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NOTES DE LECTURE

"République Démocratique du Congo - Les générations condamnées - Déliquescence d'une société précapitaliste"

de Jean I. N. Kanyarwunga

Editions Publibook, Paris, 2006,

(http://jean_kanyarwunga.publibook.com)

Essai critique sur l'histoire nationale congolaise

Décrit avec simplicité et clarté, cet ouvrage se lit aisément. Les trois parties qui le composent s'articulent harmonieusement bien. On y découvre la trame de la vie sociale, politique, économique…congolaise au travers de prismes des grands événements qui ont jalonné l'histoire de la RDC. Voué à un destin fabuleux, ce pays a sombré dans l'anarchie et le chaos en raison des turpitudes de ses fils. L'auteur en analyse les péripéties et en décortique les origines lointaines, proches et récentes. Il en démontre le quand, le comment et le pourquoi.

Dans la première partie (pp.15-304), l'auteur souligne l'institutionnalisation de la violence comme mode de gestion étatique. Une violence qui s'est accompagnée d'un ensemble d'attitudes et de comportements déshumanisants; une mission « civilisatrice ». Les régimes léopoldien et belge (1885-1960) se sont rendus coupables de pires atrocités où le déni des valeurs humaines était permanent. Sévices et châtiments corporels ont été le plus souvent utilisés pour soumettre les populations autochtones.

Le Congo-belge acquiert son indépendance nominale le 30 juin 1960 dans un climat pesant et houleux. Durant les cinq premières années de son existence, le nouvel Etat baptisé République Démocratique du Congo doit faire face à une série de rébellions qui vont l'ensanglanter et le ruiner. Profitant de ce chaos, une dictature militaire (1965-1997) va s'emparer du pouvoir. Un pouvoir militaire soutenu et porté à bras le corps par l'extérieur. Ce pouvoir s'est employé à brimer et à assassiner des innocents pour asseoir son autorité. Carnages et massacres perpétrés contre les populations civiles d'Idiofa en janvier 1978 (dans l'actuelle province de Bandundu) illustrent cet autoritarisme. Mais ce cas n'est pas isolé. Puisque à travers tout le pays, des cas identiques se sont produits. Que ce soit à l'intérieur ou à l'extérieur, la dictature s'est illustrée par la violence.

La seconde partie quant à elle, décrypte (pp.305-362) sans complaisance les facteurs qui ont conduit au "phagocytage" de l'économie nationale. L'auteur épingle entre autres le pillage des ressources du sol et du sous-sol, la corruption, le népotisme, la politique des éléphants blancs (barrage d'Inga, l'aciérie de Maluku,…). A ces facteurs non exhaustifs s'ajoutent l'irresponsabilité et le manque de créativité du Congolais, incapable de mettre en valeur ses ressources fauniques et floristiques qui font le bonheur d'autres peuples.

La troisième partie (pp.365-455) s'appesantit sur l'effondrement des valeurs sociales sous le régime Mobutu. Tout aussi intéressante que les deux premières, cette partie est en phase avec le contexte actuel car, elle traite de l'éducation, la gestion des ressources humaines, la cohabitation entre communautés dans les deux provinces du Kivu, du séparatisme au Katanga et de l'inversion des valeurs.

S'agissant de l'enseignement, l'auteur constate qu'à tous les niveaux, (primaire, secondaire, supérieur et universitaire), la qualité de la formation est en baisse. De nombreuses pesanteurs sont à la base de cette déliquescence. Il cite le non paiement des salaires, les programmes scolaires inadaptés qui font que celui-ci ne soit plus compétitif. Le délabrement du système éducatif a des répercussions sur l'ensemble de la société. Et la formation de l'élite de demain est plus que jamais compromise. Parlant de la coexistence communautaire, l'auteur fournit des détails intéressants (pp.417-435) mais n'en révèle pas les sources laissant ainsi le lecteur sur sa faim. Il aurait été pertinent qu'il confronte ses sources avec d'autres afin de favoriser un vrai débat d'idées susceptible d'éclairer certaines zones d'ombres de cette histoire nationale.

L'auteur stigmatise l'irresponsabilité collective qui a, à coup sûr conduit à la régression des valeurs morales. En sa qualité de Président de la République, Mobutu a sa part de responsabilité dans cette perversion. Aussi les églises chrétiennes (Catholique, Protestante et Kimbanguiste) portent-elles une responsabilité plus grande. L'embrigadement et l'embourgeoisement de leurs princes dans un système mobutiste corrompu au détriment de l'ensemble de la communauté nationale a fini par déstructurer complètement le tissu socio-économique. Mais la chute du dictateur n'a pas mis fin à la descente aux enfers d'un pays promis à un bel avenir. Bien au contraire. Puisque la montée en puissance des églises « de réveil » ou « d'ensommeillement » participe davantage à cet exercice décrié. L'existence même de la société congolaise en tant que nation n'est-elle pas remise en question aujourd'hui plus qu'hier?

Que dire enfin? Les Congolais ignorent ou s'intéressent de manière sélective et opportuniste à leur histoire nationale. La lecture qu'ils en font est biaisée. Cette attitude a pour conséquence d'enfermer une partie de l'intelligentsia (ce qui en reste) dans un mannequenisme ahurissant . Et pourtant, lire pour découvrir le cacher est la seule vérité qui puisse faire face à l'obscurantisme ambiant. A bon entendeur salut.

Pour contacter l'auteur : jk.swit@freesurf.ch

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