Pour une culture du dialogue
Page d'accueil
A propos de nous
Correspondance et Retrouvailles
Interviews
Musique
Forum, savoir dialoguer est une vertue
Emploi
Notes de lecture
Liens

CONGO  : SOUS LE REGNE DES INCERTITUDES

Au terme d'un processus d'apparence chaotique mais en fin de compte maîtrisé, le Congo s'achemine vers des échéances électorales pleines de promesses et en même temps lourdes de menaces.

Ce vaste pays de près de 2,4 millions km² aux voies de communication sommaires peine à sortir d'une longue période de crise économique due tout à la fois à l'incompétence gestionnelle et à la corruption ayant caractérisé le long règne de Mobutu et ensuite à la guerre déclenchée en 1996 par ses voisins de l'Est qui avait abouti à l'avènement des régimes Kabila père et fils. Beaucoup d'observateurs étrangers, voire certains Congolais eux-mêmes, en vinrent à parier sur l'implosion de ce géant aux pieds d'argile.

Mais l'histoire a démenti ce pessimisme. Le monde entier a été surpris par la force du sentiment national congolais. De ce fait, ceux qui doutaient de l'avenir de la RDC ont changé d'avis. En réalité, malgré ses diversités, le Congo apparaît non seulement comme un bloc soudé autour du fleuve qui porte le même nom mais encore est un pays exempt d'antagonismes virulents comme dans certains pays. Un hasard de l'histoire avait fait que le fondateur de notre pays, Léopold II, avait réuni des tribus aux mêmes fondements culturels.

Dès lors, la situation exceptionnelle du Congo au point de vue de l'abondance des ressources matérielles, ne pouvait que revenir à l'agenda des décideurs du monde. En effet, l'étude dite « the Meadow's rapport » établie par le Pentagone en 1972, montre que certains minerais viendraient à épuisement dans la plupart des pays du monde à l'orée 2050, sauf au Congo. De surcroît, la perspective de l'amenuisement des réserves de pétrole ne pouvait que relancer l'intérêt pour ce pays, compte tenu de ses énormes potentialités en matière de sources d'énergie renouvelable non polluante. Le nouvel intérêt manifesté par la communauté internationale résulte aussi de la mobilisation de certains pays européens, essentiellement la France et la Belgique , pour des raisons différentes, à la stabilité de la RDC. Si l'engagement de Paris se fonde d'abord sur la défense de la francophonie, dont le Congo est le deuxième pays en terme de locuteurs de la langue française, pour Bruxelles, il s'agit de la renaissance d'un sentiment de proximité consécutif à un passé historique commun. En la matière, le rôle joué personnellement par Louis Michel en tant que Ministre des affaires étrangères aura été déterminant pour convaincre, avec l'appui du Premier Ministre Guy Verhofsdadt, ses collègues du gouvernement à reprendre et intensifier une coopération jetée aux calendes grecques. Depuis lors, la Communauté internationale soutient à grands frais au Congo la plus coûteuse opération de maintien de la paix des Nations Unies. La Belgique fait figure de leader dans cette coopération, ce qui fait honneur à son sens de l'histoire.

Sans l'engagement de la communauté internationale, il aurait été difficile de mettre fin à l'agression des voisins de l'Est et impossible d'organiser les élections dans un pays où les structures de l'Etat n'existent plus qu'à l'état embryonnaire. Cependant, il aurait été irresponsable d'espérer organiser au Congo des élections de standard occidental. Toutefois, on peut espérer que le processus électoral permettra bien l'expression de la volonté de la majorité des citoyens. Mais le processus est chahuté non seulement parce que la culture démocratique tarde à intégrer les esprits mais aussi et surtout parce que la plupart des politiciens, anciens et nouveaux, « mobutistes » et « kabilistes » confondus, ne savent vivre que de l'Etat. Un ami m'a un jour avoué, après une dizaine d'années passées au pouvoir, avoir eu 6 voitures neuves. Il n'en avait acheté aucune : toutes venaient de l'Etat. Dans ces conditions, la perspective d'être écarté du pouvoir apparaît comme une question de vie ou de mort pour certains. Nous avions été quelques uns à proposer la création d'un statut spécial pour l'opposition, comme l'instauration d'un gouvernement « fantôme » rémunéré par le trésor pour éviter à ceux que le suffrage des électeurs aura écartés du pouvoir de sombrer dans le désespoir, mais la proposition n'avait pas suscité le moindre intérêt.

Aussi, il ne serait pas impossible, maintenant que la culture de la kalashnikov est largement répandue, que certains acteurs politiques défaits par les urnes ne se sentent attirés par la lutte armée. A plus forte raison que le régime de Kigali, aux abois après la série des révélations sur son rôle dans le génocide, pourrait être tenté par une nouvelle invasion militaire pour se donner une autre carte qu'il chercherait à négocier contre son impunité, notamment vis-à-vis du processus judiciaire espagnol en cours contre les dirigeants du FPR.

Pour contrer ces deux menaces, le message de la Communauté internationale devrait être clair et ferme. A cet égard, il est regrettable que la Force d'intervention européenne, appelée à la rescousse par Koffi Annan, ne se situe pas dans cette logique. Plus encore, si le but poursuivi est de permettre la refondation de l'Etat congolais par la bonne gouvernance et la fin de la corruption afin de permettre non seulement le retour à l'Etat de droit mais à une situation économique permettant aux Congolais de profiter enfin des richesses de leur pays, on peut douter de l'efficacité de cette politique. La mauvaise gouvernance et la corruption semblent plus tributaires de notre propre culture que des facteurs extérieurs, contrairement à ce que prétend un discours largement répandu. Pour changer réellement l'orientation de l'histoire, nous préconisons que des personnes d'origine occidentale ayant choisi la nationalité congolaise soient associées comme Ministres à la gestion de l'Etat. C'est la seule solution réaliste, avec effet immédiat, qui aurait non seulement l'avantage de changer radicalement la gouvernance mais encore d'attirer les investissements nécessaires pour assurer une rémunération convenable aux fonctionnaires, magistrats, policiers et militaires, rémunération sans laquelle la RDC se trouvera dans la posture du mythe de Sisyphe.

Cette solution, très soutenue par l'opinion populaire au Congo, est fortement combattue par les gouvernants et consorts, par des membres de la diaspora bénéficiant d'une sécurité sociale en Occident mais aussi, ce qui est surprenant, par maints responsables politiques belges en particulier, paternalistes à souhait qui, croyant éviter l'accusation de néocolonialisme, pensent en réalité que nous ne sommes pas matures pour penser nos propres solutions. Or, ces responsables belges savent par leurs services, par leurs compatriotes qui sont sur place, les missionnaires en particulier, que les Congolais appellent de leur vu l'implication des Blancs dans la gestion de l'Etat. C'est nous Congolais de souche, forts de l'expérience de nos frères d'Afrique australe, qui avons conçu cette solution et avons le courage de la proposer. C'est notamment le seul moyen de freiner l'immigration sauvage, contre laquelle se concentre maintenant l'attention occidentale. Il n'y a pas d'autre alternative raisonnable. Personne ne peut croire que les autocrates et prédateurs d'aujourd'hui se muent subitement en démocrates respectueux des biens publics du seul fait des élections.

Sous cet éclairage, on peut se demander les raisons d'un aveuglement à la poursuite d'une politique dont on est certain qu'elle est vouée à l'échec.

Albert Kisonga Mazakala
akisonga@hotmail.com


Participez au forum


 
 
Copyright © 2005 Congo Vision. Tous droits réservés.