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PRESIDENTIELLES

UN DEBAT POUR QUOI FAIRE ?

Le débat annoncé entre les deux candidats à la présidence me donne un sentiment de perplexité.

En situation normale, les candidats s'affrontent, l'un pour critiquer un bilan et l'autre, pour le défendre. En d'autres termes, il y a un (qui est au pouvoir) qui défend sa gestion, et l'autre (de l'opposition) qui le critique pour montrer aux électeurs qu'il ferait mieux s'il était élu.

Or, dans la situation qui nous concerne, Joseph Kabila et Jean Pierre Bemba ont fait équipe pendant 5 ans, le premier en tant que Président, le second en tant que Vice-président en charge de l'Economie et des Finances. Normalement, les contre-performances relevées sur le plan économique et de la gestion financière devraient relever de la responsabilité du Président du MLC.

D'où la question : sur quoi va porter le débat ? Honnêtement, j'ai essayé d'y réfléchir mais je ne suis parvenu à aucune conclusion. En revanche, si c'est la période qui précède Sun City qui sera concernée, la chose aurait une certaine logique, à part le risque de voir s'ouvrir certaines plaies qui commençaient à se cicatriser.

C'est pourquoi je considère que ce débat est non seulement inutile mais un non-sens. Ceux qui l'ont proposé y auront vu, étant donné le profil des candidats, la possibilité pour le challenger Bemba de fragiliser l'image du Président Kabila. Ils n'auront pas eu tort. Sur le fond, c'est un débat qui s'annonce sans consistance, sauf à verser dans la pure malhonnêteté en reprochant à l'autre les fautes qui auraient dû relever de sa propre responsabilité. Je ne doute pas que les protagonistes en soient conscients. Pourtant, le brain-trust de Kabila l'a accepté. Pourquoi ? Sans doute que certains, dans l'entourage du Chef de l'Etat, d'abord plus préoccupés à s'en mettre pleines les poches, ont ensuite été tétanisés par la campagne de haine anti-Kabila à Kinshasa au point de se dire que s'opposer à la proposition d'un débat serait un aveu de faiblesse de leur champion. Peut être aussi que c'est le Président lui-même qui aurait dit, par bravade : j'y vais ! Or, étant donné qu'on ne peut contredire le Chef pour ne pas risquer de perdre son poste, aucun de ses conseillers n'aurait eu le courage de le dissuader. Quoi qu'il en soit, accepter cette confrontation a été une erreur.

Car, en effet, en guise de débat, c'est un piège tendu pour essayer de montrer le leader de l'Amp, qui jusque là surfe sur l'adhésion populaire, sous un mauvais jour. Le duel aura lieu en français, dans un contexte largement dénaturé par une campagne mensongère, xénophobe, ayant semé le doute dans la tête de maints électeurs surtout dans certaines grandes villes, sur la véritable identité de l'un des candidats. Or, Jean Pierre Bemba, élevé et scolarisé en Belgique, c'est-à-dire quasiment immergé dans un milieu francophone depuis son enfance, devrait jouir d'une aisance évidente face à un Joseph Kabila né au maquis au Bubembe, qui a grandi en Tanzanie dans la swahilophonie et a été scolarisé en anglais, et qui s'est mis au français sur le tard.

Je ne doute pas que les conseillers de Joseph Kabila aient été conscients des risques, ainsi que je l'ai déjà dit, mais ont cru devoir céder à la pression de la rue. Ils ont eu tort. Il y a des situations où on ne peut accepter de compromis, à moins de risquer le suicide.

Au delà de cet aspect, les partisans du Vice-président Bemba ont voulu mettre en évidence le cursus de leur champion : bonnes études commerciales en Belgique et solide expérience de management, quoi que sur ce plan, les résultats n'aient guère été évidents. En face, Joseph Kabila, plus jeune de 10 ans, ayant connu un itinéraire chaotique à l'image de son maquisard de père, n'a juste été qu'en première année de droit. Il est entré dans la vie active par le métier des armes, jusqu'à ce que le destin l'appelle à la tête du pays. Même si Jean Pierre Bemba a conduit à la faillite Scibe Air Lift et Comcell , les deux entreprises familiales confiées à sa gestion, il possède le vocabulaire, le langage de gestion. Il pourra donc plus facilement parler de « macroéconomie », de « termes de change », de « déflation », de « la courbe de Gousse » et de tant d'autres termes techniques, pour impressionner les téléspectateurs.

Mais là encore, on va verser dans la confusion des genres. Le leadership et la technicité sont deux choses différentes. Le leader est celui qui a l'intuition de sentir la fibre du sentiment populaire, celui dont l'image rassure le grand nombre, celui qui allie écoute et décision. Le technicien est lui imbu de sa science, de sa logique de gestion. C'est l'image qu'eurent deux hommes politiques français : Giscard d'Estaing et François Mitterrand. Le premier fut un brillant technocrate, le second un redoutable stratège politique. C'est Mitterrand qui eut le dernier mot. Comme si l'histoire se répétait, c'est le même tableau qui se présente encore en France, au sein du parti socialiste. Ségolène Royal est la féline qui sent le sentiment du peuple français. Dominique Straus-Khan et Laurent Fabius se targuent de leurs compétences intellectuelles pour contester à la Présidente de Poitou-Charentes de devoir mener le parti socialiste aux élections présidentielles, alors qu'il est manifeste que c'est elle qui est capable de faire gagner la gauche. Cependant, ne seraient-ils pas mieux inspirés de concourir à la victoire en soutenant Ségolène Royal, quitte à briguer la primature où ils pourraient faire preuves de leurs capacités de gestionnaires ?

Voici donc Kabila et Bemba qui vont ferrailler dans des conditions de déséquilibre évidentes. Certes, le pourcentage de l'électorat capable de suivre un débat en français est négligeable pour espérer qu'une confrontation radiotélévisée puisse notablement influer sur l'issue du vote. Cependant, les commentaires des journalistes, diffusés par les journaux, les radios et les télévisions ne devraient pas être sans conséquence.

Au regard des incertitudes qui marquent encore la marche du Congo, il faudrait espérer que la préférence aille au candidat à même de calmer le jeu, de rassurer et, en même temps, d'avoir le courage de prendre les difficiles mais indispensables décisions susceptibles de sortir le pays de l'abîme.

Albert Kisonga Mazakala
akisonga@hotmail.com


Procès LD Kabila

AMNISTIEZ LES CONDAMNES, M. le PRESIDENT!

Au vu de l'extrême tension qui avait régné principalement à Kinshasa et à Mbuji Mayi lors du premier tour des élections présidentielles (et législatives), on était en droit d'espérer que les acteurs politiques, sous l'encadrement de la communauté internationale, s'engageraient tous sur la voie de l'apaisement lors du deuxième tour. Malheureusement, cela ne semble pas être le cas. La tension s'est fortement rallumée avec pour terrain d'expression, semble t-il, certaines villes de l'Est.

S'agirait-il d'une réaction à la campagne de xénophobie qui, au delà de la personne de Joseph Kabila, visa les ressortissants de l'Est à Kinshasa ? On serait tenté de répondre à la question par l'affirmative tant il est vrai qu'il aurait été naïf de croire qu'une campagne si virulente resterait sans conséquences néfastes. La situation paraît si sérieuse que le Vice-président Bemba aurait renoncé à faire campagne à l'Est, faute de garanties de sécurité suffisantes. Or, on peut tout dire du « Chairman », sauf qu'il serait mal renseigné lorsqu'on connaît ses accointances avec l'Ouganda dont les services sont très présents dans les provinces orientales.

Toutefois, il n'y a pas là matière à surprendre les analystes dans la mesure où l'organisation d'une compétition électorale libre dans un pays en déficit de culture démocratique et donc de pratique électorale était en elle-même porteuse de tensions. Mais notre pays connaît la chance d'avoir sur place une forte présence, notamment militaire, de la communauté internationale expressément mobilisée pour nous aider à franchir ce cap dangereux. Dieu soit loué !

Reste que les acteurs politiques ne peuvent être exonérés de leur responsabilité. Lorsqu'on a la prétention de vouloir diriger un pays si grand et si divers, un pays aux sensibilités parfois fort contrastées, il faut essayer de s'élever psychologiquement, si non intellectuellement, à la hauteur de la situation. En cela, qu'on le veuille ou non, Mobutu aura été un exemple. Jusqu'en 1978 au moins, il fit preuve d'une « praxis » nationaliste. Sans jamais lâcher les manettes des centres névralgiques de la décision, il donna à tous les Congolais le sentiment d'être représentés au sein du pouvoir. Par trois fois, il nomma des chefs d'Etat Major qui n'étaient pas de sa région (les généraux Katsuva, Falu et Singa). A deux reprises également, il confia les « services » à des non originaires de l'Equateur : les généraux Singa (encore lui) et Likulia. Il fit même du général Babia le Ministre de la Défense. Lui qui gouverna plus par le pouvoir de l'argent que par la force, contrairement à l'idée généralement reçue, il ouvrît l'antre de la finance, la Banque centrale, à Pierre Pay Pay, ressortissant du Kivu. Plus tard, Nyembo Shabani, un Katangais, Joseph Buhendwa, encore du Kivu, Ndiang Kabul, du Bandundu et Patrice Djamboleka, un Tetela, furent aussi nommés gouverneurs de la Banque centrale. Mais c'était sous la transition, à l'époque où le Léopard perdait déjà ses griffes. Mais, hélas, en 1978, le Maréchal Mobutu succomba à la pression de ses frères de tribu. Il finit d'ailleurs par déserter la capitale pour se réfugier à Gbadolite.

Fait peu habituel pour ne pas être souligné, la Conférence épiscopale, que j'ai déjà qualifiée de «  conscience nationale congolaise  », ne résista pas à l'hystérie collective en embrayant à son tour sur le thème «  des étrangers  » et sur «  la véritable identité  » de ceux qui nous gouvernent. Lorsqu'en 1992 se leva dans une certaine opposition un vent de contestation contre Mgr Monsengwo, qui était mon idole, j'avais écrit un article dans lequel je concluais, en référence à la Bible  : «  La lumière fut envoyée aux ténèbres mais les ténèbres ne l'acceptèrent pas  ». C'est dire à quel point je me suis sentis profondément ébranlé par la position des évêques qui semblèrent ne pas réaliser les dangers de la fragilisation de l'unité nationale.

En revanche, nous sommes nombreux qui, voyant Antoine Gizenga, malgré ce dont il eut à souffrir des régimes Kabila père et fils, se lever et aller vers le Chef de l'Etat dans le but de sauver l'unité nationale, fûmes comblés. Nous le fûmes encore lorsque vint le tour de Nzanga Mobutu d'accomplir la même démarche, toujours au nom de l'unité nationale. Jean Pierre Bemba ne fut pas en reste, dans une déclaration devant ses partisans après de longues semaines de silence, en faisant une forte profession de foi en faveur de l'unité nationale. Les leaders politiques s'étaient montrés plus préoccupés par l'intérêt supérieur du pays que les Evêques, contrairement à ce que nous sommes habitués à voir dans notre pays.

Viendra la période qui suivra les élections. Quelles que soient les hypothèses, le Congo survivra. D'abord la volonté de ses enfants est telle. Tout au long des dures épreuves imposées par l'agression étrangère, relayée parfois sur le terrain par nos propres compatriotes qui portèrent les armes contre la patrie, le peuple congolais manifesta avec force et détermination son sentiment de préserver l'unité de son pays. Ensuite, la communauté internationale, en particulier l'Union européenne, voire des pays importants comme la Russie et la Chine également, est convaincue de la nécessité de préserver l'unité du Congo dans l'intérêt de la paix et de la stabilité en Afrique centrale. Il appartient donc aux acteurs politiques congolais d'œuvrer à l'apaisement. Dans ce cadre, la responsabilité du Président Kabila est cruciale. C'est lui le Chef de l'Etat, c'est donc lui qui, plus que tout autre, a les cartes en mains. Dans une lettre ouverte le 16 juillet dernier, je lui avais demandé de décréter unilatéralement un statut officiel pour l'opposition, de manière à ce que les perdants des élections disposent d'un point de chute et ne se retrouvent plus dans la rue. Ma proposition est que le Chef de l'Etat favorise la formation «  d'un gouvernement fantôme  » dont les Ministres seraient rémunérés par l'Etat à la moitié du salaire des Ministres en fonction (lire l'article en page ). Une telle décision mettrait fin à l'existence des « desperados » sur la scène politique, dans la mesure où nos compatriotes qui font le métier de politicien ne se retrouvaient plus sans ressources du jour au lendemain. Si le Chef de l'Etat congolais prenait cette initiative, il inaugurerait une tradition dans notre pays, laquelle ferait certainement des émules sur le continent et serait saluée par l'opinion internationale comme une décision mature. Il prendrait date avec l'histoire. Certes, beaucoup de ses partisans le poussent à refuser «  un statut pour le vaincu  », tel que la presse kinoise rend compte des débats politiques à Kinshasa. Mais il devrait parfois se méfier de certains de ses partisans qui seraient les premiers à prendre la tangente en cas de coup dur. Parmi les plus proches collaborateurs de Mobutu qui l'avaient poussé au jusqu'auboutisme, dont Honoré Ngbanda, personne ne s'était trouvé aux côtés du Maréchal aux moments fatidiques de la déchéance. Du reste, le Président Joseph Kabila devrait se souvenir de l'histoire de son propre père. La quasi-totalité des collaborateurs de Laurent Désiré Kabila, hormis Didier Mumengi et Abdoulaye Yerodia, avaient fui, abandonnant le Chef de l'Etat seul à Kinshasa, au moment où les Rwandais avaient lancé l'offensive sur la capitale.

Comme beaucoup d'analystes, je suis séduit par le caractère trempé de Joseph Kabila. Un autre que lui aurait craqué à la suite de la campagne de haine qui continue à mettre en cause non seulement sa nationalité mais sa filiation et son identité. Toutefois, il n'est pas un surhomme et une des conséquences perceptibles de cette campagne est qu'il a dû se recroqueviller sur sa famille et un entourage ressemblant à une mare de crocodiles. Quel que soit ce qui peut lui être personnellement reproché dans le passé, il ne s'appartient plus et a une image à sauvegarder dès lors qu'il est devenu Chef de l'Etat. C'est pourquoi il devrait se séparer de certains collaborateurs devenus gênants, à partir du moment où ils sont accusés de corruption, peut être même injustement. Mobutu, encore tout puissant Chef de l'Etat, laissa un collaborateur loyal et dévoué, le gouverneur Koyagyalo, aller en prison alors que le pauvre était innocent.

Ceux qui attaquent si lâchement et si injustement le Président ne soupçonnent pas, j'en suis convaincu, les drames humains dont ils sont à la base. Un homme de chair et de sang, fût-il Chef de l'Etat, finit bien par être atteint par une campagne si méchante, virulente et longue, quoique injuste. Fragilisé, il n'a plus les moyens psychologiques nécessaires pour prendre certaines décisions difficiles. Il en va ainsi de l'amnistie des condamnés dans le procès de l'assassinat de son père. Comment aurait-on voulu qu'un homme en proie à une contestation de ce genre puisse opter pour une mesure qui lui aurait aliéné les membres de sa propre famille, en commençant par sa mère et certains griots se voulant dépositaires idéologiques de l'héritage de son père, si non risquer d'accréditer l'idée que, véritablement, il ne serait pas le fils de son père?

Mais, heureusement pour lui et pour le pays, le peuple congolais a répondu à la calomnie faite contre son Président en votant massivement au premier tour en sa faveur. Si ses représentants à Kinshasa, au Bas Congo et au Bandundu avaient l'étoffe d'un Vital Kamerhe, Kabila aurait été élu dès le premier tour. Aussi, je lui demande, une fois de plus, d'amnistier les condamnés. Il y a ceux dont j'ai la certitude de l'innocence. Il a plus à gagner, et le pays avec lui, à se montrer magnanime qu'à faire perdurer les souffrances des personnes innocentes, de leurs familles, leurs amis et leurs tribus. Même s'il n'y avait qu'un seul innocent parmi les condamnés, l'équité, voire la raison d'Etat commanderait à ce que le Chef de l'Etat opte pour la magnanimité. Certes, biologiquement, sentimentalement, affectivement, Laurent Désiré Kabila fut l'auteur de ses jours ici bas. Mais civilement, politiquement et légalement, il fut son prédécesseur en tant que Chef de l'Etat. Dès lors, il faudrait qu'il privilégie cette dernière dimension par rapport à la relation personnelle, familiale. Et puis, ce n'est guère par la vengeance qu'on élève la stature des martyrs.

Au demeurant, sur une échelle des valeurs que nous sommes nombreux à partager, amnistier les condamnés paraît moins grave que signer un décret nommant un collaborateur de Kagame au poste de Ministre de la Défense du Congo. Je n'ose pas imaginer que le Chef de l'Etat n'ait pas été conscient de la gravité de son acte en élevant Tharcisse Habarugira au ministèrede la défense. Je connais bien la personne, dont le père était établi au Congo à la fin des années 40 et était donc Congolais suivant la loi électorale de 1960. Mais il avait choisi de travailler pour le Rwanda et donc de réaliser aux dépens du Congo les objectifs poursuivis par le régime de Kigali.

J'imagine que le Chef de l'Etat s'est bien assuré d'un certain nombre de choses en prenant cette décision, dont pourtant nous sommes nombreux à ne pas comprendre les fondements. C'est une décision très frustrante et traumatisante pour beaucoup de Kivutiens. Par contre, s'il amnistiait les condamnés, il serait remercié par la majorité des Congolais. L'histoire s'en souviendrait, le moment venu.

Albert Kisonga Mazakala

 

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