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NOTES DE LECTURE

Marie-France CROS et François MISSER, Géopolitique du Congo (RDC), Editions Complexe, 2006 - ISBN 2-8048-0071-7

Petit ouvrage dont le format le rend facilement consultable et transportable, écrit dans un genre journalistique à l'écriture séduisante et facile à lire, l'ouvrage est un petit b.a.-ba sur le Congo-Kinshasa, sur son histoire, sa géographie et surtout ses problèmes politiques actuels. Car, ce pays est lui-même problème et problématique. Sa superficie, sa position géostratégique sur le continent, ses ressources naturelles et son histoire. Puis, en lisant cet ouvrage, une seule vérité devient évidence : ce sont les richesses naturelles de ce petit continent qui suscite la convoite de plus d'un aventuriers et sont la vraie cause des guerres actuelles. On vit le retour des prédateurs pourquoi la misère du peuple ne figure pas sur leur agenda. Tout le monde vient y puiser. Non pas seulement les voisins rwandais et ougandais, mais même le Zimbabwe et surtout les grandes compagnies mondiales du Canada, des Amériques, de l'Europe et surtout, soulignent les auteurs, ce sont les asiatiques qui sont les nouveaux acteurs sur terrain et font une percée vertigineuse. Le diamant du Kasaï au centre du pays, l'or de Kilo-moto au nord-ouest, le cuivre du Katanga, mais il y a aussi le bois, l'eau, etc… tout semble devenir un des enjeux de la déstabilisation du pays. Fait nouveau dans ce tableau, la Coltan dont le Congo détenait en 2003 à peu près le 15 % de la production mondiale, mais aussi le 80 % des réserves mondiales. « Le Congo est, de surcroît, un acteur majeur sur la marché de la columbotantalite (Coltan) ou niobium, qui entre dans la fabrication des téléphones portables, des ordinateurs, et dans la fabrication des missiles propres à percer les meilleurs blindages » (pg. 24). Ce minerai, ajoute les auteurs, est considéré comme stratégique par le Pentagone. Le Congo devient dès lors une terre propice aux réseaux mafieux prenant avantage de la situation d'Etat non-Etat.

Le Congo, pour les auteurs, est un pays des scandales : scandale géologique légendaire, scandale d'une guerre avec la participation de plus de neuf armées des pays indépendants, scandale énergétique découlant de son scandale hydrographique dont les ressources et réserves d'eau sont convoitées par les pays du Sahel. Est-ce déjà le Congo qui passe de la charnière de la guerre froide à la prochaine guerre des eaux ? Même l'agriculture et la biodiversité sont aussi de vrais scandales (pg.30).

Au milieu de cette mosaïque des peuples, des cultures, d'une histoire sociopolitique aussi imprévisible que accidentel, une seule réalité transcendent toutes les autres : la fierté d'être Congolais, d'appartenir à un espace taillé du main des maîtres du britannique Henry Morton Stanley et offert au Roi Léopold II : « C'est qu'il y a une manière de s'habiller, de marcher, de bouger qui est bien congolaise » (pg. 35). Mais, il ne faudra ne pas être dupe et oublié que par son essence, l'Etat congolais avait été crée, par les grandes puissances comme un Etat-tampon. Analysant le Congo profond, passé de l'Etat Indépendant du Congo, au Congo Belge, puis au Congo Indépendant, au Zaïre, avant de revenir au Congo de Kabila Laurent-Désiré, puis avec Joseph Kabila, les auteurs ne s'attardent pas seulement sur des statistiques et des récits, mais ils essayent de se lancer aussi dans un vrai aperçu et explication aux problèmes actuels, aux difficultés rencontrées pour faire déboucher les sept années de guerres vers un Etat démocratique, passant par des élections libres et transparentes. Car, le pays, depuis l'indépendance en 1960 est toujours en quête d'un système politique stable. Par le fait des congolais eux-mêmes, certes, mais aussi par la complexité des jeux et enjeux de la communauté internationale. Ainsi, même les accords de paix de Lusaka et l'Accord de transition de Pretoria furent loin d'avoir offert un autre espace bien balisé pour un Congo nouveau. « La formule de partage du pouvoir [le pays dirigé par un président et quatre vice-présidents, avec des ministres imposés par les composantes, avec un parlement et un sénat non-élus mais acceptés], instaurée à Pretoria, résulte donc d'un processus endogène, dans la mesure où les équilibres en ont été déterminés par les parties congolaises. Mais, compte tenu du rôle de garant que joue la CIAT [le Comité International d'Accompagnement de la Transition dont les membres sont des ambassadeurs des pays bailleurs des fonds du processus, USA, France, Grande Bretagne, Belgique], on peut aussi parler d'une transition sous tutelle, dont il n'est pas exclu qu'elle se prolonge au delà des élections, tant le système est fragile » (pg. 85). Non pas seulement que les auteurs notent qu'il existe certains particularismes congolais qui rendraient difficile la résolution rapide de l'équation, mais qui ferraient comprendre à plus d'un lecteur toutes ces difficultés. L'une des explications majeures est le fait d'une classe politique versatile et en mal d'éthique. Il existe une vraie difficulté pour les politiciens congolais à respecter une parole donnée au point d'avoir l'impression qu'il y a un vrai culte de la médiocrité dans leur for interne. « Des exemples sont légion. Les témoins des interminables rounds de négociations du Dialogue intercongolais relatent comment le camp de Joseph Kabila, pour éviter d'être mis en minorité par les rebelles, a acheté des voix du « centre mou » de l'échiquier : l'opposition politique et la société civile. Les rebelles, qui manquaient des cadres pour remplir leurs quotas de députés, sénateurs et ministres, ont recruté des individus étrangers à leur cause, attirés par la seule perspective d'obtenir un poste. Le comportement « alimentaire » d'une bonne partie de la classe politique congolaise s'est encore vérifié le 16 septembre 2003, lorsque les députés menacèrent d'entrer en grève pour obtenir un accroissement de leur traitement mensuel, alors que le personnel de l'Assemblée nationale n'était pas payé. En septembre 2005, l'acquisition de 620 4x4 Nissan achetés 22 000 dollars l'unité par les députés et les sénateurs a suscité l'indignation des Congolais. Une cérémonie organisée pour célébrer l'événement a été ressentie comme une provocation par les enseignants et fonctionnaires en grève pour obtenir des hausses de salaire et le paiement de leurs arriérés. La frustration était d'autant plus grande que pour financer ces achats, les parlementaires se sont octroyé leurs indemnités de fin de mandat, avec 10 mois d'avance ! » (pp. 93-94). En fait on vit une nouvelle génération des politiciens aux anciennes mœurs et surtout un problème réel d'un leadership vulnérable, surtout dans le chef des animateurs de l'espace présidentiel : Joseph Kabila est le taciturne, Jean-Pierre Bemba l'autoritaire, Azarias Ruberwa, le mal aimé, tandis que Yerodia Abdoulaye Ndombasi le discours de trop et Arthur Z'Ahidi Ngoma le beau parleur (pp. 95-97). Dès lors, une campagne électorale qui s'annonce mouvementée surtout avec les origines controversées de Joseph Kabila comme l'un des points chaud. « Dans ces conditions, notent les auteurs, le mystère de la naissance de Joseph Kabila a, de facto, pris la dimension d'une faiblesse politique, ne fût-ce que parce qu'il oblige le chef de l'Etat à prouver sa fermeté à l'égard des Rwandais qu'il n'est pas l'un d'eux. » (pg. 67).

Avec une armée congolaise foyer de déstabilisation, avec une économie où règne la débrouille, avec des voisins aux dents longues, le Congo aura-t-elle sa vraie survie comme Etat-Nation après ces élections surtout qu'il est un vrai Etat sous tutelle avec une opération de l'ONU, via la Mission d'Observation des Nations Unies au Congo, toujours au superlatif ! Car, pendant toute la transition, le Congo a été « placé sous la tutelle de la CIAT au plan politique » et « sous celle de la Banque Mondiale et du Fonds monétaire international au plan économique » (pg. 132). Dès lors, ceux-ci ont fermé les yeux sur les dérapages et les détournements et les pillages des ressources naturelles du Congo, pour crédibiliser la méthode et les missions, comme l'a déclaré sous peu, un haut responsable à Kinshasa. « De façon générale, la consigne est de déclarer le verre à moitié plein. » (135). Mais, est-ce la bataille électorale se jouera-t-elle sur la capacité d'un candidat d'offrir des garantie de remboursements des dettes et à rassurer les investisseurs ? On pourra l'affirmer surtout lorsque les auteurs notent que nombreux créanciers refusant toute tentation d'annulation de la dette ou sa conversion « à l'argentine ». Est-ce pour cela qu'à la question « En République Démocratique du Congo, la France a choisi son camp : celui du président Kabila. Pourquoi ? » , Xavier Darcos, ministre français de la Coopération, au Développement et à la Francophonie, répondit : « Nous considérons que le président Kabila a tenu ses engagements envers la communauté internationale, qu'il offre une stabilité politique à son pays, qu'il est soutenu par son opinion, que ses efforts de communication envers les investisseurs ont été plutôt couronnés de succès… Donc nous ne voyons pas pourquoi nous ne le soutiendrons pas. » (JA L'Intelligent n° 2271, du 18 au 24 juillet 2004, p. 63).

Pour le moins que l'on puisse dire en lisant cet ouvrage, dont la chronologie, le glossaire des mots et expressions d'usage congolais, la biographie et l'index, à la fin, en fait un bon ouvrage de référence, on se rend bien compte que le Congo médiatisé se vend très bien. En tout cas, c'est pour ne pas rater l'aubaine que Marie-France Cross, journaliste au quotidien La Libre Belgique, passant aujourd'hui le clair de son temps à Kinshasa, les élections obligeant, et François Misser, correspondant à Bruxelles de BBC Afrique, dans un mariage de raison, et devenant par ce fait des spécialistes du Congo, ont publié cet ouvrage dont le titre lui-même explique son contenu et peut-être plus, la vraie place du Congo à l'échiquier international : « Géopolitique du Congo (RDC) ».

Mais, les deux journalistes ne s'empêchent cependant pas de succomber devant l'actuel démon de l'imposition des élections en RDC, lorsqu'ils déclarent, for malheureusement à la quatrième page de couverture, que ce sont les « premières élections libres depuis l'indépendance en 1960 ». Il y a bien eu d'autres élections démocratiques au Congo depuis l'indépendance. Puis, le fait de la Conférence Nationale Souveraine, surtout avec l'élection d'un premier ministre non nommé et décidé par le dictateur, est à considérer comme une vraie victoire de la démocratie. Oublier ou faire passer ce fait sous silence, c'est denier par exemple à la France la place d'honneur de sa révolution du 14 juillet 1789. Hélas, nombreux succombent à ce qui apparaît comme un mensonge rituel visant à souligner un autre fait, qui tend à devenir un vrai chantage : l'argent, des millions, consentis par la communauté internationale pour les élections. Est-ce une façon pour l'Occident de barrer la route à tous ces asiatiques qui font de la RD Congo actuellement un vrai eldorado ? Les élus seront le produit de leurs sqcrifices et le processus l'œuvre de leur diplomatie. Wait and see !

Norbert X MBU-MPUTU
norbertmbu@yahoo.fr
Newport , Wales , United Kingdom

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