Pour une culture du dialogue
Page d'accueil
A propos de nous
Correspondance et Retrouvailles
Interviews
Musique
Forum, savoir dialoguer est une vertue
Emploi
Notes de lecture
Liens

Le peuple vaincra : slogan ou conviction ?

Il faut se demander, est-ce un simple slogan ou une réelle conviction ? Quel est le sens de cette proclamation pour leurs auteurs lorsqu'elle revient comme une chansonnette de scout en culotte courte voulant se donner bonne conscience? Cette interrogation doit conduire rétrospectivement quiconque à songer à tous ceux qui se sont trouvés, malgré eux et parfois sans conviction particulière, une vocation des révolutionnaires voire des missionnaires, mais souvent pour coller à la mode du temps. Un peu à l'image des soixante-huitards de l'époque, mais qui se reconvertiront sagement, plus tard en véritables patrons bourgeois devenus adeptes des modèles qu'ils avaient immolé jadis. Bien plus, lorsqu'il se présente à leur avantage une opportunité qui tombe presque comme un cadeau mieux un clin d'il de la providence. Opportunisme, aléas de la vie ? Ou plus prosaïquement des soldats vaincus et qui avec le temps s'écoulant en arrivent à se rendre compte que le fusil se rouille à défaut de servir ?

Tout le monde a prétendu que le président du PALU n'a pas fait campagne (compte tenu de son grand âge, peut-être), mais est ce qu'il en avait les moyens réellement?

Posons la question. Rappelons, par ailleurs, la colère bleue qu'il a piqué à s'acquitter de cinquante mille dollar requis au dépôt de sa candidature. Rappelons aussi ses revendications à l'égalité des moyens, au même titre que le PPRD, afin de disposer des fonds pour sa campagne ! Après les proclamations des résultats et l'instabilité qui s'en est suivi, la prétendue consultation de la base de son parti a du se faire dans des conditions qui étonnent, vu la rapidité du consensus vite trouvé dans un temps record (même à supposé que ceux de Kinshasa au moins l'ont été) pour ensuite lever les options qu'on connaît. Sauf si cette prise de position procède d'un deal préalablement conclu.

Ceci explique peut-être cela.

Sinon, bien des questionnements restent encore brulants suite à cette initiative qui, manifestement, est à contre courant de la ligne affichée par ce parti depuis 2003 au moins.

Puisqu'on n'oubliera pas de sitôt que le directoire de PALU a lâché ses militants dans les rues de Kinshasa, au moins une demi-douzaine de fois, contre le président candidat, à la tête du cartel avec lequel il fait alliance à présent. Et la récente illustration date du mois de juin dernier. Souvenons-nous aussi qu'il s'était même battu pour l'invalidation de la candidature du n° 1 de PPRD et réclamé les négociations pour la reprise en main du processus électoral jugé vicié comme du reste l'UDPS.

En outre, on se souviendra que leurs militants, parmi lesquels on compte bon nombre des victimes de la répression kabiliste, grossissaient habituellement les rangs des manifestants pour porter les revendications des enseignants et autres fonctionnaires. Or rien ne démontre, même à la faveur de la situation créée par les élections que des réponses favorables s'en étaient suivies voire tout simplement une quelconque amélioration autour de ces questions.

Alors pourquoi donc une position si absurde ? Et ce ne serait pas un blasphème que de le souligner.

J'ose croire qu'on verra bien vite et malgré les apparences ou d'ailleurs les formes qu'il s'entoure dans ses déclarations que le PALU ne relayera pas ces revendications ni n'en reprendra dans les négociations d'un programme de gouvernement s'il y est convié.

Pour ne pas faire ombrage aux autres, le PALU entend sûrement saisir cette occasion pour profiter de leur part du gâteau comme tous les partis, à l'image de celles de la transition défunte. Ces ressources de l'Etat dont certains se sont délectées ce dernier temps et avec bien d'arrogance! Pour justifier autant que possible le mobile de son accord avec le RENACO, le PALU n'hésite pas déjà plus à brandir le fallacieux prétexte de l'imminence à sauver l'unité de la république démocratique du Congo contre la balkanisation. C'est tout simplement démagogique.

Aussi, à y regarder de près, ce ralliement ressemble un peu trop à l'exhibition de la femme à barbe ou à un show pour un saint suaire sur la place Saint Pierre ! Il faut de l'effet pour drainer des badauds, attirer des curieux. Bref produire de l'artifice.

Cependant tous se comportent comme si c'est le rendez vous de l'histoire : solennités, embrassades, sourires et touti quanti ; face à ce qui n'est ni plus ni moins que la foire d'empoigne où chacun se réjouit déjà de ce que sera la cuvée!

Mais peut-on s'imaginer un scénario rose avec tout ce beau monde ? Quoi qu'il n'en soit pas difficile de présager les difficultés, surtout avec le manque de pragmatisme dont ils font habituellement preuve, plus prompt à veiller sur leurs intérêts qu'autre chose. La question qui reste est de savoir si l'orthodoxie de slogan répertorié dans leur catalogue respectif d'intentions suffira à conduire à un dépassement de soi, à l'initiation et à la gestion des politiques volontaristes capables de sortir le pays du gouffre ?

D'abord un constat empirique. De même que les élections n'ont jamais fait naître la croissance ou qu'un clairon de la cavalerie n'a jamais à lui seul suffit à mettre l'ennemie en fuite, on ne peut dire que les coalitions hétéroclites voire bancales qui se mettront en place se montreront plus efficaces.

Il est même symptomatique de voir déjà dans cette espèce de fourre-tout l'inhérence de crises à venir tellement que les intérêts des uns et des autres sont très divergents.

Or si, un peu comme chez tout le monde, l'espérance était à un renouvellement politique, nous devons tristement constater qu'il n'y a véritablement aucune perspective nouvelle qui va dans ce sens pour nous inciter à plus de positivisme. La fête de Pentecôte, qui a précédé la période électorale, a sûrement omis de descendre la flamme spirituelle pour inspirer les intelligences et balayer l'obscurantisme récalcitrant qui domine chez ces gens.

Profondément rongée par l'anomalie qui fait que cette classe politique est restée représentative d'un mal qui ressemble à un serpent de mer, la modernisation de la vie politique n'est pas encore au rendez vous et les congolais n'auront pas fini d'en pâtir. Mais réjouissons-nous tout de même sur le motif qu'un parti qui se targuait d'un semblant d'idéologie vient de nous donner un bon numéro de « strip-tease party » franchement désolant et dans un décorum qui montre, non seulement sa vacuité obscène mais surtout dévoile toute l'ampleur du mensonge derrière lequel il s'est longtemps abrité avec cynisme : « le peuple vaincra ».

Par Richard Alongo
ricalola@yahoo.fr


Participez au forum


 
 
Copyright © 2005 Congo Vision. Tous droits réservés.