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Mise au point à propos de la "Lettre ouverte à E.Tshisekedi"

Bien cher compatriote Gisanga,

Je souscris totalement au principe évoqué dans votre dernière intervention, en ce sens qu'il faut éviter les jeux de mots, en regardant la vérité en face.

D'abord j'aimerai vous rassurer de mon respect envers votre personne, et vous demande par la même occasion de comprendre tous mes propos tenus dans mes interventions comme ne cherchant pas à dénigrer qui que ce soit, mais se situant dans le cadre d'un débat d'idées, comme il convient en toute démocratie. Ceci dit, je tiens d'emblée à préciser que je ne me lancerai pas dans de longs discours d'analyse au risque que le débat devienne ennuyeux. Cependant j'estime que la pertinence des idées peut donner lieu à une bonne compréhension, dans un esprit de tolérance et de modestie, pour ne pas dire d'humilité.

Mon cher frère Gisanga,

La première difficulté qui me gêne dans la lettre de nos 13 "intellectuels", c'est encore et surtout ce caractère (permettez-moi d'insister là-dessus) clandestin de leur démarche. S'ils sont convaincus de la pertinence de leur réquisitoire, pour quelle raison ne se sentiraient-ils pas à l'aise de le faire au grand jour ? Peut-être que certains de nos compatriotes qui pensent comme eux pourraient se reconnaître dans leur message, et pourquoi pas ainsi provoquer une dynamique qui peut faire changer les choses dans ce parti où vous dites vous reconnaître ? Pourtant les cadres dont vous avez cité les exemples de démission dans l'UPDS, s'étaient exprimés avec la plus grande liberté sur ce qu'ils pensaient du Parti, et se sont rétirés. Au point qu'aujourd'hui on se sert de leur courage pour dénoncer les maux, vrais ou supposés, qui continuent à ronger l'UDPS. Pourquoi les 13 intellectuels se cachent-ils ?

Par ailleurs, laissez-moi vous dire que je n'ai aucune intention de me disputer le fait de connaître E. Tshisekedi avec qui que ce soit. Vous le connaissez peut-être mieux que moi, vous connaissez l'UDPS, vous avez la maîtrise des documentations concernant l'UPDPS mieux que moi, etc. Je ne suis pas interessé à vous arracher ce privilège, rassurez-vous. Mais c'est un peu triste de tomber dans ce genre de déclarations, somme toute, passionnelles. Est-ce là le débat politique objectif que nous appelons de tous nos voeux ? Maintenant quelques élements de réponse.

1. L'UDPS n'est pas une propriété de Monsieur E. Tshisekedi. Mais malheureusement tous les péchés de ce Parti sont identifiés à la seule personne d'Etienne Tshisekedi. C'est vraiment incroyable. Aucun autre membre fondateur de l'UDPS n'a été à la fois l'objet d'éloge et de reproches comme l'a été et l'est encore aujourd'hui E.Tshisekedi. Et vous illustrez cette vérité dans votre intervention avec cet exemple du 30 Août 1999, à travers une position que vous dites être celle de l'UDPS, en ces termes " Les élections sont la priorité,......etc". Et vous terminez cette fameuse citation attribuée à l'UDPS sans pour autant dire de la bouche de qui est-elle sortie ? Entendez, quand on parle d'une position de l'UDPS, cela signifie bien sûr TSHISEKEDI !!  Et sur cette "position" de l'UDPS, vous avez manqué de nous dire à quelle occasion ces propos ont-ils été tenus ? ( par l'UDPS !?)

2. deuxième difficulté : Pourquoi les 13 intellectuels ont-ils choisi seulement ce moment pour écrire à E. Tshisekedi ? Et pourquoi cette démarche vient-elle seulement des nos frères "Kasaiens" ? L'UDPS est-elle une affaire d'une éthnie ? Et parce que vous vous sentez si proche de Tshisekedi et de l'UDPS, qu'avez-vous fait concrètement pour sauver ce Parti de la dérive que vous dénoncez et qui ne date pas d'hier ? Lorsque vous dites que les exemples des départs des cadres de leurs partis ici en Occident le sont souvent pour des raisons de convenances personnellles, c'est une interprétaion que vous faites de manière assez simpliste. Ce langage est très souvent tenu pour la consommation médiatique, mais l'est plus pour ne pas affecter le parti qu'on a servi, alors que la vérité, dans la plupart des cas, est ailleurs. Oscar Lafontaine, ex-Président des sociaux démocrates allemands pendant de longues années, a été exclu de son Parti et est assis en ce moment dans le camp de l'opposition, à la tête d'un nouveau parti d'extrême gauche, issu des anciens communistes de l'ancienne Allemagne de l'Est. Pour des raisons de convenance personnelle dites-vous ? Cela ne signifie pas qu'il faille regarder les départs dans l'UDPS comme une moindre affaire. Au contraire, il faut que cela suscite le débat au sein du Parti, pour corriger ensemble ce qui ne va pas. Et cela n'est pas la seule responsabilité de Tshisekedi. Il est un homme, disai-je, et pas Dieu.

3. Troisième difficulté. Vous pensez que l'UDPS a laissé passer le pouvoir, au lieu de l'arracher. Au point qu'elle court aujourd'hui derrière des petits partis,....! Mon cher compatriote. Je suis désolé de vous exprimer toute ma déception, pour quelqu'un qui prétend être un proche de Tshisekedi et mieux udpsien que moi, d'affirmer cette pensée combien érronée ! Etes-vous le seul intellectuel congolais à ne pas voir ce qui se passe au Congo ? Et cela depuis 1960 ? Joseph Kasa-Vubu a été un Président sans réel pouvoir, et dont les grandes décisions politiques ont été dictées par les occidentaux, dans le but d'isoler, d'affaiblir Lumumba, de diviser les congolais, de semer le chaos...., pour pouvoir continuer à contrôler le Congo "indépendant" comme avant l'indépendance ! Lumumba, le héros national, auquel vous avez fait allusion. Pourquoi n'a-t-il pas lui aussi arraché le pouvoir à l'époque ? Il a fini comment ? Et qui sont les vrais auteurs de ce crime odieux ? Et quel en était la raison profonde ? Pourtant on lisait, même dans les discours des congolais, que Lumumba était communiste, il était ceci et cela ! Je vous surprendrai en vous disant que, dans le même ordre d'idées, Kabila Joseph, qu'il soit congolais ou pas, là n'est pas le problème. Il n'est qu'une marionnette, un instrument utilisé par des mains étrangères, pour empêcher au Congo de devenir un véritable Etat indépendant. Mgr Monsengwo l'a bien dit : " Le centre des décisons politiques et socio-cultures de notre pays se trouvent en dehors du Congo ". fin de citation. Etes-vous d'accord avec cette constatation ? En d'autres termes, l'Occident n'est pas prêt à accepter de voir à la tête de ce pays, un vrai nationaliste. Après Lumumba, L.D. Kabila en eu pour son compte. A cause de son nationalisme, même si tout n'était pas parfait, il faut le reconnaître. Connaissez-vous exactement les tractations qui se sont déroulées dans les chanceleries occidentales et qui ont amené Kabila au pouvoir ? On a vu des émissaires occidentaux sillonner le congo pour "convaincre" Mobutu à s'en aller !  Officiellement c'était dans le but d'éviter un bain de sang, nous disait-on. Alors que pendant des décennies, ce sont ces mêmes occidentaux qui avaient soutenu Mobutu face aux différentes rebellions et rebelles, dont Sieur Kabila en personne ! Vous y comprenez quelque chose ? Moi, vraiment pas ! Que pouvait faire le pauvre Tshisekedi ? Même de l'intérieur où le débauchage des cadres de l'opposition a été instituté comme moyen de combattre l'adversaire. Nous n'avons pas oublié les départs des personnalités comme Birindwa, Kibassa, Dikonda, Kapita, etc.. Et depuis, quoi de neuf ont-ils apporté au pays, qu'ils ne pouvaient pas au sein de l'UDPS ? RIEN. Et alors ? Prendre les armes comme les autres ?  Et justement parce qu'il se refusait de le faire, Tshisekedi a encore fait les frais de sa non-violence. Kabila, sous les ordres des "maîtres" occidentaux, n'a pas hésité comme Mobutu autrefois, de releguer son frère au village, en disant qu'il n'avait rien fait pour le pays. Le même discours qu'on entend encore aujourd'hui. Pour plaire ! Mais lorsque Kabila s'est écarté de la la feuille de route, nous connaissons la suite.

Voilà pourquoi nous en sommes là aujourd'hui. En dépit des erreurs de stratégie, il serait simplement utopique de penser que Tshisekedi peut de lui tout seul, arracher le pouvoir dans ce pays. C'est seul le peuple congolais qui peut donner ce pouvoir à Tshisekedi. Si nous ne comprenons pas cette évidence, Tshisekedi ne sera jamais Président du Congo, et nous n'aurons droit qu'à des marionnettes. Il suffi de regarder ce qui se passe au Congo actuellement. Nous sommes devenus la risée des nations ! Pauvre Congo. Et au lieu d'identifier le mal à sa source, nos regards sont sur Tshisekedi. Avez-vous oublié que Tshisekedi est mortel ? Et quand il ne sera plus ? le pouvoir tombera alors du ciel ? Pourquoi ne pas envisager maintenant ce que nous ferons demain s'il venait de disparaître ?

4. Dernière difficulté. Notre pays est actuellement pillé comme jamais une nation l'a été en Afrique. Certaines personnalités occidentales viennent au Congo, s'amusent avec nos filles, volent au grand jour nos richesses, nous imposent la misère, et utilisent même nos médias pour nous insulter, nous menacer,... Nos intellectuels n'ont jamais réagi, ni protesté contre ce néo-colonialisme. Et face à cette misère, nous nous imaginons que nous devrions descendre dans les rues le 30 juin, pour nous réjouir, en l'honneur des martyrs ! Nos martyrs qui sont morts pour l'indépendance, se remueraient dans leurs tombes, s'ils se rendaient compte de l'état animal dans lequel notre peuple croupi 46 ans après leur départ. Et la meilleure facon de leur rendre hommage, c'est justement de descendre dans les rues pour exprimer notre raz-le-bol, et pourqoui pas défendre notre liberté bafouée, confisquée, piétinée. Il serait affreux, répugnant, scandaleux, voire sadique d'imaginer "la réjouissance" un 30 juin, au regard de ce qui se passe au Congo.

Sincères salutations.

Dominic Kim Mwambi 
nodet32@aol.com

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