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NOTES DE LECTURE

James M . BOKONGO

RÉPUBLIQUE DÉMOCRATIQUE DU CONGO

RICHESSE ET DÉVELOPPEMENT

LA SOLUTION?

James Mahmbi BOKONGO

Formation économique à l'Université Villetaneuse.

Militant syndicaliste et membre permanent de la CFDT des Services. Président de l'association IESCO nouvellement crée (association d'aide économique et sociale du Congo).

bok.james@wanadoo.fr

INTRODUCTION

«  L'Afrique a la forme d'un revolver dont la gâchette se trouve au Congo  » disait Frantz FANON (écrivain et médecin de formation des Antilles Française). La justesse de cette observation nous renseigne sur l'importance géopolitique que le Congo peut occuper en Afrique et dans le monde.

Mais la question essentielle qui nous préoccupe aujourd'hui est de savoir, pourquoi un pays qui possède d'immenses ressources inépuisables (sous-sol, sol, climat, végétation), peut rester indéfiniment sous développé. Et pourtant, ces ressources devraient lui permettre un développement rapide et par la même une élévation du niveau de vie des habitants.

Depuis sa découverte en 1482, jusqu'à son indépendance le 30 juin 1960 et de nos jours encore, la RDC n'a connu que cruauté, guerre et rébellion, sous des régimes politiques dictatoriaux pour la plupart corrompus.

Cette situation a conduit inévitablement le pays à un désordre morbide programmé, au pillage sanglant de ses richesses et à un appauvrissement malsain de la population.

Le manque cruel de stabilité politique au sens rigoureux du terme, l'absence d'une véritable administration, seuls garants de la démocratie et du fonctionnement d'un Etat à travers ses services, sont des véritables handicaps à la conquête du bien être du Congo.

C'est pourquoi, la suppression de cette carence doit être un objectif et une absolue priorité pour tous les prétendants politiques appelés demain à gouverner ; c'est à dire donner naissance à un véritable Etat en utilisant toutes les richesses et mieux les répartir.

Il va de soi que de tels hommes devront être dotés des valeurs qui caractérisent la fonction d'homme d'Etat : l'honnêteté intellectuelle, le patriotisme, le pragmatisme, le sens des responsabilités, l'esprit de solidarité et de la dimension humaine.

Comme le souligne l'avocat Paul LUNKUKU KANYAMA, dans son article sur le Potentiel (décembre 2002) «  il faudrait d'un homme à la mesure de César Auguste pour incarner l'avenir politique ».

Cet ouvrage, se veut être avant tout un livre de réflexion. Sa seule prétention est de contribuer à faire progresser le débat économique et politique d'une manière constructive pour qu'enfin le Congo trouve la place qui lui revient parmi les nations développées et se saisisse de son destin.

Tant de choses ont été dites et écrites sur le Congo, mais maintenant, l'heure est venue de passer à l'action. Bien entendu, ce ne sera pas simple, vu l'étendu des dégâts d'ordre économique et moral.

C'est pour cela qu'il convient d'agir vite, éviter que la méfiance ne perdure et aggrave les blessures, rendant toute action impossible.

Le Congo vit un tournant de son histoire. Nous restons convaincu qu'il saura trouver la force nécessaire de renaître de ses cendres et bâtir un avenir de paix, de justice et de liberté.


Sommaire

INTRODUCTION

Chapitre 1

BREF RAPPEL HISTORIQUE DE 1482 A NOS JOURS

Chapitre 2

LA RICHESSE DU CONGO

2.1 - Ressources minières

2.2 - Ressources énergétiques

2.3 - Ressources agricoles

2.4 - Diversité et unité de la population

Chapitre 2

LES PRIORITES DE DEVELOPPEMENT

2.1 - Solidité administrative

2.2 - l'Administration sociale et économique

2.2.1 - Pole social

2.2.2 - Pole économique

2.3 – Justice et Sécurité nationale

2.3.1 - L'instauration d'une véritable justice

2.3.2 - La réorganisation de l'armée nationale, souveraine, totalement apolitique au service de la nation.

2.4 - La Santé nationale

2.5 - Education nationale

2.6 – Autorité et organisation de l'Etat

2.6.1 - Agents administratifs de l'Etat

2.6.2 - La Constitution

2.6.3 - Organisation des services

2.6.4 - Identification de l'autorité administrative

2.7 - Solidité des infrastructures de transport

2.7.1 - Le réseau routier et ferré

2.7.2 - Voie fluviale et maritime

2.7.3 - Voie aérienne

Chapitre 3

Utilisation des ressources au financement du développement

3.1 - Le Financement à partir des ressources existantes

3.2 - L'apport des entreprises privées

3.3 - Le Financement par emprunt

3.4 - Divers

3.4.1 - La contribution des organisations non gouvernementales

3.4.2 - L'appel aux Congolais de l'étranger

Conclusion

(César Auguste, empereur romain, né à Rome en 63 av.-J.C et mort le 19.08.14 à l'âge de 77ans. Il a été un des artisans de la démocratie et des institutions démocratiques dont Rome fût l'exemple )

Chapitre 1

BREF RAPPEL HISTORIQUE DE 1482 A NOS JOURS

Depuis des siècles, les richesses du Congo ont toujours suscité guerres et convoitises. Cependant ces richesses n'ont jamais enrichi le peuple, seulement les compagnies étrangères et les tyrans.

En effet, c'est en 1482 qu'un jeune capitaine portugais Diego Câo, découvre le puissant fleuve qu'il appellera Congo, du même nom que le petit royaume situé à son embouchure. Les portugais se lancent très rapidement dans la traite des noirs, les esclaves sont vendus en Amérique. C'est la première exploitation des richesses du Congo.

Au 19è siècle, les Belges prennent la relève des portugais. Alors qu'il se morfond dans son petit royaume avec comme seule distraction la lecture des aventures de Henry Morton Stanley, l'explorateur qui n'hésite pas à « tirer le nègre comme s'il était un singe », remonte le grand fleuve et prédit : «  La puissance qui possédera le Congo s'appropriera le commerce de l'ensemble de son énorme bassin ». Or Léopold II veut être cet homme.

A la veille de la conférence de Berlin qui va découper les colonies que les grandes puissances possèdent en Afrique, le roi Belge fait pression auprès des grandes capitales, et en février 1885, il devient le propriétaire d'un domaine aussi étendu que l'Europe : ce territoire devient « son » Congo « propriété privée ».

A cette époque le Congo est géré comme une entreprise destinée à faire des profits et le roi se lance d'abord dans le négoce de l'ivoire. Les autochtones se trouvent alors contraints par une violence inhumaine à participer à la collecte de « l'or blanc ».

Joseph Conrad s'inspirera d'un tel univers d'intense cruauté pour rédiger « Au cœur des ténèbres ».

« Le Congo est le théâtre de  la plus infâme ruée sur un butin ayant jamais défiguré l'histoire de la conscience humaine  », écrit-il.

Il convient de ne pas oublier les milliers de personnes torturées, hommes, femmes et enfants retenus en otage dans des conditions effroyables, battus, amputées des bras ou des mains pour n'avoir pas fourni les quantités requises de caoutchouc servant à la fabrication des pneus ( invention du chirurgien John Boyd Dunlop en 1888 ).

En 20 ans, le régime du roi Léopold va provoquer un véritable holocauste : ce sont plus de 10 millions de vies humaines qui se trouveront détruites, sacrifiées, exterminées.

En 1908, confronté à une campagne médiatique menée contre lui, Léopold II vend « son » pays à l'Etat Belge.

Ce dernier, avec la complicité des compagnies minières, va exploiter à son profit : le diamant (en 1907, 60% de la production mondiale), le cuivre (en 1911, signalons 5000 ouvriers morts en quelques années), le cobalt (1920, 60% de la production mondiale), l'uranium (en 1921 production considérée comme la plus riche du monde), l'or, etc.

Lorsqu'en 1960, la Belgique accorde l'indépendance au Congo, les grandes sociétés minières qui appartiennent pour la plupart à la « Générale de Belgique » restent en place.

Après l'élection de Patrice Lumumba, elles fomentent la sécession du riche Katanga, avec l'aide de la CIA et des services secrets belges : Lumumba est coupable à leurs yeux d'être un dangereux communiste, connu pour sa lutte anticolonialiste et il sera liquidé le 17 janvier 1961.

Cinq ans plus tard, (en 1965) un colonel, un certain Joseph-Désiré Mobutu prend le pouvoir. Son règne durera 32 ans, jusqu'en mai 1997, où il sera chassé par Laurent Désiré KABILA qui devient le 17 mai 1997 le nouveau président.

Le 16 janvier 2001, Laurent Désiré KABILA est assassiné et remplacé par son fils Joseph KABILA au titre de président intérimaire.

Durant toutes ces années, le pays va connaître de nombreux troubles : outre la sécession Katangaise, la rébellion qui a suivi à partir de 1966 et qui durera jusqu'en 1978, date à laquelle la France et la Belgique interviendront à Kolwezi.

Néanmoins l'arrivée de KABILA au pouvoir ne va pas épargner le pays d'une nouvelle guerre impliquant le Rwanda, l'Ouganda, le Zimbabwe pour ne citer qu'eux.

Evidemment, tous ces conflits coûtent très cher au pays : destruction des infrastructures, perte massive des vies humaines. Déplacement, enfermement et appauvrissement de la population. Pillage des richesses par des prétendants nationaux et des forces étrangères, sans que la communauté internationale n'intervienne véritablement.

Pendant presque 250 ans, le Congo n'a cessé de souffrir. Piétiné, humilié, souvent dans l'indifférence générale.

Le peuple congolais aspire à la paix. Une paix sans cesse dérobée, une paix qu'on lui a toujours volée. Il veut vivre et utiliser ses immenses ressources pour participer et accéder au progrès social, économique et technologique pour faire partie du monde moderne. Rendons lui sa dignité.

Chapitre 2

LA RICHESSE DU CONGO

Le Congo est riche en bien des domaines, mais paradoxalement, cette richesse, loin d'être un facteur de développement, s'est révélée être un obstacle.

Evoquer la richesse du Congo, c'est aussi remuer toutes les plaies et tous les malheurs de ce pays : l'argent facile, le gaspillage, la corruption massive, etc.

C'est pourquoi, nous allons tenter de montrer que cette richesse, doit être un atout principal de la lutte contre le sous-développement, reposant sur une organisation administrative efficace.

Mais auparavant, arrêtons nous sur quelques indicateurs économiques pour nous faire une idée de la situation « macro-économique » du pays.

En 1997, le Congo affiche un PIB égal à 6 milliards de dollars et une dette extérieure de 18 milliards de dollars. Le revenu par habitant a diminué de 377 dollars en 1956 dollars à 120 dollars en 1982. Le niveau général de prix à la consommation augmente de 14% en moyenne entre 1967 et 1973 ; il atteint un record en 1994 avec un taux de 10.000%. La valeur globale des exportations a été évaluée à 362 millions de dollars en 1993, et celle des importations de 356 millions de dollars la même année ( estimation de la banque mondiale).

Ces chiffres doivent être revus à la baisse, car la situation économique s'est gravement détériorée depuis cette date en raison de la situation conjoncturelle, structurelle et politique désastreuse qui a suivie dans le pays.

Cette richesse qui attise la convoitise du monde entier est composée des ressources minières, énergétiques, agricoles. Des conditions écologiques exceptionnelles et d'une diversité de population étonnante.

2.1 - Ressources minières  

L'or, le cuivre, le diamant, le manganèse, le cobalt, le fer, l'uranium (la liste n'est pas exhaustive).

Avant 1991, les principales productions étaient le cuivre, le pétrole, les diamants, l'or, le cobalt. Certaines grandes villes ont véritablement pris naissance autour de ces productions, notamment Lubumbashi et Kolwezi pour le cuivre et le cobalt.

Par ailleurs, le raffinage du cuivre est une activité industrielle particulièrement importante du pays.

Le Congo possède l'uranium le plus enrichi du monde et il est, avec la Russie, le principal producteur mondial de cobalt.

Toujours dans le même ordre d'importance, le diamant constitue actuellement la principale source des revenus dont les exportations ont rapporté en 2003 près de 700 millions de dollars. Les gisements situés dans la région de Mbuji-Mayi, au Kasai sont et au premier rang de la production mondiale de diamants industriels.

Notons qu'en 1996, l'exportation du diamant congolais s'élevait à plus de 21 millions de carats pour une valeur de près de 389 millions de dollars. Actuellement, la banque centrale évalue l'exportation frauduleuse d'une partie de la production à plus de 300 millions de dollars. Les ventes parallèles représenteraient jusqu'à 30% des transactions réalisées légalement.

Et que dire de l'or dont les réserves estimées à 124 tonnes en 1997, exportées à 135,8 kilos en 1996 est également lourdement affecté par la fraude. La perte est estimée à plus de 300 millions de dollars par an au profit du marché parallèle.

Dans ce domaine minier, le Congo se trouve avec des entreprises en déficit et des outils qu'il n'a pas les moyens de gérer. Depuis les années 1980, l'avenir de la production minière n'apparaît plus aussi brillant que naguère. La richesse minière, dont on a tant exalté le caractère exceptionnel, est ramenée à un rang plus modeste.

La participation du pays, en ce qui concerne les réserves mondiales du cuivre, de cobalt et de diamant industriel, s'y ajoute le diamant de joaillerie, du zinc et de l'étain, a diminué parfois de moitié et les débouchés ne sont plus assurés.

Une étude réalisée par la Gécamines en 1997 indique que la réhabilitation et l'extension de l'outil de production des sociétés minières existantes nécessiteraient des investissements estimés à 1,3 milliards de dollars environs.

2.2 - Ressources énergétiques

Les productions énergétiques, quoique modestes, dépassent les besoins actuels de consommation intérieure.

Le potentiel hydroélectrique est le quatrième du monde avec 600 milliards de KWh, ce qui prouve qu'il peut couvrir les besoins du pays tout entier, dans tous les domaines économiques et sociaux. Le site d'Inga situé au Bas-congo, est l'un des plus importants à l'échelle mondiale. Il peut délivrer une puissance de plus de 20 millions de KW à comparer à la Belgique qui produit 2,8 millions.

La production de l'hydrocarbure, découvert en mer, à l'embouchure du Congo représente un gisement relativement riche en pétrole

Le gaz naturel produit environ 505 millions de tonnes par an, offrant une réserve estimée à plus de 50 milliards de m3.

Le charbon, exploité principalement dans le Katanga, ne produit que 14.400 tonnes (en 1995) et se révèle donc insuffisante pour couvrir les besoins du pays qui est obligé de recourir aux importations provenant essentiellement de l'Afrique Australe.

Depuis 1976, la plus grande partie du Congo souffre d'une pénurie chronique en carburant (consommation en 1989 : Kinshasa 55%, Bas-congo 26%, Katanga 27%).

Le manque d'énergie agit comme un frein au développement, surtout pour les industries qui traitent les matières locales. Sans épargner des activités sociales et commerciales qui en sont également affectées.

L'énergie électrique d'Inga suffit à pourvoir les besoins en électricité des congolais, de même pour la production pétrolière capable de financer les besoins en essence pour le transport.

Si nous y ajoutons le charbon, cette pénurie chronique qui n'a aucune raison d'être, on pourrait judicieusement y mettre fin.

Force est de constater qu'avec une dose de bonne volonté politique, d'une gestion rigoureuse dans ce secteur, le Congo serait en capacité de couvrir l'ensemble de ses besoins en énergie, accompagnant ainsi d'une façon durable et dans le temps, son développement.

2.3 - Ressources agricoles

A cette manne de la nature qui lui vient exclusivement du sous-sol, la République Démocratique du Congo possède d'autres atouts.

Elle a la chance de bénéficier de conditions écologiques exceptionnellement riches qui lui permettent une agriculture extrêmement variée et encore sous exploitée (de vastes espaces vierges couvrent encore son sous sol).

Autant de conditions favorables réunies pour que le Congo devienne un grand pays agricole. Il suffit d'observer sur son immense territoire à la pluviométrie de 1000mm par an (cela presque partout), 100 millions d'hectares de terres sont arables.

Le réseau hydrographique assure des ressources halieutiques importantes – grâce à l'immensité des forêts, le potentiel sylvicole est considérable - les montagnes et les savanes situées en majorité au Sud-Est et à l'Est du pays se prêtent bien à l'élevage.

En ce qui concerne les cultures d'exportation, il y a le palmier à huile, l'hévéa, le coton, le café. Les cultures vivrières dont les principales sont : le manioc (environs 30% des terres cultivées), le maïs (15%) et l'arachide (7%) sont destinées à la consommation intérieure. D'autres cultures moins importantes telles que le riz, les pommes de terre, la banane, les pétales, les céréales participent au commerce du pays.

La production se révèle très insuffisante pour couvrir l'ensemble des besoins de la population. D'où le recours à l'importation : le mais, le riz, le blé, le sucre, les volailles, le poisson, la viande, etc.

La politique de zaïrianisation qui a consisté à reprendre tous les droits fonciers, forestiers et miniers concédés avant 1960 (loi Bakajika) et surtout la nationalisation des entreprises en 1974 ont contribué à affaiblir l'économie du Congo.

Alors qu'elle occupait plus de 7% de la population active, l'agriculture ne procure plus de recettes ni de devises au pays, malgré qu'elle soit devenue aujourd'hui la principale activité du pays, puisque insuffisante et artisanale. Et doit se moderniser pour augmenter sa production tant en quantité qu'en qualité.

2.4 - Diversité et unité de la population

Outre les trois principales richesses mentionnées ci-dessus, n'oublions surtout pas celle de la population (aujourd'hui : 55 millions d'habitants) qui se divise en différents groupes ethniques :

•  les pygmées.

•  Les groupes de la forêt : les mongo (forêt équatorial) et les ekonda (autour du lac toumba).

•  Les groupes au sud de la forêt : les kongo, les pende (sud kwili), les lele (kasai), les kuba et les lunda.

•  Les groupes du katanga : les luba, les lwalwa et les batabwa.

•  Les groupes de l'est : Les pangi, les shabundu, les balega, les nyanga, les bangengele et les shi(kivu)..

•  Les groupes du nord et nord-est : les bamanga (Haut-congo), les niam-niam, les zandé et les madi.

S'ajoutent quatre langues nationales : le lingala, le kikongo, le swhaili, le tshiluba, le swahili et une langue officielle : le Français.

Cette diversité de la population est un atout non négligeable puisqu'elle repose sur le désir de l'unité et ce malgré « les fossoyeurs » qui ont tenté à maintes reprises d'utiliser cette diversité pour dresser les uns contre les autres (sécession du Katanga, rebellions etc.)

Une des choses positives que l'on peut reconnaître à Mobutu est d'avoir sauvegarder l'unité du pays malgré des nombreux conflits, et pourtant les tentations ne manquaient pas.

Le Congo doit rester indivisible par tous ceux qui aspirent à le gouverner : « Qui cherche à diviser les congolais, meurt en petit morceau » disait un ancien.

C'est de cette unité que doit naître la puissance publique que le Congo a besoin pour consolider ses fondements démocratiques et pour que se réalise la naissance d'un véritable Etat-Nation.

Chapitre 2

LES PRIORITES DE DEVELOPPEMENT

2.1 - Solidité administrative

Penser développement, c'est admettre l'existence des fondations solides qui permettent de soutenir toute construction, d'élever des mûrs, tout comme on érige une maison ou un édifice. Pour un pays, ces fondations sont comparables à l'administration dont il se dote.

L'Administration, c'est l'ancrage qui assure et organise la vie économique et sociale d'un pays. Elle constitue un point de repère et d'articulation où passent tous les flux dont un pays a besoin. C'est pourquoi sa solidité est déterminante pour le maintien et la pérennisation de l'édifice nation.

Dans la plus part des pays développés, en France, en Allemagne, en Angleterre, aux USA, les services administratifs sont présents et au coeur des actions économiques politiques et sociales : exemple l'armée, la police, les mairies, les collectivités locales, l'éducation, la santé, etc. Bien que la tendance occidentale actuelle s'oriente vers un désengagement partiel des services de l'Etat au bénéfice du privé.

Le Congo doit se nourrir de ce modèle de développement, en tenant compte de ses particularités sociologiques et culturelles. Comprenons bien : Il ne s'agit nullement d'imiter, de copier le modèle occidental. «  c'est une profonde fausse route en imposant à l'Afrique un modèle d'Etat supposé analogue à celui que les démocraties occidentales se sont développés ». (Michel Rocard dans son livre « Pour une autre Afrique », édition Flammarion, page 85)

Dans le livre « Le blocage de la croissance en R.D du Congo » 1967, revue tiers-monde, tome VIII n°30 page 44, les auteurs Vander Eycken H et Vander Vorst soulignaient déjà que « la dégradation du secteur public constituait certainement le blocage le plus important au développement du Congo ».

Pour parvenir à édifier et à consolider toutes les fondations, il nous faut d'abord les définir. Elles sont au nombre de 5 priorités nécessaires à la stabilité et la continuité économique, sociale et politique.

2.2 - l'Administration sociale et économique

2.2.1 - Pole social

Opérer un recensement minutieux de la population congolaise : nombre d'habitants, région, ville, commune, village, naissances, décès, population étrangère…

Avec une superficie de 2 345 400 km, près de 55 millions d'habitants, (selon l'estimation 1999 (INED). Une densité de 19 habitants au kilomètre carré est une des plus faibles comparée à celle de la plupart des pays développés.

Le découpage administratif en 11 provinces dont la capitale est Kinshasa avec 4,6 millions d'habitants est le plus apte à répondre aux défis économique et politique du Congo au lieu des 26 adoptés par le parlement, trop disparates pour être efficace.

Les dispositions actuelles de la constitution augmentant le découpage en 26 provinces n'est pas de nature à favoriser l'unité du pays mais au contraire augmente le risque de perdition des décisions et leurs applications.

C'est autour de ce découpage que doivent s'articuler les préceptes de développement que nous appellerons : « La dynamique des 11 » à défaut des 26, dynamique qui repose sur la solidité administrative et la fluidité interne entre les provinces, et les villes principales chef- lieu.

 

Il serait donc judicieux de regrouper l'ensemble des services administratifs dans chaque ville, chaque chef lieu de chaque province.

Ce qui aurait pour effet de limiter l'effet désastreux de l'éparpillement des différents services, et surtout d'assurer leur coordination en réduisant par là même les dépenses inutiles.

2.2.2 - Pole économique

Le constat que l'on peut faire aujourd'hui est l'inefficacité voir l'inexistence d'une organisation de contrôle et de collecte des taxes divers de l'Etat.

L'absence des règles qui régissent les entreprises est une source de danger et d'insécurité à tout point de vue : alimentaire, travail, social, etc.

Cette situation précaire, beaucoup de congolais la vive au quotidien et plus particulièrement dans les grandes agglomérations où la concentration de la population est le plus élevée et les activités commerciales les plus importantes.

A l'évidence, un pole économique efficace pourrait garantir les ressources de l'Etat, favoriser et développer l'activité économique.

Une réglementation claire, transparente et applicable partout conduit à des créations d'entreprises et donc celle des emplois.

2.3 – Justice et Sécurité nationale

2.3.1 - L'instauration d'une véritable justice

Seule, une vraie justice libre, impartiale et indépendante du pouvoir, incontestable dans son fondement est habilitée à juger et prononcée des sanctions, gérer les conflits et veiller au respect des lois.

Comme dans tous les domaines essentiels à la bonne marche d'un état, celui de la justice est particulièrement important et doit être traité en priorité.

Lorsque l'arbitraire remplace l'équité, lorsque l'argent et le pouvoir sont les seuls critères de justice, c'est la victoire de l'anarchie au détriment de l'état de droit.

Il convient donc de réorganiser tout « l'appareil judiciaire » plus proche de la réalité socioculturel du Congo, de son histoire et se structurer selon les principes suivants :

- Un tribunal, un juge de la République, des suppléants judiciaires

Le juge de la République devra posséder une solide maîtrise à la fois du droit pénal et du droit des affaires dont il aura la charge. Il en sera de même pour les suppléants de juge.

Le nombre des tribunaux et des suppléants judiciaires variant selon le nombre d'habitants et de la manière suivante :

•  Un tribunal, un juge, trois suppléants pour chaque ville ou ensemble de ville de cent mille habitants minimum.

•  Cinq suppléants pour une ville ou ensemble de ville comprise entre cent mille et cinq cent mille habitants.

•  Huit suppléants pour une ville ou regroupement comprise entre cinq cent mille et un millions habitants.

•  Dix suppléants pour une ville ou regroupement comprise entre un millions et deux millions d'habitants.

Le rôle des suppléants étant de seconder le juge principal par ordre hiérarchique de premier suppléant au juge et ainsi de suite.

Une justice « professionnalisée » rendue par des individus formées, ayant une forte expérience dans la connaissance des dossiers, et qui ont acquis de la rigueur mais également un sens aigu de la justice.

2.3.2 - La réorganisation de l'armée nationale, souveraine, totalement apolitique au service de la nation.

Les déboires humaines du pays sont à l'image de l'état d'insécurité que le Congo vit depuis des décennies : répression, assassinat, humiliation, anarchie, appauvrissement. Jusqu'à présent, elles n'ont fait que servir les puissants colons, bourreaux ou autres exploiteurs nationaux et étrangers.

C'est pourquoi, la mise en œuvre de nouvelles structures de sécurité au service de la nation et des ses habitants permettrait de lutter contre l'insécurité. Ne pas oublier que la sécurité reste la première des libertés.

Le modèle d'une armée autre fois au service des colons et aujourd'hui souvent aux mains d'une certaine dictature, doit impérativement disparaître. Donner naissance à une armée organisée, hiérarchisée, professionnelle, qui trouve sa légitimité dans la confiance que lui inspire le peuple. Pour ce faire, elle devrait se situer dans deux forces stratégiques : armée et police nationale.

a) Une armée de terre et de Forces aériennes garantes de la sécurité et de la défense des intérêts du pays dirigé par un état major irréprochable, intègre, professionnel.

Nous suggérons deux commandements distincts : un chef d'état major des armées terrestres et maritimes et un chef d'état major des forces aériennes. S'inspirer du « schéma » occidental et de concevoir une structure d'instruction efficace.

Des accords avec certains pays développés devraient être envisagés afin d'accélérer la formation des officiers et tout autres formations d'encadrement selon les besoins et les objectifs définis pour le long terme.

b) Une police nationale chargée de la sécurité intérieure des citoyens et des biens.

Elle obéit aux mêmes exigences que celles de l'armée et participe à la paix civile.

En outre, elle aidera la justice dans ses recherches de la vérité. Chaque tribunal travaillant avec l'instance policière de sa ville et vice-versa.

Le passé des congolais est jonché des victimes des injustices commises : 40% de la population actuelle en a souffert, plus de 25 millions de personnes de 1800 à nos jours (faute de statistiques fiables liées au caractère sommaire des actes).

Puissent ces deux forces conjointes, permettront aux congolais de connaître la paix et la justice tant espérer.

2.4 - La Santé nationale

C'est l'urgence parmi les urgences.

La santé des congolais détient le triste record de figurer parmi les plus mauvaises du monde.

La malnutrition juvénile s'est aggravée d'une manière alarmante ces dernières années et les épidémies autrefois éradiquées ont refait leur apparition (le choléra, la poliomyélite).

On trouve parmi les causes de mortalité les plus fréquentes, le paludisme, la tuberculose, l'hypertension, la fièvre typhoïde et le sida.

Selon les chiffres avancées par l'agence des Nations Unies : 41,2% de la population vit dans le dénuement, 30% risque de mourir avant 40 ans, 7,4% n'a pas accès aux services de santé .

Une réorganisation sanitaire accélérée - des nouvelles structures médicales, du matériel hospitalier, un accueil du public, de l'augmentation du personnel médical, des médicaments - s'impose désormais.

Il faut également effectuer le redéploiement sanitaire par la mise en service d'une eau potable accessible à tous, de l'électricité durable pour prévenir et lutter contre les maladies.

En s'appuyant sur la « dynamique des onze », chaque grande ville sera dotée d'un grand centre hospitalier moderne, capable de distribuer des soins de qualité, gratuits, à l'ensemble de la population.

2.5 - Education nationale

L'accès à la connaissance pour tous, cela suppose une remise en état de marche de la formation de « masse » c'est à dire des écoles, des professeurs, un encadrement qualifié et du matériel éducatif performant car, l'école, le savoir sont la base de la liberté et de l'autonomie.

Un peuple ignorant est condamné à la dépendance .

Le retard accumulé dans le domaine éducatif ne cesse de s'aggraver. Comme la plupart des infrastructures, les écoles publiques sont dans un état de délabrement avancé : les salles de classe sous équipées obligent les élèves à s'asseoir par terre faute de bancs, des toitures sont effondrées, etc.

A cette carence matérielle s'ajoute la pénurie des enseignants souvent mal ou non payés entraînant une qualité médiocre de l'enseignement.

A ce sombre tableau s'ajoute le problème de l'université souffrant de salles inadaptées, bondées, dépassant les capacités d'accueil. Le manque de matériel surtout informatique, les bibliothèques vides, les manuels obsolètes car datant de plus de 30 ans sont aussi à déplorer. Ce qui a pour conséquence l'exclusion de bon nombre d'enfants du circuit éducatif.

Il convient non seulement de restaurer les centres universitaires actuels, mais, toujours dans l'optique de la « dynamique des 11 » créer des centres dans toutes les grandes villes du pays. Des lieux d'études supérieures d'accès facile et de proximité afin d'éviter l'émigration à l'étranger où vers les cités importantes comme Kinshasa et Lubumbashi.

Pour cela, onze grandes universités publiques serait un chiffre minimum pour répondre aux exigences intellectuelles d'un pays en pleine mutation.

L'enseignement primaire et secondaire organisés et repartis de manière à couvrir l'ensemble du territoire national.

Il va de soi que l'Etat ne pouvant satisfaire seul à des tels besoins, toute aide privée ou associative serait non seulement la bienvenue mais nous tout à fait indispensable.

Donner aux plus jeunes un accès obligatoire à l'éducation c'est ouvrir la porte de l'égalité.

Développer les formations supérieures, c'est donner un passeport pour l'avenir dans un pays où 22% des adultes sont analphabètes et 80% des enfants ne terminent pas le cycle primaire.

Or nous savons que lorsque 50% des hommes et des femmes adultes savent lire et écrire, que l'alphabétisation poursuit une progression continue, on se rapproche de l'idéal démocratique normalement souhaité ( de l'alphabétisation économique de masse à l'égalité, l'Illusion économique, page 166-167, Emmanuel Todd, édition Folio Août 1999).

Mettre l'accent sur la formation, élément essentiel de l'éducation. Le Congo a un énorme besoin de main d'œuvre qualifiée surtout dans le domaine technique et professionnel. Il faut donc multiplier les centres de formation dont le pays a besoin. Comme le souligne Emmanuel Todd : «  la force des économies industrielles occidentales tient pour une part à l'excellent niveau de formation de leur population active. »

L'avenir d'un pays se construit avec sa jeunesse et son éducation est la priorité des priorités .

Il est temps de sortir de l'assistanat et l'asservissement auxquels le Congo a trop longtemps été habitué et laisser large place à la créativité individuelle et collective.

2.6 – Autorité et organisation de l'Etat

Après avoir défini les quatre piliers sur lesquels le Congo devrait s'appuyer pour reconstruire et aller vers le développement, il s'agit maintenant d'organiser plus en détail les domaines reposant sur ces quatre assises. Par conséquent, voici quelques suggestions :

2.6.1 - Agents administratifs de l'Etat

En dépit des moyens matériels et financiers à mettre en œuvre, il faudra pouvoir compter sur les moyens humains, des hommes et des femmes fonctionnaires, autrement appelés agents de l'Etat, chargés d'appliquer les lois et mettre en place les décisions du pouvoir politique démocratiquement élu.

Compte tenu de la tache à mener, ces agents devront répondre à certains critères tels que :

•  Une mobilité sur l'ensemble du territoire ou tout autre pays sans limitation géographique s'ils sont chargés d'une mission inhérente à leurs statuts de fonctionnaire.

•  Ne pas avoir été mêlé de près ou de loin au pillage et au massacre des populations.

•  N'avoir appartenu à aucun mouvement des rebelles et ne pas s'être compromis dans des crimes : viol, vol, meurtre, etc.

•  Avoir été sélectionné après un concours et avoir suivi une formation spécifique ou avoir exercé des fonctions similaires dans le passé.

Ces exigences de recrutement concernent les quatre fondations qui forment un tout indivisible qui sont économique et sociale, la justice, la santé publique et l'éducation.

2.6.2 - La Constitution

Depuis son indépendance, le Congo ne s'est jamais doté d'une véritable Constitution sur laquelle se fonde une nation libre, démocratique et humaine, et dans laquelle on reconnaît un état même si elle est souvent habillée à la sauce du pouvoir du moment.

Le 4 janvier 1967, adoption par référendum de la constitution de la République anciennement Zaïre, sept ans après l'indépendance le 30 juin 1960, révisé le 19 février 1980.

Adopté de nouveau le 17 mars 2004 comportant 227 articles, pour préparer les futurs élections, cette Constitution ne met pas suffisamment l'accent sur la dimension, l'importance et le rôle qu'elle est amené à jouer dans la stabilité des institutions et garant des libertés individuelles.

C'est pourquoi, nous ne pouvons pas faire l'impasse sur ce que nous appellerons: « l'arme constitutionnelle » qui devrait revêtir le caractère de sacré, donc de suprématie.

En s'appuyant sur «  la déclaration des droits de l'Homme », la constitution devrait réaffirmer avec force les principes tels que :

•  l' Egalité entre les individus devant la loi  

•  la non discrimination ethnique, raciale, religieuse, régionale.

A cette unique condition, le Congo riche par sa diversité assurera son unité, la liberté d'expression et d'opinion politique  , le principe de laïcité comme mode de gestion politique, économique et sociale, seul rempart contre toute tentative de récupération religieuse quelque soit son origine,

•  la non intervention et neutralité des forces armées dans la gestion politique, économique et sociale : pour éviter toute confusion ou que l'armée devienne une marionnette du pouvoir du moment, il faut donc affirmer sa neutralité qui lui donne tout la crédibilité de défenseur des intérêts de la nation.

•  le Principe électoral à un tour et obligatoire : une élection, un tour semble plus adapté.

Il permet une mobilisation plus grande, limiter les tensions, favorise les débats d'idées, diminuer la fraude électorale, baisser les coûts électoraux, faire participer le plus grand nombre. C'est également un moyen efficace de responsabilisation des citoyens sur l'importance des élections par le choix des hommes et des femmes qui seront amenés à gérer leur avenir.

•  le principe de trois partis politiques tout au plus  : limiter le nombre des partis politiques est une véritable garde démocratique pour un pays à plus forte diversité culturelle.

Le Congo ne peut se permettre des partis politiques qui seraient égal au nombre de celle de sa situation sociologique (ethnies, régions, etc.) qui feraient éclater son unité. Favoriser les dénominateurs communs des idées qui ne pourront s'exercer que dans les trois grandes formations politiques pour les différencier.

Et pour qu'elle soit reconnue comme tel, chaque parti politique doit avoir en son sein des membres représentants toutes les couches ethnologiques et régionales du pays. Trois est le nombre qui permet des alliances de gouvernement à deux et d'une garde oppositionnelle constante pour l'équilibre démocratique et éviter la multiplication des partis politiques fantaisistes d'intérêts douteux.

•  l'indivisibilité du pays et du peuple  : un principe capital tout aussi inaliénable qu'il faut souligner. Le peuple congolais reste comme un seul homme, une entité unique dans une configuration géographique des frontières définies à l'an 1885 et reconnues à ce jour.

•  la défense des intérêts du pays contre toute ingérence extérieure  : suite aux multiples agressions, pillages systématiques des ses intérêts que le Congo vit depuis plusieurs décennies, c'est un devoir pour chaque citoyen là où il se trouve, par les fonctions qu'il occupe, de veiller au respect et à la défense de tout ce qui fait la richesse du pays, richesse culturel, économique et sociale.

•  l' obligation de scolarité pour tous les enfants jusqu'à l'âge de 18 ans  : La scolarisation obligatoire des enfants constitue un élément de la lutte contre l'illettrisme, et l'accès à la connaissance comme une réponse appropriée pour préparer l'avenir du pays qui repose sur ces enfants, encore sous la responsabilité ou la tutelle des parents.

•  l' obligation de l'Etat d'assurer un minimum éducatif et sanitaire  : Assurer l'égalité de tous les citoyens commence par l'obligation de l'Etat de mettre en place des structures éducatifs (écoles) et sanitaires (hôpitaux) accessibles à tous.

Vivre et jurer que par la constitution, et portée par les différents piliers administratifs de manière à la faire vivre, c'est ce dont chaque congolais devrait se convaincre.

2.6.3 - Organisation des services  

Une fois définis les piliers, il s'agit maintenant de les organiser. Comment ? A partir de la dynamique des 11  (ou 26) onze comme villes chefs lieu, onze comme provinces. 

- Regroupement par province

Dans chaque ville, chef lieu de la province, regrouper l'ensemble des services composants chaque pilier pour les actes essentiels liés à l'organisation et à l'application des actes soumis à son administration.

Il s'agit comme par exemple, de l'implantation d'un grand Hôpital moderne, un Centre Universitaire, un grand Tribunal de Justice Nationale chargé de juger les litiges (pénale et commerciale) de grande importance, un complexe Militaire et Policier, etc.

2.6.4 - Identification de l'autorité administrative

Une fois définie l'espace dans laquelle l'Etat serait amené à agir, il est aussi impératif de définir l'autorité sur laquelle elle s'appuiera pour faire respecter et exécuter ses missions. Ainsi, l'autorité de l'Etat devait se faire autour de deux entités, qui sont le Gouverneur de Province et le Préfet de Ville (ville ou regroupement de villes et villages).

Le Gouverneur de province , considéré comme première autorité provinciale de l'Etat, désigné par le pouvoir public. Il aura comme mission de coordonner les différents services de l'Etat, répondre aux multiples questions liées à leur gestion et veiller à l'application et au respect des lois.

Pour ce qui est des villes, l'autorité de la gestion publique est assurée directement par le Préfet ou son représentant. S'ajoute la commune définie comme ensemble des villes ou des villages totalisant au moins cinq cent mille habitants.

Contrairement au Gouverneur, le Préfet est élu démocratiquement et son autorité est limitée à la seule commune qu'il administre.

Dans cette représentation, seul Kinshasa, par son statut de capitale politique, administrative et économique du pays et qui compte à elle seul plus de 4 millions d'habitants aura un statut spécial de province. Il s'agira de lui doter d'un gouverneur de la ville et des préfets des communes à l'intérieur de la ville.

2.7 - Solidité des infrastructures de transport

Nul n'ignore l'importance des infrastructures de transport dans le développement social et économique d'un pays. Non seulement elles assurent la circulation des personnes et des biens, mais c'est aussi un facteur favorisant le tourisme et le désenclavement du pays.

C'est ce que l'on constate de l'apogée du capitalisme européen entre 1840 – 1914 qui s'est traduit non seulement par un accroissement de producteurs et consommateurs, donc de la population, mais de l'essor décisif des moyens de transport. «  Donné naissance à un prodigieux succès des chemins de fer qui a entraîné l'accroissement considérable du trafic. Spécialisation des régions sur le plan national et des pays sur le plan international, développement des routes secondaires. Modifié le peuplement en facilitant non seulement le déplacement momentané mais le mouvement général de la population ; émergence des grandes sociétés de navigation et enfin, naissance des grands ports ». (J.A Lesourd et C. Gérard, Histoire économique du XIXè siècles,t.1, édition Armand Colin 1963 )

En ignorant les infrastructures adéquates, le Congo ne pourrait assurer son développement.

Tout déplacement à l'intérieur du pays est une aventure, une épreuve à haut risque. Voyager de l'Est à l'ouest et du Nord au Sud soit par avion, route, train, bateau reste une mission délicate.

Les difficultés d'approvisionnement des marchandises, surtout des produits de consommation et de première nécessité, d'où le mal nutrition dont les enfants sont les premières victimes.

Cette carence a contribué au déclin de la production des biens et des activités, en particulier de la production agricole qui a le plus souffert et que la guerre n'a fait qu'entretenir.

Nous savons aussi que l'inaccessibilité a été un facteur de l'émergence des pilleurs dans des régions ou des villes riches, qui, profitant de la situation se sont mis hors la loi, incités au crime, à l'anarchie, à la rébellion par des groupes mafieux souvent au service d'entreprises, voir d'états étrangers.

Dans son rapport publié le 21 octobre 2002 et transmis au Conseil de sécurité des Nations Unies par un panel d'experts, l'ONU dénonce et recommande d'adopter des sanctions contre 54 responsables, afin de mettre fin au pillage honteux au Congo de ses ressources naturelles par des nombreux responsables africains et entreprises internationales qui sont liés à des cartels et qui s'élèvent à «  plusieurs milliards de dollars  ». Ces réseaux des pilleurs entretiennent souvent des «  administrations rebelles  » dans des zones occupées pour dissimuler leur trafic profitant justement des difficultés d'accès.

C'est le cas par exemple, le coltan, ce métal utilisé dans la fabrication de téléphones portables et bien d'autres, a servi au financement des rebelles dans le nord Kivu.

Il faut donc s'atteler à investir dans ce que j'appellerai «  le chantier des infrastructures de transport  », à savoir le transport routier et ferré, le transport fluviale et maritime, et le transport aérien.

En 1947, il existait un début remarquable d'un réseau de transport au Congo, dans un pays de 2 345 410 km2 de superficie. Au fil du temps, accéléré par la crise politique de 1990 à 1997, le réseau s'est délabré peu à peu, rendant le pays inaccessible par endroit, voir à l'intérieur des villes. Ce sont des routes impraticables voir inexistantes, des voies ferrées vétustes, des trains et des avions insuffisants. Sans oublier la voie fluviale inexploitée, etc. La liste est longue.

2.7.1 - Le réseau routier et ferré

Malgré la volonté de l'Etat belge dans son plan Décennal du Congo belge qui avait prévu l'aménagement de 12 235km de routes modernes (infrastructures et revêtement) par ce qu'il savait le poids économique et social des routes, le constat reste amer. Pour avoir pillé le pays des décennies entières, il aurait bien mérité une meilleure situation de la part de la Belgique, le constat est amer :

•  Le pays dispose seulement d'un réseau routier de 146 500km dont 2 400km bitumés (95) et les grands ensembles sont à peine reliés entre eux sur une superficie de 2 345 400km2, c'est évidement peu.

•  Le réseau est principalement constitué par des routes en terre, revêtues ou non de latérite. Mais la plupart ne sont pas entretenues et difficilement praticables en périodes de pluies, n'assurent que des liaisons locales et ne joue aucun rôle dans les échanges interrégionaux à longue distance dont le pays a besoin.

L'erreur de l'Etat belge a été de ne pas avoir fait une étude sérieuse préalable pour mettre au point les meilleurs tracés afin de réduire les coûts, d'autant plus que le Congo est jalonné d'un relief assez varié : plateau, lacs, rivières, fleuve, forêt dense, massifs aux sommets aplanis, marécages, vallées profondes, inselbergs…

Tout a été fait de manière à satisfaire les exigences des entreprises belges dans leur course au profit, ignorant l'intérêt général économique et social du pays.

On observe également une forte concentration des voies routières à Kinshasa et dans la région du Katanga due essentiellement à la forte attraction générée par le confort administratif de l'une et à la richesse minière de l'autre.

Dorénavant, il faudrait lancer une étude plus détaillée pour évaluer les coûts par le choix des meilleurs tracés des routes et des voies ferrées qui devront reliés toutes les grandes villes du pays des provinces : de Kinshasa à Matadi, Bandundu, Kisangani, Mbandaka, Kananga, Mbujimayi, Lubumbashi, Goma, Bukavu, Kindu et vice-versa.

Construire des liaisons routières ainsi que la réparation des routes existantes. Exemple de la route reliant Bas-congo à Bandundu à la ville de Kinshasa, longue près de 1 000km, de Matadi à Kinshasa longue près de 350 km et bien d'autres sont des exemples des routes de l'urgence de la réparation et de l'entretien.

La situation de la voie ferrée est tout aussi alarmante que précaire comme le reste des infrastructures, elle n'irrigue pas mieux le pays. Très affectée par le manque d'entretien et d'investissement, elle ne cesse de décliner au fil des ans. Avec 5 270km dans un état de délabrement avancé, le chemin de fer date déjà du 19è siècle, donc de la colonisation :

-le chemin de fer Matadi - Kinshasa (366km) forme le réseau Ouest avec un trafic de l'ordre de 200 000 tonnes par ans, exploité par ONATRA

-le chemin de fer Mungbere - Bumba (1023km) dans l'Uélé, province orientale et celle de l'équateur forme le réseau Nord, servait à l'époque coloniale l'évacuation du coton vers le fleuve ; exploité par l'office de chemin de fer des uélés(CFU).

-le chemin de fer interconnecté de port d'lebo(rives Kasaï) à Lubumbashi et à Sakania, aux abords de la frontière zambienne, assuré par la société nationale des chemins de fer du Congo(SNCC)

Il existe également un petit tronçon de 125km, à écartement de voie de 1000km qui contourne les rapides du fleuve en amont de Kisangani et une bretelle reliant Kindu chef lieu de la province de Maniema et Kalemie sur les abords du lac Tangagnika.

Là aussi, une exigence de connexion par voie ferré des grandes villes du pays s'impose. Elle permet le transport en plus grand nombre, plus rapide et moins coûteux.

Il est à noter que depuis 1960, le trafic de chemin de fer Matadi à Kinshasa représente 37% ; celui des grands lacs seulement 25% et ne cessent de diminuer pour des raisons liées aux carences de l'entretien. Avec 0,48km de voie ferré par mille habitant, contre 0,6 en Belgique ; 90km de routes par mille habitants, c'est largement insuffisant compte tenu de la situation géographique et des besoins économiques du Congo.

Annexe : D'autres chiffres, tels  le taux d'espérance de vie entre 46,4 – 53 ans, taux mortalité infantile en 1995 de 14,2 pour 1000, nous éclaire sur le niveau de croissance d'un pays (richesse, production, niveau de vie) par la corrélation significative entre le PIB par tête et taux de mortalité infantile. Puisque le taux de mortalité est d'autant plus bas que le PIB est plus élevé. (La preuve par la mortalité infantile, Emmanuel Todd, l'illusion économique, page 132 à 136, édition Folio, 1999. Or le taux de mortalité infantile congolais est très élevé, en comparaison de la France en 1994 à 5,8 de l'Allemagne en 1994 à 5,6 du japon en 1994 à 4 pour 1000 de taux de mortalité infantile (source OCDE, Etudes économiques, 1995). Le taux de fécondité 6,2 et 7,9 enfants/femme, et taux de mortalité de 45 pour mille naissance sont autant d'indicateurs sur la santé des congolais comme nous venons de le voir est loin d'être satisfaisante et risque d'accélérer de manière vertigineuse l'aggravation déjà constatée, si les investissements sanitaires ne sont pas faites.

2.7.2 - Voie fluviale et maritime

Un domaine d'importance moindre du point de vue de l'urgence économique mais tout aussi essentiel. Le nombre assez significatif des lacs, rivières et son fleuve (2è du monde en débit et 6è avec 4 700 km) qui couvrent le pays suffit à maintenir le rapprochement entre les villes proches.

Il faudrait également procéder à la rénovation des principaux ports et améliorer la navigation des voies fluviales par d'importants travaux d'entretiens et de balisage. Effectuer des travaux d'aménagement des petits ports, compte tenu des inconvénients majeurs qui sont les chutes et rapides infranchissables par les bateaux, notamment en amont de Kisangani, dans l'Est du pays et surtout entre Kinshasa et Matadi.

Les principaux ports fluviaux sont Boma, moins important, 480m de quai, 9700m2 de surface et Matadi, plus important 64000m2 de surface, joue un grand rôle dans l'approvisionnement de Kinshasa avec 1,6millions de tonnes en 1986 à 592093 en 1999 constituent le pole océan. Kinshasa, 1800 m de quai, Kisangani et Mbandaka sur le fleuve Congo, et Ilebo à l'extérieur sud de la rivière Kasai

Depuis 1960, le trafic fluviale exploité par la société OTRACO représente 29% et les voies navigables à seulement environs 16 000km (1995) dont 90% des voies lacustres et 10% de biefs maritimes, tandis que l'exploitation des ports fluviaux est gérée par ONATRA qui a le monopole et l'entretien assurée par la Régie des voies fluviales (RVF).

Malheureusement, le Congo ne possède aucun accès à la mer, seul celui donnant vers l'océan atlantique en passant par le port de Matadi et de Boma, limitant ainsi l'activité maritime internationale. D'où son importance stratégique pour ces deux ports de servir d'exportation et de plaque tournante du trafic maritime mondiale du Congo. Les conditions économiques s'y prêtent, notamment la présence non loin du complexe énergétique d'Inga pour fournir l'énergie nécessaire à l'industrie lourde.

2.7.3 - Voie aérienne

Le transport aérien n'est pas en reste de la situation d'insuffisance constaté ailleurs.

Le pays dispose d'environs 173 aérodromes et pistes, bitumées ou en terre dont quatre aéroports internationaux et une quinzaine d'aéroports nationaux. Mais la plupart des liaisons aériennes se font entre Kinshasa et les grandes villes de l'intérieur. En revanche, les liaisons inter-province sont peu nombreuses pour ne pas dire presque nulles, alors qu'elles devaient couvrir la totalité des grandes villes du pays (chefs lieu).

Par ailleurs, le manque d'entretien des infrastructures (aéroports, pistes, avions de la compagnie nationale) et la négligence qui en découle font courir un risque majeur aux voyageurs et n'incite pas à augmenter le trafic dans ce secteur. Et pourtant, son développement rendrait plus fluide et rapide les déplacements entre les principales villes du Pays sans passer obligatoirement par Kinshasa.

La sécurité dans ce domaine exige que les avions en circulation remplissent toutes les conditions de sécurité telles que définies par le code international de la navigation aérienne en la matière pour éviter ainsi des poubelles volantes au dessus du pays.

Chapitre 3

Utilisation des ressources au financement du développement

Nous venons de définir quelques priorités : une administration puissante et une infrastructure de transport solide. Un seul objectif, faciliter l'amorce du décollage économique et sociale du Congo et créer les conditions d'une stabilité politique qui lui a toujours fait défaut.

Mais on ne peut le faire sans se poser la question du financement, car toutes ces réalisations ont un coût.

Au vu l'état des finances du pays, une économie faible, avec seulement un PNB de 5,4 milliards de dollars en 1999 et un PNB par habitant de 377 dollars en 1956, 630 dollars en 1980, 200 dollars en 1993, 108,2 dollars en 1998, il faudra trouver ailleurs d'autres moyens, moins coûteux à l'Etat pour ne pas alourdir encore sa dette extérieure.

Mais auparavant, il suffit de distinguer deux aspects : celui lié au problématique de la puissance publique d'une part et celui destiné à la modernisation des infrastructures de transport d'autre part. Le plus gros du financement public s'effectuant par emprunt aux organismes internationaux ou à des états amis devrait servir à la réalisation des piliers administratifs et à l'entretien des infrastructures déjà existantes. Celui destiné aux infrastructures de voie de communication, c'est à dire, la construction des nouvelles routes, voies ferrées, pistes aériennes, ports, ponts… se faisant à partir des ressources existantes.  

 

 

3.1 - Le Financement à partir des ressources existantes

 

Nous avons vu que le Congo possède d'importantes richesses minières, énergétiques et agricoles destinées à l'exportation, donc source de devises dont le pays a besoin. La valeur globale de ces exportations en 1993 était de 362 millions de dollars et celle des importations 356 millions de dollars.

Jusqu'à présent, l'expérience a démontrée que ces revenus venant de l'exploitation de ces richesses n'ont jamais servi à enrichir le pays et ses concitoyens. Seuls bénéficiaires, la Belgique à travers les industriels belges, des quelques privilégiés congolais de la politique de nationalisation dans les années 1970. Sans oublier les nouveaux industriels internationaux sans scrupules qui sévissent un peu partout et qui contribuent au désordre que le Congo connaît de manière presque récurrente.

Désormais, remettre les ressources au service du pays par la mise en place d'une commission de contrôle économique d'attribution de marché , composée des parlementaires et dont le but serait de :

•  reconsidérer et revisiter la nature de tous le contrats d'exploitations actuels de toutes les entreprises

•  créer une nouvelle dynamique d'appel d'offre national et international transparente dans tous les secteurs nouveaux.

•  soumettre un cahier des charges comportant des éléments précis sur la durée et l'obligation de financement des infrastructures.

Toutes les ressources devront être mis a contribution : l'exploitation de l'or, le diamant, le cuivre, l'électricité, la forêt, etc.

Le cahier des charges devrait contenir une durée d'exploitation entre 10 et 15 ans, renouvelable. L' obligation de financement des travaux d'infrastructures de transport dans la zone d'exploitation (qu'il s'agisse des routes, des voies ferrées, des pistes d'atterrissage, aménagement des ports). 

La durée des travaux à la charge de l'entreprise exploitante ne devrait pas excéder de moitié la durée du contrat d'exploitation. Exemple pour un contrat de 10 ans, la totalité des travaux devraient prendre fin dans les cinq ans, et devraient démarrer en même temps que l'exploitation.

Des expériences similaires ont été tentées dans plusieurs pays avec succès, limitées aux seules constructions des bâtiments, des ponts ; C'est le cas du Brésil dans les années vingt, lorsque Henri Ford achète un million d'hectares de forêt vierge, pour installer une usine de pneus. Une ville est née, Fordlândia, cinq mille personnes s'y établissent.. L'Etat brésilien impose à Ford pour l'exploitation d'hévéa, la construction des écoles, universités, des routes... et sept pour cent sur les bénéfices de la compagnie, mais le crise de 1929 anéantit cet eldorado mit fin à ce projet . C'est une expérience dont le Congo peut se nourrir dans un contexte économique plutôt favorable en comparaison de la crise de 1929.

Mais à la différence de l'expérience Brésilienne, les écoles et les universités restent à la charge de l'Etat, car ce domaine fait partie de ses obligations constitutionnelles. Par contre la formation, le logement des salariés seront financés par les entreprises exploitantes.

3.2 - L'apport des entreprises privées

Un potentiel économique, des hommes, des femmes et des entreprises existent déjà et n'attendent que le Congo retrouve une meilleure fluidité des infrastructures et des voies de transports pour investir. La demande est très forte.

Il a existé dans les années 70-80 un bon nombre de sociétés de transport privées, publiques ou d'économie mixte, lorsque le pays avant les troubles avait des routes plus ou moins praticables, notamment à Kinshasa, comme l'office des transports en commun du Zaïre (OTCZ) avec 1 193 bus en 1975, la société des transports kinois (STK) avec une centaine de bus en 1976, la société de transport zaïrois (SOTRAZ) avec 357 bus en 1987, la Zaïro- Marocaine des transports (TRANSZAM) avec 160 bus en 1989. Toutes ont disparu de nos jours. Il s'agit de retrouver ce niveau, le dépasser et surtout l'étendre à travers tout le pays.

La diversité des moyens de transport que le Congo offre et son imposante et vaste espace géographique constituent une gigantesque offre de marché dont chaque entrepreneur devrait trouver sa place.

3.3 - Le Financement par emprunt

Il s'avère être un moyen de financement coûteux pour une nation (en 1994, le pourcentage de la dette du Congo par rapport au PNB est de 122,3%).

Elle est souvent une des causes de dépendance envers les prêteurs : privés, étatiques ou internationaux. D'où les politiques extrêmement draconiennes qui les conduisent la plupart du temps vers des crises sociales graves.

Dans le cas qui nous intéresse, malgré tout, c'est par ces organismes que le Congo devrait financer une partie de son plan de développement, notamment la mise en place de la solidité administrative, tels que nous l'avons défini ci haut. Pour cela, une évaluation des coûts du ou des piliers à construire, sera faite par une commission conjointe des experts nationaux et de l'organisme prêteur qui auront à déterminer le montant du prêt correspondant et un droit de regard de la bonne utilisation.

Compte tenu des énormes exigences et le coût que requiert la mise en place de ce vaste projet, il serait judicieux de transformer le prêt selon le cas par l'assistance technique. Chaque prêteur devrait apporter cette assistance et par voie de conséquence se verrait dans l'obligation de devenir maître d'œuvre du chantier sur lequel son prêt est destiné. Il deviendrait ainsi le seul responsable de la réussite des accords et le comptable de ses propres financements.

Le remboursement de la dette n'intervenant que lorsque tous les travaux auront pris fin en temps et aux coûts conclus à l'origine. Tout dépassement lui serait imputable et en cas de manquement, l'Etat congolais serait dispensé de paiement de dette envers le prêteur rebutant ; sauf évènement politique interne.

Par ailleurs, cette organisation du financement suppose que les prêteurs se comportent comme des véritables partenaires et non des exploiteurs rapaces dont la cupidité de certains états, organismes et entreprises internationales est devenue légion dans les relations commerciales internationales.

3.4 - Divers

3.4.1 - La contribution des organisations non gouvernementales

Dans cette lutte contre le sous-développement et la misère qui s'en suit, nous devons continuer à travailler activement avec les organisations non gouvernementales (ONG).

Comme souvent le cas, ce sont des situations de guerre que leur présence est diversement appréciée, et parce qu'elles apportent une aide urgente pour les populations en détresse.

Mais paradoxalement, elles entretiennent souvent une situation de dépendance durable envers ces populations qui se cantonnent dans un rôle d'assistée sans réelle perspective de sortie.

C'est la raison pour la quelle qu'il faudrait repenser la manière de gérer les situations de crise de ces organisations par l'articulation aide et formation .

 

3.4.2 - L'appel aux Congolais de l'étranger

Depuis plusieurs années, le Congo a vu un grand nombre de ses concitoyens quitter le pays pour échapper à la répression politique, aux différentes guerres, à la misère, ou tout simplement pour se former à l'étranger.

Une bonne partie de l'élite nationale (médecins, juristes, professeurs, entrepreneurs, étudiants, techniciens, ingénieurs, etc..) se trouve actuellement éparpillée à travers le monde. La majorité d'entre eux résident dans les pays occidentaux où ils essaient de reconstruire leur vie avec plus ou moins de réussite.

Selon les estimations, en 1997, 40 000 congolais en Belgique, Jeune Afrique en 1994, 23 000 congolais en France et environs 6 000 en GB, le ministère de l'intérieur Britannique en 2000 et représentent environs 852 millions d'euros de possibilité d'investissement.

Parmi les caractéristiques de cette population immigrée, les congolais d'Europe ont généralement un bon niveau d'études.

La plupart d'entre eux, installés depuis plusieurs années en occident, ont acquis une expérience dans tous les domaines qui intéresse le pays. Il suffit de voir le nombre croissant d'associations, d'entreprises, d'initiatives émanant d'eux à travers le monde pour se rendre compte de leur maturité dans ce domaine.

Chose encourageante, nous observons actuellement une petite tendance au retour mais encore insuffisante pour profiter à l'économie du Congo.

Il est faux de croire que la majorité de ces congolais soient heureux de vivre et de demeurer indéfiniment à l'étranger. Bien qu'ils bénéficient d'un certain confort matériel et de liberté, ils espèrent tous un jour retourner au pays, notamment la génération née au Congo et qui a connu et vécu ses drames.

Les congolais, comme la plupart des africains sont attachés à leur famille, leurs origines et c'est pour cette raison qu'ils sont voués au retour même si parfois, par la force des choses, ils n'ont pas le choix que de demeurer là où ils sont.

L'urgence de la reconstruction dans certains secteurs de l'économie favorable aux priorités de développement, requiert que le Congo se dote d'une main d'œuvre qualifiée et prêt à être utilisée. Le gisement non négligeable de cette main d'oeuvre se trouve également parmi tous ceux qui vivent à l'étranger.

Conclusion

Le Congo doit devenir un pays à investir et non à piller, un pays de liberté, de justice et de sécurité pour tous. Ce sont ses valeurs que tout congolais se doit de défendre là il se trouve.

Pendant longtemps, les congolais ont acquis l'habitude de vivre de la rente provenant des richesses sans que personne se soucie de la valeur qui fonde sa maturité économique, le travail. Un travail de création, de production, donnant à chaque citoyen la possibilité d'acquérir un métier dont le pays a besoin pour gagner la bataille de développement.

De ses richesses devrait naître l'émancipation du peuple, conforté par l'industrialisation économique tournée vers le social tout en respectant et faisant évoluer les traditions et la nature qui font la grandeur du Congo.

Quelques pistes ont été évoqués plus haut, notamment la nécessité d'une sacralisation constitutionnelle, l'importance de la mise en place d‘une solidité administrative, l'importance de l'utilisation et la modernisation de l'ensemble des ressources du pays. Un cadre bien défini appelé dynamique des 11 ou 26 (onze comme 11provinces et chefs lieu) devrait participer à cette évolution du bien être dont le Congo a besoin.

Nous mesurons la difficulté de la tâche compte tenu de la complexité de la situation politique et sociale qui perdure. Néanmoins, il faudrait se résoudre à examiner toutes les voies possibles et inimaginables pouvant aider le pays à sortir du gouffre auquel il s'est enfermé.

Chaque citoyen devrait participer à la réconciliation, sans oublier les exactions et crimes commis par celles et ceux qui veulent aujourd'hui faire partie du jeu politique et qui ont d'une manière directe ou non participés au désastre de la population.

La place est désormais au dialogue, au travail, à la justice et à la sécurité tant attendu, car chacun devrait rendre compte de ce qu'il a fait et produit pour le bien du pays.

Qui aime le Congo doit le servir et lui rendre sa liberté, sa dignité, son économie.

 

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Congo Vision

 
 
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