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PLEIN FEU SUR L'IMMÉDIAT AVANT-ÉLECTION EN RDC : LE Dr JOSUÉ TUNDANONGA INVITÉ DE LAMBERT OPULA

Lambert Opula (L.Op) : Dr Josué Tundanonga, pourriez-vous vous présenter sommairement à l'opinion congolaise?

Dr. Josué Tundanonga-Dikunda (Dr J.T.D.): Mon cher Lambert, il n'est pas facile de se présenter, car soit on en dit trop soit on en dit peu sur soi-même. Voilà:

Dr J.T.D. : Je m'appelle (Josué) Shungu Logendjo Wetshilogendjo Wetsi'Uke Mundeke TUNDANONGA-DIKUNDA. Ose dikunda. Odimba wase lomame'eswe. Odimba'a koyi. Owandji w'edimba'a koyi la lota losala la kusu la wela'a koyi. Dr.sc.agr. Consultant indépendant (freelance Public & Policy Affairs Consultant). Conférencier. Milicien honoraire (sergent de réserve) des FARDC. Représentant de l'Allemagne à la Consultation nationale. Né à M.M.C.C. Minga (Mission Méthodiste au Congo Central). Troisième d'une famille de dix enfants.

Parcours scolaire

*Ecole primaire à l'athénée royal de Luluabourg l'athénée de Luluabourg II, (petit et grand) collège St Louis de la même ville. *Ecole secondaire: athénée de Kalina à Kinshasa.

Enseignement supérieur

*Université Lovanium (Kinshasa-RDC): Baccalauréat spécial en philosophie et lettres préparatoire aux études en droit (bachelier). *UNAZA - Campus de Kinshasa: faculté de droit. *Université de Skopje (Yougoslavie/Macédoine): Faculté d'agronomie (ing. agronome diplômé). *Université technique de Berlin (TU Berlin - Allemagne): assistant de recherche - Dr. sc. Agr.

Etudes postuniversitaires

Ecole supérieure de Commerce (FHW Berlin): Certificat en gestion environnementale.

Affiliation professionnelle et scientifique

Membre du comité de rédaction de PERIPHERIE, revue trimestrielle (Allemagne) Degepol (German Association of Political Consultant) INoGS (International Network of Genocide Scholars): cofondateur et membre

Affiliation associative (liste non exhaustive)

GERMANWATCH WEED (World Economy, Ecology & Development) Attac-Allemagne (association pour la taxation de transactions financières pour l'action du citoyen): cofondateur et membre ECF (European Cultural Foundation - Germany): cofondateur et membre KuPoGe (Kulturpolitische Gesellschaft: association de la culture politique) PAF (Pan African Forum): cofondateur et membreZimbabwe Friends (Collectif international des activistes pro Zanu-PF)Erlassjahr.de: réseau allemand pour la remise de la dette des pays en développement.

Affiliation associative honoraire

Président de "Carrefour 22" association des élèves de l'athénée de Kalina Secrétaire général adjoint des étudiants étrangers de la Macédoine (Yougoslavie) Cofondateur de ASU (African Students Union) à l'Université technique de Berlin Vice-président de Initiative Pro Afrika (Allemagne).

Lambert Opula (L.Op) : À quelques semaines du second tour de l'élection présidentielle en RDC, le peuple n'a droit qu'à une campagne de «salissage» mutuel, axée sur l'injure et la diffusion des faux documents, quelle leçon tirez-vous sur la qualité des élites congolaises impliquées et des deux états-majors électoraux en présence?

Dr J.T.D. : Il faut nommer un chat, un chat et éviter de tourner en rond, car il n'y a aucune leçon à tirer de cette non-campagne pour deux raisons: (1) c'est le camp du candidat du MLC qui a ouvert un feu roulant sur le candidat indépendant à sa succession et si les personnes à base de cette anti-campagne se disent des élites, alors il faudra soit trouver un néologisme soit redéfinir ce mot, (2) Kinshasa est le théâtre de cette anti-campagne qui a renvoyé la campagne au placard, mais la population et l'électorat de Kinshasa sont marginaux et très labiles dans leurs choix politiques par rapport à l'ensemble de la population et de l'électorat congolais. L'électorat congolais ne se trouve pas devant un choix cornélien ou manichéen. Jusqu'à preuve du contraire, c'est un camp et non les deux camps qui utilisent les moyens (mots, actes et actions) peu orthodoxes contre un adversaire politique, tout en oubliant que la démocratie est un jeu avec de règles et de normes à accepter dans la mesure où la majorité d'aujourd'hui est l'opposition (minorité) de demain et vice versa. Existe-il une Elite congolaise? Existe-il des élites congolaises? Que ce soit in senso extenso ou in senso stricto, il n'y a qu'une réponse normande à donner à ces deux questions: peut être bien que oui, peut-être bien que non. Mais, si par analogie nous nous référons à la définition et au rôle d'une Elite et des élites dans les sociétés qui font référence à leur conscience historique collective et leur psychohistoire pour poser les jalons de leur avenir, de leur futur, de leur survie dans ce monde en plein processus de mondialisation, la médiocratie qui était le critère principal de la promotion et du recrutement dans l'appareil de l'Etat, ce critére semble encore en application dans le recrutement des collaborateurs du candidat venu en seconde position lors du premier tour des présidentielles. Si nous faisons nôtre le maxime qui dit que seuls les génies maîtrisent le chaos, il n'y a que des élites qui génèrent et constituent la médiocratie au Congo, donc je n'ai aucune autorité morale pour l'évaluer. Mais, cela ne veut pas dire que dans l'autre camp, la méritocratie caractérise la promotion et le recrutement des organisateurs de la campagne électorale du second tour du candidat indépendant à sa propre succession.

Mon cher Lambert, ne perdons pas de vue qu'au Congo, comme l'avait bien décrit le professeur Rubango (1980) "la politique piétine la moralité dans la mesure où tous les moyens s'avérent bons dans la course, l'exercice et le maintien au pouvoir", nous avons à faire avec de la délinquance politique et la bagatelisation des enjeux géopolitiques qui se jouent sur le Congo et autour du Congo. La RDC n'est pas une île, un pays autarcique coupé du reste de l'Afrique et du monde et comme Lumumba l'avait dit (1961) "les ennemis du pays nous guettent. Le monde entier nous observe. Nous devons sauver, sans aucun retard, l'honneur et la réputation de notre vaillant peuple. Nous n'avons pas réclamé notre indépendance pour nous disputer, nous entretuer, mais uniquement pour construire notre nation dans l'union, la discipline et le respect de chacun". Même si on est de mauvaise foi caracterielle, il faut avoir le fair-play d'accepter que le spectacle qu'offre le candidat en second actuellement est décrit par le professeur Rubango et que ce spectacle est en totale contradiction avec la mise en garde et l'exortation de Lumumba. Donc il est "politically correct" de reconnaître que la nomination d'un candidat malheureux au premier tour des présidentielles (<1% de suffrages exprimés) comme coordinateur de la campagne du second tour est un exemple classique de la mainmise d'une élite négativiste sur la machinerie électorale du candidat en second qui consacre ainsi l'apologie de la médiocratie comme systéme dans une atratégie pour la conquête du pouvoir. En RDC, nous n'avons pa eu le temps de nous pencher sur le concept "élite", comme il est le cas dans plusieurs pays, ici, je pense à l'Allemagne, où un débat de société est engagé depuis la réunification. Si dans les pays industrialisés, d'autres paramétres définissent le concept "élite", en RDC, il n'y en a que deux: (1) le diplôme universitaire qui le définit, peu importe la façon dont ce diplôme avait été obtenu, peu importe la qualité et le niveau de l'université ou institut supérieur fréquenté, peu importe la qualité de la recherche et des publications, peu importe le comportement social de "l'universitaire, et (2) la langue française dans son expression orale. Sur le plan national, il y a une Elite congolaise constituée d'élites séculaires repartis équitablement sur toute l'étendue du territoire national congolais, qui sont nos chefs péjorativement qualifiés de traditionnels (les nkumu, les bokulaka etc), nos guerriers, nos herboristes, nos "kum'okonda et kum'ekanga, nos sages, nos mandona, etc. qui est complétement déconsidérée par les personnes qui avaient poussé leur cursus scolaire au-delà des études secondaires.

A côté de ces deux formes d'élites (une issue et orientée vers la méritocratie et l'autre issue issue et orientée vers la médiocratie), il y a un troisiéme courrant d'élites, celles qui refusent d'assumer. Ce courant est constitué d'éléments a-patriotiques, mais co-responsables du bourbier dans lequel nous nous trouvons actuellement au Congo: ils refusent de donner leur expertise, leurs conseils; ils ont honte du Congo, ils ont honte d'être Congolais, d'être nés Congolais. Avec les deux premiers courrants, nous savons nous en tenir, car ils jouent cartes sur table. Nous savons qui est qui est, qui veut quoi pour le Congo, pour l'Afrique. Un ancien enfant soldat congolais, Lucien Badjoko, actuellement étudiant à la faculté de droit de l'Unikin avait écrit dans son livre "J'étais enfant soldat (2005)": «Tu ne devineras jamais! Hier j'étais à la piscine et j'ai vu cinq Tutsis attablés qui discutaient. Tu te rends compte! Avec toutes les horreurs qu'on nous amontrées: les bébés pilés, toutes les femmes violées... Aujourd'hui, ils sont léa et ils boivent tranquillement un verre dans un lieu public. Nous les Congolais, nous avons beaucoup de défauts mais nous avons une qualité: nous pardonnons vite! C'est vrai que nous pardonnons vite! J'ai pensé. Ennemis d'heir, amis d'aujourd'hui... (p. 158)» C'est à Kinshasa que ce jeune Congolais a vu la scéne qu'il relate dans ces quelques phrases. Un peuple sans conscience historique collective est un peuple condamné à être dominé par ses voisins immédiats et à disparaître. Si Kagame et Museveni avaient posé leurs candidatures au premier tour et s'ils avaient la possibilité de le faire au second tour, ils auront les voix de leurs sympathisants dans les provinces du Bas-Congo, de l'Equatur et dans le district du Sankuru. Et dire que Mama Kimpa Vita Beatriz et Papa Simon Kimbangu considérés comme les premiers héros de la lutte de libération congolaise viennent du Bas-Congo, que que l'Equateur est le berceau congolais des Akutshu An'a Mongo et que le Sankuru est la terre natale de Lumumba, le Héros des héros! Tout est possible: les Catholiques iront bientôt à la Mecque, les Musulmans à Rome, Benoît XVI se convertira à l'islam et l'ayatollah Kameini au catholicisme, si les Congolais pouvaient en décider. Les Kinois font partie de ce peuple congolais qui n'a aucune trace de conscience collective historique et ils méritent une campagne qui correspond à la médiocrité de leur vision du Congo de Lumumba.

L.Op. : Comment expliquez-vous l'absence de débat sur les stratégies de reconstruction du pays et la vision du développement?

Dr J.T.D. : Personnellement, je ne m'attendais pas à un débat quelconque sur les stratégies de reconstruction et la vision du développement du Congo. Nous avons présentement à faire avec deux camps: (1) le camp du candidat indépendant, candidat à sa propre succession, qui regroupe apparement les Lumumbistes (à cause des inévitables opportunistes), ses deux principales ailes qui sont les Mulelistes et les Kabilistes, celles et ceux qui se reconnaissent dans un ou plusieurs idéaux de Lumumba et (2) le camp qui représente les anti-valeurs de Lumumba.

Mon cher Lambert, chaque nation, chaque peuple posséde de reférences et de textes de base sur lesquels toute son action pour sa survie est basée et orientée. Prenons le cas des USA, Kennedy et Clinton ayant été des exceptions qui justifient la régle, c'est la WASP idéologie (White Anglo-Saxon and Protestant) qui dirige ce pays. Toute la politique américaine a pour alpha et omega ces quatre piliers: (1) le Manifest Destiny de John O'Sullivan (1839), (2) American Political viewed from the Standpoint of Universal History de l'historien John Fiske (1885), (3) l'American Creed de William Tyler (1917) et (4) le "ask whant you can do for your country, and not what your countrx can do for you" de JF Kennedy (dicours inuagural du 21/01/1961). Le discours actuel de G.W. Bush, par exemple, ne fait que reprendre et appliquer cette vision de l'Amérique, mais d'une façon sans équivoque: qui n'est pas pour les USA est contre les USA.

Pour le Congolais, l'Africain et le Noir que je suis, probablement pour beaucoup de Lumumbistes, Mulelistes et Kabilistes inclus ainsi que celles et ceux qui se qui se reconnaissent dans un ou plusieurs idéaux de Lumumba et les Panafricanistes, le discours de Lumumba prononcé dans un séminaire lors du Congrès pour la liberté de la culture à l'Université d'Ibadan (Nigeria) le 22.3.1959 et son discours inaugural du 30.6.1960 constituent l'alpha et l'omega de différentes stratégies de la construction d'un Congo locomotive pour l'Afrique et la diaspora noire. A Ibadan, Lumumba avait, entre autres, dit: «Je veux attirer l'attention de tous qu'il est hautement sage de déjouer, dès le début, les manœuvres possibles de ceux qui voudraient profiter de nos réalités politiques apparentes pour nous opposer les uns aux autres et retarder ainsi notre libération du régime colonialiste. L'expérience démontre que dans nos territoires africains, l'opposition que certains éléments créent au nom de la démocratie, n'est pas souvent inspirée par le souci du bien général, la recherche de la gloriole et des intérêts personnels en est le principal, si pas l'unique mobile. (...) L'existence d'une opposition intelligente, dynamique et constructive est indispensable afin d'équilibrer la vie politique et administrative du gouvernement au pouvoir. (...) Tous nos compatriotes doivent savoir qu'ils ne serviront pas l'intérêt général du pays dans de divisions ou en favorisant celles-ci, ni non plus dans la balkanisation de nos pays en de petits Etats faibles. (...) Préconiser l'unité africaine et détruire les bases de cette même unité, n'est pas souhaiter l'unité africaine. (...) Nous avons beaucoup longtemps souffert et nous voulons respirer aujourd'hui l'air de la liberté. Le Créateur nous a donné cette portion de la terre qu'est le continent africain, elle nous appartient et nous en sommes les seuls maîtres. C'est notre droit de faire de ce continent, un continent de la justice, de droit et de la paix.»

Dans son discours inaugural du 30.6.1960, Lumumba avait dit entre autres: «Ensemble, mes frères, mes sœurs nous allons commencer une nouvelle lutte sublime qui va mener notre pays à la paix, à la prospérité et à la grandeur! [...] Nous allons montrer au monde ce que peut faire l'homme noir quand il travaille dans la liberté et nous allons faire du Congo le centre de rayonnement de l'Afrique toute entière!» Que faut-il comprendre de cette dernière phrase? Explicitement et implicitement, cela signifie, entre autres, "à qualification égale, conditions de recrutement égales, salaire égal et conditions sociales égales", donc pas de privilèges quelconques pour les coopérants et experts occidentaux au Congo. A ces deux messages de Lumumba s'ajoutent le texte du Chant de l'Indépendance et pour les les narcisses (les personnes qui se prennent pour des élites, Mabika Kalanda. La boucle est bouclée. Il est surprenant que c'est en dehors du Congo, en Afrique (professeur Ibrahim Baba Kaké "Quand le Zaïre (RDC) s'éveillera" et Edem Kodjo "Et demain, l'Afrique) et dans la diaspora (Shwana Maglangbayan "Garvey, Lumumba, Malcolm: Black nationalist separatists" que le Congo de Lumumba est une condition sine qua non et per quam pour la construction d'une Afrique puissante de la réhabilitation et de la revalorisation d'une diaspora noire vaillante. Pour l'adepte du séparatisme nationalisme [idéologie constituée des adeptes de Marcus Garvey (garveyisme) - Lumumba (lumumbisme) - Malcolm X (malcolmixisme) et fort peu compatible avec le cursus occidentalis scolaire] que je suis, la phrase " Nous allons montrer au monde ce que peut faire l'homme noir quand il travaille dans la liberté et nous allons faire du Congo le centre de rayonnement de l'Afrique toute entière!" fut l'arrêté de la condamnation à mort de Lumumba.

L.Op. :: Pourquoi l'état-major de Joseph Kabila, le président sortant ne bronche aucun mot sur son origine, alors que les passions nées autour de cette question contribuent à affecter la qualité du débat?

Dr J.T.D. : Qui se sent morveux se mouche. Quand un peuple et ses "élites" ont chanté pendant plus d'une vingtaine d'années un hymne national qui parlait de tricolore, alors que même les daltoniens distinguaient quatre couleurs sur le drapeau, et, lorsque ce même peuple et ses "élites" désignent le sphinx présumé habitant la mairie de Limete/Kinshasa, comme le plus ancien et le doyen des opposants politiques du Congo, alors que A. Gizenga est dans l'opposition depuis le 10/10/1960 [au jour pour jour, exactement 46 ans et un peu plus d'une semaine!], date de la révocation anticonstitutionnelle de Lumumba et son gouvernement dont il était vice-premier ministre, est-ce que ce peuple et ses "élites" sont en possession de toutes leurs facultés mentales pour que la communauté internationale tiennent compte de leurs préoccupations? Il n'y a point de débat et là où le débat est absent, le mot "qualité" est obsolète, donc rien n'est affecter. Dans une société, un peuple qui n'a pas de conscience collective historique, qui n'a pas de psychohistoire, il n'existe pas de débats. Ce peuple, qui a choisi l'obscurantisme, a démissionné devant ses responsabilités. Ce peuple ne pense plus: il laisse surtout ses ennemis existentiels pensaient pour lui. La communauté internationale observe in vivo le réflexe de Pavlov sur une dimension nationale, un échantillon humain de plusieurs millions d'hommes. Lumumba est communiste: ce peuple et ses "élites" l'avaient cru. LD Kabila a promis le Kivu au Ruanda, vendu l'uranium à la Corée du Nord: ce peuple et ses "élites" l'avaient cru. LD Kabila n'est pas le père de JoKab, JoKab a été l'adjudant de Kagame, JoKab a vendu de l'uranium à l'Iran: ce peuple et ses "élites" le croient. C'est tout simplement la médiocratie qui triomphe!

Que n'attend-on pas dit sur Lumumba? Que n'avaient pas dit les membres du us Congrés sur Lumumba? Un échantillon: "a radical and unstable Congolese Prime Minister", "a Soviet tool", "a Communist sympathizer if not a member of the party" (President Eisenhower); "[Lumumba] is [...] a cheap embezzler, a schizoid agitator (half witch doctor, half marxist), an oppotunist ready to sell out to the highest bidder, ex officio big chief No. 1 of a gang of jungle primitives strutting about in the masks of cabinet ministers" (Rep. Olin Johnston); "Lumumba's presence on the political scene was brief and negative. [...] His 7 weeks in office were catastrophic . [...] While the country disintegrated, Lumumba smoked hashish, drank gin or danced with his fleet of concubines in Leopoldville'noisy dives. He gave interminable Castro-like press conferences to attack the [United Nations] but showed no interest in the problems of government [...] He was vicious. He was corrupt [...]. There is not much to mourn" (Rep. Paul Dague); " There was no honor in the man. He switched allegiance from one side to insane anger. He blackmailed both East and West shamelessly [...] Patrice Lumumba was a political crook" (Rep. Katharine St George); "My belief is that any objective reading of Lumumba's character would result in a finding, not that he was a dedicated or any other kind of Communist, but that he was an unprincipled, widly emotional opportunist" (Rep. Hubert Humphrey) etc... Est-ce Lumumba qui était ainsi décrit et peint ou un Lumumba virtuel, tel qu'il était perçu par la politique américaine. Lorsque la turpitude se transforme en haine, il faut pouvoir garder un certain superbe, une certaine dignité de soi, car l'avenir jugera les acteurs politiques et les politichiens congolais contemporains, on aboutit à de tels dérapages.

L.Op.  : Le silence de l'état-major de Jean-Pierre Bemba sur les crimes contre l'humanité dont il porterait des responsabilités ne constitue-t-il pas un obstacle à l'évolution du débat en faveur des thèmes plus pertinents?

Dr J.T.D. : Je renvoie à la perception du pouvoir par la classe politique classique congolaise telle que décrite par le professeur Rubango [voir première question], comme une partie de la réponse à la question. Beaucoup de candidats aux présidentielles et aux législatives avaient présenté des extraits de leurs casiers judiciaires lavés plus blanc que persil et les croyants se sont portés à la porte du paradis sans péchés originels, sans péchés véniels, sans péchés mortels: plus saints que Saint Pierre. Ce sont les citoyens centrafricains qui avaient posé une plainte (reçue) devant le Tribunal pénal international de La Haye pour les crimes, les viols et les pillages que le contingent armé du MLC envoyé à Bangui soutenir Ange Patassé contre les troupes du général Bozizé avaient commis dans la capitale centrafricaine et sa banlieue. Il y a un adage juridique qui dit "à l'impossible, nul n'est tenu", son état-major ne peut que subir le cours des choses. Cet état-major sait probablement que Taylor, l'ancien président libérien est jugé non pas pour les crimes commis au Libéria, lorsqu'il était un war-lord, mais pour les crimes commis par le RUF (Revolutionary United Front), un groupe rebelle sierra leonais qu'il avait créé, armé et soutenu ainsi que pour les crimes qu ses propres hommes avaient commis en Sierra Leone. Lorsque certains spécimen de la médiocratie se mettent à raisonner, ils arrivent à poser des actes pondérés, selon le moto "silence is golden": raison supplémentaire pour éviter le débat. La poursuite des crimes de guerre commis par les Congolais et les étrangers n'est pas une priorité pour les CongolaisEs du Congo profond: ces crimes sont imprescriptibles. Pas plus tard que le 11/10/2006, une dépêche de l'agence dpa a annoncé qu'un tribunal militaire italien de la ville de La Spezia a condamné par contumace, un ancien sous-officier de l'armée hitlérienne (âgé aujourd'hui de 84 ans) pour avoir participé au massacre de 207 civils italiens de Civitella, le 29/6/1944. A chaque chose son temps: il n'y aura pas lex congolesis qui fera exception à la jurisprudence internationale. "Nzoku abosanka moto azokisa ye te": l'éléphant n'oublie jamais qui l'avait blessé.

L.Op. : L'évocation du nationalisme lumumbiste peut-il encore justifier le choix d'un camp contre un autre, au regard de la composition actuelle des alliances électorales?

Dr J.T.D. : Oui, car il s'agit du nationalisme lumumbiste, d'un type de nationalisme congolais qui regroupe de sous-types et de variétés. Ces partis politiques ont dépassé le stade de l'évocation, ils ont atteint le niveau de l'action politique guidée par un pragmatisme politique sous la motivation du nationalisme lumumbiste congolais dont le ssp. lumumbiste, le ssp. muleliste, le ssp. kabiliste, le ssp. maoïste, et le ssp. fondamentaliste (les MaïMaï). A ces sous-types et variétés s'ajoutent les tendances et les individus qui se référent à une ou plusieurs facettes du nationalisme lumumbiste congolais, ainsi que les groupuscules politiques et les individus dotés d'une bonne dose d'opportunisme politique en tant que stratégie de survie matérielle et pécuniaire (du moins pour cette législature). J'aimerais fermement souligné qu'il ne s'agit pas du lumumbisme et encore moins du Lumumbisme qui ont servi de base aux alliances dont il est question, parce que: (1) le lumumbisme en tant qu'idéologie politique, en tant que vision, qui a une dimension universelle (le syndrome Lumumba: les richesses nationales ne doivent pas tombées entre les mains des oppresseurs nationaux et internationaux), est le spiritus rector du panafricanisme (voir discours inaugural du 30/6/1960) et, est considéré à la fois comme axe et face d'un tétraèdre dont les deux autres faces sont le garveyisme et le la malcolmixisme auxquels il est indissociable. Le lumumbisme est aussi un état d'esprit. En tant qu'idéologie politique, il peut être critiqué, rejeté et combattu: il n'est pas rigide.

De ce point de vue, sans courir les risques de se faire contredire, A. Gizenga, pour ne citer que son nom, a été guidé par le nationalisme congolais lumumbiste (2) Le Lumumbisme est une religion: on n'y croit ou on n'y croit pas. En tant que religion, il est considéré comme une hérésie par les ennemis du peuple congolais et du Congo, par les ennemis de l'Afrique, par les ennemis de la race noire, par tous les oppresseurs du monde entier. Ce n'est pas n'importe qui pratique le Lumumbisme, qui est lumumbiste. De ce point de vue, il est peut-être facile de trouver une aiguille dans une botte de foin, que de trouver un pratiquant du Lumumbisme dans cette alliance, ce qui n'exclue pas, qu'il en est.

L.Op. : Une exploitation intensive des technologies du multimédia semble constituer la stratégie gagnante des formations politiques anti-Kabila, inversement la coalition avec des forces significatives de l'échiquier retient beaucoup l'attention du président sortant. Comment voyez-vous l'issue de cette adversité?

Dr J.T.D. : Il n'y a pas une exploitation, mais une mauvaise utilisation, une utilisation exécrable des moyens audiovisuels à Kinshasa et de l'Internet avant et pendant la campagne électorale. Les médias du candidat du MLC et les médias proches de l'UDPS ne vulgarisent pas l'information, mais ils font de l'intoxication psychologique. Un adversaire politique et ses sympathisants qui utilisent des insultes a persona contre un autre candidat, qui dans leur logique, s'ils en possèdent une, n'est plus un adversaire politique, mais un ennemi, ne sont ni plus ni moins que de délinquants qui "délinquent". Ces gens sont d'autant plus dangereux pour eux-mêmes que pour le Congo, l'Afrique et la race noire, car ils donnent aux Occidentaux les arguments qui les réconfortent dans leurs théories négrophobes et congophobes, et qui justifient leur jugement sur l'état d'infantilisme permanent des preneurs de décisions congolais et de Congolais qui s'estiment prédestinés à diriger le pays . A l'époque de Massamba Débat Alphonse (RP Congo), les Congolais de l'autre Congo disait que le Congo-Léo a 15Mio d'habitants dont 9Mio de musiciens, 5Mio 999 milles 999 footballeurs et Lumumba. Museveni disait, en 1996/7 qu'il ne connaît que le général Defao au Zaïre, s'agissant de la généralité des FAZ.

A Kigali, les Congolais sont appelés BMW (Beer Music Women). Depuis les élections de mai 1960, il y a une majorité pro-lumumbiste au Congo. Le premier tour des présidentielles l'a montré (2006): les candidats Gizenga et Kabila ont réuni presque 60% du suffrage exprimé. Le premier tour des présidentielles a montré deux changements significatifs de camps par aux élections de mai 1960: (1) les territoires de Lusambo et de Lubefu dans le district du Sankuru ont quitté le clan pro-lumumbiste pour rejoindre l'autre camp et,(2) les districts du Katanga qui avaient voté Conakat ont rejoint le camp pro-lumumbiste. Sinon, il n'y a pas eu un redessinement notoire de la carte électorale du Congo par rapport à mai 1960: les districts qui n'avaient élu ni le MNC-Lumumba ni les partis de la majorité pro-lumumbiste avaient majoritairement voté pour le candidat du MLC et les quinzaine des 33 candidats qui ne totalisent pas 20% du suffrage national. Le deuxième tour des présidentielles renforcera davantage le clan pro-lumumbiste. Il n'y a pas d'adversité, parce qu'il n'y a ni compétitivité ni compétions. Au plus tard dans deux législatures, beaucoup de ténors de la scène politique congolaise actuelle dispaîtront de la scène politique: "Likala ya moto" comme l'avait chanté Rochereau ou bien "mayi ya moto etumba elamba te": l'eau chaude ne brûle pas un habit. Les analystes étrangers des médias africains et congolais ont trouvé des analogies avec la Radio Mille Collines (Ruanda, 1994) et les analystes de la scène politique africaine ont trouvé de parallèles avec la Côte d'Ivoire sous Konan Bédié. Avec l'apparition de l'extrémisme au Congo, un pas dangereux vient d'être franchi.

Mais, c'est sans compter avec la maturité du peuple congolais et du camp du président, candidat à sa propre succession. C'est la raison pour laquelle nous nous posons cette question: y'a-t-il de des intellectuels congolais, des intellectuels d'origine congolaise de par le monde? Non, le Congo n'a pas d'intellectuels: le Congo n'a ni écrivains ni peintres ni artistes ni musiciens (exception faite de Didier Masela) ni chansonniers ni philosophes ni universitaires (comme en France les Régis Debray, Finkelkraut etc.). Parce que si le Congo en avait, ils auraient déjà rédigé, diffusé et publié une pétition exigeant de toutes les personnes s'estimant prédestinées à diriger ce pays à quelque niveau que ce soit à adopter un code de conduite et à se respecter mutuellement et réciproquement par respect à la traversée du désert qui n'a pas encore pris fin, par respect à ces millions de CongolaisEs qui n'ont pas avoir un deuil décent, un enterrement dans le respect de nos coutumes, par respect à ces millions de Congolaises violées et victimes de violences sexuelles pendant l'occupation burundo-ougando-ruandaise. Rien ne se fait. Rien ne se produit. Pour paraphraser Joseph Kizerbo qui avait dit "malheur aux peuples dont les juges méritent d'être jugés", je dis "malheur aux peuples dont les intellectuels méritent l'anathématisation". Il y a deux phénomènes nouveaux: (1) la qualité de l'information fabriquée et affichée sur le net, je fais allusion à la qualité exécrable du photomontage de Joseph Kabila, adjudant de Kagame (et si on compare ce photomontage avec celui du président du MLC en pute XXXL apparu sur le net, on constate que les anti-JoKab ont une longueur de retard par rapport au reste des Congolais qui en ont marre de la médiocrité de ce qui circule dans les sites internent congolais) et, (2) la pratique mutatis mutandis des scènes de rues de Kigali (avril-juillet 1994), dans les capitales de certains pays de l'Union européenne (Paris, Londres et Bruxelles) où de scènes de lynchages - voir de scènes de pogromes - sont organisés contre les personnes de nationalités congolaises ou d'origine congolaise: Kamehre, Malu Malu, l'agression extrêmement violente contre She Okitundu, menaces contre Papa Wemba, de voies de faits (coups et blessures) sur les Belges d'origine congolaise et même la femme-phare issue de l'immigration congolaise et vice-ministre fédéral de la Belgique ont été. Les Congolais n'ont réussi ni leur intégration sociale ni leur intégration dans leurs pays d'accueil en dehors de l'Afrique.

L.Op. : Au premier tour des présidentielles, le Kivu, la province congolaise où le sentiment anti-rwandais est plus virulent, a exprimé sa préférence envers le candidat Joseph Kabila, pourtant soupçonné à Kinshasa et dans la diaspora, d'être d'origine rwandaise, comment expliquez-vous cette anagramme?

Dr J.T.D. : "Dieu écrit droit avec les lettres penchées sur le Congo", avait dit Albert Ndele. Est-ce que les Polonais, les Soviétiques, les Tchécoslovaques étaient germanophiles après l'occupation nazie de leurs pays? Est-ce que les Coréens et les Chinois étaient nipponphiles après l'occupation de leurs pays par le Japon? Pour quelles raisons les Congolais ne seraient-ils pas ruandophobes, du fait que les Ruandais sont congophobes, alors que les Congolais n'avaient jamais massacré de Ruandais? A moins de dire que a contrario, les ruandophiles congolais avaient accordé leur préférence au candidat du MLC. Dans mes réponses précédentes, j'avais évoqué l'absence et le déficit d'une conscience collective historique congolaise et l'ignorance de la psychohistoire congolaise au sein de certaines élites congolaises et parmi les personnes qui s'estiment prédestinées à diriger le Congo, comme causes principales de certaines votes irrationnelles. Comment expliquer l'élection du président honoraire et ministre de la défense du RCD, dans le district du Sankuru et la non élection de Roland Lumumba, fils de Patrice Lumumba dans ce même district, et pendant ce temps, Nzanga Mobutu remporte plusieurs circonscriptions électorales dans la province de l'Equateur, parce qu'il porte de son pére?

Le problème est fort délicat, car l'instabilité du patriotitisme de la classe politichienne congolaise est une lourde hypothèque non seulement pour le Congo, mais pour tout le peuple congolais. chaque peuple a un passé historique immédiat et un passé historique lointain. Les résultats des élections de juillet 2006 ont montré qu'une forte majorité du peuple congolais n'avait pas voté pour les anciens mouvements rebelles. Ceci veut dire que cet électorat (qui n'avait pas élu les partis issus de mouvements rebelles) est conscient du passé historique congolais immédiat (l'occupation avec ses massacres, ses viols, violences sexuelles, destruction irréversible de l'environnement, exploitation illicite de ressources congolaises, destruction des infrastructures etc.), alors qu'une minorité de cet électoral, pour de raisons psycho-traumatologiques a refoulé ce passé immédiat dans son subconscient. Les CongolaisEs vivant en Euramérique représentent au maximum 2% de CongolaisEs vivant en dehors du Congo, en Afrique. Au nom de quelle légitimation ces CongolaisEs vivant dans ces deux continents peuvent-ils parler au nom de Congolaises qui vivent en Afrique, en dehors du Congo, et si légitimation il y a, d'où la tirent-ils? Je ne vis pas présentement en Afrique et par solidarité aux CongolaisEs qui vivent en Afrique, je refuse de répondre à la deuxième partie de cette question. Je n'ai jamais fait partie de ces CongolaisEs, qui rasent les murs comme de chiens battus en Europe et en Amérique et, qui une fois en vacances au Congo, obligent leurs mères de leur préparer les pommes de terre, et dorment dans les hôtels au lieu de dormir chez leurs parents. Je reste égal à moi-même et refuse de me placer sur le terrain de personnes qui souffrent de troubles identitaires caractérielles que Frantz Fanon avait bien décrit dans "Peau noire, masque blanc". Le vaccin du séparatisme nationalisme (Garvey - Lumumba - Malcolm X) me protége contre cette catégorie des NoirEs. Il n'y a pas de diaspora congolaise en dehors de l'Afrique, mais de CongolaisEs immigréEs ou vivant en Amérique du Nord et dans l'Union européenne. C'est la conscience collective historique et la psychohistoire qui sont à la base de la formation d'une diaspora aux exemples des diasporas juive ou arménienne. Les scènes de lynchages des Congolais par d'autres Congolais en Europe sont inconnus entre Arméniens, entre Juifs quelque soit leur tendance religieuse ou politique. Les Congolais immigrés en Amérique et en Europe, tout comme leurs associations constituent les anti-valeurs de ce qui est malencontreusement appelé "diaspora congolaise".

Le Liban avait connu une guerre civile atroce, mais les Libanais de l'extérieur ont cohabité ensemble et on vient de remarquer une union de toute la population libanaise du Liban et de l'extérieur face à Israël. Les Chiites et les Sunnites iraquiens s'entretuent en Iraq, mais vivent ensemble en dehors de leur pays. L'hyper religiosité, l'immoralité et l'antipatriotisme caractérisent les CongolaisEs immigréEs ou vivant en Amérique et en Europe.

Qui se rappelle encore du bon vieux temps où l'UGEC (Union générale des étudiants congolais) faisait la fierté du Congo? Bien sûr, le niveau intellectuel et mental a dramatiquement baissé dans la communauté congolaise euro-américaine, mais cela ne justifie pas pour autant que, cette déchéance intellectuelle et mentale soit une licence pour comme des actes de "vandalisme" contre la mémoire collective d'un peuple et qui discrite la majorité silencieuse.

A Matonge (Bruxelles/Ixelles), les Ruandais font travailler les Congolais au noir et ces Congolais font la chasse aux Congolais qui ne sont pas pour les intérêts ougando-ruandais, lancent des appels de boycott contre Papa Wemba et vulgarisent les informations sales sur les leaders congolais que leurs patrons ruandais leur disent. Si Johnny Halliday et Doc Gynéco se déclarent officiellement pour l'UMP (France), Bruce Springsteen pour John Kerry (USA), pourquoi Werrason, Papa Wemba, Didier Masela ne peuvent pas se réclamer du candidat à sa propre succession ou tout autre candidat outre que le candidat en second du premeir tour des présidentielles? L'insertion sociale et l'intégration des hommes congolais ont grosso modo échoué ou mal fonctionné en Euramérique. Le destin du Congo n'est pas entre les mains des Congolais qui vivent en Euramérique des allocations sociales, des SDF (sans domicile fixe) congolais, des membres des sectes religieux, des margoulins, des loubards et autres pseudo intellectuels. S'il y a des CongolaisEs qui préfèrent imiter les ânonnements de ce species de Congolais, je suis de ceux qui préfèrent imiter les rugissements du lion.

L.Op. : : À l'heure où la congolite semble s'enraciner à Kinshasa et dans la diaspora, peut-on penser que le vote exprimé en faveur de Jean-Pierre Bemba crédite la nature parfaitement endogène de son ascendance congolaise, par rapport aux 35 autres candidats malheureux?

Dr J.T.D. : Pour de raisons évoquées dans la question précédente, je refuse de répondre à cette question, mais par courtoisie, ma réponse est la même que celle que donnait Socrate, lorsqu'on lui posait certaines questions. Les tonneaux vides font du bruit, mon cher Lambert, et nous ne progresserons que dans la médiocrité, si nous accordons une quelconque importance aux tonneaux vides qui roulent ou sur lesquels on tape ou sur les personnes qui les tapent. Dans la première partie de cet interview, j'avais évoqué la médiocratie comme particularité du brain trust autour du challenger du candidat à sa propre succession. Vers la fin de la IIe République, les dégâts commis aux infrastructures par le slogan "originaire de..." qui fut le cheval de bataille des démons autour de Mobutu se font sentir sur l'économie congolaise encore aujourd'hui (la destructions des ressources humaines et des installations de la GECAMINES). Les mêmes démons et rejetons se retrouvent autour du challenger du candidat à sa propre succession. Cette fois, ces démons sont d'un cran pires, que ceux de la fin de la IIe République: ils ont copié l'agenda ivoirien sous Konan Bédié, alors que les conditions et la situation géopolitiques sont différentes.

La population de Kinshasa, malgré sa labilité de son patriotisme et les forces de sécurité congolaise (armée, la PIR: Police d'Intervention Rapide et la UPI: Unités de Police intégrées) ne sont pas dupes et ce ne sont pas 3-4000 miliciens armés du MLC, sans base arrière et avec une direction politique sans appui régional, africain et international, qui feront trembler les fondements du Congo. C'est dans de circonstances actuelles que la disparition de Franco se fait cruellement sentir. Qui se rappelle encore qu'à Kinshasa que tout Kasaïen, toute personne à peau claire était qualifiée de réfugiée et que la chanson "Réfugié" de Franco avait rappeler les Kinois à de sentiments patriotiques. Kinshasa est la capitale-province de la RD Congo et représente moins de 10% de l'électorat congolais, nous devons apprendre à respecter tout l'électorat congolais, même si par chantage, errements, démagogie, intoxication psychologique, analphabetisme ou toute autre raison, certains suffrages ont été usurpés par certains candidats. Chirac est président d'une République dont le maire de la capitale (Paris) est socialiste. Merkel (conservatrice) est chancelière d'un pays dont la capitale (Berlin) est gouvernée par une coalition rouge-rouge (parti social démocrate/néocommunistes).

C'est pour amuser la galerie que les Congolais reprennent comme de ventriloques ce que les services spéciaux ruandais veulent leur laisser croire. A un moment ou un autre ces mêmes sources avaient dit que LD Kabila est tanzanien, Kamehre est ruandais, Malu Malu est ougandais, alors? Contrairement aux pannes des présidentielles américaines de 2000 (Palm Beach County/Floride), les élections congolaises se sont déroulées sans panne sérieuse. Le candidat du MLC avait pu atteindre une partie de l'électorat congolais, sur base d'une stratégie peu orthodoxe, et tout Congolais doit respecter cet électorat.

L.Op. : L'échec du Congo en matière de développement s'est exprimé, par le biais des troubles sociales, d'abord, politiques, ensuite, ce qui a engendré un sentiment d'ingouvernabilité du pays auprès des chancelleries occidentales, comment expliquer la priorité accordée à la citoyenneté dans cette campagne?

Dr J.T.D. : La descente aux enfers de l'économie congolaise avait débuté avec la chute du prix du cuivre sur les marchés internationaux, et avec les mesures de zaïrisation, l'économie congolaise se trouve dans la station des soins intensifs qu'elle n'a pas encore quittée jusqu'aujourd'hui. Sous LD Kabila, il y a eu de signes positives de redressement que les institutions de Bretton Wood (Banque mondiale et FMI) avaient attesté et le couronnement fut la création du FC. Depuis le 02/8/1998, le Congo connaît une économie de guerre et pendant l'occupation, à l'exception du diamant, toutes les matières exportables étaient dans les zones occupées. Il faut reconnaître que dans la personne de Masangu (gouverneur de la banque nationale), le Congo possède un argentier de niveau international. Les Occidentaux ont toujours négligé l'ingéniosité des Congolais d'éloigner leur pays des bords de l'abîme dans lequel ces mêmes Occidentaux ont toujours voulu le précipiter. Quelles économies profitent de la guerre au Congo? Prenons ce cas concret: HC Stark. BAYER AG (Allemagne) est cette société-mére, le plus grand importateur du coltan congolais, qui le vendait à Siemens AG, le plus grand preneur mondial du coltan congolais. HC Stark achetait ce coltan auprès du RCD/Goma et du Congo Desk (ministère de la défense ruandaise). HC Stark ne payait pas le fisc au Congo. Les infrastructures de base et l'environnement étaient détruits dans les zones d'exploitation du Coltan (Sudkivu).

En Allemagne, HC Stark paie des impôts et des taxes dans la ville de Goslar, dans l'état fédéré de Hesse et à l'Etat fédéral, donc contribue à garantir l'emploi en Allemagne, à l'entretien et à la construction des infrastructures sociales, à la maintenance et à la construction des infrastructures de base: ponts et chaussées, autoroutes, voies ferrées, aéorpots etc. Donc, ce sont les chancelleries occidentales qui sont les moins qualifiées pour porter un jugement quelconque sur l'application des lois au Congo, sur le code la nationalité congolaise, sur une Transition qu'elles avaient imposée au pouvoir de Kinshasa, dans l'espoir que le peuple congolais ne maîtrisera pas les rouages du système de 1+4 (unique au monde, après un conflit armé). C'est "unpolitically correct" de leur part de faire la morale aux CongolaisEs.

Donc, dans le cas de l'Allemagne, il faut vraiment être naïf pour croire que les soldats allemands sont à Kinshasa pour sécuriser les élections dans le bien-être du peuple congolais et promouvoir la démocratie au Congo, alors que l'Allemagne est le principal soutien du Ruanda et non les USA, comme on veut nous faire croire. Nous savons que l'ambassadrice allemande à Kigali, s'était rendu à Goma (une autre juridiction diplomatique) pour visiter les installations de SOMIKIVU, qui est une société allemande, qui exploite le coltan congolais et que les journalistes d'investigation avaient trouvé les preuves que le gouvernement allemand aurait soutenu les différentes milices congolaises. Les pions sont en place sur l'échiquier politique congolais aujourd'hui, du moins du côté du candidat à sa propre succession. Il y a même un cabinet de l'ombre avec A. Gizenga comme premier ministre présumé, Olivier Kamitatu, comme ministre des affaires étrangères présumé et Nzanga Mobutu, comme ministre de la coopération présumé. Au moins 300 députés sur 500 assurent déjà la majorité parlementaire au candidat leader du premier tour. Nous savons que la conjoncture de Poincaré est déjà résolue, mais combler un retard de 25 points au second tour reste un mystère qui sera démystifié après le second tour.

L.Op. : : En 1990-1992, c'est l'opposition incarnée par l'USOR et alliés qui en a appelé à la communauté internationale pour l'aider à détrôner le dictateur Mobutu, avant de dénoncer, plus tard, la complicité de l'Occident avec le duo Mobutu-Kengo. Ce dernier dénoncera, à son tour le complot occidental avec Laurent-Désiré Kabila contre lui. Aujourd'hui encore, certaines forces qui avaient appuyé l'action de l'Occident contre Mobutu dénoncent l'appui de la communauté internationale à Joseph Kabila, quel regard doit-on porter sur le politicien congolais dans sa rhétorique contre la communauté internationale?

Dr J.T.D. : Je ne vois pas les choses de cette façon. Qui sont ces forces-là? Où sont-elles? La première chose que je dirai est que la qualité du discours politique au Congo a reculé par rapport au discours tenu par les primairiens, les écoles moyennistes, les écoles d'infimieriste et les écoles normalistes congolais de 1955 à 1960 (Fierlafy 1990). Nous avons actuellement à faire à un discours que Houtondji (1967) désigne sous le mot "charabia" qui signifie "un langage incorrect, mais aussi et surtout la confusion de la pensée.". Ceci avait fait dire à Minanpala que "ce qui caractérise la crise de notre pays [le Congo], c'est que l'intelligence même est entamée et que la pensée n'a plus d'autorité." Ce qui intéresse la "communauté internationale (les pays du G7", c'est un ordre juridique et constitutionnel qui lui permette d'assurer l'approvisionnement de son industrie en matières premières directement dans les pays où elles se trouvent. Il suffit de voir les balances commerciales de l'Ouganda et du Ruanda pour se faire une idée de la dépendance de certains Congolais aux hommes de paille de l'Occident: Museveni et Kagame. Redessiner les frontières congolaises et créer une situation de partition de facto du Congo étaient le principal agenda de la "communauté internationale": l'Ouganda avait créé la province de l'Ituri, il fallait faire le préfixe du Ruanda pour appeler Goma et Bukavu etc.

Museveni avait pour mission de créer une République allant du Sud Soudan jusqu'au Nord de l'Angola, de l'Atlantique à l'Océan indien. Le ministre des affaires étrangères ougandais avait présenté cette carte lors la Conférence panafricaine de Kampala. Ce plan a échoué. Dire que la "communauté internationale" soutient le candidat à sa propre succession, c'est mal connaître sa stratégie. Que ce qui empêche la communauté internationale d'arrêter le challenger du candidat à sa propre succession, comme elle l'a fait avec Lubanga? Une plainte contre lui avait été pourtant déposée au Tribunal pénal international de La Haye.

Pendant la guerre froide, notre pays avait servi de rempart à l'expansion du socialisme en Afrique australe centrale et l'Occident soutenait le régime issu du coup d'Etat du 24/11/1965. Mobutu était un habile joueur du jeu des dames et savaient bien manipuler la pseudo opposition. Certaines sources racontent que certains pilleurs recevaient les listes des objets à piller à Limete et faisaient casquer ces pillages aux sbires de Mobutu. Les politichiens congolais tiennent un double langage, contrairement à Lumumba par exemple. Ces politichiens racontent aux Congolais de sornettes, alors que devant les tribunes internationales, ils tiennent de discours incohérents. Mobutu avait perdu à la fois le soutien des Occidentaux et celui de son peuple: LD Kabila n'avait fait que cueillir un fruit mûr.

L.Op. : Certains états-majors de la campagne anti-Kabila sensibilisent l'opinion sur le fait que le vote pour Jean-Pierre Bemba, est un vote par défaut contre Kabila, peu importe s'il ne portent pas Bemba dans leurs cœurs.

Dr J.T.D. : C'est de la foutaise: ils ne sensibilisent pas, ils manipulent. C'est un acte de démagogie, qui est irrespectueux du peuple. C'est un attrape-nigaud qui fonctionne dans les milieux congolais où l'ethnicisme joue un rôle dominant dans les circonstances actuelles, mais une forte majorité du corps électoral est consciente des enjeux pour l'avenir immédiat du Congo. (1) le vote n'est pas obligatoire au Congo: on peut boycotter le second tour. (2) Le vote est secret. (3) Dans l'isoloir, on a le choix de voter "blanc" sans cocher un candidat ou tous les deux.

L.Op. : Compte tenu du matraquage assourdissant en cours, au sein de la diaspora et à Kinshasa, sur ‘'l'impertinence'' d'un vote en faveur du candidat Joseph Kabila, l'élection de ce dernier exprimerait-elle l'ignorance des réalités par la diaspora ou la sous information du peuple?

Dr J.T.D. : Les CongolaisEs de l'étranger ne sont pas preneurs aux élections et si dans certains pays (Belgique, France, Grande-Bretagne) et sur l'Internet, certainEs se font remarquer par des actes crapuleux et un vocabulaire qui les disqualifient pour parler ou agir au nom d'une majorité silencieuse, cela tient de (1) une culture politique déficitaire, (2) une insertion sociale ratée dans leurs pays d'accueil (exception faite des Congolaises issues de l'immigration qui ont une vice ministre dans le gouvernement fédéral en Belgique: Mme Gisèle Mandaila, et en Suède: Mme Nyamko Sabuni) et, (3) une intégration professionnelle manquée dans leurs pays d'accueil. Kinshasa n'est pas la seule capitale au monde où la majorité parlementaire ne se trouve pas à la tête de la mairie: j'ai évoqué précédemment les cas de Paris et Berlin. Ni la ville province de Kinshasa ni les Congolaises de l'étranger ne possèdent le droit exclusif de décider qui sera élu ou pas au second tour. Mais c'est le peuple congolais, à travers son corps électoral qui exercera le 29/10/2006, ces attributions constitutionnelles de souverain primaire pour choisi un nouveau président (ce qui est improbable) ou reconduire un ancien nouveau président (ce qui est fort probable). Je refuse de mettre toutes les Congolaises face aux élections sur le même pied d'égalité, car il y a de passionnées, des émotionnel(le)s et de rationnel(l)es de la politique.

En politique, les coups tordus sont inévitables, mais il y a respect de la dignité de l'adversaire. Combien de Congolaises qui vivent à l'étranger connaissent la couleur et la composition des gouvernements de leurs pays d'accueil, de leurs villes, de leurs mairies? Si on ignore tout sur la vie politique, sur la vie socio-économique de son environnement immédiat, comment peut-on savoir ce qui se passe à plus de 8000km? Pour beaucoup de Congolaises, Museveni et Kagame sont de dieux: (1) ils/elles prennent pour évangile, tout ce que leurs services spéciaux lancent sur les CongolaisEs qui défendent et protégent les intérêts supérieurs de la nation congolaise qui sont: l'unité,l' intégrité territoriale, la défense des acquis de l'indépendance et la souveraineté nationale, et (2) ils/elles font plus confiance à Radio trottoir et à RTL (Radio Télé Litoyi) qu'é de sources neutres, si les nouvelles sur le Congo sont négatives, s'ils/elles ne sont pas auteurs de ces nouvelles.

L.Op. : Que dire du scénario contraire, l'élection de Jean-Pierre Bemba exprimerait-elle une faible prise de conscience de la géopolitique régionale par les populations de l'Est, ou simplement une sorte d'impérialisme culturelle et politique des Kinois?

Dr J.T.D. : Ni l'un ni l'eau. Avec les si, on mettrait Paris dans une bouteille. Je refuse cette division artificielle entre la ville province de Kinshasa et les autres provinces congolaises. Cela rappelle le bon vieux temps où on disait dans les discours officiels: Kinshasa et le reste du pays. Ce n'est pas parce que un fuseau horaire partage le Congo, qu'il faut en faire une division du peuple congolais en bons et mauvais Congolais, selon que telle circonscription ou telle autre a préféré un candidat à l'autre (voir le discours de Lumumba à Ibadan!). Bien avant la colonisation, les provinces Orientale, Kivu et le Katanga ont toujours été le ventre mou de l'espace géographique qui constitue le Congo actuel, exception faite de Résistances victorieuses des Nande et des Shi contre les velléités de conquête des Nilotiques. Les Arabes, les Mahdistes avaient pénétré au Congo par ces provinces. Jean Schramme du Burundi au Congo par une de ces provinces. La Résistance des Congolaises de ces provinces contre les envahisseurs est légendaire. Les provinces Orientale et du Kivu, ainsi que le district de Lualaba (Nord Katanga) étaient l'ossature de la victoire de Lumumba aux élections de mai 1960. Après la révocation anticonstitutionnelle de Lumumba du 10/10/1960, ces provinces, ce district et les districts de Kwango, Kwilu et Mayi Ndombe avaient constitué le fer de lance du nationalisme et du patriotisme lumumbiste. Il va de soi que ces populations aient une plus forte propension à la résistance populaire qu'ailleurs au Congo, où la résistance armée n'a plus de tradition comme était le cas du district du Sankuru pendant l'occupation ruandaise. Dans ces cas précis, le fleuve Lomami avait formé une barrière naturelle, une barrière psychologique et une barrière in senso extenso et in senso stricto entre les Tetela du Sankuru (devenus poltrons et traîtres) et les Akutshu An'a Mongo du Maniéma (gardiens des traditions de la défense de la liberté et des traditions guerrières séculaires). Kinshasa étant la capitale politique, économique et administrative du Congo jouit des avantages que cette situation lui accorde de jure. Mais, Kinshasa n'est pas la capitale intellectuelle incontestée du Congo, il y a L'ushi qui possède de centres de recherche en sciences humaines, de laboratoires de géochimie de renommée. Kinshasa n'est pas non plus la capitale artistique incontesté du Congo, exception faite de la rumba congolesa, le Congo a plusieurs centres d'arts de haute valeur comme Mweka ou les mangeurs de cuivre du Katanga. Par contre, Kinshasa est la capitale nationale de la débauche et la capitale africaine de faussaires. Kinshasa est aussi la capitale de l'éducation ratée des enfants.

Kinshasa est une ville des zombies dont le mot fétiche est "pardon", il suffit d'observer et d'écouter les gens dans la rue, dans les taxis et taxis bus. Avant, il suffisait de piétiner quelqu'un dans le bus, de le bousculer ou se frotter à lui pour que la personne explose. Aujourd'hui, tu marches expressément sur quelqu'un, il te dit : "pardon, zela na longola lokolo na ngayi (pardon, laisses moi retirer mon pied)". Tu provoques une femme en fixant son regard, elle te dit "frère en Jésus, pardon nasali eloko te ", alors que dans le temps, les filles disaient "okotala ngayi, yango nakomi talatala ou bien napesa miso na ngayi olata." Etre Kinoise, n'est pas une nationalité: c'est un état d'esprit. Et cet état d'esprit fait actuellement défaut chez les habitants de cette ville province. Toutefois si on prend les KinoisEs comme référence pour désigner ou décrire les CongolaisEs, ma foi, il faut accepter une réputation sulfureuse, un comportement irresponsable et irréfléchi et s'attendre à être discriminer, lorsque les choses sérieuse sont traitées. Géostratégie. Lumumba avait défini la feuille de route pour le Congo.

En dehors de cette feuille de route, il n'y a pas et il y'en n'aura pas d'autres. Avec la mondialisation, nous constatons l'application des idées principales de cette feuille de route partout dans le monde, dans la construction des entités géoéconomiques larges dont l'exemple classique est l'Union européenne. Avec l'adhésion du Congo dans SADC (1997), le Congo constituera un noyau important, en revitalisant l'axe Kinshasa-Luanda-Winhoeck-Harare pour pondérer les appétits sud africains. En Afrique centrale orientale, le fond de commerce ruandais (massacres ruando-ruandais de 1997) porte de moins en moins de dividendes. La fin de la guerre civile au Sud Soudan et l'évolution démocratique au Congo ont réduit le rôle de l'Ouganda à néant. Bientôt un hoquet à Kinshasa provoquera un tsunami en Ouganda et au Ruanda. Le SADC, l'Afrique et la diaspora noire attendent avec impatience que le Congo de Lumumba applique la feuille de route lumumbienne à la lettre.

L.Op. : Vu le niveau actuel d'adversité qui frise une haine viscérale entre les deux camps, la démocratie tant attendue en ferra-t-elle les frais, encore une fois, à l'échéance du 29 octobre?

Dr J.T.D. : Il n'y a pas de haine "viscérale" entre les deux candidats, mais probablement du challenger ou du moins ses sympathisants contre toutE CongolaisE qui ne se prononce pas clairement pour eux. Encore une fois, il faut être "politically correct" pour reconnaître que le challenger et ses sympathisants posent l'issue du second tour dans de termes manichéens: ce n'est ni un choix entre la survie ou la mort du Congo, entre la peste et la choléra, mais un choix entre la tolérance, la concorde et l'intolérance, la violation de la dignité humaine comme illustré par l'acte crapuleux dont le ministre honoraire des affaires étrangères et de droits humains, l'actuel dircab du Président de la République a été victime à Londres, ce mercredi 11/10/2006. Je souligne bien DIRCAB du PRESIDENT de la République et non du candidat leader du premier tour. Il n'y aura pas un apocalypse au Congo. Dans un système qui se veut et se dit démocratique, on peut être dans l'opposition aujourd'hui et constituer la majorité demain. C'est l'alternance qui caractérise la démocratie, si on ne veut pas courir le risque du système italien avec la Démocratie chrétienne (usage du pouvoir et établissement de structures mafieuses). Ce n'est pas parce que quelques pneus brûlent dans une ou deux avenues de Kinshasa que le reste du Congo brûlera. Je n'ai jamais été un partisan de l'afropessisme et de sa variante congopessimisme. Le verdict du peuple doit être respecté et si par malheur, un camp tente d'imposer son choix par les armes, les forces de sécurité de l'Afrique, la Monuc et l'Eufor réagiront vigoureusement.

L.Op. : Quelle stratégie politique pourrait être à même de ressouder politiquement et efficacement l'Est et l'Ouest du Congo dans l'après-élection?

Dr J.T.D. : Ce n'est pas parce que certains milieux et médias occidentaux le font suggérer qu'il faut adhérer à cette thèse. Lors des élections de 2005, en Allemagne, le Nord avait voté social démocrate et le Sud chrétien démocrate, cela n'a en rien affecter la politique allemande. Le seul casse-tête chinois de l'Allemagne est le clivage sur tous les plans (social, politique, économique, sociologique, démographique, xénophobie) entre l'Est (ancienne RDA et Berlin-Est) et l'Ouest (ancienne RFA et Berlin-Ouest). Les Allemands se donnent 3 à 4 décades pour le combler. Le Midwest et le Sud avaient voté Bush (2000, 2004), et le reste Gore/Kerry. Dans ces deux cas, personne n'a essayé de faire d'une souris, un éléphant. Par contre, au Congo, aucun gouvernement n'a réussi à déconcentrer, à délocaliser et à décentraliser le secteur tertiaire (services): plus de 90% de ce secteur sont actuellement concentrés au Sud: Katanga (axe Lu'shi-Likasi-Kolwezi) et à l'Ouest (axe Kinshasa-Matadi-Banana). La politique de 3 pôles économiques (Kinshasa-L'ushi-Kisangani) lancée par la IIe République avait échoué, parce qu'elle devait échouer. Au Congo, La ville province de Kinshasa, la province du Bas-Congo et la province du Katanga ( avec une population de 25,7%) représentent à elles seules: (1) 89,7% de l'industrie, (2) 84,1% de l'industrie du bâtiment, (3) 68,1% des transports, (4) 62,7% de commerce et, (5) 49,1% des services (Bézy et al. 1981). Après la guerre, certains de ces secteurs sont à 100% concentrés dans ces trois provinces. Ce sont ces clivages qu'il faut corriger à long terme!

L.Op. : Enfin, essayez de jouer au devin, au regard des perspectives du moment, auquel, des deux candidats, reviendrait la victoire du scrutin du 29 octobre prochain?

Dr J.T.D. : La victoire de l'un et la défaite de l'autre ne sont inscrites ni dans les étoiles ni dans les cartes. La RD Congo n'a pas encore développé une tradition électorale qui permette de pronostiquer le comportement du corps électoral. Mais tout porte à croire que, les alliances qui se sont formées, et compte tenu de la répartition démographique des inscrits sur les listes électorales, les mobilisations seront sûrement plus fortes qu'au premier tour. Il n'y aura pas de surprise, car combler un retard de plus de 20 points tiendra d'un miracle, surtout que l'électorat de la province de Bandundu avait eu droit à des insultes inadmissibles proférées par les proches du challenger du candidat à sa propre succession à leur égard.

Je vous remercie mon cher compatriote. C'est moi qui vous remercie pour m'avoir donné l'occasion d'exprimer mes points de vue sur certains aspects de l'actualité congolaise actuelle.

Propos recueillis par Lambert Opula.
Montréal (Québec), Canada.
Congo Vision/ FORUM LAKASO

Dr Shungu: shmtundanonga@gmx.net

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20 Octobre 2006

 

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