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Tout est enfin mis en place pour l'élection de J. Kabila à la tête de la RDC

I. En règle générale, en Afrique, on accède au pouvoir pour une longue durée

L'annonce officielle et le dépôt effectif de la candidature de J. Kabila aux présidentielles du 18 juin 2006 constituent le dernier acte qui va vraisemblablement conduire à l'élection de J. Kabila au poste de premier président de la IIIè République. Longtemps, il a entretenu un flou sur sa candidature, soulevant même cette interrogation dans une partie de la presse nationale et dans l'opinion publique congolaise : « Et si Kabila n'était pas candidat ? ». Pourtant, comme pour les autres chefs d'Etats africains, sauf mobilisation de l'opposition autour de la candidature éventuelle de E. Tshisekedi si finalement il se décide, la règle de la longévité au pouvoir pourrait aussi s'appliquer à lui.

En effet, en Afrique, hier comme aujourd'hui, on accède à la magistrature suprême pour une longue durée. Les élections ne sont parfois (souvent) qu'un « jeu » dont la finalité sert à légitimer le parti au pouvoir et son « Fondateur ». Même si la constitution limite la durée du mandat d'un chef d'Etat à une certaine durée, ce dernier peut la modifier, de quatre à cinq ans, de cinq à sept ans, d'éligible une fois, à simplement rééligible. Le parlement de toutes les façons lui est acquis. C'est lui le chef, le père de la Nation, le guide ! Ainsi en est-il, à titre d'indications, de Blaise Compaoré au Burkina Faso, de Idriss Deby au Tchad, de Yoweri Museveni en Ouganda, etc. On « peut faire carrière » à la tête de l'Etat. La preuve ? Houphouet Boigny en Cote d'Ivoire, Hassan II au Maroc (encore qu'il était à la tête d'un Royaume), Mobutu au Congo-Zaïre, Habib Bourguiba en Tunisie avaient dirigé leurs pays plus de trente ans ! Plusieurs chefs d'Etats africains sont en place depuis bien longtemps : Omar Bongo, Kadhafi, Obiang Nguema, José Eduardo Dos Santos, Robert Mugabe, Hosni Moubarak, Museveni, etc… Pourtant, les peuples africains sont demandeurs de vrais élections, libres et transparentes.

Certes, ça et là, des efforts sont accomplis dans quelques Etats africains en matière d'élections présidentielles ( élection de Yayi Boni au Bénin, Amani Toumani Touré au Mali, Abdoulaye Wade au Sénégal, Kufour au Ghana, Johnson Sirleaf au Libéria, etc), mais en Afrique, les élections ont « plusieurs facettes » dont le but est de « perfectionner » la démocratie. Même un putsch est démocratique parce que justement, il doit secréter un régime plus démocratique que celui issu des urnes ! Ainsi Sylvestre Ntibantunganya démocratiquement élu était-il écarté du pouvoir en 1996 par Buyoya parce que celui-ci voulait « restaurer la démocratie ». L'accession de Joseph Kabila à la magistrature suprême « par héritage » en 2001 était aussi démocratique puisque, comme il l'avait annoncé, la CEI allait organiser des élections « globales et inclusives » pour accélérer le processus démocratique ! Et de fait, tout est enfin en place.

II. Tout est en place pour l'élection de J. Kabila

Plusieurs éléments ont été établis en sa faveur. En premier lieu, il y a la Constitution qui dispose qu'il faut être âgé de trente ans pour postuler comme candidat président de la République. De la Constitution de Luluabourg de 1964 adoptée par référendum jusqu'à toutes celles de la IIè République et de la transition, il s'est établie en RDC une règle constitutionnelle coutumière en matière de l'âge du candidat président qui est de quarante ans révolus. Mais il fallait faire en sorte que le processus soit inclusif, quitte à rabattre l'âge à trente ans. En deuxième lieu, pour exercer la fonction de chef de l'Etat en RDC, il n'est pas nécessaire d'avoir un diplôme. Alors que nous envoyons nos enfants à l'école pour qu'ils se forment et obtiennent des diplômes, que sous d'autres cieux, pour postuler à un emploi, il faut envoyer un CV, au Congo un cela n'est pas nécessaire puisqu'il faut faire en sorte que le processus soit inclusif, sauf quand il s'agit de l'UDPS ! De trois, un débat radio- télévisé entre candidats n'est pas non plus nécessaire et, à suivre Louis Michel, le Commissaire européen aux affaires humanitaires, les débats lors de la campagne électorale devraient concerner les questions de projets de société, pas de débats politiciens. Ainsi, même les sujets à débattre devraient être suggérer aux Congolais. Alors que beaucoup de zones d'ombre demeurent sur les identités réelles de leurs dirigeants, leurs parcours, leur statuts maritaux, la suite du rapport Lutundula sur le pillage des ressources naturelles, etc., les Congolais n'ont pas le droit d'être informés sur ces questions de société qui les intéressent eux, et pas forcément les autres ! De quatre, les 17.000 soldats de la Monuc et leur budget annuel de un milliard de dollars américains ne suffisent pas. Il faut en plus, Xavier Solana, le Haut Représentant de l'Union Européenne, s'est entretenu avec J. Kabila à ce sujet et a obtenu son aval, envoyer 1.500 soldats de l'Union européenne pour…  « sécuriser les élections ! » 1.500 soldats pour l'immense Congo de 2.343.000 kilomètres carrés. La sagesse n'aurait-elle pas commandé que ces soldats aillent sécuriser le Kivu où les FDLR règnent en maîtres dans les contrées sous influence de Laurent Nkunda ? Mais il faut être là pour mâter les contestations éventuelles et sécuriser la victoire de celui que les Européens ont vraisemblablement choisi afin de garantir les intérêts.

Conclusion

Il faut craindre que ces élections, plutôt que d'amener la paix et la réconciliation nationale, créent plutôt de la frustration et conduisent à des assassinats politiques. Pour avoir pris les armes qui ont permis à nombre d'entre eux d'exercer le pouvoir pendant la transition, beaucoup de candidats ont pu s'acquitter des cinquante mille dollars américains non remboursables exigés par la CEI. 50.000 $, la plupart ont exercé le pouvoir dans ce pays.

Au regard de tous les éléments qui précèdent, il est probable que, sauf une forte mobilisation de tous les patriotes, l'élection de J. Kabila pourrait n'être qu'une formalité. Et si malgré tout, c'est lui qui devra, à nouveau, conduire la destinée du Congo, puisse-t-il diriger autrement le pays en craignant Dieu et en mettant réellement les Congolais au centre de ses préoccupations de tous les jours ?

Fidèle Zegbe Zegs
zegbe_zegs@yahoo.fr

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