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Congo (Brazzaville) : La paupérisation du peuple, une arme de destruction massive

Bienvenu Mabilemono

Qui peut rester insensible face à ceci quand on sait qu'on est ici dans un petit pays (342000 km 2 ) faiblement peuplé (2.8 millions d'Habitants tout au plus) et immensément riche, producteur de pétrole et que le prix du pétrole atteint des niveaux records ? Depuis le retour au pouvoir de l'actuel régime en décembre 1997 par un coup d'Etat militaire avec l'aide d'armées étrangères et l'active complicité de la France de Jacques Chirac, ce pays est livré à la corruption (qui s'impose désormais dans l'imaginaire de la population comme la clé de la réussite politique ou économique et tend à s'ériger en système en sapant les efforts entrepris par les citoyens le plus honnêtes pour la justice et la vérité), à la loi d'un clan et des plus forts, et aux intérêts privés. A vrai dire, même les bergers s'occupent mieux de leurs troupeaux que M. Sassou s'occupe de ses concitoyens. Privés de soins et d'hôpitaux, d‘écoles et d'emplois ; en tout cas nombreux sont aujourd'hui les Congolais qui se demandent quel héritage restera-t-il de l'ère Sassou ? Qui a un cœur qui bat et qui peut rester insensible face à ceci ? Qui peut raisonnablement être fier de dire aux yeux du monde qu'il est le chef d'un Etat comme le Congo (Brazzaville) dans sa situation actuelle ?

Voici concrètement à quoi ressemble une salle d'accouchement (dans une maternité) au Congo-Brazzaville du tout puissant roi du pétrole congolais, Sassou Nguesso, grand ami de la France

 

Dans le seul grand hôpital du pays (CHU de Brazzaville), seul le service de la morgue fonctionne à plein régime. A l'école les enfants s'asseyent par terre faute de tables bancs. La plupart du temps il n'y a pas d'eau courante dans la ville et les coupures d'électricité sont monnaie courante. A bout de souffle, les Congolais mordent la poussière. Et pendant que la terre peut compter les battements accélérés de leurs cœurs, pour M. Sassou, sa famille et leurs proches, c'est la vie de château.

Une des nombreuses et somptueuses villas de M. Sassou au Vesinet (78)

Le Congo est vraiment malade de ses dirigeants. Voilà un petit pays faiblement peuplé (2.8 millions d'Habitants tout au plus) et auquel la nature a tout donné, mais qui peine à se développer. Immensément riche en bois (avec des réserves naturelles estimées à 391 milliards de m 3 , le Congo occupe la troisième place en Afrique derrière le Nigeria et le Cameroun. Un potentiel énorme qui explique la place de la filière bois et forêt dans ce pays. Le bois congolais, en a parle pas assez d'ailleurs alors qu'il représente la deuxième source de revenu du pays. Les forêts couvrent 60% du territoire national, parmi elles, 10 %, soit 20 millions d'hectares, sont d'immenses forêts humides et denses. Trois massifs : le massif du Mayombe, avec 2 millions d'hectares, le massif du Chaillu, dans le sud-ouest, avec 3 millions d'hectares et celui du nord, avec 15 millions d'hectares ; se partagent diverses espèces et essences de valeur, comme les bossés, ovés, okoumés, acajous… Le Congo compte pas moins de 150 espèces de bois d'œuvre dont seulement 30 sont exploitées) et producteur actif de pétrole depuis 1972 (cinquième producteur du golfe de guinée après le Nigeria, l'Angola, la Guinée équatoriale et le Gabon).

On voit donc bien que la nature n'a pas été avare de générosité à l'égard de ce petit pays africain ; elle lui a tout donné ou presque, enfin sauf une chose tout aussi essentielle : des dirigeants dignes de ce nom. Oui, Je l'affirme avec véhémence et je n'ai pas peur des mots , le Congo est malade de ses dirigeants. Parce que sinon, comment comprendre et expliquer autrement qu'en 2007, dans un pays aussi faiblement peuplé et aussi riche en matières premières que le Congo, qu'il n'y ait même pas un hôpital décent alors que dans le même temps ses dignitaires roulent en limousines ? Sinon, autrement comment comprendre et expliquer que dans un pays aussi riche en eaux, en bois et forêts, qu'il n'y ait même pas d'électricité, qu'il n'y ait même pas d'eau courante, et qu'à l'école, les enfants soient obligés de s'asseoir à même le sol faute de table bancs ? Pourquoi le peuple congolais n'a-t-il pas profité des richesses du bois et de l'or noir ? Comment expliquer que des cargaisons entières de pétrole aient pu disparaître hier avec Elf, et continuent de disparaître aujourd'hui avec la COTRADE (filiale de la Société nationale des pétroles du Congo - SNPC, chargée de la commercialisation du pétrole congolais) sans laisser de trace entre Pointe-Noire et l'Europe ?

Toutes ces questions, les Congolais ne sont pas les seuls à se les poser ; même les « amis français » de M. Sassou, l'homme qui domine la vie politique de ce pays depuis trente ans, se les posent également : « Avec le pétrole qui coule à flot à Pointe-Noire, avec la richesse de ce pays pendant trente ans, comment se fait-il qu'il n'y a même pas, au moins à Pointe-Noire ou Brazzaville, une clinique convenable où on peut se faire opérer de l'appendicite ? » , s'interroge par exemple Jean-François Probst, dont tout le monde sait le rôle qu'il a joué, non sans un intéressement conséquent, dans le retour au pouvoir de son « vieil ami » , Sassou Nguesso par les armes en 1997. Naturellement, cela peut paraître particulièrement indécent de la part d'un homme qui a fait tant de mal à ce pays ; mais il faut se rendre à l'évidence quand on sait « qu'en Afrique, il y a des corrompus, mais aussi des corrupteurs » comme disait le Zaïrois, maréchal Mobutu.

C'est dire que depuis trente ans, le Congo est victime de dirigeants autocrates et véreux, soucieux avant tout de leurs réélections successives plutôt que d'assurer une vie décente à la population. Le pays est mis en sommeil depuis trente ans. Le tissu économique est totalement détruit. Désabusée par la dictature, le chômage et la paupérisation, la population congolaise ne dissimule plus sa rage. Pétrole, bois précieux, or, phosphate…, grâce ou plutôt à cause des détournements de fonds, des fortunes colossales se sont constituées au Congo depuis trente ans sous la dictature du régime actuel, notamment depuis son retour aux affaires en 2007 par les armes avec l'aide d'armées étrangères. Pendant ce temps, les Congolais, paupérisés, se sont enfoncés dans la misère, et bien que très riche en matières premières, le Congo est aujourd'hui l'un des pays le plus pauvre et le plus endetté du monde (un lourd passif que les générations futures devront payer par la faute de ces dirigeants véreux et indignes) . Au Congo en effet, le pillage des ressources comme le pétrole et le bois au profit des élites politiques et militaires, est la règle depuis trente ans. Sans doute une grande partie des officiels français ainsi que les multinationales françaises et étrangères ont participé à ce pillage en cautionnant les dérapages et en tirant avantage de l'absence d'expertise locale, et donc de l'incompétence et de la naïveté des dirigeants congolais ; et d'un système économique totalement corrompu ; mais il n'en demeure pas moins que la plus grande responsabilité dans ce « pillage organisé » revient aux seuls dirigeants congolais eux-mêmes. Hier tout le monde a fustigé la compagnie française Elf, l'accusant d'être le principal responsable des malheurs du Congo, mais aujourd'hui, la SNPC qui est pourtant une émanation de l'Etat congolais fait-elle mieux ? Les conditions de vie des Congolais se sont-elles vraiment améliorées avec la SNPC  ? N'est-elle pas devenue la vache à lait du seul clan au pouvoir et leurs proches soigneusement triés sur le volet ?

Les problèmes n'ont pas changé malgré la manne pétrolière et l'augmentation des revenus tirés de la vente du bois. Les dirigeants actuels ont repris exactement les mêmes pratiques que tout le monde a décrié hier chez Elf pour les transposer à la SNPC. Et d'ailleurs, force est de constater que la fraude et la corruption se sont accrues et se sont généralisées au Congo à partir des années 2002, après la pseudo-élection d'un régime qui tenait à tout prix à transformer sa victoire militaire en une victoire électorale. Depuis 2002, c'est le statu quo, comme si tout allait bien. Le gouvernent n'a pas de comptes à rendre au peuple (personne n'est soumis à une obligation de résultat), l'impunité est devenue la règle et les dignitaires du régime affichent ostensiblement et sans complexe leurs colossales fortunes. Pire, actuellement au Congo, on ne peut rien faire loyalement et légalement ; pour réussir en affaires comme dans tous les domaines, il faut bénéficier des largesses et du soutien des membres du clan au pouvoir qui sont les seuls maîtres du pays (trafic d'influence, achat des consciences avec « l'argent sale » du pétrole et du bois…).

Au nouveau président français élu, Nicolas Sarkozy, je dirai simplement ceci : Le Congo est un pays ami de la France , mais il est aussi, comme chacun le sait, un pays stratégique pour la France et pour les sociétés pétrolières. Il est donc dans l'intérêt des deux parties, de favoriser le développement de ce pays afin de permettre aux Congolais de vivre décemment des revenus de leurs matières premières. La « France nouvelle » voulue par Nicolas Sarkozy et acceptée par les français en l'élisant massivement le 6 mai dernier avec 53 % de suffrages exprimés, devrait traiter les Congolais comme des adultes dans une confrontation des exigences respectives, du respect des engagements pris et de la construction d'une communauté d'intérêts à long terme, avec un nouveau dialogue franc, respectueux et objectif avec de nouveaux dirigeants qui tiendront leur légitimité du peuple souverain par l'organisation délections libres et transparence ; dans un nouveau contrat commun basé sur le « donnant-donnant » et le « gagnant-gagnant  ». Car cette « France nouvelle » que nous appelons de tous nos vœux, ne doit jamais perdre de vue que « tout système sous pression finit toujours par exploser ». Et une telle situation, si elle devait se produire, ne sera ni dans l'intérêt de la France ni dans celui du Congo. Le développement du Congo doit devenir la fierté de la « France nouvelle », celle de Nicolas Sarkozy qui incarne le changement et la rupture avec les pratiques du passé.

Bienvenu MABILEMONO
lea.mabilemono@orange.fr

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