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JOURNEE DE SOUVENIR

Le 26 mai prochain, Bukavu la frondeuse, l'intrépide, l'indomptable, la rancunière, c'est selon, aura à se souvenir de ses martyrs. Elle aura à se rappeler ses 120 fils et filles fauchés gratuitement et impunément par les balles et la baïonnette des hordes de Mutebusi et par la cruauté des mercenaires conduits par Nkundabatware.

Au cours des cultes et des messes qui seront organisés à cette occasion, les officiants auront à nouveau à se poser la légitime question de savoir pourquoi ces fils et ces filles sont morts et pourquoi ces officiers du RCD se sont à nouveau rebellés après avoir pratiquement tout obtenu du pays et de ses habitants.

Dans leurs homélies, ils auront certainement à proposer aux parents et aux proches des disparus d'oublier ce supplice et de pardonner ces assassinats comme Christ lui-même l'a fait sur la croix.

Comme on s'y attend déjà, les questions posées et les recommandations des hommes de Dieu ne vont pas manquer de réveiller les vieux démons et de soulever dans la tête des gens la problématique de la guerre en République Démocratique du Congo et celle de l'opportunité du pardon et de la réconciliation des esprits.

Au-delà de ces cogitations sur le passé et le présent, la pensée des bukaviens va, à coup sûr, se rapporter certainement sur le futur et, comme nous nous le sommes déjà demandé l'année dernière, les mêmes doutes et les mêmes interrogations sur leur lendemain vont ressurgir :

Au jour d'aujourd'hui, peut -on dire que le mauvais sort a été définitivement conjuré et que la ville de Bukavu et la province du Sud Kivu sont complètement sécurisées ?

Faute d'une sensibilisation préalable aussi bien chez les rwandophones que chez les « kongolophones » et en l'absence d'une justice réparatrice au profit des victimes des affrontements, ne peut-on craindre que les mêmes causes ne conduisent aux mêmes effets ?

Que le gouvernement de la RD Congo ne fournisse aucun effort pour baisser la tension sécuritaire à l'Est, n'est ce pas aussi un signe qui interpelle les bonnes consciences quant à sa volonté réelle de réhabiliter cette contrée de la république ?

Toutes ces questions sont restées d'actualité car les assassinats du mois d'avril dernier à Bukavu ainsi que les marches de protestation y organisées par la population pendant plus de trois jours en constituent la réponse.

En effet, peut -on parler de la sécurisation de la province du sud Kivu quand ceux là même qui l'ont mise à feu et à sang trônent impunément dans les hautes instances du pays avec en plus la charge de la défense et de la sécurité de la nation ?

Que peut -on espérer de Kinshasa quand les gouverneurs, qui se sont volatilisés avec plus de deux millions de dollars volés à la banque centrale de Bukavu, se la coulent douce à Goma et à Kinshasa, proposés député à l'assemblée nationale et mandataire à l'ICCN par les alliés de Kigali ?

Comment croire en cette sécurité quand les caches d'armes sont découvertes à longueur des journées dans les provinces de l'Est et quand les sites des mines antipersonnelles restent tenus secrets par les belligérants ?

Comment être rassurés d'une paix durable quand deux armées, de plus de 70.000 hommes ( FARDC et MONUC ), déclarent publiquement leur impuissance face aux FDLR et au devant d'une bande des mercenaires, forte d'à peine, deux mille hommes ?

Peut-on enfin arriver à la réconciliation des esprits sans le pardon et peut-on obtenir le pardon sans réparation ?

N'en déplaise aux extrémistes de tous bords, plus l'on avance dans le temps, plus l'on découvre que la motivation de cette guerre, à quatre millions de morts, est loin de se poser en termes d'une recherche identitaire.

La triste réalité qui surgit des ténèbres laisse de plus en plus voir que des populations accueillies, il y a des décennies en RD Congo, ont été manipulées par des sociétés multinationales en vue d'y créer des conditions propices à la prédation de ses richesses, à son occupation par des étrangers et, à long terme, à son démantèlement total ?

Partie de lemera, la tête du complot a eu comme premier terrain d'affrontement la province du sud Kivu, connue pour sa résistance. D'où la tragédie qui s'en est suivie : makobola, kasika, kavumu, mushinga, lubona, kitutu et Bukavu.

Comme du temps des khmers rouges, ces dommages collatéraux, comme aiment à les appeler les Américains, véritables commanditaires de cette hécatombe, passent dans la comptabilité des agresseurs par perte et profit.

Aussi, les assassins ne se sentent-ils pas l'obligation de demander pardon aux familles des victimes ni de réparer les dégâts commis. Au contraire, maintenant le verbe haut, la corruption vive et la ruse alerte, ils vont jusqu'à vouloir s'approprier des territoires qui ne leur appartiennent pas montrant par cette démarche, s'il en était encore besoin, l'imposture de leur quête et l'arrogance de leur comportement.

Quatre millions des congolais peuvent ainsi mourir uniquement pour satisfaire les appétits du banditisme international et la convoitise des pays voisins sans que le monde entier ne s'en émeut outre mesure ou que des excuses soient exigées.

Si les autres l'ont oublié, le devoir de mémoire impose que les Congolais en général et les kivutiens en particulier gardent frais le souvenir de cet holocauste.

Le Kivu et Bukavu seraient-ils le sanctuaire des laissés- pour compte? Floués par Mobutu, abandonnés à l'occupation rwandaise par Laurent kabila, et délaissés aux FDLR/RASTAS par son successeur, était-il encore nécessaire que la population ait à faire face à des exactions des milliers des soldats lui envoyés par le gouvernement,  sans soldes, sans rations de campagne et sans moral?

Venu plus ou moins dans les valises du Rwanda voisin et installé pratiquement par ses alliés, le pouvoir en place n'agirait-il pas ainsi en représailles à cette résistance que la ville de Bukavu a toujours développée pour empêcher la matérialisation du complot auquel il serait partie ?

Si le gouvernement peut s'en défendre, il ne reste pas moins vrai que le traitement réservé aux véritables résistants laisse à désirer tant dans l'armée que dans les institutions qui accompagnent le gouvernement.

Certes, plein des garçons de Bukavu et du Kivu sont, soit dans l'espace présidentiel, soit au gouvernement, dans les institutions ou dans des partis politiques populaires. Mais n'étaient-ils pas déjà nombreux dans l'AFDL de Laurent Kabila, dans le RCD de Kagamé, dans le Mudundu 40 de James kabarebe ou dans le FORUM –SYNERGIE de Xavier Ciribanya ?

N'est ce pas les ressortissants de Kabare, de walungu et d'idjwi qui ont encadré et accompagné Nkundabatware ce 26 mai 2004 dans la ville de Bukavu ? De qui le gouvernement « des vendeurs-pays », publié à l'époque à Bukavu, était-il essentiellement composé sinon que des enfants supposés du terroir ?

L'heure est arrivée pour que les fils et les filles du Kivu se rachètent devant la nation et arrêtent de servir de porte d'entrée et de porte étendard aux étrangers qui envahissent le pays.

Le temps est enfin arrivé de mettre en veilleuse cette cupidité et cet affairisme éhontés que toute la nation reproche aux garçons BK et qui mettent le pays en péril car l'on ne peut indéfiniment vouloir construire des fortunes et des étages sur les cadavres de ses frères et de ses sœurs.

En cette période des élections, Bukavu devrait servir de modèle à la nation. Obéissant à la sainte Eglise et à la Belgique profonde qui l'ont toujours protégée, elle devrait voter en faveur des candidats dont elle connaît l'identité, l'itinéraire, les alliances et les projets.

Comme l'a si bien écrit Mirindi Kiriza du journal l'Observateur, «  les Congolais sont à un grand tournant de leur histoire et à ce tournant, ils s'invitent à poser l'acte le plus beau mais aussi le plus dangereux de cette histoire. L'acte est beau puisqu'il est d'abord souverain.

En effet, il est celui par lequel, ils s'exprimeront et sanctionneront aussi bien leurs dirigeants que les politiques menées par eux jusqu'à ce jour…Et c'est ici précisément que cet acte devient dangereux car le choix est si éminemment existentiel qu'il doit être entouré de toute la circonspection et de tout le sérieux voulus »

Ayant fait les frais de la félonie des vendeurs-pays, Bukavu doit absolument tirer les leçons du passé et ne laisser plus personne abuser de sa confiance et de son hospitalité.

En cette date du 10 mai 2006, date de la commémoration de l'abolition de l'esclavage en France, Bukavu devra plus que jamais se rappeler que les loups qui veulent à nouveau l'assujettir se cachent dans la peau de l'agneau pour rentrer dans la bergerie.

A quoi auront servi toutes ces années de résistance si par son vote prochain, elle prend sur elle la responsabilité historique d'avoir livré le pays aux infiltrés, aux menteurs et aux imposteurs ?

Fait à Bukavu le 10 Mai 2006

Le Diocésain de Bukavu
mulkinja@ip-worldcom.ch

Transmis par Mme Mulegwa K.

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