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ELECTIONS EN RDC : POURQUOI Y A-T-IL PLETHORE DES CANDIDATS.

L'actualité politique en République démocratique du Congo, on le sait, reste dominée par le processus électoral en cours. Sur toutes les lèvres, dans tous les salons, il n' y a qu'une seule chose qui revient : les élections.

Si la question de la tenue effective de ces élections et celle de leur transparence effective sont de plus en plus mises en cause par une bonne frange de la population congolaise au regard des rumeurs, des allégations et de certains signaux, force est de reconnaître que ces élections aurons été un détonateur de vocation politique pour nombre des congolais. Avec les chiffes qu'elle a mis à la disposition du public, la commission électorale indique qu'il y a 33 candidats à la présidence de la République et plus de 5.258 candidats députés. A ces chiffres, il faudrait encore ajouter ceux des candidats aux locales et aux assemblées provinciales qui restent à préciser.

Quand on se situe du point de vue de la sociologie politique, ce fait ne peut laisser indifférent tout analyste politique. D'où cette question : comment peut-on justifier un tel engouement des congolais à briguer des mandats politiques ? A notre avis, il y a deux raisons majeures à cela.

D'une part, il y a lieu de réaliser que l'avènement de l'ADFL a quelque peu démystifié l'exercice du pouvoir au Congo dans l'exacte mesure où l'AFDL a démontré, dans ses méthodes de gouvernement et dans ses choix des mandataires de l'Etat, que l'exercice du pouvoir ne nécessite pas qu'on y soit préalablement préparé. En effet, avec l'AFDL, on a vu plusieurs personnes accéder aux affaires comme par une génération spontanée, donnant du coup l'impression que tout le monde peut faire la politique ou gérer la chose publique. Cette assertion se justifie bien dès lors que l'on reconnaît que le pouvoir AFDL était géré à la fois par des hommes politiques avérés et des aventuriers, sortis de nulle part, mais qui se sont retrouvés au bon endroit et au bon moment. L'amateurisme dont l'AFDL avait fait preuve dans l'exercice du pouvoir n'était que la résultante d'un tel syncrétisme. La première conséquence de cet état de choses reste sans doute la réalité que le Congo comme Etat est devenu une fiction juridique, sans administration publique. Il en va sans doute de même de l'armée où il y a eu plusieurs civils qui sont devenus, par un coup de magie, officiers militaires, voir officiers supérieurs pour certains.

Cela n'était pas une évidence du temps de Mobutu où l'exercice du pouvoir dans notre pays était l'apanage de quelques familles ou de quelques initiés parmi lesquels on pouvait compter des professeurs de l'université, des hauts magistrats, des politiciens de carrières, etc. Malheureusement, ces derniers n'ont pas su bâtir un Etat fort et prospère. Au contraire, ils ont eux-mêmes organisé les conditions de l'impuissance de l'Etat.

D'autre part, le train de vie de nos hommes politiques (particulièrement ceux qui sont aux affaires : président de la république, les vices présidents, les ministres, les députés et autres) séduit de plus en plus les congolais. En effet, dans notre pays, non seulement ces derniers sont les seuls à bénéficiers d'un salaire décent et régulier (au regard du coût de la vie chez nous), mais ils sont aussi les seuls capables à afficher les attributs de l'opulence chez nous : acheter et changer régulièrement des voitures, de maisons, multiplier le nombre de femmes, payer facilement les études de leurs enfants, s'offrir des voyages à l'étranger, etc. A titre d'exemple, le jeune président Joseph KABILA est assis sur des millions de dollars en cinq ans seulement d'exercice de la magistrature suprême. Ses services, Vital KAMHERE notamment, a annoncé, il y a quelques semaines à Gungu( Bandundu) que le président KABILA allait financer, de sa poche, la construction d'un barrage hydroélectrique à KAKOBOLA (région de Gungu) dont le coût des travaux est estimé à 9.000.000 de dollars américains. La semaine passée, le gouverneur de la ville de Kinshasa a annoncé à la presse que le président KABILA venait de débloquer de sa poche 450.000 dollars américains pour la réfection de l'avenue de la libération. Dans le même ordre d'idées, il a distribuer des bus dans certaines villes du pays et accorder plusieurs dons à gauche, à droite. On peut citer d'autres faits de même nature. Il en est de même des autres vice-présidents et ministres du gouvernement congolais. Cette réalité ne peut que faire rêver. Car, tous les congolais estiment, inconsciemment peut-être, que briguer un mandat politique reste le seul moyen pour côtoyer des masses de billets de dollars américains et s'assurer ainsi une certaine sécurité sociale ou civile.

Cette constatation est sans doute le catalyseur de la vocation de politicien qui fait recette chez nous depuis l'annonce des élections générales. L'on peut alors affirmer que tous ces candidats n'entendent pas apporter une pierre dans la construction de l'édifice Congo, mais veulent profiter simplement des avantages matériels et financiers que l'exercice des mandats publics implique. Pour preuve, il est rare de voir les congolais se mobiliser autour d'un programme politique. On se range plus derrière des personnalités que des programmes d'autant plus que c'est l'argent qui est toujours envisagé.

Cet amour de l'argent facile a eu raison de la société civile congolaise qui est devenue une plate-forme des gens qui ne veulent pas étaler au grand jour leurs ambitions politiques. Cette société civile est par conséquent devenue incapable de faire entendre sa voix tant elle se trouve engluée dans la course à l'argent des politiciens. C'est ce qui nous avait conduit à soutenir dans notre thèse que la crise du Congo est avant tout une crise éthique, on pourrait même dire une crise logique, avant d'être une crise politique et sociale. Car, il se pose chez nous une véritable question de la compréhension de ce qu'est une nation.

Par L'abbé Paul Iwanga Kayita
(Membre du FRAC)
pauliwanga@yahoo.fr

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