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JOSEPH KABILA ET LA TROISIEME REPUBLIQUE AU CONGO-KINSHASA : DES RAISONS D'INQUIETUDES ?

(Extraits)

Entretiens avec Norbert X MBU-MPUTU

Text Box: Joseph Pululu et Norbert MBU-MPUTU

La transition congolaise touche à sa fin. La troisième république tant attendue est à ces débuts. Les craintes sont grandes de retomber sur les antivaleurs tant décriées car, for malheureusement, la démocratie, la bonne gouvernance ne sont pas des coups de bâton magique. L'histoire nous renseigne qu'une génération simplement après la connerie de la Première Guerre Mondiale en 1914-1918, une nouvelle guerre aux conséquences désastreuses pour l'humanité commença en 1940. Et depuis, malgré la mise en place des institutions des Nations Unies, l'humain ne s'empêche de tuer l'autre, les pays de se tirer dessus, les rebellions sont monnaie courantes et les mercenaires ne sont pas au chômage. Aussi, le fait des années de guerres, des années de lutte pour l'avènement de la démocratie, le retour à une dictature est toujours possible pour une jeune nation comme le Congo-Kinshasa, aux jeunes dirigeants et surtout avec le poids de ses ressources ouvrant la voie aux prédateurs de tout bord, qui sont capables de fermer les yeux sur les atteintes de droits humains les plus élémentaires lorsque les intérêts des puissants sont en jeu… Le processus, a-t-on remarqué, a été entièrement dirigé de l'extérieur, peut-être qu'il est temps pour les congolais eux-mêmes de s'interroger sur la destinée de leur pays. C'est que fait Norbert MBU-MPUTU, dans un livre-entretiens à publier, en répondant aux questions de Joseph Pululu de Radio Mangembo (Paris) dont nous vous proposons en avant premier un extrait avec l'autorisation de l'auteur. Observateur de la politique congolaise depuis avril 1990 lorsqu'il fit son entrée dans le journalisme avec un éditorial sur les colonnes de « Kimpangi », Norbert croit qu'il faudra aujourd'hui essayer d'aborder les problèmes congolais dans une approche à long terme et multidisciplinaire, en prenant surtout en compte l'histoire immédiate postcolonial faite de la dictature de Mobutu, de la résistance interne et démocratique de l'UDPS d'Etienne Tshisekedi, du multipartisme intégral avec ses maux de tête, de l'héritage de la Conférence Nationale Souveraine, de l'incongruité des rebellions, de l'assassinat de Laurent-Désiré Kabila, du présent fait de l'élection de Kabila et s'inscrire dans une vision vers le futur avec les grands débats et concepts de l'heure : la mondialisation, le changement climatique du globe, l'impératif de bonne gouvernance, la gestion des ressources naturelles. Une vraie gymnastique à laquelle l'auteur soumet le lecteur. Le but ultime de l'interview est de nourrir le débat politique, selon la maxime connue : « occupez-vous de la politique si vous ne voulez pas que la politique s'occupe de vous ». Or, celle-ci s'est très mal occupée des congolais. En faire une remise en question devient un devoir d'Etat pour tous. L'exercice vaut la peine…

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  « La gloire des grands hommes tient pour un quart à leur audace, pour deux quarts au hasard, pour le dernier quart à leurs crimes. » (Foscolo Ugo, Ultime Lettere di Jacopo Ortis, 4 décembre 1798).

Joseph PULULU (J.P.) : Pendant plus de huit mois, vous aviez été l'un des invités de notre émission ‘Grand Likita' sur Radio Mangembo ; Vous aviez été parmi les observateurs de ce processus qui débouche sur l'élection de Joseph Kabila comme premier président élu démocratiquement au Congo-Kinshasa et c'est lui qui ouvre ainsi le Congo à l'ère de sa troisième république. Quelles sont vos premières réactions à chaud ?

Norbert MBU-MPUTU (N.M.M.) : Il faudra d'abord remercier tous nos auditeurs et tous ceux qui nous ont lu sur Congo vision (www.congovision.com) car leurs réactions nous ont aidé à murir nos analyses. Les élections ont eu lieu et Joseph Kabila a été élu président de la république. C'est un fait historique. Mais, il faudra éviter de s'attarder sur les mots. Le processus s'est forgé sur deux maux : l'intimidation et le mensonge . Ce sont les bailleurs des fonds qui seuls pouvaient négocier, changer, avaliser, réglementer, modifier le processus. Les congolais n'avaient qu'un seul droit : tout accepter sans contestation. En tout cas tous « les-en-haut-d'en-haut » , comme on le dit au Cameroun, atterrissaient chaque fois à Kinshasa pour le faire rappeler au congolais. Puis la seconde attitude fut le mensonge à rappeler sur tous les toits que ces élections étaient les premières élections démocratiques que le pays connaît depuis l'indépendance. Il faudra dès lors éviter de continuer à y recourir.

En philosophie il est dit qu'en politique c'est celui qui est fort qui a raison. De l'autre côté, les historiens nous avisent que le plus grand mal qu'on peut faire à la vérité historique est de faire écrire l'histoire par les vainqueurs. Or, pour l'instant, le vainqueur est Joseph Kabila, les vainqueurs ce sont les internationaux cachés sous plusieurs bannières. Ce sont eux qui ont raison. Il faudra craindre qu'ils ne puissent, tous, nous débobiner leurs versions des faits et nous forcer à croire en elles ou à y adhérer. Certes, Roma locuta, causa finita , dit-on, Rome ayant parlé, la recréation est finie... C'est Joseph Kabila qui est élu président du Congo et il faudra dès lors que tous apprennent à composer avec lui. De son coté, il aura du pain sur la planche pour pouvoir envoyer des signaux forts à tous les congolais et savoir comment gérer le pouvoir dans ce qui apparaît être, à première vue, une vraie « tour de Babel ». Ceci dit, il faudra féliciter l'élu et lui présenter les civilités d'usage.

J.P. : Est-ce vous pensez que les choses se sont terminées conformément à vos analyses ?

N.M.M. : Depuis le début du processus, nous avions tablé sur un seul scénario : l'élection de Joseph Kabila. Il y avait vraiment des prédicats qui ne trompaient pas. Tout était arrangé et taillé sur sa mesure : la constitution, les négociations, les accords, l'application des accords. En tout cas, il s'est comporté pendant la transition comme un président déjà élu et les siens étaient là pour le faire voir. Des exemples sont nombreux. Il y a eu certes quelques soubresauts d'oppositions, mais la réalité est que la transition s'est plus gérée comme un acquis du camp Kabila. C'est lui qui a hérité de la part du lion. D'ailleurs, l'inverse aurait été de l'utopie. C'est lui qui était au pouvoir à Kinshasa, comment penser un seul instant qu'il puisse perdre le fauteuil présidentiel ?... Les exemples du Congo-Brazzaville et du Bénin nous ont tout simplement montré que les présidents au pouvoir, étaient de vrais rusés qui avaient su reculer pour bien sauter. En tout cas, il faudra féliciter les experts, les stratèges et les spécialistes du camp Kabila pour avoir reçu ce coup de maître. Comment ont-ils pu par exemple récupérer Antoine Ghonda, Olivier Kamitatu, lorsqu'on sait le rôle et la place qui était le leurs dans le camp opposé ! Comment ils ont pu récupérer Christophe Lutundula et notre consœur Colette Braeckmans ! Comment ont-ils pu récupérer et, il ne faudra pas être dupe, à quel prix, des individus comme Nzanga Mobutu ? Comment ont-ils pu par exemple exclure la diaspora du processus, mettre la Commission Electorale Indépendante de leur côté… Puis, si pendant tout ce processus, on nous a martelé le rôle, le soutien, les finances de la communauté internationale, c'est dupe de croire que l'élu serait un opposant à ce système international. Un proverbe dit, qui paye la dot, prend la femme . Le soutien de la communauté internationale était acquis à Joseph Kabila dès ses premiers jours en fonction. Des personnalités, non pas les moindres, s'étaient clairement prononcées pour lui et lorsque ces messieurs-là bien identifiés le disent, ce ne sont vraiment pas des déclarations de campagnes électorales. C'est soit le fruit des stratégies savamment mûries et déblayées par des «  think thank » invisibles ou occultes, mais qui en fait sont l'effectivité du pouvoir. Méfiez-vous en pensant que ce sont les messieurs qui occupent le devant de la scène qui sont effectivement les vrais maîtres du pouvoir. La loi, dans ces genres des choses est : « ceux qui en font partie ne disent rien ; ceux qui disent qu'ils en font partie ne savent rien » . Parmi ces soutiens, il faudra ne pas oublier le rôle de tous ceux qui avaient signés les fameux contrats léonins. Les capitaux dirigent les politiques de nos Etats. Puis, le processus a connu plusieurs chevauchements et questionnements, surtout dans le chef de la commission électorale indépendante et même l'arrêt de la Cours Suprême de Justice, déjà acquise à la cause de Joseph Kabila, est à souligner. Un seul mot peut qualifier le résultat de ces élections, celui utilisé par Jean-Pierre Bemba, le perdant : la frustration… Les résultats sont une frustration… On se perdrait en cherchant à appliquer les mathématiques dans le calcul des pourcentages ou des votes par procurations… Les psychologues et les psychanalystes pourront nous aider à tirer les dividendes de ce concept utilisé… Disons que l'inverse aurait été une utopie.

J.P. : Selon vous, est-ce que ces élections furent démocratiques, libres et transparentes ?

N.M.M. : Le tout dépend de quel côté on se trouve. Mais, disons qu'elles furent des élections démocratiques, parce que le peuple, dans sa majorité a voté et a voté librement. Hormis des cas où certains se sont vus frustrés, le mot est à la mode, parce que leur leader a été exclu… Et, nous devons pour cela remercier toutes les institutions internationales, les Nations Unies, la MONUC, l'Union Européenne, les autres ONGs, des individus, William Swing par exemple, pour le travail abattu et des sacrifices consentis et surtout l'apport financier. Certes, il a à boire à manger dedans. Mais, est-ce que ces élections furent-elles transparentes ? C'est-à-dire ont-elles reflétées vraiment le choix de la population ? J'ose croire que non. Joseph Kabila est sorti vainqueur, certes, mais vraiment la Cours Suprême n'a-t-elle pas forcé la dose en appuyant à cent pourcent les chiffres de la commission ?... Toute entreprise humaine étant défaillante… vraiment, il y a eu ni tricheries, ni exagérations, ni truquages, ni mensonges ?... D'ailleurs, avez-vous entendu ce qu'a déclaré le directeur de Cabinet de Jean-Pierre Bemba dans une Conférence à Bruxelles ?... Avez-vous lu la première interview accordée par Jean-Pierre Bemba… Puis, lorsqu'on a lu la déclaration d'une personnalité comme le Cardinal Etsou, archevêque de Kinshasa, il y a de quoi se poser certaines questions.

J.P. : Quelles seraient les priorités de Joseph Kabila ?

N.M.M. : Je crois que Joseph Kabila doit aujourd'hui s'atteler à devenir vraiment un président de tous les congolais, prouvant qu'il aimait le Congo vraiment, démontrant qu'il mérite d'être président, c'est-à-dire de gérer l'Etat. Il n'est certes pas seul dans l'entreprise. Son camp a du pain sur la planche. La tâche n'est pas facile. Il doit vraiment essayer de se distancier des stratégies électorales et de campagnes, pour entrer dans celles de la gestion de la nation. Il faudra d'abord commencer à désacraliser le PPRD qui s'est comporté pendant toute la transition comme un parti-Etat. Des exemples sont nombreux : l'usage des médias publics, la gestion de la caisse de l'Etat, le clientélisme dans l'octroi des postes, le matuvisme surtout dans les chancelleries. Puis, sorti d'une période de guerre, ayant raté la réconciliation nationale, la réunification de l'armée pendant la transition, il faudra aujourd'hui au président Joseph Kabila et aux siens toutes les énergies pour ne pas faire croire aux hommes de troupes, aux partisans qu'ils ont remporté une guerre et que tous les autres leurs doivent obéissance aveugle et soumission. Le risque est grand… Car, vous savez la grande leçon des guerres : malheurs aux vaincus . Puis, ne pas oublier que la majorité des congolais a été exclu du processus, certains leaders comme Etienne Tshisekedi et son UDPS furent forcés de se mettre à l'écart. La diaspora aussi. Toute cette majorité silencieuse a besoin d'un signal fort de réconciliation et de cohésion. Sinon, elle deviendra une opposition qui ne saurait être réduit au silence que si le camp Kabila s'illustre dans la bonne gouvernance de l'Etat. Sinon, requiem…Hélas…

J.P. : Hélas…

N.M.M. : Je reviendrai seulement sur le discours d'investiture du président… Fini la recréation, les portes des prisons seront grandement ouvertes… Cela me rappelle ce que disait le président George Bush lors de la guerre d'Irak : the game is over… Là, le président est allé très loin dans la volonté de mettre en place un Etat tortionnaire, un état chicotte, un état léopoldien. Les congolais aujourd'hui n'ont pas besoin des chicottes et des prisons. Mais, des stratégies de développement et une justice qui fonctionne pour que les récalcitrants puissent aller en prison et innocenter les innocents. Le pouvoir Joseph Kabila est un pouvoir jeune, exercé par un jeune président, qui se fait aussi entouré des jeunes ou des néophytes politiques. Le risque est grand qu'ils essayent d'abord de chercher à asseoir leur autorité et toute opposition ne soit assimilée à une rébellion. Le débat d'idée risque d'être absent, la liberté d'expression aussi… D'ailleurs, on a vu que les derniers jours de la campagne furent émaillées de cas flagrants de l'usage de la force pour imposer un point de vue ou une raison. A Kinshasa, les hommes de Kabila sont allés donner une leçon de force à Jean-Pierre Bemba, à Londres le directeur du cabinet du chef de l'Etat a été humilié de la façon qu'on sait, les musiciens congolais et les pasteurs ne sont plus acceptés dans les grandes capitales européennes pour cause qu'ils ont soutenu le statu quo… Voilà des actes à condamner et auxquels le nouveau pouvoir devait aujourd'hui aider à éradiquer… Non pas dans un langage de nettoyage, comme on l'entend du côté des partisans de Kabila, mais dans une vraie approche de dialogue. Il existe des frustrations qu'il faudra chercher à gérer. Mais, lorsqu'on entend des propos qu'on attribue à l'un de nos collègues au pays, promettant de battre le fer par le fer, si de tels propos s'avéraient vrais, la crainte est grande. Puis, voici comment le nouveau régime s'est inauguré : arrestation de Madame Marie-Thérèse Nlandu et son transfert à Makala sans aucune forme de procès, alors qu'elle doit bénéficier de la présomption d'innocence puis actuellement, il semble qu'elle doit être transférée devant une Cours Militaire… Sincèrement, ça sent très mauvais. Puis, le jour de l'annonce de la victoire, des journalistes, encore eux, arrêtés en pleine émission… C'est fort…

J.P. : Est-ce que Jean-Pierre Bemba pouvait-il espérer mieux ?

N.M.M. : Je ne crois que non. A ce niveau, il doit être content de ce qu'il a obtenu. Il doit être félicité pour avoir forcé la dose. Sincèrement. Voyez seulement les sondages quelques jours seulement avant le premier tour. Il a du et su récupérer les indécis, profité de bas profil de Joseph Kabila et surtout de ses insuffisances communicationnelles, et surtout il a du rallier, je crois, nombreux partisans de l'UDPS, surtout dans les deux Kasaï. En fait, tout était mis en place pour la victoire de Joseph Kabila. Peut-être que Jean-Pierre Bemba le savait aussi et qu'il s'est battu contre le moulin à vent ?

J.P. : Jean-Pierre Bemba est-il un héros qui a déçu ?

N.M.M. : Peut-être pas. C'est d'ailleurs le rôle d'un leader d'aider le commun des mortels à changer de cap, à changer de stratégies. Le fait d'avoir accepté les résultats l'a gaillardie politiquement, mais peut-être pas populairement. Surtout à Kinshasa où une partie de la population s'attendait à un affrontement. Il a su éviter au Congo un petit désastre. Espérons que les nouveaux maîtres de Kinshasa auront capitalisé ce fait. Mais, cela ouvre aussi la voix à plusieurs hypothèses, Jean-Pierre Bemba, au cas où il se savait vainqueur, a-t-il accepté de perdre le pouvoir à quel prix ?... A-t-il eu des tractations, des conciliabules, des accords secrets, des gentlemen agreement, comme jadis à Sun City avec les accords de l'Hôtel Cascade ou à Pretoria ?

J.P. : Donc, vous remettez en doute les résultats officiels ?

N.M.M. : Je ne crois que non. A ce niveau, il doit être content de ce qu'il a obtenu. Il doit être félicité pour avoir forcé la dose. Sincèrement. Voyez seulement les sondages quelques jours seulement avant le premier tour. Il a du et su récupérer les indécis, profité de bas profil de Joseph Kabila et surtout de ses insuffisances communicationnelles, et surtout il a du rallier, je crois, nombreux partisans de l'UDPS, surtout dans les deux Kasaï. En fait, tout était mis en place pour la victoire de Joseph Kabila. Peut-être que Jean-Pierre Bemba le savait aussi et qu'il s'est battu contre le moulin à vent ?

J.P. : Jean-Pierre Bemba est-il un héros qui a déçu ?

N.M.M. : Peut-être pas. C'est d'ailleurs le rôle d'un leader d'aider le commun des mortels à changer de cap, à changer de stratégies. Le fait d'avoir accepté les résultats l'a gaillardie politiquement, mais peut-être pas populairement. Surtout à Kinshasa où une partie de la population s'attendait à un affrontement. Il a su éviter au Congo un petit désastre. Espérons que les nouveaux maîtres de Kinshasa auront capitalisé ce fait. Mais, cela ouvre aussi la voix à plusieurs hypothèses, Jean-Pierre Bemba, au cas où il se savait vainqueur, a-t-il accepté de perdre le pouvoir à quel prix ?... A-t-il eu des tractations, des conciliabules, des accords secrets, des gentlemen agreement, comme jadis à Sun City avec les accords de l'Hôtel Cascade ou à Pretoria ?

J.P. : Donc, vous remettez en doute les résultats officiels ?

N.M.M. : Nullement. Il nous revient seulement à nous poser des questions. Il faudra éviter, dans une telle analyse, de pouvoir seulement voir la finalité c'est-à-dire les résultats et oublier tout le processus. Tout le processus donnait l'impression d'avoir été cousu à la mesure de Joseph Kabila pour que la victoire lui soit obtenue : lois électorales, constitution, même la gestion même de la transition.

Quel de flou artistique ? Est-ce que Joseph Kabila et Jean-Pierre Bemba sont-ils deux Dupont-Dupond qui se savaient pouvoir partager le pouvoir et que les élections ne furent qu'une mascarade ? Est-ce que Jean-Pierre Bemba a-t-il vendu sa victoire à Joseph Kabila ? L'avant dernier rencontre des deux personnalités fait surgir des questions. Le communiqué officiel signé par Kudura Kasongo fait état de l'entrevu entre les deux candidats et le renouvellement de leur engament à respecter le résultat des urnes. Cette même nuit, via les terminaux de l'APARECO en Europe, on apprenait que le chairman sollicitait un conseil d'Honoré Ngbanda et on savait les grandes questions abordées dans l'entretien, ce qui sera confirmé par un posting du MLC quelques heures après : Joseph Kabila demandait à Jean-Pierre Bemba soit d'assurer une présidence tournante pendant les cinq ans du mandat, soit d'assumer un rôle du leader de l'opposition, avec tous les droits et sans que ses biens ne soient saisis, avec garantie d'une sécurité, soit d'accepter d'être le premier ministre… Il faudra vraiment ne pas savoir lire entre les lignes…

J.P. : Vous vous êtes distingués, pendant toutes les émissions, par une remise en question du processus, en inventant et en jouant sur des concepts et des néologismes, en comparant souvent l'incomparables.

N.M.M. : Disons que quelques un des remises en questions et quelques unes nous ont donnés raison, il faudra éviter de devenir un troubadour ou un thuriféraire du nouveau pouvoir au point de devenir son chantre. La logique voudrait certes qu'on se mette de l'autre côté, c'est-à-dire de l'opposition, du libre penseur, pour voir si le pouvoir ne va pas dérailler. On n'est plus alors à l'heure des reportages ou du direct ou de la téléréalité, le journaliste se met du côté du peuple et essaye de voir si le régime et le pouvoir ne boîte pas et le dire, tout simplement. Les craintes de déraillement étant souvent grandes.

J.P. : Et vous vous êtes souvent demandé si le Congo-Kinshasa ne sera-t-il pas dirigé par une « Bonne Dictature »… Un concept nouveau. Pensez-vous encore que les événements vous donnent raison ?

N.M.M. : Je suis parti tout simplement d'une observation. Si les kabilistes ont eu pour parrains le gouvernement Rwandais de Paul Kagame, tandis que bembistes celui de l'Ouganda de Museveni. Alors, ne pourra-t-on pas supposé que le prochain pouvoir congolais ressemblera à ces deux régimes, surtout lorsqu'on sait que les deux régimes font partie de la pax americana. La question essentielle, par quelle magie le nouveau pouvoir congolais issu d'une rébellion va se muer en une démocratie ? Au clair, comment par exemple Joseph Kabila expliquera-t-il à ces militaires qu'ils devront devenir une armée républicaine, comment les hommes de Jean-Pierre Bemba seront intégrés dans l'armée, quel sera le sort des ex. Faz, jamais intégrés dans l'armée ? Autant des questions… En tout cas, dès qu'on avait les deux protagonistes au second tour, tout était parti pour une bonne dictature.

J.P. : Qu'entendez-vous finalement par une bonne dictature ?

N.M.M. : La bonne dictature est un régime politique qui accède au pouvoir dans un pays, soit à la suite des élections contestables, soit à la suite d'un puch et qui, du fait de la grande propagande et du soutien de la communauté internationale, se permet de changer la constitution en permettant au président en fonction de se présenter une énième fois aux élections, en fait faire de lui un président à vie, et que ce fait n'est que condamner du bout des lèvres par la communauté internationale. Puis, le régime qui se fait illustré par des atteintes des droits humains est à peine montré du doigt parce que bénéficiant d'un soutien international, cité souvent en exemple comme modèle de démocratie et de stabilité. En fait, c'est l'application de la théorie d'in-gouvernabilité des peuples sauvages de Voltaire appliquée : il faudra une dictature pour garantir la stabilité, surtout des Etats africains fragiles, issus de certaines erreurs de la colonisation à rassembler des peuples différents ou à diviser ceux qui étaient unis. Je fais une différence entre la bonne dictature et le bon dictateur. Il peut exister une bonne dictature, mais il n'existe pas de bon dictateur. C'est un vice de forme et une erreur sémantique et herméneutique.

J.P. : Pensez-vous qu'il y a risque que le régime de Kabila devienne une bonne dictature ?

N.M.M. : Je voudrais piquer d'une façon lapidaire les phrases d'un Desmond Tutu : « Il faudra être dupe pour ne pas avoir peur » . Le vrai problème actuellement pour nous congolais est souvent de penser que le Congo est une petite molécule que nous devons seuls gérer comme nous le voulons. Grave utopie. Il nous faudra quitter le terre-à-terre et chercher à analyser les phénomènes, ce qui nous arrive, dans un champ beaucoup plus vaste de mondialisation, par exemple, en tenant compte de grands débats de l'heure : changement climatique, mains basses sur les ressources naturelles, crise de l'Uranium, immigration choisie. Dans ces genres de choses, avait soufflé François Mitterrand, le hasard et l'improvisation n'existent pas. Toute bonne dictature suit le même schéma qu'une dictature. Sauf que la bonne dictature bénéficie du soutient international. Les parrains du Congo ont discuté des priorités et on sent déjà des discordances dans les positions. Il faudra soutenir le Congo sans condition, affirment certains experts… Tout est dit, surtout que la recréation est finie et que les prisons sont ouvertes. Les dictatures, bonnes ou mauvaises, commencent souvent par la terreur : l'arrestation des opposants, l'emprisonnement des libres penseurs, dans une sorte d'Etat bananière. Voyez le cas simple de Madame Nlandu. Avocate de son état. Elle est arrêtée, puis jetée à Makala sans procès et, est-ce que la loi ne lui donne pas droit à bénéficier de la présomption d'innocence ?... On en reviendra… Pourquoi un nouveau pouvoir peut-il ainsi se salir pour rien ?...

Puis, le jour-même de l'annonce des résultats, on jetait des journalistes au cachot, après les avoir arrêté alors qu'ils diffusaient en direct… Sincèrement… Certes, c'est de l'utopie de croire que tout peut se changer par un coup de bâton magique, mais la crainte, avec la victoire de Joseph Kabila, est que les choses risqueront de rester à cet état des choses, c'est-à-dire le changement que tout congolais attend risque d'être renvoyés aux calendes grecques. Il est curieux par exemple de ne pas avoir une position claire et nette de la communauté internationale condamnant l'arrestation de Madame Nlandu par exemple car tous savent que les accusations portées contre elles sont des mascarades. Ce sont vraiment les mêmes choses tant décriées du temps de Mobutu qui donnent l'impression de revenir. Si on l'accuse d'avoir incendié la Cours Suprême ou d'avoir à ses trousses les ex. Faz pour une quelconque rébellion dont le chef ne serait outre que Jean-Pierre Bemba, alors des questions se posent.

J.P. : Les quelles par exemples ?

N.M.M. : Dans ce cas, la première personne à devoir être arrêter aurait du être Jean-Pierre Bemba lui-même. Je me souviens de cette chanson d'un reggae man ivoirien : on arrête les petits voleurs et les grands voleurs sont dehors… Deuxième hypothèse, puisque pendant la transition, le camp Kabila a toujours voulu montré que c'est lui qui est fort et qui a raison, cette arrestation et l'impuissance de Jean-Pierre Bemba de pouvoir sauver celle qui fut son avocate, est-ce une façon pour Joseph Kabila de montrer que c'est lui qui est le plus fort ? Reportez-vous au cas Kuthino, par exemple… A moins que les stratèges de Kabila ne veulent s'en servir comme monnaie d'échange contre la magnanimité présidentielle, mot jadis utilisés par Mobutu. Attendons voir.

J.P. : Comment faire ?

N.M.M. : Un poussin, aussi gros soit-il, ne remplit jamais une marmite, dit un proverbe de chez nous. A moins qu'il y ait dessous une poule-mère. Le pouvoir Kabila, tout comme le pouvoir Mobutu, tout comme le pouvoir de Léopold II, tout comme la colonisation des Belges, n'a pas réussi qu'avec l'accord et l'aval des grands de ce monde. En tout cas, le documentaire sur Mobutu nous apprend qu'il n'y a de Mobutu que parce qu'un certain monsieur de la CIA l'avait identifié un jour et en avait fait un agent des services secrets belges et de la CIA. Ces deux services ont fait de lui ce qu'il était devenu. Il faudra supposer qu'aujourd'hui on soit encore devant les mêmes causes produisant les mêmes effets. L'histoire nous dira demain si oui ou non le pouvoir actuel au Congo-Kinshasa a bénéficié des mêmes soutiens de ces services secrets et de ces chancelleries. Donc, il faudra peut-être à côté des marches, des ville-morte, d'actions de masse continuer à parler, négocier, palabrer, éviter surtout l'exclusion et tout esprit de revanchard. Notre histoire immédiate devra pouvoir nous aider à ne plus commettre ces bêtises. Puis, le plus important c'est de rencontrer les vrais maîtres de Kinshasa. Ce sont eux seuls qui peuvent aider cette dame à retrouver sa liberté. Hélas, dans le cas d'une bonne dictature, ils fermeront les yeux… dommage… Avez-vous entendu la question posée au président burundais lors de son récent voyage à Paris au sujet des journalistes arrêtés et avez-vous suivi sa réponse ? On apprend par exemple que le premier ministre Belge aurait été contacté avant son départ à Kinshasa pour intervenir en faveur de la libération de Mme Nlandu. Si c'est vrai, l'avait-il fait ? Quelle fut la réponse du pouvoir de Kinshasa ? A-t-il, comme avec le président burundais au sujet des journalistes, reçu aussi des explications qui l'ont convaincues ?... En tout cas l'ONU, la MONUC, encore présente, ont du pain sur la planche et doivent se crédibiliser. Sinon, nous avons des raisons fortes de nous inquiéter. D'ailleurs, dans l'interview qu'elle m'a accordée avant son départ de Londres, Mme Nlandu n'est pas allée par quatre chemins : il y a risque d'une nouvelle dictature plus forte que celle de Mobutu et celle-ci risque de bénéficier de l'aval de la communauté internationale . A moins qu'il y ait anguille sous roche dans ce dossier. Car, si on analyse les scénarios de son arrestation, sincèrement, on est devant un feuilleton propre aux romans policiers. Le comble, à notre humble avis, est de voir comment les gens vont se font mordre les lèvres et se confondent dans des explications incohérentes. Sincèrement, c'est un dossier qui fait salir le nouveau pouvoir Kabila pour rien. Car, tous affirment que c'est bien lui, le président Kabila qui l'a fait arrêter.

J.P. : Vous êtes souvent revenu sur le parallélisme entre Joseph Kabila et Joseph Mobutu, pensez-vous qu'il continue à exister après les élections ?

N.M.M. : Disons que ce parallélisme peut s'établir par les méthodes d'accession au pouvoir, l'âge, les deux sont des militaires, à trente-cinq ans, ils deviennent président accepté du Congo, le premier fonde le MPR parti-Etat, le second le PPRD qui, dans ces méthodes ne semble pas être trop éloigné des méthodes du MPR. Mais, vous savez qu'il existe une loi de proximité et une loi qu'on peut qualifier d'homonymité … le néologisme est de nous… Il serait intéressant de voir si les conseillers de Joseph Kabila n'appliqueraient-ils pas les conseils de Machiavel dans son Le Prince, conseils jadis appliqués par le camp Mobutu. Consciemment ou inconsciemment. Volontairement ou involontairement.

J.P. : C'est-à-dire ?

N.M.M. : Le musiciens chante : « Ekozala bongo, mpe ekotikala boye, mbula na mbula boye » (les choses ont toujours été ainsi et qu'elles resteront ainsi, d'années en années) , ce que j'ai mis en exergue dans un article en citant cette sagesse ancienne « nihil novi sub sole » ou encore « Toza ko rond poing » , nous tournons en vain, nous tournons en rond. Le vrai problème congolais c'est comment mettre fin à un certain statu quo dans la gestion de l'Etat, un changement véritable dans la gestion de la chose publique. Ce statu quo qui a fait que les Belges colonisant le Congo n'aient pas changé le schéma léopoldien : faire du Congo un état policier où le grand bénéfice revient aux exploitants et que le peuple, à mater, reste dans la misère et la souffrance. Le concept du pari-congolais… Et tout l'international en tire profit. Mobutu vint dans la même logique, puis Laurent-Désiré Kabila, après une courte période de changement, y est retombé. Pour réussir ce statu quo, les maîtres penseurs tablent souvent sur des individus, des postes à promouvoir et à se partager, oubliant les qualités des individus à gérer la chose publique. Hélas, le fait que la constitution n'ait pas réussi à mettre des pré-requis même académiques dans le chef du candidat président de la république, risque d'être une preuve à cette façon de voir les choses. Certes, ceci n'a rien à avoir avec une remise en cause de la capacité de Joseph Kabila par exemple à bien gérer la nation. Qu'on se soit bien compris que là nous sommes sur des principes. Est-ce que le régime Kabila saura-t-il bifurquer de ce schéma ?... Tous les candidats passés à Londres sont revenus sur ce risque que le pouvoir de Joseph Kabila, une fois élu, a des fortes risques de ressembler à celui de Mobutu...Vous avez entendu les déclarations de Louis Michel et de notre consœur Colette Braeckman sur les contrats léonins : on n'y touche pas. Or, à croire un expert britannique qui s'est adressé à la communauté congolaise de Grande Bretagne, il faudra logiquement l'examen sérieux de ces contrats dont nombreux, selon des rapports publiés, sont des vraies hypothèques de la nation… Puis, pour revenir à la loi dite de proximité, la dictature de Mobutu est encore crue. Enterrée, elle tarde à pourrir. On peut d'ailleurs entendre encore le bruit de ses fossoyeurs. Il faudra tout simplement voir Honoré Ngbanda usé de son gadget politique pour s'en rendre compte. Donc, les kabilistes aujourd'hui risquent d'être tenté de géré le pouvoir comme l'ont fait les mobutistes, certains cherchant à jouer les rôles des uns. On risque ainsi de voir revenir, dans ce que les moonistes appellent une coopération spirituelle , c'est-à-dire qu'un personnage historique venant jouer un rôle d'un autre personnage (Jean-Baptiste venu avec l'esprit d'Eli et Jésus affirma que Jean-Baptiste c'est Eli qui était revenu), les Seti Yalé, les Kongolu Mobutu, les intouchables d'hier, les Binza boys, les fils et frères des généraux au-dessus de la loi. D'ailleurs, il faudra relire les discours de campagne de Joseph Kabila. Puis, Joseph Kabila n'ayant vraiment pas connu la dictature de Mobutu, il risque de ne pas voir qu'il soit sur les traces de Mobutu. Ce sont, encore une fois les hypothèses et les craintes. Ce que je dis de Joseph Kabila l'est aussi vrai avec Jean-Pierre Bemba. Avez-vous vu le chairman en peau de léopard ?... Une dictature crée souvent des nostalgiques. Consciemment ou inconsciemment, elle fascine, elle se fait imiter, elle corrompt. Aussi, très souvent, les révolutions qui prétendent venir en finir avec les dictatures, déçoivent. L'exemple de Laurent-Désiré Kabila est encore fraîche.

J.P. : Vous vous êtes aussi demandé si la fin de la transition ne sera-t-elle pas comme avec à Rome la fin des triumvirats, là votre hypothèse est passée à côté ?

N.M.M. : Là encore… C'est curieux les ressemblances à un certain niveau. Notez qu'il y a eu deux triumvirats à Rome, comme nous l'avions si bien relevé dans notre article et dans notre émission. La transition s'est achevée peut-être comme le début du second triumvirat. Les gouvernements collégiaux se terminent aussi de cette façon-là, c'est-à-dire qu'au lieu d'une vraie victoire authentifiée et non-contestée, elle se termine sur une parodie d'élections, sur des arrangements internes, sur des conciliabules, avec une seule fin : offrir le pouvoir à un prince, un chef de guerre, par tous les moyens. Avez-vous vu comment a-t-on fait pour pousser l'UDPS à ne pas prendre part au processus ? Avez-vous vu comment les chefs de guerre ont bloqué la route à tout candidat non-armé à battre campagne ? En tout cas les derniers jours avant la proclamation des élections, les positions de Jean-Pierre Bemba, et la suite donne à réfléchir. Mais, l'une de premières conséquences d'un tel gentleman agreement, ou d'un tel hold up électoral, si hold up il y a eu, serait qu'il existera désormais des questions renvoyées aux calendes grecques, tandis que des opposants, et parfois non pas les moindres, risquent d'être sacrifiés. Comme à Rome à la fin du premier triumvirat, ils se pourraient qu'ils se soient engagés à combattre les opposants d'un chacun. Comment par exemple Jean-Pierre Bemba et son camp n'ont-ils pas exigés la libération de Madame Nlandu, de Kuthino, avant toute négociation ?... Assez curieux… Comme à Rome, César Auguste n'a pas empêché Antoine, l'autre triumvir, d'en découdre avec Cicéron qui s'était opposé à lui. L'histoire biblique d'Hérode, Hérodiade et Jean-Baptiste en est un exemple. Et les choses en politiques se passent comme dans la Bible. Ce sont des leçons de l'histoire…

J.P. : Vous parlez des questions renvoyées aux calendres grecques

N.M.M. : Il n'est pas un secret. Le deuxième tour des élections s'est focalisé sur deux concepts que je n'aime pas trop : la congolité biologique de Joseph Kabila et l'anthropophagie ou, comme j'aime à le dire, la pygmophagie de Jean-Pierre Bemba. Un confrère qui a écrit sur la toute première rencontre de Joseph Kabila et de Jean-Pierre Bemba après le fusillade de la résidence du second a ainsi reporté une source : d'entrée de jeu, Jean-Pierre Bemba aurait dit « pourquoi avez-vous voulu me tuer ? » , Kabila aurait répondu « je sais que vous n'allez pas me croire, mais je n'ai pas voulu vous tuer » et il aurait rétorqué « pourquoi dites-vous que je ne suis pas congolais » , réponse du berger à la bergère « pourquoi dites-vous que j'ai mangé les pygmées » . Et si ces questions étaient renvoyées aux calendes grecques !... Un autre observateur ironisait que, séance tenante, il se pourrait qu'ils aient trouvé une entente au sujet de l'indemnisation de l'hélicoptère et de la résidence de Jean-Pierre Bemba. Tirant des leçons des révélations des négociateurs de Sun City, d'ailleurs de mauvaises langues disent que c'est la vraie pomme de discorde entre Jean-Pierre et Olivier, le chairman aurait ainsi procédé par des négociations directes… Quelle hypothèse !...

J.P. : C'est-à-dire que vous épouseriez la fameuse thèse d'un arrangement à l'amiable entre Joseph Kabila et Jean-Pierre Bemba ? Un vrai hold up électoral alors…

N.M.M. : Je me pose des questions. C'est un ami qui posait la question dès que Bemba s'en remettait à la décision de la Cours Suprême : sachant que celle-ci est acquise à Joseph Kabila, n'est-ce pas une mission impossible ou une recherche d'une voie honorable de sortie ? Nous ne disons nullement qu'il a eu tort de le faire. Puis, avez-vous lu notre article sur la fusillade de la résidence de Jean-Pierre Bemba par les hommes de Kabila : est-ce un iceberg ou une bavure ?. .. Nous nous posons des questions : Joseph Kabila étant le président en exercice et sorti premier au premier tour, si les ambassadeurs avaient une démarche à faire, c'est logiquement par ce dernier qu'ils devaient commencer et non par Jean-Pierre Bemba. Lorsqu'il devait rencontrer les deux, Gizenga a respecté cette règle élémentaire de protocole….De là, à supposer que les ambassadeurs allaient pour autre chose, il ne pourrait avoir qu'un pas et que la fusillade a peut-être être été le coup de grâce contre Jean-Pierre Bemba. A Londres, Ngbanda posait la question sur le silence d'une condamnation des chancelleries… Est-ce le début de la frustration de Bemba ?... Puis, revenons à cette première rencontre entre les deux et des autres rencontres qui s'en sont suivies, avez-vous analysés les deux communiqués de leurs rencontres ?... Avez-vous pu jeter un coup d'œil sur les photos et les images de leurs rencontres, le climat souriant et détendu, le sourire… En Grande Bretagne, ces images feraient l'objet d'une analyse par les spécialistes de body langage… Je reviens encore au parallélisme avec Rome. L'empereur Auguste, sur son lit de mort, a laissé à la postérité cette phrase célèbre, d'ailleurs, on s'accorde aujourd'hui à résumer la vie politique par cette même phrase : « Acta est fabula, plaudite ! » (La farce est jouée, applaudissez !). Donc, est-ce ces rencontres furent des hautes comédies des gens qui se prennent trop au sérieux ? En Grande Bretagne, un journaliste a un jour posé la question à un homme politique : « Is that again another new joke? » (Est-ce encore une autre nouvelle comédie ?)… On en apprendra plus comme d'ailleurs avec les fameux accords de Sun City… Il semble la real politik se fait avec la diplomatie. Or, celle-ci, comme je l'ai mentionné, veut dire une dichotomie entre ce qui se dit pour la presse et le commun des mortels et la réalité. Un exemple immédiat : les propos de Bill Richardson, envoyé spécial de Bill Clinton à Mobutu… Et si Jean-Pierre Bemba serait aussi entré dans la Cours de Grand, le « Lisanga ya Banganga » … Objectif affiché : assombrir Etienne Tshisekedi et l'UDPS…

J.P. : Par la corruption, vous voudrez dire ?...

N.M.M. : Ne me faites pas dire ce que je n'ai pas dit… Mais, je pose des questions qu'un chacun doit poser. La victoire de la démocratie en dépend. Une chose est vraie, la corruption a toujours été un mode de gestion du pouvoir au Congo. On sait que Mobutu a su asseoir son pouvoir, dès les premiers jours, avec l'argent de la corruption lui donné par la CIA pour payer les militaires et il a toujours utilisé cette méthode et la méthode a toujours marché. Je ne vois pas comment et pourquoi les nouveaux pouvoirs ne s'en serviraient pas. Vous savez bien l'histoire des jeeps des parlementaires… En fait, nous sommes en crise de modèles politiques. Le modèle hérité des indépendances et du mobutisme et qui continue encore à nous gérer est appelé à disparaître. Espérons que le prochain Premier Ministre saura s'en tirer d'affaire et nous aider à s'en sortir avant de se voir peut-être déboulonner. Ce n'est pas simple et facile. Nous sommes en quête d'un vrai leadership de sauvetage. Le nouveau leader soucieux de la res publica. Hélas, c'est comme si nos parrains occidentaux n'ont pas intérêt à avoir aux commandes de nos nations de tels leaders. Certes, il faudra ne pas improviser. Il faudra les former selon des modèles précis. La roue ne s'invente pas en matière de bonne gouvernance. Lorsqu'un dirigeant africain commence à s'attarder sur des modèles africains de gestion du pouvoir, de faire politique, dites-vous que le déraillement n'est pas loin. Et lorsque le faisant, il reçoit le soutien de l'occident, sachez alors que la bonne dictature est en marche. Il faudra former ces leaders nouveaux. Je me demande sincèrement si demander à Joseph Kabila ou à Jean-Pierre Bemba de commencer à jouer le jeu démocratique n'est pas de l'utopie. Ont-ils été entrainé et formé à devenir démocrates ?... N'ont-ils pas été formés à l'école de la bonne dictature ?... Savez-vous comment les rebellions furent gérées ?... Ce n'est pas trop leur demander de respecter les droits humains, la liberté d'expression, le débat contradictoire ?... D'ailleurs, avez-vous vu qu'ils avaient accepté le débat contradictoire avant le second tour des élections ?... Déjà un article de la constitution qui n'a pas été respecté….. Et, ni les Nations Unies, ni l'Union Européenne, ni les champions de la démocratie n'ont pas levé le petit doigt. J'oubliais que la même chose s'était produite en France entre Jacques Chirac et le Pen…

J.N. : Quelles sont alors, d'après-vous, les grandes craintes du nouveau pouvoir de Joseph Kabila ?

N.M.M. : La dictature risque de s'installer par le fait et le travail qu'abattent des extrémistes. Ils ont nombreux et sont de vrais OVNI, comme l'a si bien relevé un partisan de l'UDPS de Londres lors d'une réunion de la communauté. C'est en voyant les images de la résidence de Jean-Pierre Bemba attaquée par les hommes de Kabila que nous nous sommes demandés si, comme au Rwanda de la triste sombre époque, nous n'étions pas devant le règne des extrémistes. Qui a bien pu suggérer une telle chose et pour quelle intention ?... Quelques jours après, ce sont ces extrémistes qui furent aussi à l'œuvre à Londres. Ce qui est arrivé à Che Okitundu, est-ce la face caché de l'iceberg extrémiste dans la diaspora ?... On apprendra ainsi que des réunions secrètes à coloration tribale se soient ainsi tenues dans quelques capitales pour venger l'affront. Puis, encore devant la résidence de Jean-Pierre Bemba, les images des hommes en armes, avec des flèches et des accoutrements bizarres ont fait jaser plus d'un observateur. Certes, les images de l'autre camp de Kabila aussi ne nous auraient pas épargnées d'autres surprises. Puis, on en vient à l'arrestation de Madame Nlandu… Il faudra tout simplement lire la presse pro-Kabila pour se poser la question si l'extrémisme n'a pas déjà rongé la corporation noble du quatrième pouvoir… Alors, requiem pour le changement et pour la démocratie avec ces corolaires : droits humains, bonne gouvernance, liberté d'expression. La question qu'un chacun doit, à tout moment se poser, devant tout agir, toute décision : sommes-nous là devant le retour d'une dictature à la mobutienne ?... Dieu merci, ce ne sont peut-être que des craintes. Une façon modeste pour nous aussi de participer à l'édification du Congo nouveau.

J.P. : Revenons sur ce que vous qualifiez du règne des extrémistes…

N.M.M. : Au sujet de la politique en Afrique Centrale, le syndrome et la phobie créés par le génocide rwandais continueront encore de planera pour quelques années, le temps pour les acteurs et témoins de disparaître. Or, ce fut, a-t-on dit, le règne des extrémistes. Rappelez-vous de la fameuse Radio mille collines. Or, à voir les choses de plus prêt, c'est comme si ceux-ci serraient déjà à l'œuvre actuellement au Congo-Kinshasa. Il faudra tout simplement lire les postings et les Emails, surtout depuis que l'Internet soit devenu un vrai champ de bataille des internautes… Même la presse devient aujourd'hui une vraie bouillabaisse des communiqués et des déclarations de guerre. Le journaliste est pris dans un mauvais piège. Lorsqu'on lit certains articles, on se demande qu'a-t-on fait de la déontologie professionnelle ? Quant aux extrémistes, ils sont au nombre de quatre. Les premiers extrémistes, les plus dangereux, sont ceux qu'un combattant de l'UDPS de Londres qualifiait d'OVNI, les étrangers, les grands capitaux et autres qui tireraient intérêts au Congo et qui, peut-être, se cachent derrière des groupuscules divers : Nations Unies, etc… L'histoire de la mort du Secrétaire Général de l'ONU Dag dans la crise congolaise du Katanga en 1960 en est peut-être une illustration. En tout cas, il faudra lire ce que Professeur Ndaywel écrit à ce sujet dans son Histoire du Congo. Voyez les signataires des contrats léonins, qui sont-ils, comment opèrent-ils et surtout quelle est leur volonté ? Peut-être que ce sont eux les vrais maîtres de Kinshasa. Les deuxièmes extrémistes sont les anciens de l'AFDL et les kabilistes pur-sang. Ils se cachaient aussi un moment sous certaines dénominations. Ils se disent dépositaires du kabilistes et voient en Joseph Kabila et aux autres jeunes turcs des usurpateurs. Ce sont eux qui nourrissent l'opinion au sujet du débat sur la descendance biologique de Joseph Kabila. A ce groupe, il faudra ajouter les anciens compagnons d'armes de Joseph Kabila. Ils ne rêvent qu'à rééditer l'exploit selon le jargon de « chance eloko pamba » (il faudra compter sur son étoile). Certains sont dans la nouvelle armée congolaise, d'autres sont avec Nkunda tandis que les troisième dans l'APR, ils sont congolais ou rwandais. Les troisièmes extrémistes sont des anciens groupuscules rebelles. On les a vus à l'œuvre autour de la résidence de Jean-Pierre Bemba, il faudra tout simplement revoir les images et la détermination dans leurs yeux. Personne n'ayant gagné la guerre, ils pensent et croient forts pour démasquer la GSSP de Kabila. Elle ne leur fait pas peur. A ceux-ci, il faudra ajouter les ex. Faz, ils n'ont jamais avalé leur défaite devant les hommes de Kabila et en veulent au général Mahele à mort ; puis les soldats de Kabila réunis au sein de la GSSP. Ils ne rêvent qu'à remplacer la DSP de Mobutu. Ils sont des intouchables et croient avoir remporté la victoire sur tous les autres. Les derniers extrémistes sont les politiques. Ils n'ont pas d'armes, mais ils ont la parole, le discours. Ils sont kabilistes, jeunes turcs, jeunes leaders, et ne rêvent qu'à remplacer les anciens barrons du mobutisme. Puis, des politiques de la vieille garde, l'UDPS, l'APARECO et les autres. Ils ne jurent qu'à l'échec du processus actuel pour leur donner raison. Il faudra conclure en disant qu'ils sont extrémistes consciemment ou inconsciemment, volontairement ou involontairement. De toute façon, il y a toujours des malins qui savent tirer dans l'ombre. C'est peut-être une vraie caricature… Mais, rien qu'à lire les propos de certaines personnes supportant l'actuel pouvoir ou non, on est pris de peur.

J.P. : D'après-vous, que faire devant cette montée du nouvel extrémisme qui ne dit pas encore son nom ?

N.M.M. : La première responsabilité revient à l'homme politique. Tout leader doit aujourd'hui faire comprendre à ses partisans que le discours de campagne électoral est différent du discours d'Etat. Après les élections, on est maintenant pendant l'heure de la gestion de l'Etat. Le président Joseph Kabila, son camp, a aujourd'hui la forte responsabilité d'envoyer des signaux forts de réconciliation nationale et de cohésion. Continuer à appuyer sur la pédale de la xénophobie ou des messages incendiaires, à l'endroit de n'importe quel leader, déchu ou battu aux élections, est très dangereux. Elu, le camp Kabila doit faire croire à tous que leur candidat élu est président de tous les congolais et a la responsabilité de ne pas transformer cette victoire électorale à une victoire militaire. Puis, les médias ont la forte responsabilité de jouer leurs rôles reconnus par la constitution et par tous les textes républicains. Quatrième pouvoir, il doit bannir tout message appelant à la haine, à l'exclusion. Hélas, cela ne semble pas être le cas, en tout cas pour certains médias. Certes, il y a un héritage malheureux à chercher comment gérer aujourd'hui : les exclus, volontairement ou involontairement du processus, la diaspora, l'UDPS. C'est très important. Eux aussi sont congolais… Je vais encore insister sur des signaux forts à envoyer le plus rapidement possible. Tout bras de fer, tel que l'impression est donnée pour le moment, ne profitera pas à Joseph Kabila, au gouvernement et au peuple car les investisseurs et mêmes les gouvernements occidentaux sont toujours des couteaux à double tranchants. Laurent-Désiré Kabila en avait fait la mauvaise expérience. Ces choses-là commencent toujours comme de la blague, Amnesty International, Human Right, ASHADO, puis tous les conseillers occultent se tairont un jour. Evitons d'ouvrir la fameuse boite à pandore. Evitons un excès de zèle. La modération serait une bonne attitude.

Car, cette arrestation soulève même des questions sur la crédibilité alors de l'arrêt de la cours suprême de justice. Parce qu'n se dit : s'ils étaient vraiment sûrs de la victoire, pourquoi avoir arrêté un innocent. Les chancelleries et les diplomates n'ont pas les yeux dans les poches et la mémoire courte. Appentis politiciens devons apprendre l'effet boule de neige, surtout qu'elle est une femme, une avocate ayant plaidé les cas les plus difficiles, mères, épouse, activiste des droits humains et surtout ancienne candidate aux élections présidentielles.

J.P. : Quel serait alors le meilleur antidote pour ne pas glisser dans ce que d'aucun n'a intérêt qu'elle s'installe, la bonne dictature ?

N.M.M. : D'abord, il devient impérieux de rappeler les leçons de l'histoire immédiate du Congo, de l'Afrique, du monde, comme l'a si bien fait Frédéric Yamusangie, écrivain congolais habitant la Grande Bretagne. Sincèrement, se dit-il, après Mobutu, Savimbi, Saddam Hussein, voir notre génération avoir encore des velléités d'idées de dictatures est une vraie connerie. A voir comment ces messieurs-là, des petits dieux, avec leurs avoirs, leurs argents, ayant eu le droit de vie et de mort sur les citoyens, c'est une vraie leçon pour nous. A voir aujourd'hui comment sont devenus les intouchables de jadis, leurs enfants, leurs biens, nous devons aujourd'hui chercher notre échelle de valeur ailleurs, dans l'éducation, dans le bien faire, dans l'agir droit. Même dans le cas d'un soutien d'un pays occidental, les USA, la France etc… Est-ce qu'après Mobutu et Savimbi et Saddam Hussein, aurons-nous encore des individus qui seront supportés, soutenus, et qui auront rendu des services à ces grandes puissances comme ces messieurs-là ?... Il faudra en plus dénoncer l'extrémisme qui s'installe : à Kinshasa, en Occident… Il semble que les musiciens du pays et pasteurs ne sont plus les bienvenus en occident. Une chose est sûre, on ne s'empêchera pas de faire remarquer à ceux qui, pour une raison ou une autre, se sont laisser corrompre ou ont corrompu ou tout autre antivaleur, de leur déviation. Puis, après avoir enrichi et contribuer à vanter des antivaleurs, le musiciens et le pasteur congolais se doivent aussi de faire un mea culpa et la diaspora qui s'était investi à les déifier se doit de se remettre en question. Il faudra éviter, cependant, tout extrémisme. Il faudra cultiver les vertus du dialogue, de la tolérance. Si les leaders actuels ne sont pas capables de nous conduire vers une telle destinée, il nous faudra, le plus rapidement possible, des leaders de sauvetage. La communauté internationale doit continuer à nous aider dans ce sens, à ne pas tomber dans la bonne dictature. Mais, joue-t-elle seulement franc jeu la fameuse communauté internationale et saurons-nous seulement nous y échapper si la bonne dictature est déjà en chantier ?... Il y a des raisons d'être inquiets pour ne pas revenir à la case de départ, comme on l'ironisait à Kinshasa : « on a changé simplement le chauffeur, mais le véhicule restant le même » . Dommage alors, car on aurait consenti tant d'efforts, des sacrifices, des finances pour rien. On devra certes éviter d'être défaitiste. Wait and see!

Propos recueillis par Joseph PULULU

© Congo Vision

Publié le 27/12/07

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