nos bagages. Il faut dire que cet endroit est assez étroit. Voilà pourquoi l'idée d'un nouvel aéroport international est encourageante. En dépit du fait que seuls les voyageurs avaient accès à cet endroit, l'étroitesse du lieu rendait difficile le repérage de bagages.

Après plus d'une quarantaine de minutes, nous avions retrouvé deux mallettes sur trois. Lorsqu'on a annoncé la fin de l'opération de récupération des bagages, nous n'avions toujours pas récupéré notre dernière mallette. Les agents de la RVA nous ont demandé de donner nos coordonnées et de repasser le lendemain pour voir si notre mallette pourrait se retrouver dans le prochain vol. Une dizaine de voyageurs étaient-là, inquiets comme nous, interrogeant les agents en service au sujet de leurs bagages. Nous craignions perdre notre mallette. Avec l'aide d'un agent de la RVA, nous l'avions vue au milieu de cinq autres mallettes qui attendaient leurs propriétaires ! Nous l'avions récupérée ! Thank God !

Départ de l'Aéroport International de Ndjili

Aidés par les agents de la RVA, nous quittions l'aéroport lorsque les agents de la douane nous ont obligés d'ouvrir chacune de nos mallettes. Pendant qu'ils fouillaient notre sac à main (carry-on) , un agent nous a soufflé à l'oreille qu'il suffisait de leur remettre quelque chose pour qu'ils nous laissent partir. Nous n'avions pas voulu encourager cette pratique. Nous n'avions rien à cacher. Une longue fouille de fond en comble venait de commencer lorsque les agents de la douane nous ont lancé : « boza bana mboka, bokanisela biso kaka…ata moke ». Puis, soudain, ils ont interrompu la fouille. Nous les avions encouragés à continuer leur fouille. Ils nous ont répondu : « te, bokoki kokende mais bo kanisela biso kaka ». Curieusement, ils nous ont poursuivis jusqu'à la sortie de l'aéroport pour demander leur pot de vin. « A ta 10 dollars ya pamba, chef ».

En quittant l'aéroport vers 20 heures, on est frappé par l'obscurité et les embouteillages le long du Boulevard Lumumba. Des routes empruntées par le chauffeur sont en mauvais état. La grande surprise est venue de la route qui mène de Kintambo Magasin vers Kinsuka Pompage. L'unique route asphaltée de Kinsuka est également dans un état de délabrement avancé jusqu'au niveau de la vieille résidence du feu Président Mobutu à Mont Ngaliema. Du reste, une érosion commençait à ronger cette route. Cet état des choses ne pouvait que susciter la tristesse, l'indignation et la colère. Needless to say , nous étions très mal à l'aise. Ce genre de gymnastique n'était pas souhaité après trois vols de plus ou moins 20 heures.

Nous nous sommes interrogés : comment une zone d'une telle importance pour l'économie du pays peut manquer de bonnes infrastructures routières. Pour rappel, c'est dans cette zone que se trouve une usine de la Regideso, la Brikin, la Carigres, la Safricas, la CPA, etc. En face de la résidence de Mont Ngaliema de feu Mobutu qui est aujourd'hui plongée dans une végétation sauvage, se trouve un terrain encore vide le long du fleuve faisant face à Brazzaville. Sous d'autres cieux, un tel terrain serait transformé en un centre hôtelier ou touristique gigantesque.

Foisonnement de Téléphones Portables à Kinshasa

A Kinshasa, nous étions frappés par l'abondance de téléphones portables. Tous nos vieux copains étaient joignables par portables. Dans les taxis, dans les bus, au quartier, au marché, à l'Université, au centre-ville tous avaient des téléphones portables. Leurs prix sont relativement accessibles. Ils varient entre $30 (US) à $500, nous a-t-on fait savoir.

Chaque fois que nous étions à Victoire ou en ville, on nous rappelait que nous devrions protéger nos téléphones portables. Il semble que les « chegués » arrachent ces appareils téléphoniques sans trop de peine.

Prix Elevés des Cartes Téléphoniques

En dépit du fait qu'il y a un nombre important de compagnies cellulaires au Congo (Vodacom, Celltel, Tigo, etc.), les Congolais dépensent beaucoup d'argent pour les cartes téléphoniques. Leurs prix sont exorbitants quand on considère le pouvoir d'achat de la population. Cent unités reviennent à 500-600 FC (soit plus d'un dollar). Avec cent unités, un appel local ne peut durer qu'environ 5 minutes. Ainsi, beaucoup de Kinois aiment « beeper » et attendre qu'on les appelle.

Si un Kinois décide d'utiliser 100 unités chaque jour pour 500 FC pendant 30 jours, il aura dépensé 15.000 FC (équivalent de 30 dollars US) soit 3.000 unités (donc plus ou moins 150 minutes). Donc avec $30, le Kinois qui achète une carte de 100 unités chaque jour pendant 30 jours n'aura qu'au moins 150 minutes. Le Kinois qui achète une carte de 200 unités par jour chaque jour pendant 30 jours, il aura dépensé au moins $60 le mois pour 300 minutes. Aux Etats-Unis, avec un plan de 400 minutes (plus plusieurs minutes le soir et les weekends), on dépense moins de $50. Donc, les Congolais paient plus que les Américains en ce qui concerne les cartes téléphoniques.

Le gouvernement doit sérieusement veiller sur la fixation des prix des cartes téléphoniques et des téléphones portables pour éviter que la population ne soit davantage exploitée. Aussi, le gouvernement doit-il œuvrer à promouvoir le réseau téléphonique traditionnel (avec fil). Les appels de l'étranger au Congo ne durent pas comparativement à certains pays d'Afrique comme le Nigeria, la Cote d'Ivoire, l'Afrique du Sud parce que le réseau téléphonique ne fonctionne presque pas. L'OCPT doit renaître de ses centres et émuler les compagnies téléphoniques sans fil qui œuvrent au Congo.

Médias Congolais

La diversité fait partie de l'espace médiatique Congolais. Les chaînes de radio et de télévision offrent une gamme très variée de programmes. De l'évangélisation à la politique, tout y est ! Congo Web TV, CCTV, Tropicana TV, RTNC, Groupe l'Avenir, Digital Congo TV, etc. La Chaîne de télévision Molière balançait des « nostalgies » du passé. Nous avions été « gratifié » de suivre les souvenirs du passé : « Maître Nimy Mayidika Ngimbi face à la presse belge » (le fameux débat autour du Contentieux Belgo-Congolais), « Interview du président Mobutu après le discours du 24 avril 1990 », etc.

Plus d'une quarantaine de chaines de télévision occupent l'espace audiovisuel du pays. Nous avions suivi des débats politiques entre représentants de la mouvance présidentielle, de l'opposition parlementaire, de l'opposition extraparlementaire, et ceux de la société civile.

Des radios telles que Top Congo et RTNC rivalisent d'ardeur pour se partager les auditeurs. Elles ont un rayon d'action limitée à Kinshasa puisqu'elles ne sont pas captées dans certains coins à l'intérieur du pays. La Radio Okapi a un rayon d'action plus large.

Nous avions eu l'impression que les chaines de télévisions Congolaises n'utilisent pas encore de « téléprompteur », cet appareil qui fait partie de la caméra et qui contient le texte du journaliste. Tout se fait encore sur papier et les journalistes essaient de garder leurs yeux sur les papiers et sur l'écran, un excercice parfois difficile pour certains.

A la RTNC, l'impréparation se fait parfois sentir. On propose un reportage mais il n'est pas prêt ; on propose un autre reportage, toujours pas prêt… Il faut que l'on pense à résoudre ce problème. Surtout en ce moment où les journaux africains sont repris sur l'internet. Donc, les journaux congolais sont publiés à côté des journaux du Gabon, du Congo-Brazzaville, de l'Afrique du Sud, etc. La qualité des images est tout un autre problème. Un organe de presse professionnel doit utiliser des instruments professionnels. Des caméras semi-professionnelles ou non professionnelles ne doivent pas avoir de place à la RTNC.

La presse écrite est aussi variée que diversifiée. Nous avons vu des journaux avec 4 pages. Il y a parfois des titres pompeux à la une des journaux mais qui ne sont pas soutenus par des contenus adéquats. Les journaux se vendent par des jeunes gens aux arrêts de bus, de taxis, etc. Peu de gens les achètent faute de moyens. Mais nombreux sont ceux qui les lisent. Il y en a qui lisent seulement les titres à la une.

Nous avons appris que les journalistes comme les politiciens doivent être assez prudents sur ce qu'ils disent et écrivent à propos des autorités au pouvoir. Mais disons que la diversité y est.

Les Chantiers Routiers Traînent les Pieds à Kinshasa

La route vers la Scam (ex. ELBEMA) à Boma

 

Dans certains coins de la capitale, les routes ont été réhabilitées. C'est le cas notamment du Boulevard Sendwe, de l'Avenue Kasa-Vubu, une partie de l'Avenue du 24 Novembre (aujourd'hui débaptisée), etc. Si les chantiers sont nombreux, le rythme d'exécution des travaux est très lent. Trop de routes nécessitent d'être réhabilitées. L'axe Delvaux-UPN, UPN-Selembao, Ozone (Barret)-Kinsuka, Ma Campagne (Allée Verte), Pompage (Kinsuka)-Don Bosco (un coin comportant un centre éducatif et professionnel si important ne doit manquer une bonne route asphaltée), Victoire-Yolo Nord-Yolo Sud pour ne citer que celles-là. Certaines routes de Kinshasa peuvent rendre les usagers de véhicules et les véhicules malades. Trop de trous ! Un jour, nous sommes allés de Kinsuka Pompage à l'Ozone non loin du Centre Militaire de l'Ozone. Nous avons emprunté plusieurs routes. Nous avons fini par comprendre pourquoi le chauffeur de ce taxi nous fait payer une bonne somme d'argent.

Transport Public  : 1+3 et Ceintures de Sécurité

Nous avions constaté avec surprise que les voitures (taxis ou privées) ne peuvent plus prendre plus de 4 personnes (une personne devant et trois derrière). Ce changement est positif et mérite d'être encouragé. Les chauffeurs de taxi nous disaient qu'ils seraient arrêtés s'ils ne s'y conformaient pas. Certains d'entre eux se plaignent de ne plus réaliser les mêmes recettes qu'avant.

Il y a des chauffeurs qui ne respectent pas encore le 1+3

 

Même les taxi-bus se conforment aux nouvelles exigences routières. Plus d'aide-chauffeurs perchés derrière les combis.

Nous avons noté que les chauffeurs portaient leurs ceintures de sécurité. Un chauffeur de taxi nous a confié qu'à cause de cette exigence du gouvernement, quelqu'un lui aurait volé un de ses câbles de ceinture. On a vu des ceintures de fortune et même des rétroviseurs de fortune créés par l'imagination des chauffeurs.

L'autre problème est l'état physique des véhicules. L'état de certains taxis et taxi-bus est vraiment dangereux ! Il y a lieu que le gouvernement impose une inspection obligatoire des véhicules.

Les policiers du réseau routier dirigent le trafic avec leurs uniformes jaunes et bleus. Ils tourmentent moins les chauffeurs. Mais ces derniers continuent à leur glisser quelques billets de banque à leur passage. La demande est souvent discrète et parfois suivie de menace. Nous avons entendu un policier dire à un chauffeur : « yo….zela…oko mona ». Le chauffeur lui a répondu : «Vieux,  na yebi…na kopesa».

Transport Public : Un Véritable Casse-Tête

Le grand problème observé est la difficulté de trouver un moyen de déplacement à Kinshasa. Il est vrai que la STUC et certaines entreprises privées offrent quelques services louables mais le transport public demeure encore un sérieux problème.

Le matin, l'après-midi, et le soir, partir d'un point de Kinshasa à un autre n'est pas chose aisée. Nous avions voulu vivre cette expérience nous-mêmes et nous l'avions vécue. A plusieurs reprises, nous avions pris place à bord d'un taxi, d'un taxi-bus, d'un véhicule privé (les bons samaritains, il y en a encore à Kinshasa!), etc. Quitter le centre ville entre 16 heures et 20 heures est une lutte difficile. Quitter Ndjili, Matete ou Masina le matin pour le centre-ville est un calvaire. Beaucoup de chauffeurs de taxi font ce qui est communément appelé « demi-terrains » ou proposent souvent des services express à leurs passagers. Ces services reviennent dix ou quinze fois plus chers qu'une course normale. Une course normale coûte 150 FC à 300 FC. Certains chauffeurs nous proposaient jusqu'à 10.000 FC. Nous payions 2.000 FC à 3.000 FC. Nous étions plus d'une fois bloqués à Kintambo Magasin et à Victoire le soir attendant un taxi ou un taxi-bus pour Kinsuka. Quitter Kinsuka le soir n'est pas facile.

Pendant les heures de pointe, il y a un bouchon impitoyable sur le Boulevard du 30 juin au centre ville. Nous avions vu des véhicules passer à côté des routes empruntant les chemins réservés aux piétons… Alors que nous étions dans un taxi, nous avions vu plusieurs véhicules faire un dépassement à droite, au-delà de la route. Un bus STUC était parmi ces véhicules. Le chauffeur cherchait sûrement à gagner du temps avec cette manœuvre. Mais celui qui nous conduisait s'en était étonné. Il en était même fâché. « Ce chauffeur est un voyou », a-t-il lancé à haute voix. « Comment peut-il conduire là ? ». La STUC nous a dépassés au niveau du Building de la Régideso sur le Boulevard du 30 juin…nous laissant une boule de poussière, sans pitié.

L'Evangélisation dans les Bus

Le phénomène d'évangélisation dans les bus n'a pas cessé. Bien au contraire, il prend de l'ampleur. Nous avions vu des « pasteurs » ambulants prêcher la bonne parole avec des mégaphones. A haute voix, ils faisaient chanter les passagers de bus et attendaient d'eux un refrain d' « amen » à chaque « ALLELUIA ? ». Et bien entendu, ces pasteurs connaissaient bien les arrêts de bus ; ils savaient à quel point la récolte des offrandes devait commencer. Un petit panier circulait. Et voilà ! Offrandes récoltées, on attend le prochain bus.

UN Charlatan dans un Bus

Dans le bus qui nous ramenait de l'UPN au Grand Marché, nous avions vu un monsieur distribuer un « flyer » faisant la publicité des maladies qu'il guérissait. Beaucoup de maladies y étaient citées : impuissance sexuelle, hémorroïde, stérilité, etc. Par curiosité, nous avions demandé au monsieur sa spécialité. Nous voulions savoir d'où il tirait le pouvoir et l'autorité de traiter toutes ces maladies. Il avait vu venir notre scepticisme. Il n'était pas prêt à nous laisser l'embarrasser face à un public qui le suivait religieusement et envisageait de lui rendre visite à son lieu de travail. Il leur promettait déjà une réduction de $5 s'ils amenaient le flyer qu'il venait de leur donner. Ne voulant pas être embarrassé, il nous lança avec colère : « Monsieur, vous avez affaire à quelqu'un qui se tient devant les étudiants à l'Université. Je suis économiste de formation. Il ne faut pas blaguer avec moi. » Nous lui avions demandé quels atouts il avait en tant qu'économiste de formation pour guérir toutes ces maladies; il nous a dit qu'il ne fallait pas être borné à un seul domaine comme beaucoup de compatriotes. Il faut, a-t-il poursuivi, être capable de faire beaucoup de choses…la médecine traditionnelle est très puissante, a-t-il conclu. Le ton de sa voix ne nous a pas permis de continuer la conversation, il s'est senti blessé dans son amour-propre et répliquait avec courroux. Nous lui avions fait savoir que cette population était déjà démunie et qu'il ne fallait plus l'amener par des tromperies à liquider le peu qu'elle avait. Nous nous sommes tus après et il a fait la même chose. Ce qui a ramené le silence dans le bus. Il n'avait plus « prêché » sa bonne nouvelle jusqu'à notre descente à Kintambo.

Stations d'Essence

Nous avions noté l'installation de quelques stations d'essence dans quelques quartiers de Kinshasa. Certaines stations sont un peu plus modernes que celles que nous avions vues avant. Des agents en uniforme sont là pour s'occuper de la clientèle. Dans certaines stations, les agents demandent aux usagers des téléphones portables de les éteindre afin d'éviter semble-t-il, tout risque d'incendie.

Dans une station d'essence, Cobil, à Kintambo Magasin, nous avions été témoin d'un petit incident. Une jeune dame d'une vingtaine d'années communiquait avec quelqu'un par portable alors que la dame était non loin d'une station service. Un travailleur en uniforme est venu précipitamment vers elle pour lui demander d'éteindre son portable parce que c'était dangereux de l'utiliser à cet endroit. La dame ne semblait comprendre la raison. Face à l'insistance du travailleur de Cobil (anciennement connu comme Zaïre Mobil), la dame fixa l'homme d'un regard diabolique avant de lui demander de la laisser tranquille. Un autre passant demanda : « au fait, même moi, je ne comprends pas pourquoi on doit fermer les portables à côté d'une station d'essence ». Un monsieur leur a dit qu'il y aurait eu un incendie terrible dans une station d'essence à Lemba.

Nous sommes intervenus pour faire voir au monsieur qu'il était important qu'une campagne de sensibilisation sur les effets incendiaires de l'émission des rayons électromagnétiques non loin d'une pompe à essence soit lancée. « Pourquoi n'avez-vous pas un grand panneau ici pour avertir les passants plutôt que de courir derrière tout passant qui viole la règle ?  », leur avions-nous demandé.

La Monnaie

Le taux d'échange du franc congolais est demeuré stable (1 $US---495 FC) lors de notre séjour. Les cambistes échangeaient notre argent à 480 FC pour un dollar américain.

Signalons en passant qu'il y a maintenant plus de cambistes au pays qu'avant. Il y a lieu de se demander quand ce phénomène prendra fin au Congo. Apparemment, on s'en accommode bien.

Le franc congolais se présente en plusieurs états. Les nouveaux billets ne sont pas nombreux parmi la population. La plupart des billets que nous recevions des échangeurs de monnaie, des taximen, des commerçants, etc. étaient déchirés et recollés ou étaient en mauvais état. Il faut que le gouvernement institue une politique de protection de la monnaie. La présentation de la monnaie reflète l'état de la santé du pays. Une monnaie trop en lambeau ne fait pas honneur au peuple qui l'utilise.

Le Dollar Dévalorisé ou des Critères d'Evaluation Propres aux Congolais

Nous n'avions pas pris soin de sélectionner minutieusement les billets de dollar américain que nous avions emmenés. A Kinshasa comme à Boma, les commerçants et les « cambistes » refusaient certains billets de dollar. A Boma, les billets de $50 qui n'étaient pas rouges n'étaient pas acceptés! Ils n'acceptaient que la « nouvelle série » de billets de $50 (rougeâtre). Ils n'acceptaient pas les billets qui dataient de longtemps ou qui avaient quelques égratignures, qui portaient des écrits, ou qui étaient un peu déchirés. Par contre, ils acceptaient le franc congolais à n'importe quel état. Pour échanger ces billets de dollars, il fallait accepter de perdre. A Money Trans à Kintambo Magasin, où les agents n'ont pas été initiés à la courtoisie professionnelle vis-à-vis des clients, nous voulions effectuer un transfert avec des billets de $50, les agents avaient refusé notre argent. Ils nous ont montré quelques égratignures sur notre argent que nous avions difficile à voir. Alors que cet argent nous a été remis par une banque américaine, au pays, ils ont leurs propres critères d'évaluation de la monnaie américaine.

Au Grand Hôtel de Kinshasa (Hôtel International), le produit « Clean & Clear » qui coûte $4.99 aux Etats-Unis revenait à $16.

L'Electricité à Kinshasa

L'électricité est un grand problème au pays. A Kinsuka, nous n'avions jamais eu du courant toute la journée. Des coupures intempestives et toutes les conséquences prévisibles sur les appareils électriques. Le courant partait et revenait sans crier gare ! Quand le courant revenait le soir, les enfants et même les adultes poussaient des cris de joie : courant e ye eeee !

Le délestage est une réalité que nous avions vécue à Kinshasa. Lorsqu'une partie du quartier est alimentée, les voisins s'arrangent pour bénéficier du même courant.

Ca et là, à Kinshasa, on observe des nouveaux fils électriques. Tout en saluant cette initiative, nous avions noté avec désarroi que certains fils sont laissés à découvert. Qu'est-ce qui arrive quand il pleut ? Nous avions posé cette question à un ingénieur. Il nous a dit qu'il est dangereux de marcher sous ces fils électriques quand il pleut. D'ailleurs, une femme a été électrocutée à Malueka, nous a-t-il dit.

Feux de Signalisation

Nous avons vu quelques feux de signalisation sur certaines artères de la capitale Kinshasa. Ils sont encore sporadiques. Ils n'arrivent pas à résoudre les problèmes de bouchons à travers la ville. Un chauffeur de taxi qui a décidé de passer outre le feu rouge nous a dit qu'il ne respecte pas ces feux. Il le fait seulement quand il voit des policiers aux environs. Selon lui, ces feux créent de l'embouteillage ! Les feux de signalisation ne vont pas agrandir la chaussée.

Des Cybercafés

A Kinshasa, à Matadi et à Boma, il y a des cybercafés. Kinshasa a plusieurs cybercafés (à Victoire, à la Gombe, à Kintambo, à Kinsuka, etc.) A Kinshasa, ces cafés voient souvent plusieurs utilisateurs. Ils consultent des sites web pour lire l'actualité, vérifier leurs courriels, ou faire la recherche… A Boma, les internautes y vont souvent pour consulter les courriels. Le prix est de 100 FC pour 10 minutes.

>>> Visites des Campus Universitaires !

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