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Lu pour vous : 45 ans d'histoire du Congo, expérience d'un lumubiste

« 45 ans d'histoire du Congo, expérience d'un Lumumbiste »  : c'est le titre du livre de M. Albert Kisonga Manzakala publié dernièrement par L'Harmattan et préfacé par le professeur Isidore Ndaywel. Dans ce livre de 300 pages, Albert Kisonga rapporte des faits vécus en tant qu'acteur et observateur de la scène politique congolaise. En tant qu'acteur, Kisonga Manzakala se lance très tôt dans la politique, à force de côtoyer des aînés. Il devient rapidement acteur à 17 ans. Il fonde avec des amis l'Alliance des Jeunesses africaines (A.J.A.) et est coopté, en cette qualité, au comité directeur du Cerea, le premier parti politique de sa ville natale, Bukavu, que dirige Kashamura. A cette époque, la RD Congo est encore une colonie belge. Son activisme le plonge rapidement dans le journalisme qu'il combine bien avec ses activités politiques. Il dirige d'abord le journal La Vérité, appartenant à Kashamura avant de fonder son propre journal, « Jeunesse Action ».

L'accession du pays à la souveraineté nationale et internationale, en 1960, propulse Kisonga Manzakala dans le cabinet du ministre de l'Information du premier Gouvernement Lumumba. Léopolodville, actuel Kinshasa, il connaît déjà pour y avoir passé quelques années avec sa famille dont le père est originaire du Bas-Congo. Il a même vécu dans la province paternelle pour sa scolarité. Ce qui lui a certainement permis de se familiariser avec la langue « Kisimgombe » qu'il manie parfaitement. L'appartenance à deux parents issus l'un de l'Est, sa mère, et l'autre, de l'Ouest, son père, doit avoir constitué la raison de son engagement dans un parti nationaliste. On ne peut pas mieux se sentir Congolais lorsqu'on se retrouve dans cette position familiale.

Mais l'éviction du Premier ministre Lumumba, avec la complicité occidentale, et qui conduit à la dissolution de son gouvernement, provoque un choc. A l'instar d'autres Lumumbistes, il quitte la capitale de la jeune république alors qu'il reçoit des promesses fermes du président Joseph Kasa-Vubu qui le reçoit et veut lui octroyer soit une bourse d'études, soit un emploi, à son choix. Il ne répond pas au rendez-vous pris avec le premier chef de l'état congolais et se retrouve ainsi dans sa ville natale, puis dans le Katanga. A Kalemie, il fait la connaissance d'autres Lumumbistes dont Laurent-Désiré Kabila et Norbert Muyumba qui vont l'intégrer dans le gouvernement de cette partie du Nord Katanga. Alors que le gouvernement central se lance dans la pacification de toute la république, les jeunes Lumumbistes, avec LD Kabila, prennent le pouvoir par la force à Kalemie. Malheureusement, le manque d'organisation les contraint à tout abandonner.

LD Kabila, Norbert Muyumba et Albert Kisonga sont obligés de voguer à travers savane et forêt à la recherche d'un soutien logistique pour reconquérir le pouvoir à Kalemie. Sans y parvenir, ils vont tous se retrouver en exil en Tanzanie, puis à Bujumbura où ils tentent de se réorganiser. Malgré les voyages à l'étranger, malgré les nombreux contacts avec les pays progressistes qui les soutiennent, les Lumumbistes donnent l'impression d'être désorganisés et ne peuvent retrouver facilement les rênes du pouvoir. Les nombreuses dissensions au sein de l'organisation tant à Bukavu, à Kisangani qu'au Nord Kivu que dans le maquis de Hewa Bora ou de Fizi contraignent Albert Kisonga à abandonner la lutte armée.

Il s'installe à Bujumbura, au Burundi, où il se replonge dans ses premières amours : le journalisme. Tout évolue normalement bien dans ce pays et y épouse sa deuxième femme, la première ayant été abandonnée à Kalemie, avec un enfant, à la suite de sa fuite avec ses compères d'infortune. Tout semble bien baigner pour le jeune Albert Kisonga dans ce pays où il acquiert une notoriété sur le plan journalistique. Mais, un nationaliste ne peut éternellement demeurer loin de son nid surtout lorsque les opportunités s'offrent pour y retourner. Des conciliabules en négociations, les émissaires de Mobutu sillonnent l'Afrique et le monde pour demander aux Lumumbistes qui avaient choisi le chemin de l'exil de rentrer au pays. Douteux au départ à la suite de l'assassinat de Pierre Mulele, le rebelle du Kwilu assassiné par les hommes de Mobutu, Albert Kisonga, qui n'a pu assister aux funérailles de son père à Bukavu, est contacté. Et après mûre réflexion, il décide finalement de rentrer au bercail. Après quelques années, il se retrouve à l'Office des routes. Il se lance ensuite dans des affaires privées dans la province orientale, pour en fin de compte atterrir, une fois de plus, dans le journalisme.

Il crée en 1990, à l'ouverture démocratique, un journal avec un titre évocateur et provocateur : « Demain le Congo », alors que le pays s'appelle encore Zaïre. Etait-il le seul à mieux lire les signes du temps ? Tout ce que l'on sait est que toute tentative de le contraindre, voire contre espèces sonnantes et trébuchantes, à changer cette appellation sera vouée à l'échec. Tout en exerçant ses activités journalistiques, Albert Kisonga participe à la création d'un cartel qui réunit tous les partis Lumumbistes à Kinshasa. Il y est élu vice-président. Il prendra part aux travaux de la Conférence nationale souveraine, en qualité de journaliste. Mais, ses interventions lors des réceptions avec Mobutu Sese Seko seront houleuses et ses questions dérangeantes. Ce qui pousse le Léopard national à lui faire de temps en temps des confidences, sans plus.

Et c'est pendant cette lutte permanente pour la défense du lumubisme qu'il est surpris par la reprise d'armes de son ami d'enfance et de maquis, LD Kabila en octobre 1996. Lorsque celui-ci arrive à Kinshasa, auréolé par sa victoire, il ne veut pas prendre les poules de la réalité congolaise après plus de trente ans d'exil. C'est difficilement, par le canal des amis communs que Albert Kisonga rejoint le carré du pouvoir afdélien. Mais, il y a une marge considérable entre lui, le journaliste qui côtoie tout le monde, et ceux qui arrivent au pouvoir avec un discours vieux de plus de trente ans et une attitude dédaigneuse. C'est non sans peine qu'il se fera accepter par ses anciens amis dont certains le traitaient déjà, à tort, de mobutiste.

Une fois dans le sérail et à force d'analyses, LD Kabila comprend son importance autour de lui et le nomme, en 2000, ambassadeur de la RD Congo auprès du Royaume de Belgique, et ce, après avoir refusé d'assumer les fonctions du ministre des affaires étrangères. Pendant son mandat, il fait régulièrement face aux coups bas de ceux qui adorent travailler dans le désordre. Les quelques tentatives d'organisation sont mal perçues par certains membres de l'ambassade qui l'accusent auprès des autorités congolaises à Kinshasa de faciliter l'obtention des visas et autres documents consulaires alors que le pays se trouve sous agression du Rwanda et de l'Ouganda. C'est dans une ambiance faite de méfiance que de franche collaboration que se déroule son mandat diplomatique à Bruxelles. Il rend le tablier trois ans plus tard, soit en 2003, sans jamais avoir été payé, comme d'ailleurs la plupart de ceux qui composent le corps diplomatique congolais.

Que peut-on retenir ? Il y a beaucoup de choses que l'on peut retenir du livre de Albert Kisonga Manzakala en le lisant. Mais, je peux en citer quelques-unes, tout en vous laissant le temps d'en découvrir d'autres. D'abord, les faits y rapportés permettent à la génération qui n'a pas vécu à une certaine époque de l'histoire de notre pays de recoller les morceaux pour finalement compléter le puzzle de l'histoire post-coloniale de la RD Congo. C'est une contribution importante pour quiconque s'intéresse à l'évolution de ce pays de l'Afrique centrale, depuis son accession à l'indépendance en 1960.

Ensuite, Albert Kisonga Manzakala fait plusieurs propositions intéressantes pour la gestion future de la RD Congo face à l'échec de ces 45 dernières années. Partant de son expérience, il propose, entre autre, dans son livre le recours aux expatriés, plus exactement les Blancs qui vivent chez nous, dans la gestion des secteurs stratégiques de notre pays. Au lieu d'en faire des simples conseillers, les Blancs qui ont choisi notre pays comme leur seconde patrie peuvent assumer des fonctions de ministres du secteur économique (finances, économie, transport et communication, travaux publics etc.) ou des présidents délégués généraux des entreprises publiques comme l'Ofida, de la Dgi, la Gécamines etc. Car, il ne faut pas se voiler la face, les Congolais, même les plus éminents, ont prouvé leurs limites dans la gestion des biens de la communauté. Hier et aujourd'hui, la RD Congo souffre encore, non des cadres, mais des hommes honnêtes et compétents, à même d'œuvrer pour l'intérêt de la communauté nationale, sans chercher à se remplir simplement ses poches, comme le font les criminels de guerre et financier actuels aux pouvoir à Kinshasa. Albert Kisonga ne dit pas que les Blancs sont les seuls à être honnêtes et corrects, mais, ils peuvent aider à faire facilement entendre notre voix si l'on peut parvenir à avoir des partenaires sûrs de l'intérieur et qui connaissent parfaitement bien et nos réalités et celles de la société occidentale, pourvoyeuse d'aide au développement.

C'est aussi le cas du recours, propose-t-il encore, aux fameux comités de pouvoirs populaires (Cpp) ou du service national, institués par LD Kabila pour la perception d'impôt dans les coins les plus reculés de la RD Congo ainsi que pour l'incitation des paysans à retrouver les anciennes coopératives agricoles qui avaient fait de notre pays un état prospère pendant la colonisation. Mais, ces propositions méritent, soutient Albert Kisonga, d'être corrigés et leur ôtés toute connotation politique, pour finalement devenir des outils de développement et d‘encadrement des forces productives de base.

Par ailleurs, le livre de Albert Kisonga permet de se faire une idée claire sur ceux qui se disent nationalistes congolais. La lecture de ce livre nous montre en fait que certains compatriotes font du nationalisme un slogan plutôt qu'un mode de vie. Le cas de LD Kabila est plus éloquent à ce sujet. Après plus de trente an d'exil, cet ancien maquisard, une fois au pouvoir, a privilégié les siens, ceux de sa province, sinon de sa tribu, pour l'aider dans la gestion de l'état. Par ailleurs, il n'a pas réussi à faire un bon choix des éléments venus de la diaspora pour l'aider à conduire l'action gouvernementale. La conséquence de cette cacophonie gestionnelle a été la recherche rapide de l'enrichissement personnel, au détriment du peuple congolais qui avait pourtant placé plus d'espoir en la personne de LD Kabila. Les nationalistes congolais, plus précisément ceux qui se réclament de Lumumba, ont encore à prouver au peuple qu'ils ne sont pas, autant que les mobutistes, bien capables de diriger ce pays, après avoir loupé l'opportunité avec LD Kabila. Car, d'autres cas, comme ceux de Gizenga à Kisangani, Gbenye et tous ceux qui ont pris les armes au nom du lumubisme ont été plus tribalistes, régionalistes que nationalistes. Lumumba était-il le seul à avoir compris ce qu'il voulait pour que sa doctrine n'ait pas été mieux saisie et suivie par ses disciples ? C'est une question que l'on peut bien se poser.

Enfin, la simplicité et la clarté de l'écriture de ce livre, dans un style narratif truffé d'humour, facilitent sa lecture que je vous conseille de vous procurer afin de confronter certaines réalités de la vie politique congolaise à l'expérience vécue par Albert Kisonga Manzakala. Les faits qu'il y développe sont d'une telle véracité que vous parviendrez, sans nul doute, à corriger certains préjugés acquis sur certains acteurs politiques congolais ou mieux, vous aurez une autre perception de l'histoire politique post-coloniale de la RD Congo. Vous ne perdrez sincèrement pas votre temps en vous accordant quelques heures de lecture de ce livre et donc, une bonne évasion littéraire. Alors, lancez-vous….

Alexis Bemba Bondo Mukele
albebond@hotmail.com

 

 
 
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