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DROITS DE L'HOMME : REACTION DE L'AMBASSADE DE LA RDC A BRUXELLES


FIDH : Un rapport sans commune mesure avec la réalité des avancées démocratiques en République Démocratique du Congo

Dimanche 26 juillet 2009 // National

Dans son rapport daté du 24 juillet 2009, intitulé « La République Démocratique du Congo : la dérive autoritaire du régime », la Fédération Internationale des Droits de l'Homme (FIDH en sigle) soutient « faire le bilan sur le respect des droits fondamentaux par les autorités gouvernementales et l'administration de la justice ».

Dans une rhétorique dramatique, malheureusement courante de la part de la FIDH quand il s'agit de la République Démocratique du Congo, le rapport aligne des assertions non vérifiées, présentées comme des « cas de violations des droits de l'homme commises en République Démocratique du Congo ».

La République Démocratique du Congo – qui est en pleine phase de restructuration de son appareil judiciaire – demeure ouverte à toute analyse, à tout rapport tendant à participer à l'amélioration de la situation générale des droits de l'homme. Dans ces conditions, notre pays aurait pu, sans complexe, bénéficier de l'expertise de la FIDH, si le dernier rapport de cette organisation n'était aussi truffé d'accusations sans fondements, et sans commune mesure avec la réalité des avancées enregistrées dans divers domaines de la vie nationale congolaise.

Mais l'on peut comprendre les difficultés des rédacteurs du rapport : leur mission, selon leurs propres aveux, n'a duré que 10 jours en RDC, un pays vaste comme quatre-vingt- fois la Belgique, un pays qui a quasiment la taille physique de l'Union Européenne. Il est, par contre, étrange de constater - de la part d'une organisation qui jouit d'une audience internationale - que le propos général du rapport est souvent noyé dans un amalgame pernicieux, savamment entretenu, qui nous oblige à la présente mise au point, tant sur la situation générale des libertés publiques que sur la situation de la justice en République Démocratique du Congo.

Répression de l'opposition politique ?

Pour la FIHD, le « pouvoir de Kinshasa » ferait « taire l'opposition politique par la répression ». Cette affirmation ne peut qu'étonner les observateurs avertis de la vie politique congolaise, car la République Démocratique du Congo offre aujourd'hui des progrès appréciables de l'exercice de la démocratie.

A la suite des élections présidentielles et législatives réalisées sous la ferme vigilance de la communauté internationale (2006), le pays s'est doté d'institutions aussi crédibles que solides : un président de la République élu au second tour avec un pourcentage qui fait oublier les risibles 99,99 % de la plupart de jeunes démocraties ; une majorité parlementaire de coalition ; un Sénat (la Chambre haute) dirigée par un homme politique de l'opposition. Les débats parlementaires congolais, loin de la complaisance de la majorité des pays africains, sont cités en exemple par tous les observateurs sérieux.

L'opposition politique participe avec vigueur au débat parlementaire, en imposant de rudes interpellations aux membres du gouvernement ; des séances systématiquement retransmises en direct par la télévision publique.

Outre cette répartition horizontale du pouvoir – qui relève plutôt d'un modèle de cohabitation, classique dans les démocraties modernes – la répartition verticale du pouvoir, avec des gouvernements provinciaux forts, est bien assurée, avec des provinces de plus en plus indépendantes du pouvoir central de Kinshasa pour ce qui est de leur gestion quotidienne.

Cette vivacité démocratique au sein des institutions congolaises est renforcée par le travail de la presse nationale, toujours prompte à dénoncer le moindre écart constaté dans la marche des affaires publiques. Une cinquantaine de chaines de télévision, privées et indépendantes, relaie allègrement l'opinion de l'opposition qui n'a plus besoin de s'exiler pour s'exprimer.

Combien d'opposants politiques issus régulièrement des institutions politiques du pays sont repartis en exil depuis les dernières élections ? Combien d'hommes politiques congolais sont à ce jour en prison pour des raisons d'opinion ? Combien de journalistes croupissent dans les geôles pour leur liberté de ton et d'opinion ? On pourrait multiplier les exemples à souhait…

Des efforts louables sont consentis par les autorités dans la protection des droits fondamentaux et des libertés publiques. Il reste, certes vrai, que tout n'est pas parfait et que les améliorations devraient être concrétisées dans un domaine où l'horizon recule à chaque avancée.

La mise sous tutelle de la justice ?

Le rapport de la FIDH s'appesantit également sur la mise sous tutelle de la justice en République Démocratique du Congo, en stigmatisant les violations constatées dans la distribution de la justice et les bavures qui seraient liées aux services de sécurité.

Cette affirmation est la preuve de la méconnaissance du contexte politique congolais post-électoral. Le gouvernement actuel a hérité d'une situation militaire d'une complexité indescriptible. Il faut mettre en perspective toute la problématique de la gestion politique de différentes milices issues de mouvements rebelles. Grâce à l'appui des institutions internationales, des efforts de réorganisation de l'armée nationale sont, en effet, plus que probants. Toutes les expertises militaires en témoignent.

La lutte contre l'impunité engagée par le gouvernement ne s'est pas arrêtée aux portes de l'armée, puisqu'elle a permis la mise hors d'état de nuire de plusieurs justiciables, civils et militaires. Le Chef de l'Etat s'est personnellement investi dans l'assainissement de l'appareil judiciaire, gage de toute pratique démocratique. Après avis formel du Conseil supérieur de la magistrature, des ordonnances présidentielles - février 2008 et juillet 2009 - ont été ainsi publiées afin de faciliter la réforme de la justice. A titre d'exemple, il y a quelques jours à peine, 165 magistrats accusés de concussion, corruption, dol et d'autres maux, ont été soit révoqués ou mis à la retraite, par le président Joseph Kabila, dans le cadre de l'assainissement du secteur de la Justice.

Tous ces efforts sont unanimement salués par la communauté internationale. Le Congo n'a pas érigé la violation des droits de l'homme en un principe de gouvernement. Les bavures condamnables sont l'œuvre de quelques éléments trop zélés, qui, malheureusement, entachent la réputation de l'ensemble des institutions politiques et judiciaires du pays. Mais la FIDH semble, du moins dans son dernier rapport, décrire un pays qui serait bien loin de la nouvelle République Démocratique du Congo, et fait fi de toutes les avancées en matière des droits de l'homme auxquelles participe une centaine d'organisations nationales de défense de droits de l'homme, les églises, la société civile et les pouvoirs publics.

Bruxelles, le 25 juillet 2009 Ambassade de la République Démocratique du Congo

Transmis par Adolphe Bina Ngala

27 juillet 2009


FIDH - DROIT DE REPONSE : Un parfum de mobutisme à Kinshasa

Lettre ouverte à l'attention de l'ambassadeur de la RDC à Bruxelles en réaction au communiqué (copie ci-dessous) sur le rapport de la FIDH
(http://www.google.com/hostednews/afp/article/ALeqM5iQbSOprDtQdaHRT1d-L1_YNVW2qQ )

Monsieur l'Ambassadeur,

La lecture de votre communiqué, relativisant le contenu du rapport de la FIDH sur la situation au Congo, relève que vous mettez en avant des éléments tels que :

- " assertions non vérifiées "

- " truffé d'accusations sans fondements, et sans commune mesure avec la réalité "

- " l'enquête n'a duré que 10 jours "

- " les bavures condamnables sont l'œuvre de quelques éléments trop zélés "

Une rapide recherche au sujet de la répression par le Président Joseph Kabila, ainsi que ses forces de sécurité, de la population, de l'opposition, de la Société civile, des ONG, des organisations syndicales etc renseigne que d'autres organisations telles que Human Right Watch, Amnesty International ... disent la même chose depuis longtemps (voir les hyper-liens ci-dessous).

* " assertions non vérifiées " - " truffé d'accusations sans fondements, et sans commune mesure avec la réalité " - " les bavures condamnables sont l'œuvre de quelques éléments trop zélés " :

Joseph Kabila en personne est-il un élément trop zélé de la répression de l'opposition et de la population ?

Le rapport « On va vous écraser » ( http://www.hrw.org/sites/default/files/reports/drc1108frweb.pdf ) est on ne peut plus explicite sur le comportement de Joseph Kabila et de ses forces de sécurité.

Voici quelques extraits :

" Le gouvernement du Président Joseph Kabila a commencé à utiliser la violence et l'intimidation pour éliminer ses opposants politiques dès le lendemain du premier tour peu concluant des élections de juillet-août 2006 . "

" Kabila a donné le ton et la direction de la répression. En donnant ses ordres, il a parlé « d'écraser » ou de « neutraliser » les « ennemis de la démocratie », les « terroristes » et les « sauvages », impliquant qu'il était acceptable d'utiliser une force illégale contre eux. Il est possible que du fait du manque de compétences dans les services de l'armée et des forces de l'ordre, les tentatives de Kabila pour monopoliser le pouvoir aient été parfois désorganisées, mais son intention de se débarrasser de ceux qui étaient considérés comme des opposants était claire. Comme un membre désillusionné du cercle d'intimes de Kabila en a fait la remarque à Human Rights Watch, Kabila a adopté une approche du « vainqueur rafle tout », ne laissant aucune place pour d'autres opposants politiques forts . "

" … des soldats, des policiers et des agents du renseignement fidèles au Président Kabila ont délibérément tué, blessé, arrêté arbitrairement et torturé des centaines de personnes. Ils ont agi sous la direction de Kabila ou de ses conseillers et dans le but de renforcer le contrôle de Kabila. Ces subordonnés ont agi suivant des filières aussi bien officielles qu'officieuses, s'appuyant d'abord sur l'une puis sur l'autre des diverses forces de sécurité de l'Etat —notamment la Garde Républicaine paramilitaire, une « commission secrète », le bataillon spécial de la police Simba et les services de renseignement — selon ce qu'exigeaient les circonstances— pour resserrer le contrôle sur les opposants présumés . "

Pourquoi n'émettez-vous pas également un communiqué au sujet de rapports de Human Right Watch, Amnesty International ... ?

* " l'enquête n'a duré que 10 jours en RDC " :

Peut-être ne faut-il simplement pas plus de 10 jours pour comprendre comment Joseph Kabila et sa garde traitent l'opposition et la population.

En tout cas, Human Right Watch, Amnesty International ... ont mis plus de 10 jours pour leurs enquêtes.

* " le pays s'est doté d'institutions aussi crédibles que solides " - " tous ces efforts sont unanimement salués par la communauté internationale "

Personne n'oublie que Louis Michel a été le principal artisan de la transition 1+4 et de l'organisation des élections qui ont amenés Joseph Kabila à la tête de la RDC ( http://www.congo-actualites.net/spip.php?article437 ).

Personne n'oublie les combats à Kinshasa durant le processus électoral. Malgré les provocations de part et d'autre, les violents dérapages à l'arme lourde sont largement imputés à la garde de Joseph Kabila ( http://fr.wikipedia.org/wiki/Tensions_Kabila-Bemba_en_2006_et_2007 ).

Finalement, après avoir déclaré à la télévision RTL-TVI le dimanche 18 juin 2006 que «  Kabila représente l'espoir de paix pour le Congo  » ( http://realisance.afrikblog.com/archives/2006/06/23/2157605.html ), Louis Michel lui-même s'est dit «  déçu des résultats  : les actuels détenteurs du pouvoir, au lieu d'utiliser la liberté pour ouvrir le jeu politique, ils font tout le contraire, forçant l'opposition à l'exil » ( http://www.congoindependant.com/article.php?articleid=3265 )

Etes-vous certain que la communauté internationale salue unanimement les efforts de Joseph Kabila ?

Dans l'attente de vous lire, je vous prie d'agréer, Monsieur l'Ambassadeur, mes salutations

Tanguy Verstraete
dehalleuxlge@gmail.com

 

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Congo : une stratégie globale pour désarmer les FDLR »: Une parfaite mascarade

Lecture critique du Rapport de l'International Crisis Group (Newsletter n°9)

Les auteurs du rapport

C'est en me soumettant aux habitudes de la recherche en matière d'analyse de documents que j'ai été conduit à identifier les auteurs du rapport. En lisant le rapport l'on aurait pensé à de gentils chercheurs babas cool perdus dans la savane africaine en train d'analyser un conflit entre peuples sauvages de l'Afrique centrale, ce n'est pas le cas. Il s'agit d'une machine de propagande bien huilée. Les auteurs du rapport ne sont pas indiqués, mais par contre j'ai trouvé un panel de personnalités qui pilotent l'ICG. Ayant suivi au jour le jour le développement de la crise rwandaise depuis 1990 et connaissant les acteurs principaux ainsi que les décideurs internationaux qui ont trempé de près ou de loin dans la crise rwandaise, j'ai tout simplement été surpris par l'ampleur de la manipulation. Le panel de personnalités comprend entre autres :

1- Louise Arbour, Présidente de l'ICG, ex Procureur du TPI (à l'époque le TPIY et le TPIR étaitent regroupés sous une même juridiction) : c'est elle qui a mis sous séquestre les poursuites contre les membres du Front Patriotique rwandais pour crimes de guerre, et surtout les auteurs de l'attentat contre l'avion du Président Habyarimana ;

2- Koffi Annan, membre de Comité de Direction de l'ICG, ex Secrétaire général de l'ONU et ancien Responsable des Opérations de maintien de la Paix de l'ONU pendant le génocide rwandais : c'est lui qui a mis sur pied la MINUAR, c'est lui qui a géré de bout en bout les opérations de l'ONU au Rwanda, le dossier de l'attentat contre le Président Habyarimana et son homologue burundais Cyprien Ntaryamira pour lequel on attend toujours une enquête internationale neutre ;

3- Christine Ockrent, Membre du Comité de Direction de l'ICG, Directrice générale de l'Audiovisuel Extérieur de la France, épouse de l'inénarrable Bernard Kouchner, l'avocat impénitent du régime de Kigali ;

4- Michel Rocard, Conseiller de l'ICG, dont on connaît les accointances avec le pouvoir de Kigali par le biais de l'association « Survie « et depuis qu'il a produit en 1997 un rapport favorable au pouvoir de Kigali pour l'Union Européenne.

La présence de ces quelques personnalités averties de la question rwandaise, sans oublier les Britanniques et les Américains dans le Conseil d'Administration de l'ICG, suffit pour invalider le rapport, à mes yeux. Il s'agit-là de décideurs qui ont conduit à la déflagration de l'Afrique centrale en faisant délibérémment les mauvais choix contre les peuples de la région. Ces personnalités ne remettent nullement en question leurs actions posées qui ont conduit au désastre humanitaire qui jusqu'à présent n'a pas été résorbé. Ils ne remettent pas en cause le pouvoir sanguinaire et dictatorial qu'ils ont participé à mettre en place à Kigali contre la volonté du peuple rwandais. Or c'est ce pouvoir dirigé par Paul Kagame, qui a mis le feu aux poudres depuis 1990, en prenant la tête de l'invasion du Rwanda à partir de l'Ouganda voisin, contre toutes les règles du droit international, alors que le problème des réfugiés rwandais qui a servi comme prétexte était en voie de solution par la voie des négociations. Ce sont ces mêmes personnalités qui refusent la poursuite des criminels du Front Patriotique Rwandais. Or ceux-ci, non contents d'avoir mis à feu et à sang le Rwanda, ils ont étendu le conflit en dehors de ses frontières dans leurs velléités de conquête de l'Est Congolais, dont le sous-sol est riche en matières premières. Ce sont eux que pointe le discours du Président Obama à Accra :

Soyons bien clairs : l'Afrique ne correspond pas à la caricature grossière d'un continent perpétuellement en guerre. Mais si l'on est honnête, pour beaucoup trop d'Africains, le conflit fait partie de la vie ; il est aussi constant que le soleil. On se bat pour des territoires et on se bat pour des ressources. Et il est toujours trop facile à des individus sans conscience d'entraîner des communautés entières dans des guerres entre religions et entre tribus.

Le conflit a produit jusqu'à présent plus de 5 millions de morts et n'est pas prêt de s'éteindre. Bref il y a des intérêts à défendre derrière le rapport de l'International Crisis Group. Car ce sont ces mêmes personnalités, qui font partie de son Conseil d'Administration, qui ont servi à manipuler l'opinion internationale, par la diffusion de fausses informations, par l'obstruction à la vérité.  On ne peut donc pas s'étonner qu'au lieu de trouver les bonnes solutions pour résoudre le conflit en Afrique Centrale, l'ICG défend les intérêts de ces personnalités, en ciblant les FDLR comme le seul et unique obstacle à la paix en Afrique Centrale.

Consolider la paix ? Quelle paix ?

Dès le premier paragraphe le rapport parle de « consolidation de la paix dans la région des Grands Lacs » ! C'est vrai que l'arrivée au pouvoir de Paul Kagame a soulagé certains décideurs internationaux qui profitent de l'exploitation minière illégale du Congo, quel qu'en soit le prix humain. Ils ont donc ainsi intérêt à le maintenir au pouvoir, et le discours actuel est celui de « consolider la paix », c'est-à-dire « consolider son pouvoir », en éliminant toute menace militaire, toute velléité de l'opposition démocratique de le renverser même par les urnes. Avec l'avènement au pouvoir de Paul Kagame, l'obnubilation des chercheurs de l'ICG est telle qu'ils parlent de « consolider la paix » comme si la paix était déjà là ! Cette région n'a jamais connue de paix depuis que les éléments de l'armée nationale ougandaise (National Resistence Army -NRA) dont Paul Kagame faisait partie, ont envahi le Rwanda, le 1 er octobre 1990. Depuis que Kagame est arrivé au pouvoir à Kigali, il y a eu une sorte de métastase du conflit qui a été exporté au Congo en vue d'accomplir les desseins les plus néfastes de conquête du Kivu et d'exploitation des richesses minières du Congo.

Cette occupation a été justifiée devant l'opinion internationale comme une recherche d'espace vital pour le peuple rwandais vers des régions considérées comme appartenant jadis au Rwanda avant le découpage des frontières à la conférence de Berlin en 1896. Que nenni ! Le peuple rwandais n'a pas besoin d'espace vital, en tous cas pas par les armes. De plus les régions rwandophones de l'Est Congolais n'appartenaient pas au Rwanda avant l'arrivée de la colonisation. Tout expansionnisme par les armes prive le peuple rwandais de la bienveillance des peuples voisins quant à la coopération régionale en vue de la formation d'un espace économique large en Afrique centrale. Le peuple rwandais perd à la fois leur amitié et leur coopération future grâce à la folie meurtrière et l'avidité d'un individu, Paul Kagame, pour l'exploitation illégale du sous-sol congolais. Il n'y aura jamais de paix, tant que Kagame n'aura pas quitté le Congo. Il n'y aura jamais de paix tant qu'il sera au pouvoir à Kigali contre la volonté du peuple rwandais. On ne peut pas « consolider la paix » avec un dictateur de cet acabit qui a du sang sur les mains. Sa place devrait être devant les Tribunaux. Le devoir du citoyen rwandais est de le combattre par tous les moyens, démocratiques et militaires.

Neutraliser les FDLR n'est pas la solution : simplement démocratiser le Rwanda

En ciblant les FDLR comme le seul et unique obstacle à la paix, le rapport oublie les raisons d'existence des FDLR comme ceux des mouvements d'opposition politique armés et non armés à l'extérieur du Rwanda. Le problème essentiel est en effet le déficit démocratique du régime de Kigali. S'il y avait la démocratie au Rwanda, il n'y aurait pas de FDLR, ni d'opposition armée ou non armée en exil. Neutraliser les FDLR c'est comme couper uniquement les feuilles d'un arbre en voulant le faire disparaître. Les feuilles repoussent aussitôt, beaucoup plus nombreuses, et l'arbre reste en place. Si les FDLR sont neutralisées aujourd'hui, il en naîtra un ou plusieurs autres mouvements armés beaucoup plus incontrôlables, demain ou après demain, car la question politique du Rwanda n'est pas réglée. Faire l'impasse sur la nature dictatoriale et sanguinaire du régime de Kigali, accule les mouvements d'opposition armée et non armée à trouver d'autres solutions extrêmes, radicales et peut-être désespérées, qui ne peuvent conduire qu'à un nouveau bain de sang.

Comment l'ICG a-t-il pu oublier que la première revendication des FDLR est la démocratisation du Rwanda ? Comment le rapport de l'ICG n'a-t-il pas évoqué la prochaine élection présidentielle comme une possibilité de résolution du conflit rwandais, et partant du problème des FDLR, si Paul Kagame admet la participation d'autres candidats libres à cette élection ainsi que le devoir pour lui de respecter le verdict des urnes ? Le RUD-Urunana qui est également mis en cause dans le rapport participe à une coalition ODR-Dufatanye qui a annoncé qu'elle ne participerait pas à l'élection présidentielle parce que «  les droits et libertés d'opinion et d'expression nécessaires pour mener la campagne pour les élections présidentielles au Rwanda sont totalement bafoués par la dictature militaire absolue instaurée par le régime FPR depuis 1994 à nos jours » et que « Mr Paul Kagame en personne, est à la tête d'une liste des criminels identifiés et recherchés par la justice internationale. (…)  il tente par tous les moyens illégaux et illégitimes de se maintenir durablement au pouvoir sans partage pour ensuite pouvoir contourner les mandats internationaux, éviter de répondre de ses crimes contre l'humanité qui lui sont reprochés et livrer à la justice internationale d'autres criminels qui ne sont pas protégés par l'immunité présidentielle ». Aujourd'hui, une seule candidate à la candidature est en lice, Victoire Ingabire Umuhoza, et elle n'est même pas assurée d'obtenir son passeport pour participer à l'élection présidentielle. C'est-à-dire qu'il y a encore beaucoup à faire pour démocratiser le régime de Kigali. Or le rapport de l'ICG ne dit rien de tout cela. En démocratisant le pouvoir rwandais, on crée les conditions de paix et de réconciliation entre les Rwandais, on crée en même temps la paix en Afrique centrale dont le Rwanda et l'Ouganda sont les déstabilisateurs.

Alors que le désarmement et le retour des combattants des FDLR est conditionné à la démocratisation du pays, le Rwanda a multiplié les signaux négatifs dans ces derniers temps : en supprimant la peine de mort, le sénat rwandais l'a remplacé par la « réclusion criminelle à perpétuité en isolement », c'est-à-dire que le condamné n'a pas droit aux visites même s'il meurt son corps ne sera pas rendu à la famille (ce qui équivaut à une peine de mort déguisée) ; la comparution des chefs des FDLR  devant les tribunaux Gacaca, notamment le Général Rwarakabije, et Séraphin Bizimungu, ce dernier ayant écopé de la peine la plus lourde (réclusion criminelle à perpétuité en isolement= peine de mort) ; la presse est muselée, les journalistes sont régulièrement harcelés et emprisonnés, même les médias étrangers ne sont pas en reste : BBC a été momentanément interdite au courant de cette année, RFI l'a été définitivement et n'émet plus depuis 2006 ; une délégation du RUD-Urunana qui s'est rendue au Rwanda en fin d'année 2008 a rendu un rapport négatif sur les conditions de viabilité d'un retour éventuel des combattants dans leur pays. Tout ceci a fini de décourager les candidats à la démobilisation et au retour parce que ce sont des indicateurs de la nature dictatoriale du régime de Kigali.

La sempiternelle question des « présumés génocidaires » des FDLR: ce n'est pas à Kigali de fournir la liste, c'est le TPIR

Cette question est du ressort du Tribunal Pénal International pour le Rwanda. Le régime de Kigali ou n'importe quelle organisation humanitaire n'ont pas le droit de l'évoquer pour refuser aux FDLR les négociations pour le partage du pouvoir. Tous ceux qui sont suspectés d'avoir participé au génocide ont été arrêtés ou sont sous le coup de mandats d'arrêts internationaux. Le pouvoir de Kigali n'a donc pas le droit de choisir qui il veut pour participer aux négociations. C'est pourquoi le gouvernement congolais, les organismes humanitaires ne doivent pas demander au gouvernement de Kigali de fournir une liste de présumés génocidaires. Cette liste doit être fournie par le TPIR, car c'est lui qui doit poursuivre les prévenus qui se trouvent à l'étranger. Dans ce petit jeu là il ne faut pas oublier que le régime de Kigali  est juge et partie, car ses propres membres sont suspectés d'avoir commis au moins des crimes de guerre. Ce n'est donc pas à lui de traquer les génocidaires qui ne sont pas sur son territoire, c'est le TPIR. Le comble c'est que le pouvoir de Kigali s'attaque aux personnes dont la responsabilité dans le génocide n'a pas été reconnue par le TPIR. C'est le cas de Callixte Mbarushimana. Le TPIR ayant refusé de le poursuivre, le pouvoir de Kigali et l'ICG n'ont aucun argument pour dire qu'il est suspecté d'avoir participé au génocide. Sinon pourquoi le TPIR l'aurait-il relaxé ? Par cet anathème de « présumé génocidaire » ou de « génocidaire » tout court, l'ICG participe à la campagne de diabolisation de l'opposition politique, distillée par le pouvoir rwandais pour empêcher quiconque de rivaliser avec lui dans la course au pouvoir si jamais il était acculé à des élections libres et transparentes.

Ce n'est pas à Kigali, ni à l'ICG, de désigner ceux qui doivent ou ne doivent pas participer à des négociations éventuelles. Ce qui doit être fait, c'est d'imposer ces négociations au régime de Kigali, en vue de mettre en place un pouvoir de transition comme l'a suggéré un communiqué du parti « Banyarwanda » de Boniface Rutayisire pour préparer les élections où toutes les candidatures puissent être présentées et où le peuple rwandais aurait le dernier mot. Ce n'est pas à l'ICG, ni au pouvoir actuel de Kigali, ni à la communauté internationale d'imposer aux Rwandais une version du génocide qu'ils ont subi de plein fouet. Chacun des Rwandais l'a ressenti dans sa chair, car actuellement il n'existe aucune famille hutu, tutsi ou twa, qui n'a pas eu ses victimes. Chaque Rwandais sait qui a tué les membres de sa famille.  Je sais qui a tué les 26 membres de ma famille. Aucun Rwandais n'a besoin d'une interprétation, telle ou telle autre, selon les intérêts de tel ou tel régime, tel ou tel lobby étranger. Aucune victime n'est plus importante que l'autre. Chaque Rwandais connaît son tueur, il faut simplement mettre en place les possibilités d'une justice équitable, panser nos plaies, pour ensuite nous réconcilier.

Conclusion

Toutes les opérations de désarmement ou de retour forcé seront vouées à l'échec, tant que les revendications fondamentales des FDLR et du peuple rwandais ne seront pas satisfaites. La communauté internationale pourrait y mettre tous les moyens matériels et détruire tout l'équipement des FDLR. Mais les revendications seront toujours là. Pourtant la solution est simple et pas chère du tout à financer : exiger dès la prochaine élection présidentielle en 2010 que Paul Kagame démocratise le pays. Qu'il mette en place les institutions capables d'assurer les élections libres et transparentes. Ainsi pourra être mis fin à la guerre au Congo, et le peuple rwandais sera libéré du joug d'une dictature militariste sanguinaire.

Eugène Shimamungu

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