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Interview avec son Excellence Monsieur l'Ambassadeur de la République Démocratique du Congo aux Nations Unies

La République Démocratique du Congo a célébré ce 30 juin le 42ème anniversaire de l'accession du pays à l'indépendance et à la souveraineté internationale. A occasion, la diaspora congolaise réunie au sein de la COCOM a accueilli Son Excellence Monsieur ILEKA ATOKI, Ambassadeur de la RDC aux Nations Unies. Cette visite a constitué une occasion pour échanger les points de vue, discuter sur la situation actuelle du pays, et connaître les efforts au niveau des Nations Unies de faire avancer le processus de paix au Congo.

Congo Vision : Le peuple congolais s'est retrouvé dernièrement à SUN CITY pour décider de l'avenir politique et socio-économique du pays. Pouvez-vous nous brosser la situation actuelle au lendemain de la signature de l'accord global?

Ambassadeur : Ce que je peux vous dire aujourd'hui, l'ancien Premier Ministre sénégalais, Monsieur Mustapha NIASSE, est attendu ce samedi à New York. Il vient de terminer sa tournée au Congo et dans la Région des Grands Lacs. Monsieur NIASSE a été nommé par le Secrétaire général de l'ONU pour faciliter les efforts de toutes les parties afin de rendre encore plus inclusif l'accord qui a été signé à SUN CITY entre le Gouvernement, le MLC et les autres composantes qui avaient participé au dialogue inter-congolais.

A la suite de signature de l'accord de Sun City, un comité chargé d'élaborer la Constitution a été mise en place. Celui-ci est composé de tous les représentants des signataires de SUN CITY. Au moment où nous parlons ce comité se trouve à MATADI pour élaborer la Constitution.

Je viens d'être informé que les négociateurs à MATADI viennent de convoquer une séance plénière. Le fait de convoquer une plénière ne signifie pas qu'ils ont terminé l'élaboration de la Constitution. Il serait important de voir les places réservées à ceux qui n'ont pas encore signé, ainsi que les mesures arrêtées pour les amener à rejoindre l'accord et à oeuvrer pour la reconstruction nationale en République Démocratique du Congo, le rétablissement de l'autorité de l'Etat sur toute l'étendue du territoire national afin de forcer toutes les troupes étrangères à regagner leurs pays. Nous avons besoin d'un pays uni et fort.

S'il faut qu''il y ait des forces armées au Congo, qu'elles soient congolaises.

Congo Vision : Au cours de sa tournée au Congo et dans la Région des Grands Lacs, Monsieur NIASSE s'est entretenu avec les acteurs politiques pour faire avancer le processus de paix. Peut-on connaître les dessous des cartes de cette mission?

Ambassadeur : Je ne me suis pas entretenu avec Monsieur NIASSE durant son périple au Congo et dans la Région des Grands Lacs. Comme je l'ai dit, le Secrétaire général de l'ONU lui avait confié la mission de voir dans quelle mesure il était possible de bâtir sur l'accord qui avait été signé a SUN CITY et de le rendre encore plus inclusif.

Par ailleurs, il est important de noter que la communauté internationale, y compris l'Union Européenne et les Etats Unis d'Amérique, a estimé que même si cet accord est considéré par certains comme incomplet, cela constitue néanmoins une base sur laquelle l'on peut travailler. C'est fort de ces réalités que Monsieur NIASSE a oeuvré en cherchant à harmoniser les points de vue des uns et des autres pour rendre cet accord plus global.

A ce stade, il est prématuré pour moi de dire quelles ont été ses réalisations. Toujours est-il que s'il s'avère que sa mission n'est pas entièrement accomplie, il est prévu qu''il puisse retourner rapidement dans la Région pour la finaliser.

Congo Vision : Pour parler d'une paix durable et solide, il faudra l'implication des uns et des autres. Dans le cas d'un refus de la part du RCD, pensez-vous que le Gouvernement soit capable de rentrer à SUN CITY pour revoir les négociations?

Ambassadeur : Je vous dirais que le dialogue tel qu'il a été conduit dans le format de SUN CITY avec le Facilitateur est terminé. L'accord de Lusaka est clair. Cet accord parle d'un dialogue inter-congolais inclusif. C'est ce qui figure dans le dernier paragraphe de son préambule, dans l'article 19 du chapitre III, et, dans l'article 04 du chapitre V. Nulle part dans cet accord, il est précisé que le dialogue inter-congolais inclusif doit aboutir sur un accord inclusif. L'on a parlé d'un dialogue inter-congolais inclusif.

Et inclusif, cet accord l'a été, puisqu'il s'est déroulé dans le format qui avait été accepté par toutes les cinq composantes. Ce dialogue a donné lieu à de âpres négociations qui ont notamment abouti par l'adoption par consensus de 37 résolutions.

L'un des problèmes pendants demeurait la gestion de la transition. C'est ainsi que 80% des participants au dialogue ont apposé leurs signatures au bas du document portant l'accord politique pour la gestion consensuelle de la transition en République Démocratique du Congo. Cela signifie qu'une majorité très nette des participants ont signé cet accord. Dès lors, lorsque 80% des composantes ont signe l'accord, faut-il ne pas tenir compte de ces 80% pour privilégier les 20%. Arithmétiquement cela n'est pas correct. Qui doit rejoindre qui? Est-ce que les 80% doivent se confondre dans les 20%, ou bien, sont-ce les 20% qui doivent aller vers les 80%? Qui plus est, les 80% disent encore aux 20% qu'ils sont ouverts et que s'il y a des aspects qui méritent d'être améliorés, ils sont disposés à les améliorer.

Parallèlement, le congolais dit à la communauté internationale et aux Nations Unies: "voila jusqu'ou nous avons été. Nous voulons maintenant poursuivre avec les autres étapes prévues dans l'accord de Lusaka. C'est-à-dire l'élaboration de la Constitution, l'établissement des nouvelles institutions pour la transition, le processus visant les élections afin de mettre un point final à ce que nous appelons la crise de légitimité qui perdure depuis un certain nombre d'années".

Vous avez également les composantes politiques qui vous disent qu'elles veulent aller vers la démocratie, la bonne gouvernance et les élections. Où sont tous ces pays donneurs de leçons en matière de droits de l'Homme? Pourquoi ne les supportent-ils pas? La réalité est que dernière tout cela, il y a les intérêts égoïstes des uns et des autres .

Congo Vision : Le tableau que présente notre pays est très sombre. Il y a pillage et mort d'hommes. En dehors des rapports publiés par l'ONU, quelles sont les actions concrètes ou les mesures prises par l'ONU pour protéger les victimes?

Ambassadeur : Depuis le début de la guerre d'agression en Août 98, on peut à ce jour déplorer le décès de près de 4 millions de personnes, victimes directes ou indirectes de la guerre. Les victimes directes peuvent être estimées à plus ou moins 500.000, les autres étant mortes suite aux divers mouvements de déplacement, de la famine ou des différentes maladies générées par l'état de guerre. En plus de cela, il y a environ plus d'un demi million de personnes déplacées dans leur propre pays et plus ou moins un nombre égal des congolais réfugiés dans les pays voisins . Ces chiffres que je vous donne, ne sont pas des chiffres gouvernementaux, mais plutôt des chiffres qui viennent de OCHA (le Bureau des affaires humanitaires des Nations Unies).

Qu'est ce qui a été fait concrètement? Cette année, OCHA a lancé un appel consolidé pour la République Démocratique du Congo et pour la Région des Grands Lacs. OCHA avait lancé également une opération similaire et qui avait et couverte a 70%. En moins d'une année, plus de la moitié des annonces de contributions a été honoré.

Le grand problème qui se pose est la question de savoir qui doit rendre compte de tous ces morts et comment cela doit être fait. C'est une question non seulement pénale mais éminemment politique. Le Gouvernement n'a eu de cesse de dénoncer à travers toutes les instances pertinentes des Nations Unies les massacres et les exactions commis par les forces d'agression. Nous avons pu obtenir des condamnations qui malheureusement ne sont pas encore suivies de mesures adéquates pour amener à la justice les coupables. Récemment, le Gouvernement a encore enté une action auprès de la Cour Internationale de Justice contre le Rwanda pour génocide contre le peuple congolais. La Cour devrait se prononcer dans les prochains jours.

Enfin, avec l'entrée en vigueur depuis le 1er juillet 2002 du Statut de la Cour Pénale Internationale, nous osons espérer qu'une action conséquente pourrait être enclenchée à l'encontre de tous ceux qui violent les droits fondamentaux du peuple congolais. La République Démocratique du Congo qui a ratifié ce Statut est à la pointe du combat en vue de s'assurer qu'il soit mis un terme au règne de l'impunité dans notre sous-région.

Congo Vision : Selon l'accord global signe récemment en Afrique du Sud, le poste de premier ministre reviendrait au MLC et la présidence du parlement et la vice-primature ont été proposées au RCD-Goma. Comme nous le savons, ce dernier a rejeté en bloc ledit-accord et souhaiterait l'application du plan MBEKI. Ce plan préconise une double présidence partagée par deux parties. Voudriez-vous commenter là-dessus?

Ambassadeur : Je n'ai pas un commentaire particulier à formuler à ce stade. J'en appelle seulement à tout un chacun de savoir se dépasser dans l'intérêt supérieur de la Nation. Je constate que 80% des participants au dialogue inter-congolais de SUN CITY ont signé l'accord global. Ces 80 % se retrouvent dans toutes les composantes moins une des participants au dialogue. 20% n'ont pas signé. La question est simple 20% peuvent-ils tenir en otage 80%?

Si les dirigeants du RCD/GOMA sont vraiment des nationalistes, ils n'ont aucune raison à ne pas contribuer eux aussi à la mise en oeuvre d'une transition qui sera inclusive et non-conflictuelle, d'autant plus que le Gouvernement et les signataires de l'accord ont exprimé toute leur disposition à poursuivre les pourparlers en vue de parvenir à une formule acceptable.

Le peuple congolais souffre.... Il a assez souffert... Il est temps de mettre un terme final à cette guerre autant inutile qu'insensée .

Congo Vision : Quelles sont les dispositions prévues par l'accord global de Sun City en cas de violation pour maintenir la paix et la sécurité?

Ambassadeur : L'accord de SUN CITY est un accord politique pour la gestion consensuelle de la transition en République Démocratique du Congo. Il est un élément supplémentaire à mettre à l'actif des efforts que le Gouvernement ne cesse de déployer en vue d'aboutir à la réconciliation nationale et la réunification du pays. Tout effort visant ces deux objectifs, ainsi que le parachèvement du processus visant à amener le pays aux élections sera bienvenu.

Il est important de souligner que les Nations Unies ont accueilli favorablement cet accord qui est un accord élaboré par des congolais pour des congolais. Les Nations Unies nous ont donc encouragé à continuer à bâtir sur cet acquis de SUN CITY et rendre l'accord plus global, plus inclusif. Ce qui rejoint la position du Gouvernement et des signataires de l'accord selon laquelle ce dernier demeure ouvert.

Congo Vision : Par rapport à l'éruption du Volcan NYIRAGONGO qui a eu lieu le 17 Janvier de cette année à Goma, est-ce qu'il y a une politique humanitaire des Nations Unies pour venir en aide aux victimes de cette tragédie?

Ambassadeur : En effet, le 17 janvier 2002, l'éruption du volcan NYIRAGONGO a détruit totalement quatorze (14) villages en aval et détruisant la moitié de la ville de GOMA, 80% de son infrastructure économique, les écoles, les dispensaires, les routes, et faisant près d'un demi-million de sans abris.

A la même période, des pluies diluviennes avaient fait d'énormes dégâts humains et matériels à UVIRA.

Dès que la réalité de ce nouveau désastre humanitaire s'est établi, le Gouvernement avait pris une série de mesures urgentes, parmi elles :

1.- une aide d'urgence de 1,5 millions de dollars remise aux Nations Unies;

2.- la création d'un fonds spécial de solidarité nationale pour que les congolais où qu'ils soient, participent volontairement au réconfort moral et matériel de la population de GOMA et de ses environs.

Le Gouvernement avait également instruit ses représentations diplomatiques de requérir une assistance humanitaire d'urgence auprès des Etats ou organismes d'accréditation.

C'est le lieu pour moi de souligner toute la sollicitude de notre frère Kofi ANNAN, Secrétaire général de l'ONU et le remercier de la rapidité de sa réaction. Aujourd'hui, les Nations Unies, à travers la MONUC et le PNUD, coordonnent toutes les actions humanitaires en faveur des populations de GOMA et de UVIRA.

De même, nous nous devons aussi de remercier tous ces pays, ces organismes et ces individus qui ont fait montre d'un élan de sympathie et de solidarité envers la population de GOMA et de ses environs.

Maintenant l'assistance aux populations de GOMA et de UVIRA s'opère principalement par le biais du PNUD/KINSHASA en sa qualité de coordonnateur des activités du système des Nations Unies en République Démocratique du Congo. Toutes les représentations du système jouent certainement un rôle. Dans le cas d'espèces, le rôle particulier du Bureau de la coordination des affaires humanitaires (OCHA) doit être particulièrement souligné. Ce Bureau a été dans les premiers rangs pour l'assistance d'urgence. Il continue à apporter son aide à travers le mécanisme de l'Appel consolidé pour 2002 pour la République Démocratique du Congo qu'il avait lancé en Novembre 2001 et qui a été sensiblement modifié pour intégrer les politiques d'aide aux sinistrés de GOMA et de UVIRA. Je dois préciser que OCHA avait demandé 194 millions de dollars US pour la République Démocratique du Congo et il semble que la réponse des pays donateurs est positive. Pour 2001, la réponse de la communauté des donateurs a été satisfaisante.

Toutefois, au delà de ce que les Nations Unies et les pays donateurs peuvent faire en faveur des populations de GOMA et de UVIRA, il est important que les congolais tant de l'extérieur que de l'intérieur se mobilisent également. Le Gouvernement a offert une piste avec la création du fonds spécial de solidarité nationale. Il ne reste pas moins vrai que tout un chacun a la latitude de contribuer selon ses moyens et choisir la voie qui lui conviendrait le mieux. Dans tous les cas, le congolais se doit d'agir, et je demeure certain que les bonnes volontés seraient encouragées d'aider davantage s'ils pouvaient les efforts des congolais eux-mêmes.

Propos recueillis par Hortense Massamba, Représentante de Congo vision à Raleigh, Caroline du Nord.

30 Juin 2002

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