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4 défis au Président élu

Les Congolais auront bientôt un nouveau Président. Malgré la kermesse, les nuages obscurcissent davantage l'horizon économique. Il y a quatre questions à poser au Président élu  : (1) Y a t il une philosophie de développement en place? (2) Quelle mesure va-t-il adopter pour accélérer la transformation structurelle? (3) Y a t il en place des mesures pour la formation des capitaux ? (4) Quelles reformes préconise-t-il pour améliorer la performance de l'administration et les finances publiques ?

Rationalisme économique

Les pays dits « industrialisés » soutiennent la thèse selon laquelle seul, le rationalisme économique, la pensée philosophique du capitalisme, promet la formation des entreprises, la création des emplois et la prospérité. Cette philosophie est basée sur l'individualisme; le contrôle de la nature et des hommes en vue de produire des biens matériels; les actions de type rationnelle, et l' efficacité; la croyance selon laquelle les événements du monde sont considérés comme le pur produit de forces physiques, dont la compréhension est, en principe, toujours accessible à l'homme; et la finalité de l'existence est le travail dans le cadre d'une profession bien définie. 

Cette philosophie politique va non seulement à l' encontre de nos valeurs traditionnelles, mais ne cadre pas bien avec la religiosité fiévreuse et avilissante des Congolais. La recherche de l'idéologie de travail doit être une autre préoccupation du Président élu. Réaliser les idéales du rationalisme économique dans notre milieu culturel risquera d'aboutir à l'échec de la Deuxième République. Il faut former et informer la population.

Transformation structurelle

Le rationalisme économique favorise la transformation structurelle, la formation des entreprises à des buts lucratifs, la création des emplois rémunérant et la prospérité d'une nation. En des termes précis, il s'agit de transformer le petit commerce à des agro-industrielles, c'est-à-dire encourager les fermiers à mettre en boite des produits tropicaux (bananes, oranges, mangues, etc.) destinés aux marchés internationaux; motoriser les pécheurs à produire en masse des boites à conserve et des eaux minérales, etc.; transformer l'artisanal à des industries minières, c'est-à-dire pousser, par exemple, les « trafiquants des diamants » à se formaliser et rivaliser un jour Gecamines, MIBA, ou Kilo-Moto; transformer le secteur des services à des industries, c'est-à-dire, encourager, par exemple, les musiciens à épargner leurs profits dans le but de créer des supermarchés, des chaînes d'hôtels, et tant autres petites et moyennes entreprises. Pour y arriver, il faut

(a) l'encadrement des entrepreneurs, particulièrement dans le secteur informel  : Cela exige la reforme de l'enseignement primaire et secondaire aussi bien que des universités, et la création des écoles techniques. Cette stratégie vise à encourager l'esprit de créativité et d'aventure dans le domaine commercial. Le gouvernement a besoin d'un partenariat avec les universités; cela dans le noble but de les transformer à des catalyseurs permettant aux entrepreneurs indigènes de maîtriser des techniques de travail et des technologies étrangères;

(b) le financement des entrepreneurs  : Le schéma de développement, parfois, exige l'encadrement des élites des entrepreneurs, c'est-à-dire des hommes d'affaires congolais ayant démontrés une capacité d'opérer au delà du seuil de rentabilité, et à des échelles de production beaucoup plus larges. L'expansion économique de l'Inde était l'œuvre d'un homme d'affaires répondant au nom de Sri Jamshedji Tata; il avait décidé de créer une sidérurgie. C'était l'aventure commerciale d'un homme convaincu que le développement n'est pas l'affaire des étrangers mais des nationaux. Son courage avait motivé toute une génération des entrepreneurs indiens à rivaliser l'Europe, et voir les Etats Unis d'Amérique. Il ne s'agit pas seulement de présenter les médailles de mérite aux entrepreneurs performants, mais de les dissuader à s'engager à des secteurs à haut rendement, par exemple, les mines. Il faut une détermination visant à élever progressivement un compatriote au statut de Rockefeller, Tata, Suzuki, Hyundai ou Ford. Peut-on envisager une pareille chose dans cinq ou dix ans ?

(c) l'indentification des march é s internationaux favorable aux produits ou services indigènes.

Etant donné le rôle capital de la transformation structurelle dans la formation des entreprises indigènes, la création des emplois, et la prospérité de la nation congolaise, certains milieux intellectuels militent pour l'organisation d'une Conférence Nationale sur le Développement Economique (CNDE). Cette conférence doit se pencher sur la stratégie à mettre en place pour dynamiser le secteur minier en vue de le transformer à un moteur de développement des autres secteurs de l'économie nationale. Est-ce qu'une pareille initiative peut-elle devenir la priorité du Président élu?

Formation des capitaux

L'hypertrophie des marchés financiers est une contrainte à l'autofinancement des opérations économiques. Le faible taux des épargnes nationales, et la corruption renforcent la dépendance financière du gouvernement au FMI et la Banque Mondiale. Il ne faut pas surtout utiliser la pauvreté comme étant à la base du dédain manifesté par les Congolais à l'égard des banques et des épargnes. Les pauvres et mêmes les enfants épargnes dans les pays occidentaux. Pourquoi les Congolais ne peuvent pas en faire autant ?

La faillite et la mauvaise gestion des entreprises publiques empêchent le cumul des épargnes. L'accent donné sur les investissements étrangers encourage les transferts des profits à l'étranger, créant parfois des effets négatifs sur la balance des paiements et les réserves en devises. Les critiques des investisseurs étrangers, particulièrement dans le secteur minier, déplorent le ‘pillage' des minerais au profit des étrangers.

L'engagement financier limité de la communauté internationale au processus du développement du Congo suggère une chose: le Plan Marshall n'existe pas. Que doit-on faire pour assurer l'autofinancement de l'économie nationale? Cette question remet en cause la question de la CNDE. Il ne s'agit pas d'écarter le FMI et la Banque Mondiale dans le processus en cours; il s'agit surtout d'une question de «  ownership  » (ou appropriation) de la vision de développement par les Congolais. Le paternalisme ne les engage pas à fonds dans les programmes de développement à long terme. Les Congolais ne voient pas la vision de développement, les programmes en cours et ses bénéfices, dans leurs propres yeux. Ainsi, ils les considérèrent comme étant des préoccupations des agences internationales. Cette attitude est acceptable parmi les pays de Sahel, mais pas au Congo.

Reformes financières et administratives

La corruption tient lieu de l'existence des structures administratives catalyseurs. Le paternalisme, par contre, reflète l'inadéquation de la fonction publique et de son professionnalisme. En ce qui concerne la fonction publique, l'Australie, par exemple, présente un modèle copié par les autres pays industrialisés. S'il faut réaliser ce modèle, le Président élu doit (a) introduire le principe de « travail consciencieux » ; (c) exiger des critères de performance individuelle ; (d) imposer la promotion d'un groupe des valeurs auquel appartient le mérite (l'apolitisme, la non-discrimination, les normes éthiques les plus élevées, la responsabilisation, la réceptivité, la prestation des services, un leadership de qualité élevée, des relations coopératives en milieu de travail, un bon milieu de travail, la recherche de résultats, l'équité en matière d'emploi, l'accès à l'emploi dans la fonction publique, l'impartialité, la bonne communication, des conditions de travail sécuritaires, l'équité, des possibilités d'améliorer ses capacités individuelles, l'absence de harcèlement et de discrimination en milieu de travail, des procédures disciplinaires pertinentes et des mécanismes de recours équitables) ; et (d) octroyer aux fonctionnaires le droit à la formation.

Pour combattre la corruption dans les ministères et les établissements publiques, le gouvernement fédéral de l'Australie exige la mis en place d'un plan de performance couvrant l'ensemble des activités gouvernementales ; demande aux ministères d'établir des objectifs mesurables, de décrire les moyens de les atteindre, de définir les indicateurs de suivi, les outils d'évaluation et de révision; responsabilise les Ministères titulaires de remettre au Ministère des Finances un bilan annuel de mise en oeuvre du plan de performance établi douze mois plus tôt (en cas d'échec dans la réalisation de certains objectifs, les agences doivent en rechercher les causes, et présenter des nouvelles idées; commercialise les services de la fonction publique dans un processus par lequel les coûts des services sont attribués, les prix sont déterminés et un marché est établi pour les biens et services du secteur public.

Ces mesures visent à amener le personnel à se sentir responsable des résultats des programmes; à fournir un cadre d'information accepté par tous; à établir des structures de programme dans les organismes, à présenter un énoncé plus clair des objectifs des organismes et des programmes et l'établissement des indicateurs valables de rendement; et à optimiser les ressources.

Est-ce que le Président élu aura la détermination d'adopter une reforme draconienne dont l'objectif est de remédier aux problèmes de l'administration publique?

A la fin de cette analyse, la prospérité du Congo semble être étroitement liée à un facteur capital: «détermination ». En considérant la transition, on ne peut plus mettre en doute cette détermination congolaise à répondre à des défis de développement d'une manière efficace. Ayant parvenu à créer l'espace politique, à instaurer la pluralité politique, à préserver l'unité nationale et à aller vers les élections sans hésitation, les Congolais ont fait preuve d'une détermination ferme. Cette détermination doit animer les intentions du Président élu dans son élan vers le processus visant à surmonter les quatre défis de son mandat. Les Congolais doivent être vigilant. Les manifestations politiques dans les rues et les actes de sabotage risqueront d'alimenter les verbiages constitutionnels et juridiques au dépends d'un développement durable, et digne.

Boke Landu Nkoy
nkoyboke@yahoo.com.au

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