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Résumé d'un article

Portrait des quartiers populaires à Kinshasa (RDC): un territoire, une identité


Depuis l'époque pré-coloniale, coloniale et après l'indépendance, trois régulations foncières coexistent et s'affrontent pour produire la ville de Kinshasa : une régulation formelle basée sur la législation écrite, issue des institutions (Etat) et deux régulations autonomes - l'une, forte s'appliquant aux méthodes traditionnelles non écrites, est issue des pratiques coutumières - l'autre appliquant le droit de la pratique (ou droit intermédiaire) émane des pratiques populaires. Cinq types des quartiers sont issus des ces régulations foncières: quartiers résidentiels, quartiers des anciennes cités, quartiers des cités planifiées, quartiers excentriques et d'extension, et quartiers semi-ruraux.

De ces trois régulations rivales, celle exercée par les chefs coutumiers permet à toutes les couches sociales, même les plus démunies, d'accéder au sol et à cet effet, elle est à la base de la production des quartiers populaires dans la ville. Ces quartiers issus de la régulation autonome diffèrent selon les époques. A l'époque de l'Etat Indépendant du Congo, les quartiers populaires étaient essentiellement en pisé et/ou en torchis et valorisés par l'Etat au fur et à mesure que la ville s'agrandissait. Par contre, après l'indépendance, ils ont été produits en briques adobes pour la plupart et n'ont reçu aucun apport de valorisation technique de la part de l'Etat si ce n'est que celui des habitants eux-mêmes des quartiers. Depuis les années nonante et même légèrement bien avant cette date, les quartiers populaires sont produits en parpaing dans leur majorité et d'autres matériaux durables. Mais leurs valorisations sont en charge des habitants seuls, des acteurs populaires.

Alors, le propos de cette contribution est d'essayer de comprendre comment ces acteurs populaires construisent leurs identités dans cette production des quartiers populaires. En se référant à la production des quartiers populaires, on peut imaginer que l'identité s'inscrit dans le cadre d'aires territoriales d'appartenance. Elle fonctionne socialement comme le moyen de légitimer un groupe dans un quartier (demi-territoire) dont il cherche à valoriser, à sécuriser, ... Elle exprime un partage d'objectifs propre à une collectivité (Guy Di Méo et Pascal Buléon, 2005, p. 45). Dans cette construction d'identité, les acteurs populaires se montrent réellement plus inventifs en mettant en évidence des stratégies rendues effectives par la production des quartiers populaires. Parmi ces stratégies, on remarque par exemple l'annexion de nombreux quartiers dans les réseaux de distribution d'eau potable et d'électricité.

Pour chaque acteur, l'assemblage de ces quartiers d'appartenance forme sa territorialité (Guy Di Méo et Pascal Buléon, 2005, p. 38). Il se dessine donc derrière ces territorialités des aires des systèmes d'action dans lesquels s'inscrivent ces acteurs. Ces territorialités expriment d'incontestables identités, à la fois personnelles et collectives. Et ce, à travers d'importantes initiatives d'organisation de la population qui contribuent énormément à la promotion des quartiers populaires. Elles sont un vecteur d'innovation et de sensibilisation d'un point de vue de la culture d'approche intégrée.

Ces quartiers, indiquant des représentations des lieux de vie et des demi-territoires, sont caractérisés par des fortes identités issues des cultures et des pratiques  populaires. Ils arriment les individus à leurs espaces vécus. Ils forment bien ce lien sensible, émotionnel, affectif, tendu entre le sujet, l'acteur, les groupes sociaux et les territoires : un lien que tisse la territorialité de chacun (Guy Di Méo et Pascal Buléon, 2005, p. 38).
Les pratiques populaires, notamment celles qui concernent la production d'espace, participent fondamentalement à cette construction d'identité et de territoire. Elles sont novatrices et assimilables à la prévention sociale visant à construire ou à restaurer une identité locale et culturelle du quartier. Elles créent une communication, mais aussi une médiation interindividuelle autorisant la fabrication de représentations communes.
C'est dans le cadre de ces pratiques que se construisent ou se modifient les identités et les territorialités, à l'échelle de l'histoire individuelle comme de l'histoire collective. Ce sont ces pratiques qui reformulent, reconstruisent en permanence les héritages. Elles recréent du lien social inter-générationnel par la médiation sociale, et à réintégrer le quartier dans la trame urbaine existante. 

Lusamba Kibayu Michel
SPED3-Institut d'études du développement (UCL)
1348 Louvain-la-neuve, Belgique
michellusamba@yahoo.fr

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