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R.D.Congo: Des élections sous la convoitise

Par Zalugurha B. Tonton

Coordonnateur de la Commission Afrique centrale

RENCONTRES POUR LA PAIX

Depuis son accession à l'indépendance en 1960, la République démocratique du Congo n'a connu que l'instabilité politique, la dictature, les guerres, les massacres et les pillages par les milices rebelles soutenus par des pays étrangers.

La "communauté internationale" a organisé le 30 juillet dernier, des élections présidentielles et législatives. Le résultat des présidentielles a été annoncé le 20 août. Un deuxième tour est nécessaire pour départager Kabila, président sortant et Bemba, un des 4 vice-présidents sortants.

La "communauté internationale" s'est félicitée du "succès démocratique de ces élections et de la maturité politique des Congolais". Malheureusement, dès l'annonce des résultats, la garde présidentielle entrait en conflit armé avec celle de Bemba. La résidence de celui-ci étant bombardée pendant que le vice-président y recevait en audience 14 ambassadeurs du Comité international pour l'accompagnement de la transition (CIAT).

Dans de telles conditions, comment concevoir un deuxième tour transparent et démocratique ainsi que la mise en place d'un gouvernement socialement et économiquement efficace? D'autant plus que certaines régions de la R.D.Congo restent occupées par des forces étrangères, et que les massacres des populations, les viols et les pillages s'y poursuivent.

Le chaos actuel est le résultat direct de la mainmise des entreprises et des sociétés multinationales sur les richesses du Congo au travers de la gestion du CIAT. Ce dernier chercherait-il à poursuivre ce chaos organisé à leur profit et à celui de leurs mandataires?

Avec la présidence de Clinton aux USA, les multinationales se sont activées pour s'accaparer en Afrique, par n'importe quels moyens, des pans entiers d'exploitations minières et pétrolières. Et le Congo est une zone de premier choix, la zone la plus riche.

Rétroactes

Démocratie et élections

Le peuple congolais est un peuple profondément pacifique. Le Congo n'a jamais attaqué un autre pays et entretient toujours de bonnes relations avec ses voisins. Mais, depuis 1996, le peuple congolais est entraîné dans les turbulences meurtrières d'une guerre imposée par le Rwanda essentiellement, mais aussi l'Ouganda et le Burundi et qui s'étend à toute l'Afrique centrale. Et ce désastre s'ajoute à tous ceux provoqués par la dictature mobutiste qui pendant plus de 30 ans a appauvri scandaleusement la population et le pays au profit des sociétés et entreprises multinationales et d'une bande de dirigeants véreux.

Le règne de Mobutu s'est effondré en mai 1997, lorsque les forces rebelles de Laurent-Désiré Kabila ont, avec le soutien du Rwanda et de l'Ouganda, pris le contrôle de Kinshasa.

Fin juillet 1998, le président Kabila tenta de s'extraire de l'embarrassante tutelle rwandaise. Le renvoi par Kabila de représentants rwandais et ougandais a mis le feu aux poudres, déclenchant ainsi une nouvelle guerre impliquant jusqu'à neuf États africains et une bonne dizaine de factions "rebelles" armées. Cette guerre fut alors nommée la première guerre mondiale africaine.

Après avoir échoué, en raison de l'intervention de l'armée angolaise, à s'emparer de Kinshasa par une attaque aéroportée, les troupes rwandaises occupent le Kivu. Et pour masquer leur présence à l'Est du Congo, le Rwanda va créer le premier mouvement rebelle anti-Kabila, le Rassemblement congolais pour la démocratie (RCD). En novembre 1998, Jean-Pierre Bemba annonce la création du Mouvement de libération du Congo (MLC) qui occupera le Nord du pays et sera soutenu militairement par l'Ouganda. La R.D.Congo est alors partitionnée en zones d'influence, contrôlées par des mouvements "rebelles" alliés ou concurrents dont le plus importants sont le RCD et le MLC, téléguidés respectivement par Kigali et Kampala.

Commence alors une période d'occupation tragique et d'incertitude pendant laquelle la majeure partie du Congo sera la proie des groupes rebelles. Les Congolais seront soumis à toutes sortes de violences: viols systématiques, pillages des richesses du pays et massacres qui vont emporter près de 5 millions de civils.

Accords et désaccords

De 1999 à 2003, de Lusaka (en Zambie) à Pretoria (en Afrique du Sud), en passant par Addis-Abeba (Ethiopie), Gaborone (Botswana) et Sun City (Afrique du Sud), de nombreux accords de paix, pilotés par la "communauté internationale" seront signés par les belligérants.

La signature à Sun City de l'accord global et inclusif, le 17 décembre 2002 va permettre la mise sur pied, le 30 juin 2003, d'un système politique inédit comprenant un président, 4 vice présidents et 60 ministres (l'étrange système "1+4+60") et d'intégrer les groupes rebelles dans le reste de l'armée nationale…

La "communauté internationale", n'a rien trouvé de mieux lors de ces négociations que de regrouper les chefs de guerre dans un ensemble politique baroque qui devait fonctionner sous la surveillance rapprochée du CIAT, devenu lui-même une institution à part entière de la transition et présidé par l'ancien ambassadeur américain William Swing.

C'est lors de ces négociations qu'il sera aussi décidé le déploiement au Congo d'une force onusienne: la mission de l'ONU au Congo (MONUC), sous la présidence du même ambassadeur américain Swing pour y maintenir la sécurité.

Mais les rebelles n'ont pas été désarmés. Conséquence: les massacres et les pillages se poursuivent et les 17.000 hommes de la MONUC se comportent la plupart de temps plutôt comme des touristes en villégiature. Malgré un budget pléthorique de 2,6 millions de dollars par jour et d'une logistique imposante, la MONUC n'a rempli pleinement aucune des 4 missions principales qui lui avaient été attribuées par l'ONU lors de sa mise en place en novembre 1999, à savoir:

- o observer le respect par toutes les parties au conflit du cessez-le-feu et du retrait de toutes les troupes étrangères de la RDCongo;

- procéder au désarmement et au rapatriement volontaire des groupes armés étrangers;

- Faciliter l'acheminement de l'aide humanitaire aux populations civiles;

- Promouvoir le respect des droits de l'homme, de la femme et de l'enfant.

C'est dans un tel contexte surréaliste et incertain pour la population que les élections présidentielles et législatives se sont déroulées sous la haute surveillance d'un CIAT, accusé par certains de vouloir rétablir en Afrique centrale un néocolonialisme ultra-libéral au profit des multinationales. Beaucoup mettent en doute l'impartialité d'un comité international composé d'anciennes métropoles coloniales qui ont d'immenses intérêts économiques au Congo.

Au lendemain du premier tour des élections, les Congolais se sont mis à espérer que le pire était désormais derrière eux lorsque tout à coup, le réflexe guerrier de leurs dirigeants a pris le dessus donnant ainsi raison à ceux qui affirment que " chasser le naturel, il revient au galop". En effet, du 20 au 22 août 2006, des affrontements militaires sanglants ont eu lieu dans la capitale Kinshasa, opposant la garde personnelle du président Kabila et celle chargée d'assurer la sécurité du vice-président Bemba, tous deux qualifiés pour le second tour des présidentielles. 

Une transition chaotique

Ces affrontements, qui avaient fait de nombreuses victimes, témoignent de la fragilité du processus actuel. Ils résultent du fait que beaucoup de préalables n'ont pas été réalisés durant la transition. En effet, cette longue période transitoire n'a pas réussi à consolider la réconciliation nationale, elle n'a pas doté le pays d'un appareil judiciaire digne de ce nom et encore moins d'une nouvelle armée intégrée et restructurée. Les fonctionnaires ne sont pas régulièrement payés et les atrocités se poursuivent à l'encontre des populations civiles à l'Est du pays. L' ONU parle de 30.000 morts chaque mois. La paix se fait toujours attendre.

Deux commissions importantes faisant partie des 5 institutions d'appui à la démocratie mises en place à Sun City et qui devaient visiblement favoriser la réussite de la transition, n'ont jamais véritablement fonctionné. Il s'agit de la Commission vérité et réconciliation (CVR) et la Commission d'éthique et de lutte contre la corruption (CELC).

Par ailleurs, cette transition a pris les allures d'une course effrénée vers l'enrichissement personnel des dirigeants politiques congolais et le réarmement massif de leurs milices respectives, sous la barbe de la MONUC et malgré un embargo sur les armes qui frappe le Congo et que la MONUC et le CIAT devraient en principe faire respecter. Mais au lieu de cela, ces deux institutions se complaisent depuis quelques semaines à applaudir leur "exploit" de réussir à organiser l e premier scrutin démocratique au Congo depuis plus de quatre décennies sur un territoire grand comme l'Europe de l'Ouest et dépourvu d'infrastructures routières.

Ce premier round d'élections en RDCongo aurait coûté à la Commission européenne la coquette somme de 400 millions d'euros. En dépit de ce coût exorbitant pour le contribuable européen, l'histoire pourrait se répéter si certains n'assument pas pleinement leur responsabilité.

L'aveu d'impuissance, à peine voilé, dans les propos résignés du patron du CIAT et de la MONUC qui, après l'affrontement meurtrier de Kinshasa, compte sur la seule " bonne volonté de Kabila et Bemba" pour apaiser le climat et rétablir la sécurité, laisse un goût amer aux Congolais qui, ces dernières semaines, ont vu les militaires européens montrer leurs muscles et déclarer haut et fort que les " fauteurs de trouble trouveront les troupes de l'EUFOR sur leur chemin" . D'aucuns se demandent où sont passées ces troupes apparemment expérimentées et bien équipées de l'EUFOR pendant ces 3 jours d'affrontements à l'arme lourde dans la capitale congolaise.

Perpétuer la tutelle internationale

Le 9 septembre 2006, lors du point de presse hebdomadaire sur l'actualité et le rôle de la MONUC , la question de savoir " Combien de temps la MONUC allait-elle rester au Congo après la mise en place des nouvelles institutions?" fut posée à Monsieur Swing. Dans sa réponse, le patron de la MONUC notifia qu'il fallait "faire la distinction entre la fin de la transition et la fin des tâches de la transition" . Et d'ajouter que la transition allait finir avec l'installation d'un Président élu, mais que les tâches de la transition devaient se poursuivre, parce que au moins 40 pour cent des tâches n'étaient pas achevées.

Selon Monsieur Swing, il resterait "encore beaucoup de choses à faire pour former une nouvelle armée, une nouvelle police". Il resterait " au moins 9000 éléments étrangers à l'est du pays" ; il resterait également "le problème du déminage et la restauration de l'autorité de l'Etat à travers ce vaste pays" .

Voyant les tâches qu'il reste à réaliser, on se demande ce qui a été réellement accompli par la MONUC pendant les 6 années de sa présence en RDCongo. Inutile de signaler que la réponse de M. Swing a laissé sans voix de nombreux Congolais qui s'étaient mis à espérer que "l'après élections" serait radicalement différent de "l'avant élections" et qu'avec l'installation des institutions issues des urnes, le Congo allait enfin recouvrer sa pleine souveraineté.

Mais il n'y a pas de fumée sans feu. En effet, quelques jours avant cette déclaration de M. Swing, un autre patron, celui de la diplomatie belge, plaidait, lors des " Journées diplomatiques" (qui rassemblaient les ambassadeurs de Belgique en poste à l'étranger), pour une mise en place d'un "mécanisme de suivi post-transition" en RDCongo pour, disait-il, "accompagner la reconstruction du pays et des institutions". Le Ministre Karel De Gucht estimait que "même avec des institutions démocratiquement élues, le Congo restera un État fragile", qui nécessitera " une implication sérieuse de la communauté internationale" après les élections.

Comme à la mi-octobre 2004, lorsqu' au cours d'une tournée africaine, M. De Gucht concluait qu'il avait "rencontré au Congo peu de responsables politiques" lui ayant laissé une "impression convaincante", cette fois-ci encore, les derniers propos du ministre ont suscité des nombreuses déclarations aussi bien dans les milieux belges que congolais.

Certains commentateurs trouvent M. De Gucht un peu trop franc et ne trouvent à lui reprocher que le caractère abrupt de ses déclarations . D'autres estiment que le ministre "a dit tout haut ce dont on discute depuis des mois dans les chancelleries". C'est la position du quotidien belge "La Libre Belgique" du 5 septembre 2006, qui lit dans les propos du ministre la recherche d'un mécanisme pouvant "permettre de prolonger la mise sous tutelle de facto du Congo par la communauté internationale" .

Curieusement, du côté des dirigeants politiques congolais, c'est le calme plat, la résignation. Et comment pourrait-il en être autrement quand on sait que les finances de l'Etat sont assurées à 50 pour cent par "l'aide internationale"? La main qui donne n'est-elle pas toujours au dessus de celle qui reçoit? Napoléon déclarait déjà que lorsqu'un gouvernement dépend de banquiers pour son argent ce sont les banquiers qui ont le contrôle, et non les chefs du gouvernement. Pour Napoléon, "les financiers n'ont pas de décence, et le gain est leur seul objectif" . La souveraineté et l'indépendance d'un Etat sont incompatibles avec la politique de la main perpétuellement tendue.

Aux yeux des multinationales et de certains dirigeants politiques occidentaux, le territoire congolais n'est qu'une immense réserve des matières premières et à ce titre, il ne peut être laissé entre les mains inexpertes des Congolais. Et si choquante soit-elle, l'idée de la mise sous tutelle de ce pays poursuit inexorablement son bonhomme de chemin, en dépit des élections en cours. Cette idée, néocolonialiste ne date pas d'aujourd'hui. Le ver n'avait-il pas été délibérément introduit dans le fruit lors des différents accords de paix? Au lendemain de la signature des accords de Pretoria, M. NASHI Emmanuel, Journaliste et Docteur en Communication, écrivait déjà à propos de ceux-ci: "cette machine là contient le sable destiné à la gripper. A coup sûr, demain, tous nous ferons le constat de l'échec. Puis les experts crieront à l'incapacité des Congolais, certains proposeront la souveraineté du Congo, d'autres demanderont de placer certaines provinces sous l'administration d'Etats voisins qui les occupent aujourd'hui. Il est pourtant manifeste, à travers cet accord, que la mise sous tutelle est déjà programmée. Avec la particularité que cette fois-ci les politiciens congolais auront été associés au démembrement de leur pays" .

Il n'y a pas de fatalité

Pourtant la descente aux enfers de la R.D .Congo n'est pas inéluctable. L'actuel élan vers la faillite et le démantèlement, souhaités par les ennemis du Congo, peut être stoppé net par les futurs dirigeants de ce pays, à la condition que ceux-ci s'attèlent prioritairement à garantir la paix, la sécurité mais aussi la prospérité de leurs concitoyens. Ils devront en outre annihiler la dépendance financière du Congo vis-à-vis du banquier occidental et investir dans des relations d'échanges équitables avec d'autres Etats. Ce qui en définitive devrait briser ce paradoxe inconcevable qui veut qu'avec un Congo très riche, les Congolais soient très pauvres. Mais cela suppose tout d'abord que ces dirigeants aiment réellement ce pays et surtout son peuple et qu'ils fassent passer les intérêts de ce dernier avant ceux des multinationales.

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Zalugurha B. Tonton
Coordonnateur de la Commission Afrique centrale "RENCONTRES  POUR  LA  PAIX" Bld Génnéral Jacques, 126 B - 1050 Bruxelles - Belgique tél.: +32 475 686 777 fax: +32 2 673 39 22  email: tonton@linkline.be


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