Page d'accueil
A propos de nous
Correspondance et Retrouvailles
Interviews
Musique
Forum
Emploi
Notes de lecture
Liens

Interview accordée à Monseigneur NTEDIKA KHONDE, Recteur de l'Université Président Joseph KASA VUBU à Boma, Bas-Congo le 21 Janvier 2003.

Congo Vision : Excellence, vous êtes actuellement Recteur de l'Université Président Joseph KASA-VUBU. Cette institution est née vraisemblablement des centres de l'ex UNIBAZ (Université du Bas-Zaïre). Pourquoi un recommencement qui n'en finit pas ?

Monseigneur NTEDIKA : Née, ni en opposition, ni des cendres, mais sommes une Université nouvelle et comme un aboutissement et une évolution naturelle du grand développement de l'enseignement primaire et secondaire dans cette partie de la République. Pour la Ville de Boma en particulier, le fonctionnement d'un enseignement de base apparaît déjà dans les années :

- 1880 1890 : avec le regroupement à Boma des Ecoles spiritaines de Cabinda et Kinlao

- 1890 1892 : Fondation et création de la fameuse Colonie Scolaire de Boma dirigée d'abord par les missionnaires de Scheut (1891), puis par les FEC (Frères des écoles chrétiennes) et par le Diocèse de Boma, à ce jour.

La création de l'UKV dans la Ville de Boma, le 27 mars 1999 est venue combler un vide immense laissé par les institutions d'enseignement supérieur et universitaire, disparues quelque temps après leur fondation. L'UKV répondait à un besoin : le besoin d'un enseignement universitaire dans la partie Ouest, la plus peuplée de la Province du Bas Congo. Cependant que la Lukaya et les cataractes comptent jusqu'à trois universités : l'UK (Université Kongo), UPK (Université Protestante de Kimpese) et ULL (Université Libre de Luozi). Par souci de complémentarité et de proximité et répondant à la pressante requête des notables et de la population, les Eglises chrétiennes, catholique (Diocèse de Boma) et protestante (CEAC), décidèrent alors de créer, en date du 27 mars 1999, l'Université Président Joseph KASA VUBU (UKV).

Congo Vision : Est-ce juste par devoir de mémoire que vous avez baptisé votre institution du nom de l'illustre Joseph KASA VUBU ?

Monseigneur NTEDIKA : La dénomination a un double objectif :

1. Perpétuer la mémoire pour que son souvenir ne soit pas effacé ni estompé.

2. Citer en modèle les vertus : sens de décisions et ténacité, sens de l'honneur et fidélité à la parole donnée, patriotisme intransigeant et courage politique, intégrité et droiture inflexibles, ambition ardente pour l'édification d'une nation fière, libre et prospère, poursuite inlassable du bonheur du peuple et du bien commun, acharnement au travail .

Congo Vision : « L'UNIVERSITE D'ABORD », telle paraît être votre devise. Etes-vous satisfait de votre option ?

Monseigneur NTEDIKA : « l'Université d'abord » n'est pas ma devise. Mais, l'Université et tout le reste de l'enseignement ont constitué une grande préoccupation dans ma vie parce que l'extension et la qualité de l'enseignement primaire et secondaire ont leurs répercussions sur l'enseignement supérieur et universitaire. Donc, là réhabilitation de l'enseignement universitaire au Congo devrait se faire en symbiose et en collaboration entre les responsables et les animateurs de l'enseignement de notre pays à tous les niveaux. Parce que nous assistons à la destruction du système éducatif congolais dans ses structures et son organisation, et que notre intervention et celle de tous les animateurs de ce secteur s'avère jusqu'ici insuffisante.

Congo Vision : Vous êtes évêque et professeur émérite. Votre enracinement académique, est-il l'expression d'une conviction personnelle ?

Monseigneur NTEDIKA : Disons tout d'abord que l'enracinement académique n'a pas été une option personnelle mais le champ d'une option de mes supérieurs durant toute ma vie. Mais une fois placé sur ce champ, nous avons essayé de creuser aussi profondément que possible notre sillon, avec la conviction grandissante que nous avions eu la chance et la grâce d'avoir été placé dans un des domaines des plus importants et des plus intéressants de la vie de l'Eglise et de la nation.

Congo Vision : Il faut créer la richesse locale pour prétendre au développement d'une nation. Or je constate que l'UNIVERSITE congolaise, loin d'être un vecteur de productivité, forme plus des consommateurs d'une maigre prospérité locale qui arrive très lentement mais s'en va rapidement. Votre avis.

Monseigneur NTEDIKA : En tout cas, l'Université Président Joseph KASA VUBU a inscrit dans son programme la volonté de former non pas seulement des demandeurs d'emploi mais aussi et surtout des Créateurs d'emploi. Nous voulons inculquer à nos étudiants l'horreur et le rejet de la tricherie, de la corruption, de la paresse et de la loi du moindre effort. Et nous les exhortons au contraire à la droiture, l'intégrité, au sens de l'effort et d'un travail acharné comme le président KASA - VUBU lui-même leur modèle. Pour la nation, nous entendons former des concepteurs, des encadreurs et des animateurs dans toutes les tâches de la société. L'Université n'a plus seulement pour tâche à nos yeux l'enseignement et la recherche en vase clos, mais aussi le service à la société . Qu'est-ce à dire ? Il s'agit, pour l'université, de l'analyse des situations concrètes, de mener une recherche fondamentale sur les situations appréhendées et de l'application des conclusion obtenues à la solution des problèmes d'ordre technique, économique, politique, social et culturel que posent son environnement et le monde.

Congo Vision : Comme vous le savez, Excellence, la pauvreté engendre l'ignorance et la frustration. Cette cause et ses conséquences constituent, à mon avis, les seuls véritables défis à relever au Congo. Face à cette gageure, l'UNIVERSITE, a-t-elle un rôle à jouer ?

Monseigneur NTEDIKA : Le rôle que doit jouer l'Université en l'occurrence nous venons déjà de le définir dans notre réponse à la question précédente. Quant à la pauvreté et à l'ignorance, il est vrai que celle-là engendre celle-ci et vice-versa mais la gageure et le défi que l'Université doit relever s'étendent bien au-delà de la pauvreté et de l'ignorance ; il y a tous les secteurs : de la santé et de la formation intégrale, de la justice et des droits humains, de la solidarité et du développement.

Congo Vision : Au Congo, la baisse de la qualité de l'enseignement à tous les niveaux s'accélère au rythme de sa croissance. Quels en sont les facteurs en cause ?

Monseigneur NTEDIKA : la nationalisation de l'enseignement sous la 2e république et ses séquelles, la crise économique et sociale qui enlèvent aux parents la possibilité d'accéder à un enseignement de qualité pour leurs enfants, la dévaluation de la fonction enseignante, laquelle empêche l'éclosion des vraies vocations d'enseignants et leur consécration totale à leur mission.

Congo Vision : Devant les ruines de l'orthodoxie religieuse qui s'effondre, avez-vous encore la conviction d'être pasteur ?

Monseigneur NTEDIKA : Oui, plus que jamais, puisque le Christ, le bon pasteur, n'est pas venu appeler les justes mais les pêcheurs, et que l'émiettement religieux constitue pour nous une interpellation et une incitation à la recherche d'une présentation du message évangélique plus profonde et mieux adaptée à l'Afrique et au monde contemporain.

Congo Vision : Vous êtes une des grandes valeurs de notre pays. Quelles sont les vertus qui balisent votre parcours ?

Monseigneur NTEDIKA : Il appartient aux autres de les apprécier. Mais, nous pouvons citer les idéaux que nous avons toujours poursuivis, sans les atteindre parfaitement : travail acharné et maîtrise de soi, sens critique et profondeur, solidarité et poursuite du bien commun, justice sociale, discipline et liberté, promotion de la jeunesse fidélité à ma vocation sacerdotale.

Congo Vision : Si votre vie était à refaire, qu'est-ce que vous ne ferez plus ?

Monseigneur NTEDIKA : Je ferais tout ce que j'ai eu l'occasion de faire et je le ferais mieux.

Congo Vision : La société congolaise s'urbanise de plus en plus et la pauvreté rurale nourrit la pauvreté urbaine et son corollaire. Votre thérapeutique, Excellence.

Monseigneur NTEDIKA : Le combat acharné pour le développement, la lutte contre toutes les anti-valeurs et la promotion des valeurs éthiques et principalement l'appel à l'émulation au lieu de la jalousie et le nivellement de tous vers le bas, la prise en compte des aptitudes, des compétences et du dynamisme de chacun pour les nominations et les promotions à toutes les fonctions.

Congo Vision : Adieu le zaïre ! Vive le zaïre ! En tout cas, une certaine opinion prétend que le zaïre n'est pas mort. Est-ce votre avis ?

Monseigneur NTEDIKA : Tout à fait. C'est pourquoi nous parlons de l'urgence d'une réhabilitation des mentalités et des structures face à toutes les ruines et à toutes les déviations à redresser et dans lesquelles nous sommes plongés de plus en plus.

Congo Vision : « Nous bâtirons un pays plus beau qu'avant ». Ce joli vers de notre hymne national sonne vide dans la bouche du politicien congolais. Quel doit être, d'après vous, le profil de l'acteur politique porteur de progrès durable ?

Monseigneur NTEDIKA : Un passionné du bien commun et social, un agent dynamique et compétent pour la promotion d'une nation heureuse, fière et compétitive.

Congo Vision : Ma mère, qui est analphabète, m'avait un jour posé cette question : « Mon fils, est-ce que les « FALMA » (entendez les Belges) ne peuvent plus revenir dans ce pays ?» J'ai rigolé. A ma place, auriez-vous rigolé aussi ?

Monseigneur NTEDIKA : La mère avait raison de poser cette question. Au lieu de rigoler, j'aurais pleuré parce que c'est là l'indice, jusqu'au niveau de la base, que notre indépendance a échoué. Un tel sentiment montre que nous n'avons pas bâti un pays plus beau qu'avant, et c'est là une interpellation pour nous tous à l'abondon de nos égoïsmes et un appel à une solidarité active, persévérante, sans retour et sans dérive.

Congo Vision : L'Afrique est le continent le plus menacé. Pensez-vous que ceci soit la conséquence d'une destinée anthropologique fatale ?

Monseigneur NTEDIKA : Je demeure convaincu que l'Afrique est surtout menacée par sa propre faiblesse dont tirent partie ses ennemis du dedans et du dehors. J'entends par là sa faiblesse morale principalement. Il faut qu'elle s'entraîne à l'ascèse et à la discipline, comme certains peuples d'Asie et d'autres, qui se sont libérés grâce à cet effort moral et pratique.

Congo Vision : Hier, les dictateurs africains étaient les purs produits du monolithisme politique. Aujourd'hui, ils sortent des urnes. Je pleurs pour l'Afrique, Monseigneur.

Monseigneur NTEDIKA : Au contraire, nous devons nous réjouir de cette recherche de la démocratie, la seule capable de permettre le rejet des dirigeants indignes et incompétents et la promotion d'hommes d'état totalement dévoués et préoccupés du développement durable de leurs peuples.

Propos recueillis par Jean Marie MUANDA , représentant de Congo Vision à Boma, Bas-Congo.

******************** *******************

Interview publiée sur le web le 28 Janvier 2003

Contact:

Mgr. Ntedika Khonde
Tél: 243 98 179 706

******************** *******************

 
 
Copyright © 2005 Congo Vision. Tous droits réservés.